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MÉMOIRES
L'ACADEMIE
DES SCIENCES, LETTRES ET ARTS
D'ARRAS
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Imp. Rohard-Courtin, F. Guyot, Successeur
M. D. CCCGCII.
me ou Lu Ce CORRE RÉ SÉANCES
MÉMOIRES DE L'ACADÉEÈMIE D’ARRAS
L'Académie laisse à chacun des auteurs
des travaux insérés dans les volumes de ses Mémoires
la responsabilité de ses opinions,
tant pour le fond que pour la forme.
MÉMOIRES
L'ACADEMIE
DES SCIENCES, LETTRES ET ARTS
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Ile Série — Tome XXXIII.
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Imp. Rohard-Courtin, F. Guyot, Successeur
M. D. CCCCII.
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LE MARÉCHAL DE LÉVIS
Gouverneur général de l'Artois
(1765-1787)
‘PAR
_par le Comte G. de HAUTECLOCQUE
Membre résidant
1770
Cette année fut marquée par la chute du duc de Choiseul.
Arrivé au pouvoir par l'intrigue, cet homme avait concentré
dans ses mains les ministères des Affaires étrangères, de la
Guerre et de la Marine. Doué d’une volonté de fer, et d’une
intelligence peu commune, il avait entrevu les réformes à
opérer dans le Gouvernement comme dans les finances, et
par lui aurait pu être enrayée la ruine vers laquelle les vices
et l’incurie de Louis XV précipitaient la France. Mais,
également dépourvu de sens moral et de probité politique, il
s’élait fait le servile instrument de la ligue formée par la
haine entre l'odieuse Pompadour et le philosophisme.
L'inique suppression de la Compagnie de Jésus restera à
jamais comme une lache indélébile attachée à sa mémoire.
Maintes fois les Etats d'Artois avaient eu maille à partir
* Voir Mémoires de l’Académie, t. xxx11, p. 75.
nor
avec lui pour résister à son despolisme et défendre leurs
privilèges, et toujours ils avaient trouvé dans leur Gouver-
neur un concours loyal et dévoué. Ce rôle, le marquis de
Lévis devait le conserver jusqu'à la fin. Et, tandis que, autour
du trône, se produisaient de nouveaux scandales par l'éléva-
tion de Madame Du Barry, et s’agilaient de nouvelles luttes
avec les parlements par l’accession aux affaires du chancelier
Maupeou, la province d'Artois continua bien des années
encore à ressentir les avantages d'une heureuse ententeentre
les représentants nalurels de ses intérêts et celui qui, person-
nifiant pour elle l’autorité souveraine, ne faisait que accroître
son attachement pour la maison royale. Cette année mème
apporta une nouvelle preuve de cet attachement dans la
proposition qui fut faite aux Etats d'organiser une fête
publique à l’occasion de l’arrivée à Paris de la nouvelle
Dauphine, de celle qui devait plus tard s'appeler la Reine
Marie-Antoinette.
Ce n’était pourtant pas que les temps devinssent meilleurs
au point de vue de la prospérité matérielle. Les Cahiers (1)
de cette année 1770 retracèrent les mêmes doléances que
ceux de l’année précédente (2). La récolte en 1769 avait été
aussi mauvaise qu’en 1768. De mémoire d'homme on ne se
souvenait pas d’avoir vu les plaines fertiles de l’Artois
(1) Ces Cahiers sont conservés dans les fonds de l'Intendance.
Voir dossiers 550 et 770.
(2) Ce fut l'évêque de St-Omer qui porta la parole et « parla avec
cette facilité et cette éloquence qui lui sont naturelles et avec son
ton ferme et persuasif. Son discours contenait tout ce qu'on peut
dire de plus fort pour démontrer les besoins de notre province, la
bonté de notre administration et combien elle est avantageuse au
souverain et au peuple. S. M. a paru satisfaite et nous avons eu la
joie d'entendre tous les cœurs applaudir, nous avons ensuite eu
l'honneur d'être présenté à la famille royale et particulièrement au
comte d'Artois qui nous a bien reçu.» (Lettre de M. Gosse d'Ostrel,
député à la Cour.)
=)
refuser deux fois de suite aux cultivateurs le juste prix de
leur labeur (1). La misère était grande de toutes parts. On
avait dù faire du pain avec du seigle avarié. Les Etats
avaient fait des achats considérables de grains à l'étranger.
Mais tout cela constituait une alimentation insuffisante et
de mauvaise qualité, et puis, sans doute, alors comme main-
tenant, il y avait au-dessus de cette classe infime qu'on
appelle les miséreux, un nombre incalculable de petites gens
qui demandent moins et souffrent davantage. Une épidémie
se déclara. 11 fallut avec le concours des curés, des baillis
et des gens de loi, organiser un service de médecins (2) et
de médicaments pour les malades, de bouillon pour les
convalescents, de riz et de farine pour les affamés (3). Puis,
à l’entrée de l'hiver, une maladie avait attaqué les chevaux
et les moutons (4). Le canton de Bapaume, déjà si frappé
l'année précédente, avait été encore le plus éprouvé. A peine
était-on parvenu à obtenir quelqu'amélioration, grâce au
secours d’un vétérinaire appelé en toute hâte, qu’une nouvelle
bien aulrement grave arrivait du fond de la Hollande. En
avril 1769, une épizootie générale s’élait déclarée. dans ce
pays sur toutes les bêtes à cornes. De là, elle s'était propagée
dans les Pays-Bas Autrichiens malgré les mesures rigou-
reuses prises par les autorités, l’internement des bestiaux à
(1) L'hiver avait été long, en 1770, sans être rigoureux, mais un
ouragan détruisit, rien qu'à Avion, pour 60,000 livres de récoltes, des
incendies éclatèrent à Souchez et à Miraumont, où l’église fut brûlée.
(2) Les Etats d'Artois envoyérent les docteurs Taranget et Dusart.
Comme la maladie sévissait À Achiet-le-Petit, le comte de Diesbach
consulta M. Petit, célèbre médecin de Paris.
(3) Ce fut surtout pendant l'hiver de 1770 que régna à Arras une
fièvre épidémique, elle se manifesta d'abord dans la maison des
orphelins et des orphelines. Le petit peuple fut le plus éprouvé ; on
compta près de 900 malades, dont 190 moururent.
(4) Surtout dans les pays de St-Pol et Bapaume.
2 A0
l'étable, la destruction des animaux contaminés. Ces mesures
avaient été poussées à tel point que, dans certains districts
du Brabant, par exemple, la race bovine avait totalement
disparu. Rien n’y fit. La Flandre française fut envahie à son
tour. C’était à la porte de l’Artois. L'émotion fut grande aux
Etats. Les arrèlés les plus sévères furent pris par le conseil
d'Artois (1) pour interdire tout mouvement d'entrée ou de
sortie des animaux. Aussitôt le Gouvernement de se concerter
avec l’Intendant de Caumartin, l’évêque de Saint-Omer et
les autres députés à la Cour pour en assurer l'exécution. La
maréchaussée, requise à cet effet, ne suffisait pas. Les rece-
veurs des Etats eux-mêmes furent distraits de leur service
ordinaire pour lui prêter main-forte. Des gardes paysannes
furent organisées pour surveiller l’intérieur de la province,
tandis que la garnison de Saint-Omer fournissait des
patrouilles pour garder les frontières. Enfin l'on se mit en
rapport avec l’école vétérinaire d’Alfort, récemment fondée
(1766). Elle envoya aux frais des Etats des consultations, et
un élève pour les faire exéculer. Tous ces moyens furent
inutiles. Le fléau tant redouté s’abattit sur le pays (2). La
cherté de la viande et du lait, venant s'ajouter à celle du
pain et des fourrages, c’étaient toutes les ressources qui
manquaient à la fois pour la nourrilure des troupes et des
chevaux de la cavalerie (3). Les Etats poussèrent plus de
(1) Arrêts du 15 septembre et des 15 et 20 octobre ; réglement
du 19 de ce mois. |
(2) Ce fut surtout à Avesnes-le-Comte et à Aubigny qu'il sévit
Je plus.
(3) L’Intendant reconnut qu'il n'y avait rien d’exagéré dans la
situation présentée par les Cahiers ; la misère existait depuis plu-
sieurs années et elle s’était accrue par la cherté excessive des grains,
la mortalité des bestiaux dans plusieurs cantons et les épidémies
qui avaient frappé un certain nombre de villages par suite de la
mauvaise nourriture. [Il proposa donc une remise de 250,000 livres
= Ai =
clameurs que jamais. Sur la proposition du contrôleur
général Terray, et l’avis favorable de l’Intendant, le Roi fit
sur le don gratuit une remise de 200,000 livres, dont 120,000
furent affectées à dégrever les contribuables les plus éprou-
vés (1), 40,000 au remboursement de l’emprunt des fourrages,
et 40,000 à l'amortissement des anciennes dettes de la pro-
vince. L’abonnement du deuxième vingtième fut maintenu,
et aussi les 4 sols pour livre du dixième.
Le 25 juin, une première assemblée à la maïn (2) fut tenue
par les Etats. On s’occupa de la perception du don gratuit
des villes, de la répartition des marais, et les pouvoirs des
députés à la Cour furent prorogés jusqu’à l’Assemblée
générale.
Celle-ci s’ouvrit le 12 novembre. Comme toujours, la
question financière y tint la première place. Si les Etats
consentaient à voter les sommes ordinaires demandées par
comme en 1769, Mais il crut devoir dire aussi que si malgré les
remises les Etats avaient voté autant de centièmes, c'était parcequ'ils
administraient mal, sans cela ils pourraient faire des économies.
Comme ia loi leur accorde la manutention de plusieurs sommes sans
qu'ils aient à en justifier l'emploi, on ne peut savoir les améliorations
à spporter dans leur administration. Les députés répondirent que
malgré les secours accordés par l'Etat, ils avaient dû faire, aux frais
de la province, des distributions de grains, farine, pain, riz, bouillon,
médicaments, etc. et de plus cesser la levée des impositions dans
une quantité de paroisses où les cultivateurs n'avaient rien tiré de
leur culture. En outre le produit de l'impôt des boissons diminuait,
(1) Ces contribuables étaient divisés en trois classes. Les Etats
n'avaient pu soulager que ceux de la 3° classe. Avec le secours
accordé par l’Etat on espérait pouvoir venir en aide à ceux des deux
autres classes. Le Gouvernement exigeait la justification du surplus
des sommes accordées par lui pour secours.
(2) Les assemblées à la main avaient pour but, en général, de voir
si on devait prolonger le pouvoir des députés à la Cour, on s'y
occupait aussi d'autres affaires urgentes.
+ 0 2e
le Roi, ils se refussient à toute aggravation d'impôt, mème
à toute innovation qui pût y conduire {{). Ainsi fut rejetée
tout d’abord la proposition émise par l’Intendant de dresser
l’état de toutes les fondations charitables et de toutes les
aumônes particulières pour en constituer un fonds commun
à l'usage des pauvres. L'idée n'était pas nouvelle. Déjà,
sous Louis XIV, les biens affectés aux pélerinages et aux
léproseries avaient été réunis pour augmenter les ressources
des hôpitaux. La mème opposition se rencontra quand il
s’agit de prendre connaissance des rôles des impôts. L’Inten-
dant eut beau insister et faire observer qu’il le faisait depuis
trente ans. 11 fallut que le contrôleur général intervint, et ce
fut seulement à sa requête que les Etats consentirent à
fournir l’exposé deleur situation financière. Ajoutons que leur
méfiance n'était que trop fondée. Ce que le Gouvernement
voulait, c'était d’étayer son propre crédit sur celui de la
province, afin de faire un emprunt dont elle eût été respon-
sable (2).
(1) Les Etats protestèrent également contre l'impôt des 8 sols par
livre et des 4 sols par livre que l'Etat avait mis sur certains droits
et firent des mémoires à ce sujet en 1770 et 1772.
(2) Voici les renseignements fournis par les Etats d'Artois sur
leur situation financière : Emprunts des Etats d'Artois pour le service
du Roi en 1770 : 1° rentes au denier 16, 18, 20, et 22 émises pour
consolider les emprunts faits par les Etats avant la réunion de
l'Artois à la France, 1,9730,177 livres. Remboursé en 1764 et 1765
94,474 livres; reste dü,1,835,722 livres. 20 200,000 livres empruntées
en 1707 pour la fourniture des fourrages, pour travaux destinés à la
garde des frontières, pour l'établissement de postes pour garder les
rivières et les routes. On donnait 1 sol par jour aux soldats et 7 sols
6 deniers aux paysans qui montaient la garde. Enfin pour bois et
chandelles fournis aux troupes. On n'avait rien remboursé sur cet
emprunt. 30 En 1708, 1710, 1711, emprunt de 599,983 livres. On
remboursa en 1754 et 1764 : 18,400 livres, il restait du, 581,383
livres ; cet emprunt était destiné à payer les contributions imposées
à la province, les frais de course ou de sauvegarde en argent donné
1 —
Ensuite les députés, non moins soucieux d’accroitre la
aux ennemis pour être épargné. 4° Emprunt de 120,000 livres pour
payer les contributions imposées en 1712 à la province. Aucun
remboursement. 5° 1713, 93,650 livres, pour don gratuit, abonnement,
rétablissement de la navigation de la Scarpe. Aucun remboursement.
60 220,000 livres pour achat de grains, remboursé en 1752 et 1754,
172,000 livres. 7v 1344, 308,120 livres, empruntées pour rembourser
les créanciers qui avaient prêté de l'argent pour les fournitures du
quartier général de St-Omer et la construction de la chaussée de
Doullens, aucun remboursement. 8° 1345, 579,687 livres pour four-
rages et chauffage des troupes. 90 1357, 400,000 livres. 10° 1760,
400,000 livres. 11°1761, 300,000 livres. Ces trois emprunts au denier
25 n’ont pas été remboursés et ont été faits pour payer par avance
ce qu'on devait au Roi etpour acquitter en partie les trois vingtièmes
imposés à la province. 120 19332, 1733, 1744, 36,912 livres, pour
payer les terrains achetés pour les fortifications, aucun rembourse-
ment. 13° 235,102 livres pour payer l'impôt des casernes. Cet impôt
devait durersix ans maisun arrêtle prolongea, aucun remboursement.
140 1766, 400,000 livres. 150 1566, 95,595 livres. Ces deux emprunts
pour remboursements de dettes anciennes. 16° 1767, 198,666 livres.
170 1768, 150,000 livres. 180 1769, 199,762 livres. Ces trois emprunts,
pour le canal de la Lys à l'Aa. 190 1769, 270,350 livres pour cons-
truction et réparations de chemins de la province. 200 1770, 200,000
livres (on ne dit pas pourquoi). Total des emprunts, 6,364,976 livres,
6 deniers.
Voici les charges de la province : Don gratuit ou aide extraordi-
paire, 400,000 livres; abonnement ordinaire, 500,000 livres; milice
130,631 livres (en 1754 elle ne coûta que 20,170 livres). #4 sols par
livres de la capitation, 44,400 livres ; abonnement à l'impôt sur les
contrats et les 2 sols par livre, 90,200 livres; aide du pays de Laleu,
10,500 livres ; abonnement des vingtièmes et les deux sols par livre
du dixième, compris les frais de recouvrement qui sont considérables,
990,000 livres. En résumé, entraient sans frais dans les coffres du Roi
2,179,731 livres. Ferme des casernes sans profit pour les Etats, 106,500
livres ; une année de cours de rentes tant anciennes que nouvelles,
226,000 livres ; remises aux contribuables pour incendies, grêles,
inondations, etc., 30,000 livres ; logement et chauffage des troupes à
Ca
= 16
prospérité du pays que de défendre ses intérêts, tournèrent
leur attention sur les encouragements à donner à l’agricul-
ture et à l'industrie, en cherchant à augmenter le nombre
St- Venant, 10,000 livres ; fourniture des fourragèes, environ 400,000
livres ; entretien des chemins, ponts, chaussées et rivières (depuis la
guerre on y a renoncé), 200,000 livres ; gages desdirecteurs et inspec-
tours, 8,000 livres ; gages des inspecteurs et commis aux raffineries
de sel, 1,300livres; gratification et logement du premier commissaire
du Roi, 56,000 livres ; honoraires des députés à la Cour, frais de pro-
cédure au conseil d'Etat, expédition d'arrêts et lettres patentes, enre-
gistrements, frais de sceaux, 30,000 livres ; honoraires des députés
ordinaires et aux comptes, appointements du greffier, des secrétaires
du Tiers-Ordre et des receveurs généraux et particuliers, 38,700
livres ; gages des cavaliers et officiers de la muréchaussée des Etats
à Arras et à St-Omer, avec leur habillement, ceux des commis du
greffe et du concierge des Etats, frais d'imprimerie, papier, port de
lettres et autres frais du greffe, entretien de l'hôtel des Etats, achat
de bois de chauffage, etc., pension d'un professeur de philosophie ;
assistance du Magistrat d'Arres au rebail des fermes, etc., 37,000
livres ; contribution de ia province daus la construction du canal
d’Aire à St-Oiner, 84,999 livres ; petites fournitures des militaires
et des deux levées de l'année dernière, 29,000 livres ; total des
dépenses, 3,437,230 livres.
Pour payer ces dépenses on avait les centièmes, l'impôt sur les
boissons et bôtes vives. Moins ces impôts produisaient, plus on mul-
tipliait les centièmes, Puis on créa le dixième pour payer les abon-
nements et les autres charges. Pour recevoir les vingtièmes, pour
lesquels on avait un abonnement, on se servait des rôles qui avaient
été faits pour la régie du Roi. Pour ne pas lever trop de centièmes,
on fut parfois obligé de cesser les travaux publics, de suspendre le
paiement des rentes et avoir recours à l'emprunt.
En 1775, les charges de la province ne furent que de 2,854,303
livres. Les charges des villes (sans compter St-Pol, Lillers et Pernes)
étaient, savoir : à Arras de 156,341 livres, St-Umer, 153,236 livres,
Béthune, 43,679 livres, Aire, 77,536 livres, Bapaume, 13,484 livres,
Hesdin, 22,716 livres. Les charges de la province et des villes
montaient à 4,337,168 livres,
de
des cultivateurs. Des primes accordées par eux aux éleveurs
contribuërent à l’amélioration des chevaux, et, d'inférieure
qu’elle était jusque-là, la race boulonnaise acquit la juste
célébrité dont elle jouit encore. Pour favoriser les manufac-
tures naissanties, on mit à l'étude un nouveau tarif sur
l'entrée des matières premières. Dans les lieux ouverts, on
eut l’idée d'établir pour la perception des impôts des barrières
auxquelles seraient préposés des commis, mais les frais que
devait entrainer la surveillance de ces employés, et la
difficulté d'en trouver qui fussent pourvus des qualités
nécessaires y fit renoncer, pour établir dans ces localités
un buraliste résidant qui recevrait les déclarations des
intéressés. Les villes furent invitées à baisser l'intérêt de
leurs emprunts {1}, et les Etats firent un règlement pour
mettre en régie, et à titre d'essai pendant un an, l'impôt du
don gratuit. Jusque-là, la perception était mise en adjudica-
lion. Le sieur Deladérière en fut chargé, mais le Conseil
d'Artois ne se montra pas favorable à cette mesure, et
refusa d'enregistrer les lettres-patentes qui devaient la sanc-
tionner (2).
En cette mème année, l'attention des Elats se porta encore
sur le développement du goût littéraire et de l'instruction
chez les jeunes générations. Par leurs soins s’élaborait
alors une histoire détaillée de la province et se préparait une
nouvelle édition des Coutumes d'Artois (3). Une chaire de
(1) Un arrêt du Conseil du 16 octobre 1770 réduisit au denier 20
l'intérêt des dettes de la ville d'Arras.
(2) Les Etats s'opposèrent à la création de nouvelles charges de
perruquiers. À Arras il y en avait onze.
(3) Ce fut en 1710, pendant la tenue des Etats, qu'on distribua à
tous les membres le portrait du comte d'Artois dont nous avons parlé
dans un chapitre précédent et dont la gravure venait d'être achevée.
Elle avait 17 pouces 1/2 de haut sur 12 de large. Le prince est
représenté en pied, ayant à ses cotés une table sur laquelle on voit
16
mathématiques fut créée au collège d'Arras et confiée à
l'architecte Gillet (1). Un manège fut établi sous la direction
d’un sieur Hovel (2).
Le marquis de Lévis suivait avec intérêt tous ces
progrès, et il y contribuait de sa protection et de ses encou-
ragements (3). Pour lui, il se réservait les questions mili-
laires. 1l en était une qui, soulevée avant son arrivée,
présentait en ce moment dans la province de grandes diffi-
cultés. C'était celle du casernement des troupes. On n'en
était plus au temps où, sous la domination de l'Autriche,
on envoyait les soldats loger chez l'habitant. Les villes
avaient ensuite essayé d'installer leurs garnisons dans des
maisons louées par elles à cet effet, mais ce système provi-
soire et défectueux n'avait pas duré longtemps, et elles
durent bâtir des casernes aux soldats et des pavillons aux
officiers (4). Pour couvrir les frais, le Magistrat avait obtenu
une Histoire de France ouverte au commencement du règne de
St-Louis, un globe terrestre, une carte de la province d'Artois et un
plan dela ville d'Arras. On trouve dans l'Almanach d'Artois de 1730,
p. 231, des vers sur la naissance du comte d'Artois.
(1) En 1769 les Etats d'Artois avaient résolu d'instituer à Arras
une école gratuite de dessin et nommèrent pour la tenir le sieur
Hovel, élève de l'Académie royale de peinture et de sculpture.
L'ouverture de cette école se fit le 2 avril 1770 Déjà les Etats
avaient précédemment accordé au professeur 5 livres de gratification
annuelle par chaque écolier, ils lui continuèrent cette gratification.
(2) Il se forma à Arras, en 1710, une nouvelle société de musique
composée presque entièrement d'amateurs. Elle donnait chaque
semaine un concert vocal et instrumental dans les salles du Gou-
verneur.
(3) Ce fut à la fin de 1770 que le marquis de Lévis fut nommé
capitaine des gardes du comte de Provence.
(4) Voir Les Rues d'Arras, par MM Godinet d'Héricourt, tome {°r,
n. 255. °
ete
par une ordonnance du Roi Louis XIV, en date du 24 noven-
bre 1670, l’autorisation de lever pendant deux ans un impôt
de 6 deniers par pot de bière forte livrée à la consommation.
Les deux années révolues, les Elats, jugeant nécessaire
d'étendre le bénéfice de celte ressource, les autres villes qui
avaient également des casernes à bätir, se firent autoriser
par le Roi à établir une taxe uniforme et générale de 10 sols
par tonneau de bière. De cette taxe, étaient dispensés les
ecclésiastiques, les nobles el tous ceux que leurs charges
exemptaient du logement des gens de guerre,
Le produit de cet octroi, autorisé par le Roi le 15 février
1671, atteignit de 100 à 20,0 livres per an (1). Il était
touché par les Etats qui en disposaient à leur gré, au mieux
des intérêts du pays. D'abord il fallait prélever l'intérèt des
dettes contraclées précédemment pour les acquisitions de
terrains à bâtir el de maisons à transformer. Puis, à mesure
que, par suite de l'augmentation des etfeclifs, les anciens
locaux étaient reconnus défectueux et insuflisants, ils étaient
vendus ou affectés à d'autres usages et remplacés par
d’autres. Arras surtout réclamait impérieusement les bâti-
ments nécessaires à loger les 7,000 hommes d'infanterie et
de cavalerie que lui imposaient l'étendue de son enceinte et
son litre de capitale de la province. Tout y était en mauvais
état, les pavillons des officiers aussi bien que les logements
des soldats. Sous prétexte que tout y était à refaire, à peine
y avait-on affecté quelques dépenses de menu entretien
tandis que d'autres villes de la province avaient été dotées
de constructions neuves. Enfin son tour arriva. De belles et
spacieuses casernes, celles que nous voyons encore aujour-
d'hui, furent décidées. La première pierre en fut posée solen-
nellement en présence du sieur Isnardi, ingénieur des Etats
(1) En 1770 cette ferme produisit dans la province 110,000 livres;
celte somme augmenta par la suite.
2
= 410 —
d'Artois (1). Mais entre cette première pierre et la dernière,
bien des années devaient s’écouler car ces casernes, commen-
cées en 1681, ne devaient être fermées el muraillées qu'en 1751.
Dans cet intervalle les récriminations et les contestations
ne tarirent pas, entre les exigences de l'administration mili-
taire, et la parcimonie des Etats. En 1725, des inspecteurs
des casernes furent créés et mis à la disposition des direc-
teurs des fortifications (2) pour activer les travaux. Mais
cela ne suffit pas. La tendance était alors à supprimer
l'autonomie des provinces el âconcentrer toutes les ressvurces
aux mains du Gouvernement. En 1753, le génie militaire
ayant été réorganisé, ce fut dans sa caisse, dite caisse des
fortifications, qu'on eut à verser l'impôt. Ses ingénieurs se
chargèrent de l'édification et de l'entretien des casernes et
des pavillons militaires (3), qualifiés désormais de bâtiments
royaux (4). Mais les difficultés n'en furent pas aplanies.
Vainement les Etats prélendirent-ils que, les casernes étant
finies, il yavail lieu de diminuer ou de supprimer l'octroi (5).
(1) 11 devait y avoir 64 chambres avec 70 lits chacune et des
écuries pour 384 chevaux, Le grand quartier (actuellement Schramm)
tut construit par la ville, Ces casernes passaient pour les plus belles
de France.
(2) Celui d'Arras recevait une gratification de 600 livres par an
pour les soins qu'il donnait aux casernes.
(3) Les villes demandaient que, conformément à la promesse du
Roy, ses ingénieurs consultassent le Magistrat pour les travaux à
faire. L'acquisition des terrains donnait souvent lieu à des difficultés
entre les villes et l'Etat pour savoir qui devait les payer. C'est ce
qui eut heu à Béthune en 1770 pour un terrain acheté aux Chartreux
de Gosnay.
(4) C'était le ministre qui désignait les places où on devait employer
les fonds destinés soit à bâtir, soit à réparer.
(5) Les villes faisaient aussi valoir la pénurie de leurs finances et
demandaient à prendre sur la caisse des fortifications pour travailler
aux casernes laissées à leur charge. Le Magistrat d'Arras demanda
— 19 —
Le Gouvernement s’y refusa. Les constructions faites élaient,
disait-il, encore insuffisantes, les pavillons des officiers
surtout étaient défectueux (1). Et puis il y avait toujours
la question du logement des troupes de passage que,
en dépit d’un arrêté contraire rendu en 1731, on préten-
dait imposer aux habitants. Cette charge élait encore
aggravée par la facilité avec laquelle nombre d'étrangers et
d'intrus obtenaient des billets de logement des autorités
militaires (2). Bref, au moment où allait éclater la guerre
en 1:69 qu'on prit sur le fonds des casernes pour subvenir à des
dépenses qu on obligeait la ville à faire pour le logement de certains
officiers, comme le lieutenant du Roi, etc. Car les finances de la viile
étaient obôrées et on avait les rues à repaver et d’autres dépenses
urgentes. Le subdélégué reconnut que la ville, pendant ia guerre,
n'avait pu payer l'intérêt de ses emprunts, ce qui en avait fait baisser
le cours, mais sa situation s'était améliorée et un arrêt du Conseil
du 10 octobre 1770 avait réduit au denier 20 l'intérêt de ses dettes.
(1) Une ordonnance du Roi, du 1° mars 1768, fixait l'étendue des
logements. Le lieutenant-général avait droit à quatre grandes
chambres ou cabinets pour lui et ses deux aides-de-camp, plus uae
chambre pour son secrétaire, une cuisine, des chambres de domes-
tiques, et une écurie. Le maréchal-de-camp n'avait que trois cham-
bres et un cabinet, etc. Les colonels un cabinet en moins, un major
encore une chambre en moins. Les capitaines avaient droit à une
chambre pour eux et une pour leur ordonnance. Les lieutenants et
sous-lieutenants avaient une chambre pour deux et un cabinet pour
leur ordonnance (Voir de Cardevacque. Le logement des gens de
guerre).
(2) Déjà, en 1710, le ministre de la guerre, sur la plainte du Magis-
trat d'Arras, avait écrit qu'on donnait trop facilement des billets de
logement ; un autre ministre, le marquis de Ségur, fit quitter à
M. de Salaberry, inspecteur des casernes, le pavillon de St: Maurice où
on l'avait laissé s'établir. Pourtant, en 1780, à St-Venant, un fonc-
tionnaire du même grade s'installa, non seulement sans réclamations
dans un pavillon militaire, mais la ville donna 150 livres d'indemnité
à l'officier auquel il était destiné et la même somme pour lui payer
0
de sept ans, tous ces problèmes n'étaient pas résolus. Le Roi
voulant se rendre compte de ce qu’on pouvait loger de lroupes
en Artois, envoya aux intendants militaires et aux com-
missaires des guerres l’ordre de lui présenter un travail
indiquant :
1° Le nombre des casernes avec les chiffres de ce que
chacune d'elles pouvait contenir en hommes el en chevaux ;
2° Les pavillons destinés aux officiers ;
3° Les hôpitaux, soit militaires, soit civils, avec le nombre
de lits pour les soldats malades (1).
4° Les arsenaux ;
9° Les magasins pour les vivres, et les locaux ou couvents
où l’on pourrait en mettre supplémentairement (2) ;
un logement l'année suivante. Le gouverneur de cette ville avait
950 livres par an pour son chauftage et son logement et les officiers
de l'état-major 1,307 livres plus 24 bouteilles de vin à 6 livres pour
étrennes.
Le 24 décembre 1776, l'Intendant écrivit au Magistrat d'Arras qu'il
devait loger les chefs de bataillons d'infanterie ou leur donner
20 livres par mois. Mais en 1732, les Etats refusèrent de loger les
officiers du génie employés au canal, sous prétexte qu'ils n'avaient
pas fait de demande officielle.
(1) En général on ne fournissait pas le logement aux employés des
hôpitaux militaires. Pourtant le chirurgien-major et le contrôleur
de l'hôpital de Béthune et le chirurgien-major de celui d'Hesdin
obtinrent de résider à l'hôpital, sous la condition de quitter leur
logement à la première réquisition.
(2) Au départ des Jésuites de Béthune, on avait employé les gre-
niers du collège pour placer les vivres militaires; les Oratoriens, de
concert avec le Magistrat, voulurent les reprendre quand ils furent
rentrés dans cet établissement ; le ministre de la guerre s'y opposa,
lee Etats intervinrent et le 24 novembre 17377 écrivirent que le génie
avait bien assez de locaux sans ceux-là ; le ministre répondit Île
6 février 1778 que son administration en jouissait depuis près de
20 ans, qu'ils étaient commodes, près du marché et on y acbetait
O1
6° Les fours pour faire le pain et les moulins pour moudre
le blé situés dans l’enceinte des places fortes ;
7° Les corps de garde.
A l’aide de ce document officiel il est permis de reconstituer
d'une manière à peu près complète ainsi qu'il suit les divers
bâtiments militaires existant alors à Arras et dans les prin-
cipales villes de la province.
Dans ce travail on trouve, à Arras: le quartier St-Aubert,
la caserne des Archers, les quartiers Neuf et du Rivage (1),
beaucoup de grains et que les 8 ou 9 Oratoriens du collège pouvaient
bien s'en passer. La ville résista et fit, dit-on, enfoncer les portes de
deux couvents de relisieuses pour placer les grains. Elle en manitesta
ses regrets mais ils ne parurent pas assez sincères puisqu'on destitua
le Magistrat et on en nomma un nouveau. L'administration de la
guerre avait demandé à la ville d'Arras, en 1778, de lui fournir des
locaux pour ommagasiner 3,000 sacs de blé ; elle fit un travail pour
les reporter dans les différents couvents, le prince de Moutbarey
objecta, le 17 avril, que ce serait peu commode et qu'il vaudrait
mieux les mettre dans les salles de l'hôpital royal qui n'étaient pas
occupées et dans celles des effets du Roi.
On conserve aux archives du Ministère de la guerre un mémoire
fait le 15 juin 1371 par le comte de Mouy, à la suite d'une inspection,
sur les bâtiments militaires de l'Artois ; il fait surtout remarquer le
manque de fours. La maison où était celui d'Arras était mal située,
bien que sur l'esplana le et près de l'abreuvoir St-Fiacre. Il y avait
8 fours dont 2 seulement en état de servir, de plus la maison appar-
tenait à un particulier qui la louait ; il serait préférable de les mettre
dans une maison neuve. À la citadelle il y avait 6 fours et 2? autres
dans le souterrain du bastion du Roi, ils étaient en mauvais état,
on pourrait les placer dans un bâtiment situé près du fossé des
hautes fontaines, ils seraient prôs de l'eau et de l'esplanade,
(1) La caserne du Rivage, construite du temps des Espagnols, était
fort humide, aussi l'abandonna-t-on et elle servit en 1777 à remplacer
la prison du Conseil d'Artois; sous la Révolution elle devint une prison
militaire,
— 22—
le quartier Héronval (1) et le quartier du Gouverneur destiné
à la cavalerie. Pour les officiers il y avait les pavillons de
Saint-Aubert, du Petit-Louvre (2}, de Saint-Maurice, du
Point du Jour, de l'hôtel d'Epinoy, du Gouverneur et de
Sainte-Barbe. Il n’y avait de logements que pour les capi-
taines de 3 bataillons sur 8 et les lieutenants de 7 bataillons.
Les autres officiers devaient loger chez l'habitant. Les écuries
élaient suffisantes même en temps de guerre et en y compre-
nant les chevaux de l'artillerie et ceux du transport des
vivres. Ce qui faisait le logement de 2,988 fantassins et de
2,374 cavaliers avec 1,565 chevaux, et de 167 officiers avec
264 chevaux. Plus, dans la citadelle (3), 1,000 hommes avec
43 officiers et 130 chevaux (4).
(1) La ville avait cédé la caserne des Arbalétriers à l'Etat. Celui-ci
construisit à la place la caserne Héronval. Commencée en 1747 elle
n'était pas finie en 1789. Ce quartier servait surtout au logement
des troupes de passage.
(2) Construit en 1724.
(3) D'après M. Lecesne, /istoire d'Arras, elle servit quelques fois
de prison d'Etat. La garnison en fut souvent réduite à 2 ou 3 com-
pagnies d'invalides.
(4) Voici un résumé de ce travail. À Arras : Quartier Saint-
Aubert, 64 chambres à 5 lits pour loger 960 hommes, 31 écuries pour
72 chevaux. Cette caserne destinée à la cavalerie est en bon état, les
greniers servaient pour les vivres militaires. une écurie sert de corps
de garde. Quartier du Gouverneur, 6: chambres à 5 lits pour 960
hommes, 32 écuries pour 384 chevaux, greniers occupés par les
vivres, sert pour la cavalerie, en bon état. Caserne des Archers,
30 chambres à 7 lite pouvant loger 630 hommes, 11 écuries pour
198 chevaux. Cette caserne, destinée à l'infanterie, est en bon état,
les greniers servent pour les vivres et les fournitures militaires,
ainsi que 6 chambres, une écurie sert de magasin pour le génie et
une autre pour 20 chevaux de la maréchaussée. Quartier Neuf,
45 chambres à ‘1 lits pouvant loger 945 hommes, 15 écuries pour
270 chevaux ; les écuries étaient voûtées, elles n'avaient que 22 pieds
= 909 =
À Saint-Omer, pour l'infanterie : les quartiers du Château,
de l’Enceinte, le quartier derrière les Récollets. Pour la
de large il en aurait fallu 29, elles étaient trop étroites, pour les
2 rangs de chevaux que l'on y mettait, cette caserne est neuve, les
greniers sont mansardés, elle sert pour l'infanterie. Quartier du
Rivage, les chambres à 4 lits pour loger 492 hommes, écuries pour
50 chevaux, en plus une grande écurie sert de magasin pour l'entre-
preneur du chauffage et une autre pour dépôt au génie. Cette caserne
sert pour 41 troupes de passage, elle est vieille mais en bon état.
Quartier Héronval,94 chambres à 7 lits pouvant loger 1,974 hommes.
Les greniers sont mansardés ; cette caserne est neuve, il y a encore
33 chambres à achever, elle sert pour l'infanterie. Quartier du
Grand Turc, en ruines et inhabité. Le terrain est vaste on pourrait y
construire des logements pour les officiers supérieurs et les capitai-
nes ; leurs logements actuels sont insuffisants. — Vivres. Fours pour
confectionner le pain de munition : 8 fours neufs à la Maison Blanche,
dont 2? en mauvais état, À la caserne du Grand Turc on pourrait
cuire 1,420 rations par jour, le magasin contient 13,000 rations.
CanTiNEs. Pas de cantines ni de droits pour l'Etat-major, sauf à la
citadelle. CiTaAoELce : Pavwrllon de l'Arsenal, en bon état avec 2
greniers, l'un servant au Gouverneur et l'autre à l'Artillerie. Une
partie de ce pavillon servait au logement du Gouverneur. Le quartier
de l'Equerre, en bon état, destiné aux soldats, contient 31 chambres
à 4 lits pour loger 374 hommes, plus 4 chambres pour le garde
d'artillerie, 5 pour l'entrepreneur des fourrages, les greniers servent
pour les vivres Le quartier de la Cantine, destiné aux officiers,
savoir : 3 chambres pour 2 officiers supérieurs, plus une chambre
à 3 lits pour les domestiques et ? écuries pour 12 chevaux. Les
cantines occupent en plus 6 chambres, le vivandier 4, le boulanger 8.
Les greniers servent à ceux qui occupent les logements. 1] y a 6
fours dont 3 hors de service, auprès est une ancienne brasserie, une
remise et l'emplacement d'un moulin qui n'avait jamais été achevé;
ces bâtiments servent de dépôt pour l'entretien des fortifications.
Le quartier Veuf sert pour les officiers et les soldats, il y a 1 cham-
bre à 2 lits et 1 cabinet pour 1 officier supérieur, 18 chambres de
capitaines avec 10 chambres à 2 lits pour loger 40 domestiques,
9 chambres de soldats à 4 lits pouvant loger 108 hommes. Il est en
oi —
cavalerie : le quartier du Château ; les corps doubles :
bon état, avec cuisine, grand grenier servant au brasseur de l'Etat-
major. Quartier du lieutenant de Rot, en bon état, 2 chambres à
8 lits pour lieutenants, 27 chambres à 4 lits pour loger 324 soldats,
plus 5 chambres en supplément pour le lieutenant de Roi et 1 pour
le casernier. Les greniers servent au lieutenant de Roi et au service
des vivres. Quartier du Major, en bon état, 6 chambres à 2 lits pour
12 lieutenants et 6 chambres à 3 lits pour 24 domestiques, 27 chambres
à 4 lits pour loger 324 soldats, plus 12 chambres pour le major et
une en supplément pour son domestique, 6 chambres pour l'aide-
major, 8 pour le capitaine des portes dont une servant de prison,
5 pour le cantinier, 3 pour un perruquier. Les greniers servent
pour les vivres. Chapelle en bon état, c'était autrefois les Récollets
qui la desservaient ; depuis 1713, ce tut un prêtre séculier. Quartier
da Curé, en bon état, 10 chambres à 2 lits pour 20 lieutenants et
6 à 2 lits pour 24 domestiques, 8 chambres à 4 lits pour 96 soldats,
5 chambres occupées par le curé, 3 par le commis des fournitures et
2 servant de prison pour les officiers. Les greniers servent pour les
vivres. Batiment de la Porte Royale, 2 corps de garde, dont un sert
de magasin pour le bois de chauffage. Au-dessus, 2 autres corps de
garde, grenier pour les fournitures. Porte de secours avec 2 corps
de garde et 1 grenier pour les vivres. On peut loger 900 hommes à
la citadelle et dans les greniers emmagasiner 500 sacs de grains de
200 livres. PaviLLons. Pavillon Saint-Aubert, en bon état, 34 cham-
bres à 2 lits pour lieutenants, 8 chambres à 4 lits pour 6# domestiques.
le grenier est en chambres mansardées, 1 chambre sert au easernier,
1 de dépôt. Pavillon du Petit Louvre, en bon état, 25 chambres
pour capitaines, dont 6 avec cabinets, 12 chambres à 1 lit pour
lieutenants, 33 chambres à 1 lit pour 66 domestiques, 6 chambres
pour officiers supérieurs, 7 écuries pour 84 chevaux, 2 magasins
pour les fournitures, 2 cuisines, #4 remises, dont À pour pompes à
incendie, 4 belles caves. Quoique destiné À l'infanterie, ce pavillon
est parfois occupé par la cavalerie à cause de la proximité de leur
caserne Pavillon Saint-Maurice, en bon état, destiné à l'infanterie,
6 chambres à 4 lits pour officiers supérieurs, 25 chambres à 1 lit
pour capitaines, 46 chambres pour lieutenants avec 80 lits, 41 cham-
bres pour 130 domestiques avec 65 lits. En plus, 6 chambres à 1 lit
— 95 —
l'enceinte de Piennes, et l'enceinte contre le pavillon du Roi.
pour capitaines, 2 chambres à 2 lits pour domestiques, 6 chambres à
1 lit pour lieutenant, #4 chambres pour domestiques. Cuisine, 2 caves,
chambres dans le grenier. Pavillon du Pornt du Jour, vieux bâtiment
en assez bon état, 27 chambres à 1 lit pour capitaines, 2 chambres
à 4 lits pour 16 domestiques, 64 chambres de soldats couchés 3 par
lit, 3 écuries pour 14 chevaux, greniers occcupés en partie par les
vivres, 3 magasins pour l'entrepreneur des fournitures, 1 cuisine.
Destiné à l'infanterie, sert en général pour les troupes de passage et
les miliciens lors de leurs assemblées. Panrllon de l'Epinoy, destiné
à l'infanterie, vieux et en assez bon état. 6 chambres avec 4 lits
pour 2 officiers supérieurs, 25 chambres dont 12 avec cabinet pour
les capitaines, 2% chambres pour les lisutenants, 36 chambres à
1 ht pour 32 domestiques, 17 écuries pour 308 chevaux, grenier
mansardé, plus 6 chambres qui servent pour loger 2 officiers supé-
rieurs retraités, 1 cuisine. Pavillon du Gouverneur, en bon état,
destiné à la cavalerie, 2 chambres à deux lits pour officiers supé-
rieurs, 9 chambres de capitaines, 2? chambres à 2 lits pour lieutenants,
24 chambres à 1 lit pour 48 domestiques, À cuisine, greniers pour
les vivres. Parnillon Saiïnte-Barbe, vieux, en assez bon état, destiné
à l'infanterie, 14 chambres avec 10 lits pour 5 officiers supérieurs, 59
chambres de capitaines, 103 chambres avec 137 lits pour lieutenants,
93 chambres avec 137 lits pour 27# domestiques, 16 chambres avec
6# lits pour 192 soldats, 27 écuries pour 40 chevaux, cuisine, greniers
sans emploi dont un où on arrive par unetranpe. Moulins. 3 à l'eau
dans la ville : Saint-Fiacre, Saint-Aubert, Poterne; 3 moulins à vent
sur les remparts: aux 11,000 V'icrues, à la Brèche, au Rivage. Hors la
ville 3 moulins à l’eau : Sainte-Catherine, Saint-Nicolas, Blangy ;
11 moulins à vent, Magasins, au Point du Jour, au pavillon du
Gouverneur, à la caserne des Archers et à celle de Saint-Aubert,
On peut emmagasiner 6,900 sacs de 200 livres. Magasins à fourrages,
sur l'esplanade de la Citadelle, il peut contenir 300,000 rations de
foin et paille. On a de plus construit sur ce terrain 2? granges où
on peut mettre à couvert 100,000 rations de foin et paille. L'entre-
preneur des fourrages paie 150 livres par an aux officiers de
l'Etat-major pour la location du terrain, Æ/6pital militaire de Saint-
Jean et du Roy (à l'Etat), construit en 1711, sur un terrain apparte-
= 96 =
Pour les officiers: les pavillons du Cygne, de Saint-Sébastien
du Château, du Roi, de Piennes, du refuge de Clairmarais,
du quartier des Maréchaux-de-Logis et du Faucon (peut-
être une auberge). On pouvait loger 2,820 fantassins,
732 cavaliers, 360 chevaux, 202 officiers avec 289 chevaux{1).
nantaux religieuses de l'hôpital Saint-Jean ; on leur donna en échange
le terrain de la caserne de l’Arbalète qui était contiguë ; les maté-
riaux en furent abandonnés par la ville pour les premiers frais de
la construction de l'hôpital, ils étaient estimés 8,441 livres. Le Rai
donna, en plus du prix ancien, 5 sols par journée de malade jusqu'en
1738 pour augmenter ces fonds ; on payait 14 sols aux religieuses par
journée de malades, compris la nourriture et les gages des infirmiers,
chirurgiens et apothicaire.
(1) Voici plus de détails. INFANTERIE: Quartier du Dauphin,
90 chambres à 4 lits pour 1,090 hommes. Quartier du Roy,
42 chambres à 4 lits pour 504 hommes. Æncernte tenant au corps de
garde, 20 chambres à 4 lits pour 240 h9mmes. Quartier derrière
les Récollets, 28 chambres à 4 lits pour 336 hommes. Quartier du
Chäteau, 13 chambres à 4 lits pour 156 hommes ; total, 235 chambre,
pour 2,820 hommes. Cavazerie, Quartier du corps double, 40 cham-
bres à 4 lits et 8 à 3 lits pour 368 hommes, 20 écuries à 10 chevaux,
pour 200 chevaux, Enceinte de Piennes, # chambres à 4 lits pour 33
hommes, 3 écuries à 10 chevaux pour 30 chevaux. Enceinte adossée
contre le pavillon du Ror, 20 chambres à 4 lits, 20 à 3 lits pour 172
hommes, 12 écuries à 10 chevaux pour 120 chevaux; total : 94 cham-
bres pour 732 hommes, 46 écuries pour 460 chevaux. Pavillon du
Cygne, 53 chambres pour 68 officiers, 11 écuries pour 52 chevaux.
Pavillon de Saint-Sébastien, 2% chambres pour 24 officiers. Pavillon
du Chateau, 2% chambres pour 2#officiers. Pavillon du Roï, 32 cham-
bres pour 40 officiers, 16 écuries pour 117 chevaux. Refuge de Pien-
nes, 6 chambres pour 6 officiers. Partllon de Clairmarais, 6 chambres
pour 10 officiers. Quartier des Maréchau.r-des-logis, 13 chambres
pour 26 officiers, en tuut 162 chambres pour 202 officiers, 34 écuries
pour 289 chevaux. La ville procure à ses frais les fournitures, mais les
bâtiments sont au Roi. Le chauffage et l'éclairage sont à la charge
de la ville. Il y a 10 fours à pain dont 4 en mauvais état. On met les
— 97 —
À Aire, pour l'infanterie: les quartiers de l’Arbalète et
de Notre-Dame. Pour la cavalerie : le quartier Saint-Pierre,
et pour les officiers : les pavillons du Canon, de l’Arbalète,
de Notre-Dame et de Saint-Pierre. On pouvait loger 2,143
fantassins, 400 cavaliers, 200 chevaux, 79 officiers. Plus
dans le fort Saint-François, 252 soldats et dans les pavillons
28 officiers (1).
grains dans les greniers des pavillons de Saint-Sébastien et de
Piennes et des casernes neuves, à la rigueur dans les couvents des
Jésuites, des Dominicains, des Conceptionnistes, des Ursulines, des
Urbanistes, du Jardin Notre-Dame, des Dames du Soleil, de Sainte-
Catherine et de l’hôpital Saint-Jean. On peut emmagasiner5,783 sacs
de farine. Il y a en ville 2 moulins à l'eau. Le grenier à fourrages
appartient à l'Etat-major. L'hôpital militaire, dit de Saint-Louis,
avpartient au Roi, il contient 3 salles (Saint-Julien, Saint-Sauveur,
Saint-Roch), il y a 46 lits. Les religieuses ont en outre 3 salles
qu'on peut leur louer (Saint-François, Saint-Charles, Saint-Louis).
L'hôpital de Blessy contient 93 lits. En tout 139 lits. La ville régit
l'hôpital et procure les fournitures, Les cantines militaires sont
approvisionnées par les fermiers des Etats. L'Etat-major leur loue
des locaux. Les balandres (voitures) sont fournies par un maitre
des balandriers.
(1) Voici plus de détails. INFANTERIE. Quartier de l'Arbalète,
57 chambres avec 379 lits pour 1,137 hommes, plus un corps de garde
avec ? chambres pour le concierge. Quartier Notre-Dame, 81 cham-
bres avec 336 lits pour 1,008 hommes, plus un corps de garde avec
une chambre pour le greffier militaire et 2 chambres pour le
concierge. CavaLERig, Quartier Saint-Pierre (on le reconstruit),
71 chambres avec 200 lits pour #00 hommes, 36 écuries pour
232 chevaux. Un bâtiment destiné aux officiers est inhabité à cause
de sa caducité, Il y a un vutre bâtiment avec corps de garde et un
autre servant aux troupes de passage où on peut mettre 2 bataillons
et 80 chevaux. La ville paie le chauffage et l'éclairage Pour les
officiers : Pavillon du Canon, 4 logements pour les officiers supé-
rieurs, #0 chambres de capitaines, 40 chambres de domestiques.
Pavillon de l’Arbalète, 12 chambres de capitaines, 12 chambres
— 928 —
À Béthune, pour l'infanterie : les quartiers Saint-Vaast,
de Margrave, Dane. Pour la cavalerie : les quartiers Saint-
Yor et Saint Pry. Pour les officiers : les pavillons de Mar-
grave,Neuf, du pré Hermand, de l'Espérance ou de Boufflers,
de Saint-Yor, de Saint Pry et le Gouvernement. On pouvait
loger 1,434 fantassins, 598 cavaliers, 426 chevaux, 99 offi-
ciers et {4 maréchaux des-logis (1),
de domestiques. Panillon Votre-Dame, 12 chambres de lieutenants
et 7 chambres de domestiques. Pavillon de Saint-Pierre, 2 loge-
ments d'officiers supérieurs, 11 chambres de capitaines, 4 chambres
de domestiques. Un bâtiment est destiné au logement de l'ingénieur.
ll y a en plus un logement de concierge. //6pital tenu par les sœurs
avec 32 lits, pas de cantines. Fort Saint-François, a 2 corps de
casernes avec 16 chambres et 84 lits pour 252 soldats. Point d'écuries;
il y a une chapelle, restaurée en 1750. L’aumônier touchait alors
par an 360 livres plus 90 livres pour vin, linge d'autel, etc., 2 pavil-
lons d'officiers avec 16 chambres pour 16 officiers, une autre pour
l'aumônier, une pour le garde d'artillerie, une pour le cantinier,
une pour le commandant du fort, une pour le major. Chauffage,
éclairage, fournitures à la charge du Roi. Pas de moulin. Une
cantine concédée au fermier des Etats.
(1) Voici plus de détails : Tous les bâtiments appartiennent au Roi.
Pavillon de Margrave, 22 chambres pour 6 capitaines et 10 lieute-
nants. Pavillon Neuf, 1 chambres pour 8 capitaines. Le pavillon
du Pré Hermand, 12% chambres pour lieutenants. Le pavillon de
l’Espérance où de Boufflers, 13 chambres pour 2 officiers supérieurs
et 3 capitaines. Pavillon Saint-Yor, 3 chambres pour ? officiers
supérieurs, chambres pour 8 capitaines et lieutenants. Pavillon
de Saint-Pry, 37 chambres pour 9 capitaines, 12 lieutenants, et
14 maréchaux-des-Logis. Au (Gouvernement, 28 chambres pour
2 officiers supérieurs, 10 capitaines, 1 lieutenant. Caserne Saint-
Vaast, 56 chambres avec 256 lits pour 761 hommes. Quartier de
Margrave, 26 chambres avec 156 lits pour 468 hommes. Quartier
Dane, 11 chambres avec 66 lits pour 198 hommes, Quartier
Saint-Yor, 29 chambres avec 154 lits pour 308 hommes. 12 écuries
pour 181 chevaux. Quartier Suint-Pry, 39 chambres avec 125 lits
— 99 —
À Hesdin, le Grand Quartier et le quartier Royal et Îles
pavillons du Grand Quartier, de Richelieu, Dore, et Suisse.
Le tout pouvant loger 1,944 hommes, 318 chevaux, 86 offi-
ciers avec 72 chevaux (1).
pour 250 hommes et 24 écuries pour 184 chevaux. Le quartier du
Moulin, 20 lits pour 40 hommes, écurie pour 61 chevaux. Pour les
troupes de passage on se sert des greniers du quartier Saint-Pry
et de l'auberge du Canon d'Or. On peut loger en plus 1 bataillon
chez les bourgeois et 1 escadron dans les faubourgs, la ville donne
120 fournitures pour les officiers 900 pour les soldats Vivres. Les
greniers du quartier Saint-Vaast, au-dessus des fours, à la prison,
à la gouvernance, chez les Récollets, les Jésuites, les Dames de la
Paix, les Conceptionnistes, et à l'hôpital Saint-Jean. 8 moulins à
l'eau, 4 à vent, 2 fours au château (en mauvais état), 6 au refuge,
24 chez les bourgeois. Æôpital Saint-Jean tenu par les religieuses,
144 lits pour 288 malades, Les religieuses, sous prétexte qu'elles
avaient peu de place et parce qu'on voulait envoyer les vénériens,
en 1769, refusèrent de recevoir les malades, le Ministre menaça de
prendre une partie des bâtiments pour en faire un hôpital militaire.
Les administrateurs firent valoir leur droit de propriété, et on finit
par louer pour 600 livres le refuge de l’abbaye de Gosnay, avec
11 chambres, 66 lits pour 198 malades. Un arsenal, une salle d'armes,
un magasin à poudre.
(1) Voici plus de détails.
Grand quartier, 72 chambres à 6 lits, desservies par 6 escaliers,
pour 1.296 hommes, 26 écuries et demie pour 318 chevaux. Quartier
Royal, 36 chambres avec 6 lits pour 6#8 hommes, écurie pour
150 chevaux de passage. Ces casernes sont placées contre le mur
d'une grande cour carrée, fermée par une porte-cochère, au-dessus
de laquelle est une chambre. 4 chambres pareilles placées aux quatre
angles de la cour, servent à loger les cavaliers gardant les chevaux
la auit Le Magistrat fournit le chauffage et l'éclairage, sauf pour
le corps de garde, on n'y met pas d’officier. L'hiver, par économie,
on donne de la tourbe pour le chauffage Il y a en général un effeetit
de 2 escadrons, 1 bataillon et 1 compagnie de 140 hommes de bas
officiers invalides. Les bâtiments sont au Roi. PAYILLON D'OFFICIERS.
Pavillon du grand quartier, 42 chambres pour #2 officiers. Pavillon
— 30 —
À Bapaume, pour l'infanterie : le quartier Neuf et de
Péronne. Pour la cavalerie : les quartiers Sainte-Anne, de
l’Aluette et de la place d'Armes. Pour les officiers : le Grand
Pavillon et les pavillons Neuf, Carré et de Saint-Arnould.
On pouvait loger 1,032 fantassins,288 cavaliers, 344 chevaux,
47 officiers avec 60 chevaux et 2 maréchaux-de-logis (1).
À Saint-Venant, le Grand et le Petit Quartier et le pavillon
d'officiers. Le tout pouvant loger 1.086 hommes, 36 chevaux
et 28 officiers (2).
Richelieu, 16 chambres pour 16 officiers. Pavillon Sutrsse, 16 cham-
bres pour 16 officiers, plus 7 chambres pour l'ingénieur. Pavillon
Dore, 12 chambres pour 12 officiers. La ville procure 502 fournitu-
res pour les soldats, 108 pour 61 officiers. 6 fours dans le bastion
dit le Marquis On se sert pour les grains des greniers des casernes,
de ceux au-dessus des fours, et en cas de nécessité de ceux des
Jésuites, des Récollets et de l'hôpital, L'hdpital appartient à la
communauté des pauvres, est administré par la ville et tenu par des
sœurs de Charité. Il v a 3 salles avec 33 lits, il est en mauvais état.
Le magasin à fourrages est sur les glacis de la porte Neuve. Pas
de cantine.
(1) Voici plus de détails.
Pavillon Neuf, 26 chambres pour 1 colonel, 8 capitaines, 4 lieu-
tenants, #4 maréchaux-des-logis, 6 écuries pour 60 chevaux. Grand
Pavillon 60 chambres pour 1 colonel, 11 capitaines, 13 lieutenants,
& maréchaux-des-logis. Pavillon Carré, 12 chambres pour 3 capi-
taines, 6 lieutenants Pavillon Saint-Arnould destiné à l’ingénieur
en chef Casernes. Quartier Sainte-Anne, # chambres à 6 lits pour
72 ou 48 hommes (couchés 2 ou 3), 4 écuries pour 40 chevaux.
Quartier de Péronne destiné aux troupes de passage, 64 chambres
à 5 lits pour 960 hommes, Quartier de la Place d'Armes, 20 cham-
bres avec 120 lits pour 240 soldats, écuries pour 68 chevaux.
Quartier de l'Aluette, écuries pour 54 chevaux. Les pavillons et les
casernes sont au Roi. La ville procure 70 fournitures pour les
officiers et 250 pour les soldats,
(2) Voici plus de détails,
Grand corps des Casernes, 36 chambres avec 248 lits pour 744
hommes Petit Quartier, 21 chambres avec 114 lits pour 342 hommes,
Telle était la situation en 1754. On ne pouvait pas dire
qu'elle fut définitive. Bien des choses restaient à faire. A
Arras on se plaignail de ce que les pavillons Sainte-Barbe,
d'Epinoy et du Point-du-Jour fussent en mauvais état, trop
éloignés des casernes el insuffisants. Souvent encore les habi-
tants étaient obligés de loger les ofliciers et d’autres person-
nages qui s'assimilaient à ceux-ci sans en avoir le droit.
À Aire, en 1765 une discussion vive s’éleva au sujet de la
consiruction d’une nouvelle caserne. M. Noizet de Saint-
Paul, directeur des fortifications, avait envoyé des plans,
pour l'établir dans la maison des Jésuites qu’on venait de
supprimer, mais les députés ordinaires s’y opposèrent, armés
de la promesse formelle que le Roi avait faite de conserver
ce collège à l'instruction de la jeunesse, et le projet dut être
abandonné.
On comprend tout l'intérêt que, dès son arrivée, le marquis
de Lévis porta à celle question des casernes. Nul mieux
que lui n'était apte à en apprécier l'importance. Car les
mutations de garnison si fréquentesen cetemps-làexigeaient,
disait-il, une prompte décision dans l'aménagement des locaux
destinés à recevoir des troupes. S’élant donc fait présenter
les divers projets mis depuis longtemps à l'étude pour
l'aménagement des casernes et des pavillons d'ofliciers, il
résolut de dresser, à l'usage de la garnison d'Arras, un plan
de logement qui fût incaruable par la suite. Ce plan discuté,
concerlé entre le Gouverneur, MM. du Magistrat de la
3 écuries pour 36 chevaux. Point de caserne de cavalerie. Il n'y a
qu’un pavillon d'officiers contenant 24# chambres dont 1 occupée
par l'inspecteur des casernes et 4 chambres de domestiques, Vrvres,
un four appartenant au Roi. Grenters au-dessus du pavillon et
des casernes pour 1,727 sacs de 200 livres, 1 Moulin à vent. Pas
de magasin à fourrages, Hôpital. Celui des Bons fils ; 2 salles
(Saint-Louis et Saint-Roch) pour 40 lits. Pas de cantine. Lors de la
construction du canal d'Aire à Saint-Omer on logea à 8aint-Venant
19 compagnies,
— 39 —
ville, M. de la Combe. lieutenant de Roi, et M. de Champ-
morin, chef du génie militaire, tous appelés à contribuer à
son exécution, fut remis au duc de Guines, lieutenant général
de la province, pour être envoyé à l’Intendant et soumis à
son examen {1}. Celui-ci répondit avec courtoisie « qu'il
(1) En voici un extrait :
INFANTERIE, Le régiment arrivé le premier a droit, d’après l'ordon-
nance de 1768, de choisir le logement, On lui attribuera le quartier
Saint-Aubert, composé de 8 escaliers ayant 12 chambres à 5 lits
chacun. Chaque escalier aura une compagnie de 119 hommes:, y
compris les bas-officiers. Les deux dernières compagnies seront,
selon l'usage, logées à la Citadelle. Si elles n'y étaient pas détachées,
‘elles prendraient dans le Quartier-neuf le logement destiné aux deux
compaguies de l'autre régiment qui y seront détachées. Les compa-
gnies de grenadiers et de chasseurs étant moins nombreuses que
celles de fusiliers, les régiments seront tenus d'assigner une chambre
dans chacune de ces compagnies pour le logement de 2 adjudants,.
LOGEMENT D&S oFFiciers : Pavillon Saint-Aubert, 12 logements de
capitaines et 21 de lieutenants et sous-lieutenants. Au Petit Louvre,
& capitaines et 1 quartier-maitre, 2 porte-drapeaux, 1 chirurgien-
major. Pavillon Saint-Maurice, 5 lieutenants et sous-licu*enants,
1 aumônier. Pavillon Héronval, 6 lieutenants et sous-lieutenants.
A la Citadelle, 12 autres officiers, en tout 65 officiers. 2° régiment
Quartier du Gouverneur, mème distribution que le quartier Saint-
Aubert. Chaque escalier à 6 chambres à 9 lits. Les grenadiers et
chasseurs occuperont les 6° et 7° escaliers. Comme ils n'ont que
96 hommes, dans le 7° escalier qui a 3 chambres de plus on logera
les 2 adjudants Orriciers. Pavillon Saint-Nicaise, en face du
Quartier du Gouverneur, 5 capitaines, 19 lieutenants et sous-lieute-
nants. Au Petit Louvre, 15 capitaines, 1 quartier-maitre, 1 chirurgien-
major, 13 lieutenants et sous-lieutenants, 2 porte-drapeaux, 1 aumô-
nier. Quartier Héronval, 8 lieutenants et sous-lieutenants, en tout
20 capitaines, 20 licutenants, 20 sous-lieutenants, 1 quartier-maitre,
2 porte-drapeaux, 1 sumônier, 1 chirurgien, 65 officiers CavVALERIE.
Troupes : Le Quartier Neuf, primitivement construit pour le loge-
ment des troupes à cheval, lui sera particulièrement affacté comme
nor —
était disposé à l’approuver, puisque on le disait favorable au
service du Roi, au bien des troupes, aux intérêts de la ville,
et à la situation de ses finances ». I] ajouta que, appelé
prochainement à Arras pour la tenue des Etats, il étudierait
la question sur place. Le résultat de cette étude fut l'appro-
bation donnée au plan susdit qui fut publié sous le titre de
Assiette de la garnison d'Arras. Celle-ci devait désormais se
composer de deux régiments d'infanterie, formant 4 batail-
lons, et d’un régiment de cavalerie, ou de dragons formant
4 escadrons, conformément aux ordonnances du Roi concer-
nant la formation des troupes (1). Cette dernière solution
le plus convenable à raison d'un escalier par escadron. Le 5° escalier
lui sera laissé pour lui donner la même aisance qu'à l'infanterie pour
lui servir de magasin et loger les 2 adjudants. Comme ces régi-
ments ont beaucoup plus d'ouvriers à leur suite que l'infanterie, on
lui accordera le 1er et 2° escaliers du Quartier des Archers pour les
maitres-tailleurs, selliers, bottiers, armuriers et quelques cavaliers
mariés. Grâce à cette augmentation, les 5 escaliers du Quärtier Neuf
ont chacun 6 chambres à 9 lits de 40 pouces OFrIGIERS. 1* pavillon,
8 capitaines, 16 lieutenants et sous-lieutenants, 1 quartier-maitre,
# porte-étendarts, 1 chirurgien-major, 4 aumônier ; seront logés au
Pavillon du Gouverneur, # capitaines ; au Pavillon Saint-N'icaise,
& capitaines, 1 quartier-maitre, 1 chirurgien-major, 16 lieutenants
et sous-lieutenants, 4 porte-étendarts, 1 aumônier, total 31 officiers.
OFFICIERS SUPERIEURS. Pavillon du Petit Louvre comme avant et
comme à celui du Gouverneur, quand il sera réparé. TRroUP£s DE
PASSAGE cavalerie et infanterie, Quartier Héronval. Si on avait à
loger un 2° régiment de cavalerie on le mettrait dans le Quartier
Neuf en resserrant. Les chevaux occuperaient toutes les écuries du
Quartier Saint-Aubert et de celui des Archers. On devait mettre
d'après le pavillon une des lettres A B C sur les chambres et les
portes des escaliers, le numéro de chaque chambre et le grade de
l'officier sur chaque porte.
(1) Pour les travaux de gros entretien on passait en général des
marchés pour trois ans et pour le petit pour six ans. En 1775, la ville
de Béthune, ayant construit un manège, demanda d'être déchargée de
3
qui, selon les prévisions du Gouverneur devait être décisive,
ne se produisit que bien plus tard, en 1787. Dans l'intervalle,
bien d’autres travaux avaient été exécutés dans les villes et
les provinces pour améliorer les logements militaires. A Arras,
les 5 et 6 octobre 1765, un ouragan occasionna des dégâts
importants aux toits des casernes (1) ; on se plaignait aussi
que les pavillons Sainte-Barbe, d’Epinoy et du Point-du-Jour
laissaient fort à désirer (2). Le prince de Montbarret, ministre
son entretien. À Arras, l'entretien des casernes et pavillons coûtait
2,307 livres par an. L’entrepreneur fournissait ordinairement les
pelles, fourches et civières pour le fumier,
(1) En 1765 la ferme des casernes produisit à Arras 14,019 livres.
Il restait disponible de 1764 1,034 livres. On avait vendu, de plus,
pour 1,300 livres de vieux bois. Les ressources s'élevaient à 16,256 I.
On proposa d'employer 12,544 livres pour supprimer le moulin de
de Saint-Fiacre (on le vendit 410 livres), reconstruire une arche au
pont du même nom, restaurer une écluse sur l'emplacement du
moulin, faire un batardeau et un canal de décharge pour les eaux
étrangères, En 1768, on construisit à Arras, moyennant 8,265 livres,
un aqueduc pour amener l'eau des Hautes-Kontaines à un bassin
existant à la caserne, En 1769 on fit de même pour les eaux de la
fontaine Saint-Fiacre et en 1775 ce furent deux autres bassins et un
aqueduc qui coûtèrent 15,853 Jivres. En 1769 on répara le pavillon
du Gouverneur ; plus tard on proposa un travail analogue pour
celui du Point-du-Jour et la reconstruction du Petit Louvre. Les
devis montaient à 40,842 livres, On dépensa, en outre, en autres
travaux aux casernes d'Arras, en 1764, 33,530 livres, en 1767,
15,094 livres, en 1768, 20,982 livres, en 1769, 41,694 livres, en
1770, 10,404 livres, en 1771, 7,804 livres, en 1772, 12,741 livres,
en 1773, 6,404 livres. En 1783, un devis pour les travaux pressés
montait à 70,115 livres et pour ceux non pressés à 8,192 livres. Il
y avait de plus un pavillon à construire.
(2) I n'y avait au Point-du-Jour qu'un rez-de-chaussée inhabi-
table et au-dessus un étage dont les chambres étaient sombres et
peu aérées. La maréchaussée occupait une partie de cette caserne
et on avait rendu logeable le pavillon qui se trouvait à côté pour y
mettre l'ingénieur en chef du génie.
"3 =
de la guerre avant le 40 mars 1776, ordonna à M. Larcher,
directeur du génie à Arras, de construire deux pavillons
d'officiers pour suppléer les anciens qui élaient insuffisants
et quelques-uns vieux et trop éloignés des casernes ; on fit
plusieurs projets (1}. Le génie proposait encore d’autres
travaux (2). A Bapaume on construisit lout à la fois, un abri
pour les troupes de passage sur l’Esplanade même et une
série de petits bâliments pour les portiers-consignes de la
(1) Un devis montant à 225,576 livres. En y joignant les répara-
tions à faire aux pavillons conservéset la construction d'un aqueduc,
la dépense montait à 283,129 livres, On proposait pour se procurer
cette somme de vendre les pavillons Sainte-Barbe et d'Epinoy ; celui
du Grand-Turc avait été aliéné en 1764 pour 1,100 livres. Il resterait
à prendre sur la ferme des fortifications 245,129 livres. Les nouveaux
pavillons devaient coûter 152,000 livres, la dépense serait répartie
en quatre ans, ci: 38,000 livres par an. On hésitait à mettre ces
pavillons dans la cour des casernes. La somme parut trop considé-
rable et en 1779 ce travail fut ajourné. Plus tard M. de Champmorin,
directeur des fortifications à Arras, proposa de les mettre sur
l'Esplanade. Son devis montait à 163,860 livres (on peut le voir,
archives du génie à Arras). Îl est probable qu’on fit peu de choses,
puisque le Magistrat, en 1785, se plaignit que le manque de pavil-
lons obligeait une partie des officiers à loger en ville.
(2) Sans compter les réparations urgentes et celles qui l'étaient
moins, il fallait dépenser 30,000 livres pour des chambres au Pavillon
du Gouverneur, 10,400 livres pour agrandir la cour des casernes,
28,000 livres pour reconstruire des écuries, 50,000 pour acheter du
terrain à effet de bâtir un pavillon d'officiers à la caserne Héronval.
En 1780, on échangea le pavillon d'Épinoy avec la ville contre un
terrain qu'elle avait acquis en 1749 et où on construisit un manège,
Elle s'engagea de plus à bâtir à la place du pavillon, des prisons,
civiles, l'emplacement de celles actuelles situées place du Marché-au-
Poisson, devant servir à construire un théâtre (celui actuel). On
démolit bien le Pavillon d'Epinoy qui, avec ses tours. était une
construction féodale des plus curieuses, mais la Révolution empêcha
de bâtir la prison.
= 06 —
ville. Cela donna lieu à de vives discussions avec les Etats.
A Montreuil il fut question de construire deux casernes.
A Saint-Omer, d'acheter des maisons pour bâtir à la place
un arsenal. À Hesdin, le génie militaire, d'accord avec le
Magistrat, fit démolir un corps de logis servant aux chevaux
de la garnison et aux troupes de passage pour y substituer
une caserne neuve. Celle d’Ardres reçut aussi de sérieuses
amélioralions à la suite des plaintes exprimées par le colonel
des dragons de Schomberg sur l’humidité des chambres des
soldats. Enfin, à Calais, le Magistrat s'étant plaint d’être
écrasé par l’envoi de cinq escadrons de cavalerie en garnison
dans la ville, l’aulorité militaire apaisa ses doléances par
l'établissement d’un manège et la promesse d'améliorations
importantes aux casernes.
La question des hôpitaux militaires fut aussi mise à l’ordre
du jour. Arras et Saint-Omer en furent pourvus (1). Dans
les autres villes ce futaux hôpitaux civils qu’il fallut recourir,
(1) Autrefois, à Arras, les militaires et bourgeois étaient soignés à
l'hôpital Saint-Jean. Pour les soldats il y avait une grande salle
avec 72 lits, dont 32 pour un malade seul, Plus tard une ordonnance
du Roi défendit d'en mettre plus d’un. On aurait pu en rétrécissant
les lits en mettre un sixième de plus. En 1710 on commença un
hôpital militaire à côté de celui de Saint-Jean, et sur des terrains
provenant d'une ancienne caserne. Il devait se composer d'un grand
corps de logis à deux étages contenant trois salles, et en plus de
deux ailes dont une ne fut pas achevée. Les trois salles pouvaient
contenir 100 lits.
Les travaux de l'hôpital militaire furent interrompus de 1751 à
1761. L'Etat comptait dépenser pour sa construction 150,000 livres.
En 1780 on fit pour l'améliorer un devis montant à 13,236 livres.
L'hôpital Saint-Jean avait 4 salles appelées Saint-Jean, Saint-
Augustin, Saint-Côme et Saint-Louis, avec 300 lits pour 700 malades.
Mais en général il y en avait peu, aussi 2 salles avec 5 lits servaient
de magasin pour les effets du Roi et ceux de la milice. On se louait
beaucoup des religieuses, elles avaient un certain nombre de cham-
917. —
et des arrangements furent pris avec les religieuses qui les
desservaient pour le payement des journées de malades. Les
fournitures, c’est-à-dire le mobilier et la literie, laissées à la
charge des municipalités, furent maintes fois empruntées
aux casernes {1}, sous la condilion expresse d'être désin-
fectées avant d’être remises en place. Mais il y avait là une
foule de questions subsidiaires peu définies et mal réglées
qui donnaient lieu depuis longtemps à des confits entre Île
gouvernement et les inlérèts locaux. En principe, l’aménage-
bres propres et convenables pour les officiers. Car ces malheureux,
disait-on, éloignés la plupart du temps de leurs parents, et souvent
privés de domestiques sont à plaindre quand ils sont malades dans
une mauvaise chambre de pavillon militaire, les garde-malades
sont rares et les religieuses ne sont pas autorisées à aller soigner
les officiers chez eux. Cet hôpital Saint-Jean était mal situé ; on
parlait de le rebâtir en face du Petit-Louvre et sur une partie de
l'ancien rempart entre la ville et la cité. Il serait là mieux aéré,
longé par le Grinchon, on pourrait y avoir un jardin pour les soldats
convalescents, Quand on était trop gêué, on mettait les malades dans
un hôpital fondé dans la Cité par le Chapitre, mais il n'y avait que
deux petites salles et quelques chambres. IL était tenu par des
Franciscaines,
(1) Les lits garnis se payaient en général 26 livres de location par
au, pour les officiers, et 8 livres 5 sols pour les soldats. Un colonel
avait droit à un lit bien garni avec draps de toile (on les changeait
tous les 15 jours en été et toutes les 6 semaines en hiver), à une table
avec tapis, à 8 chaises de paille, à dela vaisselle d'étain,à une armoire,
à une petite batterie de cuisine, à du linge de table, ete. Les autres
officiers avaient de moins en moins de mobilier d'après leur grade.
La ville d'Arras attribuait 197 fournitures aux officiers, 1,500 aux
soldats. Elles se composaient d'un bois de lit, d'une paillasse, d'un
matelas de laine, d'un traversin de laine, d'une couverture et de
deux paires de draps. En général on s'adressait pour la location à
un entrepreneur. En 1769, un sieur Magnier, de Lille, s'engagea à
procurer à la citadelle d'Arras 257 lits, au fort Saint-François à
Aire 9#, à l'hôpital d'Arras 84, à celui de Saint-Venant 20, etc.
— 38 —
ment intérieur des casernes était à la charge des villes, qui
traitaient par voie d’adjudication avec des entrepreneurs, el
ceux-ci étaient responsables de loute avarie survenue par
suite de déplacement ou de prêts faits aux hôpilaux. Une
ordonnance du Roi du 4 février 1707 avait même décidé que,
en pareil cas, les entrepreneurs seraient tenus de payer le
double de la valeur de la détérioration, plus 300 livres
d'amende. Mais, en application, comme ces prêts de matériel
se faisaient la plupart du temps à la requête des officiers,
les commissaires des guerres fermaient les yeux et, comme
dans les citadelles, les fournitures de mobilier passaient au
compte du Roi.
De mème en était-il pour le chauffage et l'éclairage. Les
villes devaient les fournir. Seuls les citadelles et les corps
de garde puisaient de ce <hef au trésor royal. Si tous ces
bâliments eussent été occupés, la charge eût été considérable,
mais en temps de paix, un grand nombre d’entr'eux demeu-
raient sans emploi (1).
(1) À Arras il y avait des corps de garde : à la Place, au Marché
au poisson, à la porte de la Cité, à l’hôpital, 5 à la porte Ronville,
à la porte Saint-Michel, à la Brèche, au Rivage, 2 à la porte
Méaulens, à l'Union, 2 à la porte Baudimont, au Boulevard, au
bastion de Marles, 2 à la porte d'Amiens, aux Ecluses, au Canal, au
Claquedent, au Quartier ; ils nécessitaient en temps de guerre 10 offi-
ciers, 13 sergents, 24 caporaux, 261 hommes. A la citadelle il y avait
des corps de garde à la porte Royale, 2 à la porte de Secours, au
Réduit, ce qui nécessitait 2 officiers, 5 sergents, 5 caporaux et 261
hommes, A Saint-Omer : à la Place, au Griffon, à Saint-Venant,
à la Croix, 2 à la porte du Haut-Pont, 3 à la Porte Neuve, au Sépulcre,
à la Maison Bleue, au Rosendael, au quartier d'infanterie, à la porte
de Lyzel, au quartier de cavalerie, à l'Ecole, au Lion Blanc, au
Cygne, à Saint-Bertin, 3 à la Lunette, 3 à la porte Saint-Michel,
au Séminaire, au Faubourg, au Château, au fort aux Vaches: en
temps de guerre il fallait 2 capitaines, 3 lieutenants, 363 hommes.
À Aire (avec officier), à la Place, 2 la Porte d'Arras, au Château,
= 10e
En cette année 1770, le marquis de Bouffiers fit l’inspec-
tien des troupes d'Artois et M. Brindeau devint commissaire
des guerres à Aire.
au bastion de Beaulieu, à la porte d'Eau, à la Tour Blanche. Fort
Saint-François: 2 corps de garde. A Béthune, 18 corps de garde dont
8 avec officiers : aux portes, sur la Place, au Chäteau, aux remparts,
à l'arsenal, à la salle d'armes, au magasin à poudre. A Hesdin : à la
Place, 2 à la porte Vieille, 2 à la porte Neuve, au moulin Mariette
(sur le rempart), 1 piquet de cavaliers à la caserne du Grand quartier;
il fallait 5 officiers et 8 hommes (sr). À Bapaume, un corps de garde
à la Place, ? à chaque porte, 3 sur les remparts, en tout 13 dont 5
avec officiers. Saint-Venant: à la Place, 2 à la porte d'Aire, 2 à la
porte de Flandre, il fallait 5 officiers et 5 hommes.
—— 24 — ——
= 40 =
1771
L'année 1771 s’ouvrit pour l’Artois sur des difficultés d’un
genre nouveau qui, menaçant l'indépendance et l'autonomie
de la province, devaient y produire une grande et légitime
émotion. Bien que, se tenant surtout dans son rôle de Gou-
verneur militaire, le marquis de Lévis n’eût que peu de part
à prendre dans des débats qui n'étaient pas de sa compétence,
il est nécessaire de donner à ces débats une certaine place
dans l'histoire du temps où il exerçait des fonctions impor-
tantes en Artois.
Depuis plusieurs années, on le sait, la lutte était engagée
dans les provinces régies par des assemblées de leur choix,
entre ces assemblées et l’autorité royale. Sans parler des
questions de finances et d'impôts, longuement traitées aux
chapitres précédents ; on avait vu en, 1764, les Etats d'Artois
protester contre un ordre du duc de Choiseul intimant au
Conseil d'Artois d’avoir à enregistrer, au nom du Roi, un édit
contre les vagabonds. Un mémoire rédigé par eux avait
dénoncé là une mesure contraire à leurs privilèges et atien-
tatoire à leur existence. Ailleurs des dissentiments plus
graves s'élaient élevés. En Bretagne, le duc d'Aiguillon,
Gouverneur de la province, homme dur et hautain, bien
différent du Gouverneur d'Artois, avait soulevé la plus vive
irritation par ses exactions, ses persécutions, et par la passion
qu'il avait apportée à la condamnation de la Chalotais, pro-
cureur général au Parlement de Rennes. Un procès intenté
contre lui devant ce Parlement avait élé cassé par le Roi à
l'instigalion de Maupeou, et l'affaire avait été évoquée au
Parlement de Paris. Mais celui-ci n’était pas mieux disposé
à l'égard d'un homme qui n'avait pour sa défense que les
faveurs de la Cour. Le Duc, déclaré prévenu de faits qui
entachaient son honneur, avait été provisoirement déchu de
ses litres et dignités de Pair de France et autres, jusqu'au
D
jugement définitif. À celte déclaration, le Roi de plus en plus
mécontent et, s'inspirant encore des conseils de son ministre,
répondit par la lenue d'un lit de justice (1). Mais c'était là
une institution surannée dont la Révolution allait bientôt
avoir raison. Le Parlement résista. 1] fut cassé, exilé, dis-
persé (2). Maupeou triomphait. Le Parlement d'où il était
sorti, mais auquel il avait voué une haine acharnée, n'existait
plus. Choiseul, son rival et son ennemi, était relégué dans sa
terre de Chanteloup. Cependant, dans un Etat bien constitué,
les institutions ne se suppriment pas aussi facilement que
les hommes. Maupeou devait l’apprendre à ses dépens. La
nouvelle Cour de justice qu'il voulut constituer pour rem-
placer l’autre en modifiant ses attributions et supprimant les
anciens abus, tels que les frais de judicature et la vénalité
des charges, reçut du dénigrement de ses contemporains le
nom ridicule de Parlement Maupeou qui lui est resté dans
l'histoire. Quatre ans après, Louis XV mourait ; Louis XVI,
dévoué au bien de ses sujets, et possédé du désir d'effacer
les fautes de son prédécesseur, rappella le parlement, et
Maupeou disgracié, dut aller finir ses jours, exilé dans sa
terre près des Andelvs.
L'affaire du Parlement de Rennes n'avait pas été un fait
isolé. Les doctrines du philosophisme portaient déjà leurs
fruits, et de tous cûtés en France s’élevaient l'agitation et
la Révolte contre l’ordre de choses établi. La juridiction du
(1) On désignait sous ce nom les séances où le Roi, suivant la
maxime : « Adventente principe, cessal magistratus » substituant son
autorité à celle du Parlement, exigeait l'enregistrement ou la
suppression de certains actes malgré la volonté de ce corps.
(2) Le Roi, en son édit, se plaignait de la désobéissance du Parle-
ment de Paris qui avait la prétention de suspendre l'autorité royale.
Après avoir fait ressortir l'inconvénient de la vénalité des charges
et de la trop grande étendue de juridiction du Parlement de Paris,
il annonçait la création de six conseils supérieurs jugeant en dernier
ressort en matière civile et criminelle.
Parlement de Paris, qui s'étendait sur notre province, ne
laissait pas d'y provoquer des murmures. Le Conseil d'Artois
se plaignait de recevoir les lois et édits par l'intermédiaire
du procureur général de Paris et non pas directement des
ministres.et de voir juger en appel ses arrêts en matières
criminelles comme en matières financières : codes, octrois,
impôts. C'étaient là autant d’empittements sur les privilèges
de la province ; le sieur Mabille, président au Conseil
d'Artois, avait rédigé un mémoire pour les exposer et les
combattre. Pour cette fois le duc de Choiïseul s’élait trouvé
d'accord avec lui, et avail donné à ce travail un assentiment,
présage de celui du Gouvernement. On en était là quand tout-
à-coup la chute du ministère fit changer la face des choses.
Bientôt ce ne fut plus dans ses privilèges que le Conseil
d'Artois fut menacé. mais dans son existence même. À la
suite des graves dissentiments mentionnés plus haut entre
l'autorité royale et le parlement, on résolut de restreindre
l'étendue de leurs ressorts. Celle du parlement de Paris,
notamment, soulevait depuis longtemps des réclamations à
cause des frais qu’elle occasionnait aux plaideurs. Alors
parut un édit royal en date du mois de février 1771, créant,
sous le nom de conseils supérieurs,six nouvelles cours sou-
veraines à Arras, Blois, Chälons-sur-Marne, Lyon, Poi-
tiers et Clermont-Ferrand. Pour Arras, c'était la supression
du Conseil d'Artois. Le texte était formel : « De notre
autorité royale, disait-il, nous avons par le présent édit
perpéluel éteint et supprimé, éteignons et supprimons le
Conseil établi en notre province d'Artois par l’'empergur
Charles-Quint en 1530, et pourvu au remboursement des
officiers dudit Conseil ». A cet édit en succédèrent rapide-
ment d’autres pour règler la composition (1) du nouveau
(1) Ces officiers ne pouvaient être traduits en toutes matières
civiles et personnelles, devant d'autres juges que ceux du bailliage
de la Sénéchaussée établie dans le lieu de leur résidence,
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Conseil supérieur (1), déterminer ses attributions, accorder
à ses officiers lous les droits, privilèges et exemptions de
ceux qu'ils remplaçaient (2), prélever leurs appointements sur
l'abonnement de 100,000 livres fourni par l’Artois pour les
droits de contrôle des actes de notaires, augmenter la juri-
diction des bailliages auxquels serait dévolu gratuitement le
jugement des procès en matière civile et criminelle portés
jusqu'alors au parlement de Paris. Enfin un édit de 1771
supprimail le parlement de Douai (3), et transférait provisoi-
rement sesatiribulions au nouveau Conseil supérieurd'Arras,
en altendant qu'une mesure analogue à celle qu’on venait
de prendre pour l’Artois fût prise pour les Flandres.
Mais lout cela n'était pas de nature à faire accepter au
pays la suppression de l’ancien Conseil d'Artois. Composé
exclusivement d’Artésiens, il leur offrait parmi beaucoup
d'autres avantages celui de donner par ses offices accès à la
Noblesse dans une province où les charges de judicature
élaient peu multipliées. Ce que le prestige de l'autorité royale
d’une part, l'importance des bailiiages de l’autre, gagnaïient,
la province le perdait en indépendance. A cause de cela,
la nouvelle organisation devait rencontrer de la part des
Etats, d'abord assez favorables, une vive opposition. L’émo-
(1) Il devait se composer : d'un premier président, de deux prési-
dents, de vingt conseillers, d'un avocat et d'un procureur du Roi,
de deux substituts, d'un greffier civil, d'un greffier criminel, de 24
procureurs, de 12 huissiers; c'était une composition plus nombreuse
que dans l'ancien Conseil d'Artois, le Roi fixait les gages de ces
magistrats. Enfin ce Conseil jugeait en dernier ressort toutes les
affaires civiles et criminelles de 13 bailliages d'Artois et de la
Flandre.
(2) La Chancellerie d'Artois fut conservée par édit du 22 février
1771.
(3) La Flandre relevait autrefois du parlement de Gand, puis, après
la conquête française, le Roi avait créé un Conseil supérieur à
Tournay, transféré à Cambrai en 1709, puis à Douai en 1713.
Are
tion fut si grande que le nouveau Conseil lui-même, alarmé de
voir porter atteinte à des privilèges si unanimement respectés,
crut devoir adresser des remontrances au chef de la justice,
au chancelier Maupeou lui: mème. La réponse ne se fit pas
attendre. Elle arriva le 12 mai 1771, toute pleine de promesses
et d’apaisement. « La création du nouveau Conseil, disait le
ministre, élait un bienfait et l’Artois en était redevable à la
bienveillance du Roi. Celui ci, loin de vouloir porter atteinte
aux franchises de la province, n’avait rien tant à cœur que
de les conserver.» Trois mois après, un édit venait corroborer
ces déclarations et les appliquer. Voulant, disait-il, donner
aux Etats de la province de nouvelles marques de son
affection et de sa confiance, et ajouter un lustre à la consi-
dération que méritait le Conseil supérieur, le Roi créait, par
édit d’aoùt 1771, deux offices de conseillers d'honneur nes.
en faveur des évêques d'Arras et de Saint-Omer et leur
assignait la place après celle du premier président, plus
deux offices de conseillers Chevaliers d'honneur, en faveur
du marquis de Trazeignies, et du marquis de Crény, tous
deux membres des Etats. On altribuait aux bailliages
d'Arras et du Saint-Omer tous les cas majeurs réservés au
Conseil d'Artois, mais d’un autre côté on donnait à ce tribu-
nal des attributions plus étendues et les appels de ses juge-
ments devenaient plus rares. Enfin le Roi maintenait et
conservait tous les privilèges et franchises accordés par les
rois ses prédécesseurs aux peuples de la province d’Artois,
ainsi que les lois particulières pour lesquelles il avai! déclaré
qu'il ne serait rien innové.
Cut édit, bien et dûment enregistré, ne suffit pas plus
que les belles paroles qui l'avaient précédé à rassurer les
Etats. Décidés à ne laisser porter atteinte à aucun des
droits, privilèges et intérêts dont ils partageaient auparavant
la garde avec le Conseil d'Artois, ils constituèrent une com-
mission prise dans leur sein, formée de 3 membres de chaque
ordre, chargée d'examiner de concert avec les députés
ordinaires toutes les questions qui pouvaient intéresser la
15 —
province et de préparer un rapport qui serait adressé au
Roi par l'intermédiaire des députés à la Cour. Le premier
point sur lequel ils portèrent leur altention fut l'affaire de
l’adresse des lettres et décrets, laissée pendante par la dispa:
rition du Conseil d'Artois. Cette question ne visait pas une
simple formalité, comme on pourrait le croire, mais elle
portait atteinte aux privilèges de la province dans ses rapports
avec le gouvernement et elle s’appliquait, aussi bien aux
affaires extérieures, telles que les bulles, indults et autres
communications de la Cour de Rome ou des puissances
étrangères, qu'aux affaires particulières: leltres de provision,
de légitimation, d'anoblissement, acquisitions ou transmis-
sions de charges publiques et privées, ventes, achats,
échanges de biens. Dès lors on comprend l'importance pour
la province de ne pas les voir soumeltre au contrôle du
Parlement de Paris et de les faire adresser directement au
procureur général du Conseil d'Artois pour y être enregistrés,
et les réclamations, pendant trois années consécutives, se
produisirent à ce sujet. Maïs un autre litige plus sérieux et
plus difficile à trancher s'imposait à la sollicitude des Etats.
L'avantage que le Gouvernement faisait valoir si baut en
faveur de la nouvelle organisation, la gratuité dans l’admi-
nistration de la justice, était plus apparent que réel, puisque
dès la création du Conseil supérieur, il avait élé décidé que
les gages des nouveaux officiers (et ces gages s'élevaient à
66,000 (1) livres par an) seraient prélevés sur l'abonnement
(1) Une déclaration du Roi du 15 mars 1774 (elle se trouve fonds
de l'Intendance, dossier 552) rappelle que par un édit de février 1771
le Roi a créé des conseils supérieurs dont un. à Arras, fixe le nombre
et les gages des officiers, que par deux édits du même mois, il avait
supprimé le Conseil d'Artois et attribué au Conseil supérieur plusieurs
objets et de plus ordonné aux officiers du Conseil d'Artois de
remettre au controleur général des finances les pièces nécessaires
pour la liquidation de leurs offices. Le premier président reçut
78 000 livres, il touchait 6,000 livres par an, les conseillers eurent
de 17 à 24,050 livres, ils touchaient 2,000 livres par an.
10 —-
de 100,000 livres pour le contrôle, fourni par la province. Ce
n'élait pas tout. Les charges de l’ancien Conseil étaient la
propriété des tilulaires. Elles constituaient pour eux un
patrimoine héréditaire qu'ils pouvaient transmettre et vendre
à leur gré avec l'agrément du Roi. On ne pouvait les en
dépouiller sans les leur rembourser. Où trouver les sommes
nécessaires à l'acquit de cette dette ? Le Roi avait d’abord
décidé que seraient appelés à les fournir les pays intéressés,
c'est-à-dire soumis à la juridiction du nouveau Conseil. Mais
les Etals n’élaient pas disposés à entrer dans cette voie.
D'abord ils refusaient de prendre des engagements dont ils
ne connaissaient pas l'importance, puis ils réclamaient qu’on
appelât à y contribuer les pays de Montreuil, d’Ardres et de
Calais qui relevaient précédemment du Conseil d’Arlois, bien
qu’ils ne fissent pas partie de la province. On discuta lon-
guement. L’affaire dura plusieurs années pendant lesquelles
on vit se reproduire tous les détails et ce qu’on peut appeler
la tactique des luttes précédentes. Exigences et pénurie du
Gouvernement d'une part, lamentations et récriminations
des Etats de l’autre, tout cela pour aboutir à un compromis
dont chacune des parties paraissait loin d'être satisfaite.
Aussi l'Intendant, rendant compte au Contrôleur général de
l'assemblée des Etats, disait qu’elle avait été orageuse. Mis
en demeure de préciser les chiffres le Gouvernement avait
déclaré qu’il lui fallait 547,292 livres pour le remboursement
des offices. Comme ses coffres étaient vides, il avait délivré
aux intéressés des bons rapportant 5 °/, et il proposait
d’éteindre le remboursement du capital par annuités de
60,000 livres, dont 40,000 fournies par lui et 20,009 par la
province(1).Les adminisiralions de Gravelines, de Dunkerque
(1) Pour le remboursement des offices, les Etats d'Artois payaient
15,000 livres, l'Ardrésis 250 livres, le Boulonnais 220 livres, le Calaisis
1,000 livres, le Montreuillois 800 livres, Dunkerque 900 livres,
Gravelines 50 livres, Bourbourg 400 livres. Pour les gages du
7 —
et de Bourbourg, quiressortissaient autrefois du Conseil d’Ar-
lois, furent sommées de prendre part à la dépense, bien qu’elles
supporlassent déjà les tailles et les vingtièmes. L'Intendant
avait annoncéaux États, pour se les rendre favorables, que le
Roi accordait une remise de 200,000 livres sur le don gratuit.
Mais c'était précisément sur cette remise que les Etals comp-
laient préleverla nouvelle chargequileur incombait. Ils décla-
rérent que cette remise, qui était autrefois un acte bénévole |
de la part de sa Majesté, était devenu nécessaire et insuff-
sante même à parer aux besoins de la misère et au poids
des impôts. Enfin la bienveillance d’une part, la reconnais-
sance de l’autre avaient disparu des rapports réciproques du
Roi et de la province. L'Intendant constatait avec amertume
le changement survenu depuis dix ans sur ce point dans la
lettre par laquelle il chargeail le Contrôleur général d’annon-
cer aux Etats le maintien de la remise en 1771. Les choses.
devaient durer ainsi jusqu’à la fin du règne de Louis XV,en
1774. Louis XVI, son successeur, comme on l’a vu, se hâta
de renvoyer le ministère Maupeou et de rappeler les parle-
ments. Cela entraîna la suppression des nouveaux Conseils
supérieurs. Un instant on fit courir le bruit qu’Arras, défa-
vorisé, deviendrait le siège d’un présidial relevant du parle-
ment de Douai. II n’en fut rien. Le Conseil d'Artois fut
réintégré par un édit de novembre 1774 dans tous les droits
et privilèges (1) qu'il devait conserver jusqu’à la Révolu-
Conseil supérieur, les Etats d'Artois payaient 45,000 livres, l'Ardrésis
1,200 livres, le Boulonnais 8,100 livres, le Calaisis 4,000 livres, le
Montreuillois 800 livres, Dunkerque 4,000livres, Gravelines 200livres,
Bourbourg 2,000 livres.
(1) Un édit du Roi de mai 1775 dit que s'il n’a pas été possible, en
rétablissant le Conseil d'Artois, de conserver à ce tribunal la même
étendue de pouvoir en matière civile qu'en matière criminelle, de
noblesse, d'aides et d'impositions, ( notre intention n'a pas été de
diminuer les avantages et les prérogatives accordés à ses officiers.
— 48 —
tion (1). Plusieurs membres du Conseil supérieur y furent
admis, d’autres se retirèrent avec une pension (2) et l'assu-
Leur zèle et leur attachement à notre personne nous détermineraient
plutôt, non seulement, à leur conserver leurs anciens privilèges, mais
à leur en donner de nouveaux. » Les présidents, conseillers,avocat et
procureur généraux, le greffier en chef, devaient jouir de la noblesse
au premier degré, transmissible à leur postérité dans le cas où ils
exerceraient ledit office pendant 20 ans au moins ou seraient morts
dans l'exercice de leurs fonctions. Les substituts n'obtenaient que
la noblesse personnelle.
(1) Dans les considérants de l'édit on lit : « La résolution que nous
avons prise de rappeler à leurs fonctions les anciens officiers de
notre Parlement de Paris et de rendre à cette première Cour de
notre royaume, l'intégrité de son ressort ne nous permet pas de
laisser subsister l'ancien Conseil supérieur d'arras, mais nous
croyons en même temps qu'il est de uotre sagesse de rétablir le
Conseil provincial d'Artois tel qu'il a été créé par l'empereur
Charles-Quint en 1530. Nous conserverons par là un des principaux
privilèges des habitants de notre province d'Artois et en augmentant
les pouvoirs dont il jouissait avant sa suppression nous donnerons
une nouvelle preuve de notre bienveillance. » Puis il décidait que ces
magistrats reprendraient leurs anciens gages, honneurs, droits et
privileges. Ceux qui avaient été remboursés de leurs offices devaient
rendre au trésor royal ce qu'ils avaient reçu. Ceux qui avsient
obtenu des lettres de vétérance les conserveraient. Les procureurs,
huissiers et autres suppôts près dudit Conseil jouiraient du même état
qu'autrefois. Les chancelleries continueraient de subsister. Le Conseil
connaîtrait de toutes les causes et matières qui lui étaient attribuées
avant sa suppression. On révoquait les attributions faites à quelques
baillages et on les rendait au Conseil principal, tous les sièges qui
en ressortaient en ressortiraient encore. Puis on indiquait certains
accroissements de juridictions. Le parlement de Paris reprenait son
droit d'appel dans la plupart des anciens cas. Enfin on confirmait
de nouveau les privilèges et franchises de l'Artois comme les lois
particulières audit pays, car le Roi ne voulait que rien ne fut innové.
(2) Le président le Vasseur de la Thieulloy eut 1,000 livres de
pension, le président de la Haye 500 livres, les conseillers Dumetz,
Le: 40
rance de recevoir des lettres de noblesse (1). Les Etats dans
une adresse au Garde des Sceaux exprimèrent leur satisfac-
tion, et l'on put croire que lapaisement allait se faire sur la
question financière. Mais le Gouvernement ne l'entendait
pas ainsi, Le nouveau Contrôleur général des finances,
Turgot, constata que, pendant la période de trois ans neuf
mois et 14 jours qu’avait duré la suspension, une somme de
342,621 livres était sortie des coffres royaux pour le paiement
des deux Conseils. Les pays intéressés n'avaient point
remboursé la part qu'ils devaient sur ces avances et, bien
que l’ensemble du système nouveau eût réalisé sur l’ancien,
disait-on, une notable économie de 10,806 livres par an, ce
qui faisait pour la durée de la suspension une somme de
40,828 livres, il restait à la charge des intéressés une dette
à acquitter de 183,600 livres que le Gouvernement réduisit
à 118,198 livres, dont 78,000 livres pour la province d'Artois.
On conçoit que cette réclamation refroidil singulièrement
l'enthousiasme des Etais. Autrefois disaient-ils, les frais du
Conseil d’Artois étaient prélevés par le Roi sur les droits
de greffe et d’amendes versés au Trésor. Ces droits, il en
jouissait encore, pourquoi donc refusait-il d'en supporter les
charges ? Et comment faire accepter en pleine paix cette
Crespiœul, Demaretz, Marteau, les abbés Chrétien et Hulot de 600
à 2,000 livres.
(1) Le gouvernement avait pourtant été mécontent de ce que le
Conseil supérieur n'avait pas été complimenter les commissaires du
Roi et le ministre les en avait blamés. Ce Conseil eut aussi une
discussion avec l'échevinage d'Arras en 1771 et 1772 pour savoir
qui devait entrer le premier dans le chœur de la cathédrale, et sur
la place qu'il devait occuper dans les distributions de prix. Le
ministre écrivit aux officiers de la gouvernance que le Roi avait
décidé, en 1771, que les jours de cérémonie le Conseil entrerait par
la porte principale de la cathédrale, mais que les jours de représen-
tation au collège, ce serait la municipalité et le gouverneur qui
entreraient d'abord, mais à condition d’arriver ies premiers.
— 50 —
exigence au pays déjà surchargé d'impôts ? Et toutes les
discussions recommencérent. L’Intendant, comme toujours,
se montrait inflexible. On eut recours aux députés à la Cour
auxquels on adjoignit d’autres membres nommés dans une
assemblée à la main. Le Gouvernement repoussa ces nomi-
nations comme illégales. Le marquis de Lévis contribua à
arranger cette difficulté et présenta la députation ; les
députés l'en remercièrent (1). Les Etats alors produisirent
un long mémoire (2) qui n'apprit rien à personne el où ils
disaient qu’il était bien dur pour eux d’avoir toujours à
annoncer aux Artésiens de nouveaux impôts, et cela en temps
(1) Dans leurs lettres ils disaient : « La province a toujours été
convaincue de votre zèle pour tout ce qui peut l'intéresser, et la
preuve que vous venez de nous donner ajoute aux bienfaits qu'elle en
a reçus dans toutes les occasions, et augmente notre reconnaissance,
etc.» En terminant, onsuppliait le marquis de Lévis de faire connaître,
aux deux ministres, l'usage constant des Etats à cet égard et les
raisons qui ont déterminé l’Assemblée à la main d'envoyer cette
députation. « Ce sera un nouveau bienfait de votre part, etc.» Le
marquis de Lévis, en 1771, avait aidé les Etats dans une affaire
relative à une saisie de tabac.
(2) Le mémoire commençait ainsi : « l'administration des Etats
d'Artois est également avantageuse au Roi et aux peuples, les
sommes qui se lèvent se portent directement au trésor royal
puisque les habitants paient autant et même plus que ceux de
l'intérieur du royaume. Cependant, dans les temps heureux, cette
perception se fait plus facilement dans cette province que dans les
autres, par l'habitude qu'ont les intéressés de payer volontairement
et sans frais, ce qu'on leur demande. Par ce moyen, le service tant
civil que militaire se fait promptement et avec exactitude. Les
souverains ont tellement recommandé l'utilité et l'avantage de cette
administration qn'ils l'ont approuvée et confirmée dans toutes les
occasions. Il est encore reconnu qu'elle ne pouvait se soutenir
qu'autant qu'il y aurait des juges dans la province pour décider
souverainement et sur le champ les contestations ». Suivent les
autres avantages du Conseil d'Artois.
CT
de paix, et quand la province était accablée de charges et
réduite à la misère. En fin de compte il fallut se soumettre,
et la somme répartie en onze annuités fut prélevée sur tous
les pays autrefois soumis au Conseil d’Artois. C'est ce qu’on
avait fait précédemment et ce que demandaient les Etats (1).
Pour en finir avec celte affaire de la suppression du Conseil,
il a fallu anticiper de quelques années sur l’histoire de la
province et de son Gouverneur. Si celui-ci s’élait tenu à
l’écart de ces discussions qu’il déplorait sans pouvoir y
remédier, il n’en avait pas moins continué à garder vis-à-vis
de ses administrés la ligne de conduite bienveillante et
courtoise qu’il avait toujours suivie. Quand le moment fut
venu de présenter les cahiers, les députés le trouvèrent
encore prêt à les accompagner à la Cour, comme à l'ordinaire.
En cette année 1771, les cahiers et leur supplément ne
différérent guère de ceux de l’année précédente (2). Pour la
troisième fois, par suite des désordres de la température, et
des inondations, la récolte avait été mauvaise en grains et
en fourrages, et la cherté toujours croissante devenait une
véritable ruine. Les bestiaux maigrement pourvus d’une
nourriture insuffisante et avariée ne rendaient pas aux culti-
vateurs le produit normal. Dans plusieurs cantons, l’épizootie
signalée l’année précédente sévissait encore, et les vétéri-
naires, entretenus à grands frais par les Etats pour y veiller,
(1) Voir sur le Conseil d'Artois, les simanachs d'Artois de 1768
p. 69 et 1769 p. 73, les Rues d'Arras par MM. Godin et d'Héricourt,
l'Etat de la province d'Artois par Bultel, un mémoire couronné par
l'académie d'Arras, etc. Sur le Conseil supérieur on peut voir
l'histoire d'Arras par M. Lecesne, tome 11, p. 644.
(2) Les députés, après l'audience qui eut lieu le 26 mai, escortés
du marquis de Lévis, allèrent faire leur Cour aux princes et prin-
cesses et dinèrent chez son ami, le ministre de Monteynard, avec
le gouverneur et les gentilshommes de l'Artois, présents à Paris,
l'intendant, l'évêque de lréguier, etc. Le marquis de Lévis accom-
pagna les députés à la Cour, à Versailles, Fontainebleau et Com-
piôgne.
avaient cru devoir maintenir les cordons sanitaires, préser-
vatif nécessaire mais préjudiciable à la liberté du commerce
des bêles à cornes. Bien que les chevaux et les moutons
n’eussent pas diminué, la culture était en souffrance. Les
journaliers eux-mêmes, dont le salaire n’avait pas augmenté
en proportion du prix des denrées, se voyaient obligés de
vendre successivement les arbres de leurs manoirs, leurs
animaux de basse-cour, principale source d’aisance pour
les pelites gens, voire même leurs meubles et leurs effets
personnels. D’après les cahiers, le mécontentement régnait
partout. Comment, dans de telles conditions, ne pas faire
appel à la générosité du Roï ? La remise de 1770 avait été
insuffisante. Elle avait êté de 200,000 livres. On en deman-
dait 500,000 cette année, plus la continuation de l’abonne-
ment des villes au don graluit sur l’ancien pied, c'est-à-dire
de 50,000 livres. Les prétentions du Gouvernement étaient
bien différentes. Jamais disait-il, ses ressources n'avaient
été aussi limitées ; le déficit laissé dans ses finances par les
dernières guerres était loin d’être comblé. On aurait pu
ajouter à cette cause les folles prodigalités de la cour.
L’Inlendant consulté, ne put que constater la véracité du
sombre tableau tracé par les Etats. Il trouva cependant un
point à signaler, sur lequel l’indigence ne se faisait pas sentir.
C'était l'accroissement de la population. Avantage incontes-
table assurément et gage de prospérité pour l'avenir de la
province. Mais on ne pouvait pas y trouver un motif pour
la surcharger d'impôts dans le présent. Après d’intermina-
bles discussions, la remise du don gratuit, sur la proposition
de l’Intendant, füt fixée au même chiffre que l’année précé-
dente, 200,000 livres, réparties dansles mêmes termes, sans
omettre les 26,866 livres appliquées à l'amortissement de la
fameuse dette des fourrages qui depuis 1759 (1) durait encore.
(1) 100,000 livres devaient être employées en secours imposés pour
les cultivateurs malheureux, 7,400 livres pour les subdélégués et
65,734 pour les laboureurs les plus nécessiteux.
= pa
Elle menaçait même de s’aggraver de nouveau en ce temps
de disette. Car précisément, au cours de la session de cette
année 1771, les Etats firent opposition à ce que l’on envoyât
un régiment de carabiniers en subsistance à Arras, de peur,
disaient-ils, de voir de ce chef augmenter le chiffre de leurs
dépenses.
Cette session des Etats s’ouvrit le 18 novembre. Comme
toujours, la plus grande part en fut employée à discuter les
questions de finances, d'impôts, et d'octrois. Questions
brülantes et passionnantes en ce temps-là, pour les repré-
sentants du Gouvernement, d’une part, qui cherchaient
toujours àaugmenter ses revenus, pour les députés, de l’autre,
qui n'avaient rien tant à cœur que de défendre les intérêts
de leurs concitoyens (1). Dès l’ouverture des Etats, les
commissaires du Roi, en annonçant la remise ordinaire et
la répartition qui devait en être faite, conformément aux
années précédentes, prévinrent l’Assemblée que sa Majesté
avait depuis le {er juin dénoncé la résiliation des abonne-
ments pour les impôts et que, si Elle était disposée à en
accepter d’autres, ce serait sur de nouvelles conditions (2).
(1) Les commissaires du Roi annoncèrent qu’il demandait 125,000 I,
pour le canal d'Aire à Saint-Omer.
(2) I offrait la prolongation pour six ans de celui de 2 sols
par livre sur le produit des fermes et octrois, la continuation
de ceux du premier vingtième et des #4 sols par livre jusqu'au
1er janvier 1781, puis pour un an de celui du deuxième vingtième;
l'abonnement de ces deux vingtièmes devait être augmenté d'un
cinquième. Les Etats nommèrent une commission pour examiner
ces demandes. Celle qui souleva le plus de protestations fut l'aug-
mentation du cinquième. Ils proposaient 500,000 livres par vingtième
et 100,000 livres pour les 4 sols par livre, plus ils demandaient l'auto-
risation d'emprunter pour payer ces suppléments de charges. Pour
les droits des villes, ils demandaient qu'il n'y eüt plus de régie royale,
mais que les Etats en restassent chargés et de faire un abonnement
définitif en prenant pour base le produit des impôts. Le ministre y
Quelles seraient ces conditions ? et à quelles discussions
leur établissement allait:il donner lieu ? (1).
En dehors de ces matières, à signaler, dans cette session
de 1771, une protestation des Etats contre un édit royal
supprimant les offices de jurés-priseurs ou vendeurs de
meubles(2),et transférant provisoirement leurs fonctions aux
consentit, mais non sans peine, car l'inspecteur nommé par le Gouver-
nement pour la surveillance des droits sur la bière et le vin préten-
dait que l'on avait exempté trop de monde, que les commis man-
quaient de capacité, que leurs registres étaient mal tenus, etc. Les
Etats répondirent qu'ils n'avaient exempté que les Etats-Majors des
places, que les adjudicataires des fermes étaient intéressés à ce que
les employés remplissent leurs devoirs, enfin qu'on ne pouvait trouver
de commis parfaits. Pour celui des 8 sols par livre ajouté à tous
les droits et impôts indirects, l'abonnement serait de 202,000 livres
par an, celui du contrôle serait de 100,000 livres auquel on ajou-
terait 40,000 livres pour les 8 sols par livre, celui du don gratuit
des villes resterait fixé à 50,000 livres. Un édit de novembre 1772
ayant réduit les 8 sols pour livre à 2 sols, le Gouvernement ne
demanda plus que 5,000 livres de ce chef.
Quant aux droits de contrôle, d'insinuation, centième denier et
petit sol, pour lesquels les Etats avaient obtenu un abonnement de
six ans, un arrêt du Conseil d'Etat du 15 septembre 1771 avait
décidé que le Roi les administrerait par son fermier général. Pour-
tant on consentit à un nouvel abonnement.
(1) Les Etats offrirent pour les nouveaux abonnements : 160,000 1.
pour celui des 8 sols pour livre, ils consentirent pour celui du
contrôle au chiffre demandé par le Gouvernement ainsi que pour
celui du don gratuit des villes, mais pour le premier ils demandèrent
que pour les 8 sols pour livre ils n'eussent à donner que 20 000 I.
(2: Les jurés-priseurs avaient été créés en 1556 et 1576 et leurs
fonctions remplies par les huissiers et sergents-royaux. Un édit de 1696
sépara ces deux fonctions et créa des offices particuliers qui perce-
vaient 4 deniers par livre sur les ventes de meubles. Louis XV,
par lettres patentes, supprima les commissaires aux prisées ‘et
ventes de meubles créés par un édit de 1712 comme faisant double
emploi avec les jurés-priseurs et ne servant qu'à augmenter les frais,
= 5
notaires et aux huissiers. Les Elats protestèrent, car ces
offices étant la propriété des villes où ils étaient érigés, elles
seules avaient le droit d'en disposer. L'affaire fut mise en
délibéré et la question fut ajournée.
Enfin furent trailées quelques affaires purement locales
pour la capitale de la province. Une école d'accouchement,
à laquelle devait bientôt s'ajouter un cours de chirurgie,
compléta l’ensemble des mesures déjà prises dans l'intérêt de
la santé publique. La mort de M. de Mouy, survenue cette
même année, laissant vacante la maison qu'il occupait
contiguë au palais des Etats, ceux-ci demandèrent au Roi
l'autorisation d'acheter cet immeuble,en même temps qu’un
autre qui y tenait également, pour agrandir leur palais et y
loger le député ordinaire de la Noblesse. Après les énormes
sacrifices qu’on leur demandait, on n’osa leur refuser cette
satisfaction bien que l’Intendant ne s’y montrât pas favorable.
Après le député de la Noblesse, disait-il, il faudra sans doute
loger celui du Clergé. M.de Mouy({{})avait toujours vécu dans
C'est un édit de février 1771 qui supprima lesjurés-priseurs vu la modi-
cité de la finance et en créa d'autres. Les anciens titulaires étaient
«privilégiés pour acquérir les nouvelles charges, mais pour connaître
l'importance de leur produit, avant de fixer le prix de vente, le Roi
avait sursis à la vente de ces offices de jurés-priseurs et chargé les
notaires et huissiers de les suppléer par des lettres patentes de
juillet 1771, puis, par d'autres lettres patentes du 17 août de cette
même année, le Roi autorisa ces jurés à continuer leurs fonctions. Des
lettres patentes du 7 août 1772 sont relatives aux notaires, greffiers,
huissiers et sergents-royaux, requis de faire les prisées et ventes de
biens meubles. Plus tard le Roi chargea un receveur de percevoir
le produit des droits sur les ventes de meubles revenant à l'Etat et
cela pendant 6 ans à partir du 1° octobre 1777.
En 1772, on supprima les payeurs de gages des différentes cours
et en 1774, les contrôleurs aux dépens et vérificateurs aux saisies
réelles,
* (1) On peut voir son éloge en vers dans l'Almanach d'Artois de
1772, page 206.
= 66
les meilleurs termes avec eux. Retiré là depuis de longues
années, il y exerçait les fonctions d'inspecteur général de
l’Artillerie. Il était membre de l’Académie d'Arras et y
jouissait d’un grande considération. Son successeur fut
M. de Gribeauval, comme lui lieutenant-général et comman-
deur de Saint-Louis (1).
(1) C’est encore en 1771 que les Etats d'Artois modifièrent le
mode de remise des fonds qu'ils devaient à l'Etat ; il fut question de
créer une conservation des hypothèques et d'établir une diligence
d'Arras à Péronne, où on rencontrerait la diligence de Paris.
C'est aussi en 1771, que M. de la Sablonnière, imprimeur des
Etats à Arras et M. Fertel, imprimeur de la ville de Saint-
Omer demandèrent qu'on retirât son brevet au sieur Nicolas, impri-
meur à Arras. Les Etats s'occupèrent de ces différentes questions.
Enfin, c'est en 1771, que le Roi créa une école militaire pour 500
jeunes gentilhommes.
— 9 D 104 —
ue
mi
1772
L'année 1772 s'ouvrait sous de fâcheux auspices. Les
rapports des représentants de la province avec le Gouverne-
ment, devaient se ressentir longlemps des discussions
soulevées l’année précédente. On peut juger de l’état des
esprits par une lettre dé l'évêque d'Arras, député à la Cour,
adressée aux députés ordinaires dès le 4 janvier. Dans cette
lettre, Mgr de Conzié, après avoir exprimé la volonté de
s'associer à eux pour la défense des intérèts du pays, ne
craignait pas d'ajouter : { Notre tâche est d'autant plus
« difficile que nous sommes à chaque instant exposés à des
« invasions d’un ennemi redoutable, puisqu'il prend la
« chose publique pour motif de la guerre qu’il nous fait,
« ainsi qu'aux autres provinces du royaume, même les plus
« privilégiées ». Cet ennemi redoutable, évidemment c'était
le contrôleur général ; et les attaques auxquelles il se livrait,
c'étaient les tentatives sans cesse renouvelées pour créer de
nouveaux impôts ou aggraver les anciens.
Une assemblée à la main fut tenue par les Etats le 4 mai.
C'était, comme on sait, le premier acheminement à la rédac-
tion des cahiers. Toutes les questions locales y étaient
traitées et discutées. On s’occupa d'abord du don gratuit des
villes, de la création et de la réfection des chemins, de la
ferme des bêtes vives, de la suppression de l'impôt sur la
petite bière, et puis, vinrent les doléances... plus nombreuses
que jamais. Chaque année en apportait de nouvelles (1). La
(1) Pourtant les épizooties avaient plutôt diminué puisqu'un arrêt
du conseil d'Artois du 3 juin 1772, rétablissait les foires et marchés
aux bêtes à cornes, vu la cessation de l'épizootie en Artois et dans
les provinces voisines; il avait suspendu ces marchés par un règle-
ment du 20 octobre 1770, Les maladies ayant reparu dans certains
districts de l'Artois, le Conseil supérieur, par arrêt du 28 mai 1773,
suspendit de nouveau ces foires et marchés à Lillers, et le 30 sep-
L
"58
fameuse question des édits à présenter aux Etats avant de
les faire enregistrer au Conseil d’Arlois se raviva à propos
de la création des jurés-priseurs et des droits sur la poudre,
l'amidon et le carton, pour lesquels cette formalité avait été
omise{1). Les protestations se renouvelèrent contre la préten-
tion de mettre à la charge de la province, le traitement des
subdélégués (2) fonctionnaires également inutiles, disait-on,
à l'administration générale et à l'administration municipale,
car ils faisaient double emploi avec les commissaires
répartis créés par les édits de 1764 et 1765, pour remplir
tembre dans les pays de Langle et de Laleu et le canton de Saint-
Venant. On mit des gardes pour empêcher les communications entre
ces pays et les pays voisins; ces mesures gênaient l'approvisionne-
ment en bestiaux destinés à la consommation et diminuaient le
produit de l'octroi sur les bêtes vives. Le 24 mars 1774, tous les
marchés furent rétablis dans les endroits où ils avaient été interdits,
mais en exceptant les pays ci-dessus indiqués.
(1) C'est un édit de février 1748 qui, pour subvenir aux charges
de la guerre, avait ordonné la perception de différents droits. dont
ceux sur le papier et le carton; la perception devait avoir lieu
pendant 12 ans et à la paix un édit de février 1749 les suspendit ;
mais sous prétexte de nécessité pour les finances, ces droits furent
rétablis par une déclaration du Roi du 1 mars 1771. Les papiers
payaient de 4 à 25 livres la rame selon la grandeur et la qualité,
les cartes et cartons quatre fois plus. Le droit sur l'amidon était de
2 sols par livre, on donnait comme une des raisons de cet impôt
que cette fabrication amenait la cherté des grains, etc. Ce droit et
celui sur la poudre à poudrer furent établis par un édit de février 1771.
(2) Voici comment on répartissait les 7,400 livres que le Roi
faisait payer pour les sub iélégués . 1,000 livres à celui d'Arras et
à celui de Saint-Omer ; 800 livres à ceux de Bapaume, Béthune,
Aire, Hesdin et Saint-Pol ; 400 livres à celui de Saint-Venant ; celui
de Lens ne recevait rien, aussi ce poste était généralement géré par
le subdélégué d'Arras,
— 0
près des Hôtels-de-Ville, le rôle d'officiers permanents. C'est
là, du reste, un reproche qu'on fait aussi de nos jours aux
sous-préfets. Sur ce point, et c'était un des seuls, le Contr-
leur général paraissait disposé à se ranger du même avis.
Il écrivit même à l’Intendant pour lui proposer de réduire
le nombre de ces subdélégués. Mais Caumartin se montra,
comme toujours, intransigeant. L'autorité souveraine,répon-
dit-il, aurait à perdre, à la suppression de ces fonctionnaires,
ce que perd tout pouvoir éloigné à se voir privé des moyens
de communications réciproques du centre aux extrémités.
Les subdélégués furent donc maintenus, et leur trailement
fut prélevé sur la remise de 200,000 livres que le Roi accorda
commeles années précédentes sur ledon gratuit de 500,000 I.
que lui fournissait la province. Les Etats, lors de la présen-
tation des cahiers, cherchèrent vainement à obtenir des
concessions plus larges. Vainement firent ils valoir dans le
discours d'usage la promptitude et l'unanimité qui avaient
mérité à l’Artois d'être proposé en modéle aux autres pro-
vinces. L'Intendant Caumartin, qui venait, par suite de la
démission du duc d’Aiguillon. d'être nommé chancelier
garde des sceaux de l'Ordre de Saint-Louis, parut un instant
puiser dans ce surcroît d’honneurs des dispositions à la
bienveillance. Il reconnut que, vu la médiocrité du rende-
ment des grains au battage, le Roi devait se montrer géné-
reux. Mais quant à supprimer les nouveaux droits, cela lui
paraissait impossible, puisqu'on les appliquait dans les autres
provinces ; aussi, quand on en vint à leur discussion détaillée,
aucun de ceux-ci ne fut adouci ni supprimé. A l'ouverture
des Etats, le 23 novembre, le Roi demanda 44,444 livres
pour le canal d’Aire à la Bassée et 63,000 livres tant pour
les gages des ofliciers du nouveau conseil supérieur d'Artois
que pour le remboursement de ceux de l'ancien. Ces
demandes étaient contraires aux promesses formelles faites
l'année précédente. Les Etats protestèrent énergiquement.
Tout ce qu’ils obtinrent à la suite de longs débats fut une
= 060 =
réduction de 3,000 livres sur le dernier chiffre (1). Pour les
abonnements, l'écart avait été bien plus grand encore entre
les chiffres exagérés présentés par le Gouvernement et les
chiffres réduits assignés par les Etats au rendement des
impôts. Cet écart, il faut le reconnaitre, n'avait pas pour
cause unique la malveillance réciproque des deux parties
intéressées ; mais il était dù aussi au grand nombre de privi-
lèges el d’exemptions dont on jouissait sous l’ancien régime.
Les plus importants s’appliquaient à ce que l’on appelait
les biens de main-morte, autrement dit les biens des églises,
des abbayes, des maladreries, des chapitres, des commu-
nautés et établissements d'instruction, etc., dotés généreu-
sement par nos pères pour assurer la magnificence du culte
ou subvenir aux besoins des pauvres. Affranchis tout à la
. fois des exigences du fisc, et des vicissitudes par lesquelles
s’effondrent trop souvent les fortunes particulières, ces biens
admirablement administrés étaient parvenus à un degré de
prospérité inouïe. Le sol de l’Artois en était couvert, et les
quelques monuments qui restent debout permettent de juger
de l’efflorescnce artistique qui résulta de cette opulence.
Cependant les sentiments de foi auxquels toutes ces fonda-
tions devaient leur origine avaient disparu. Les doctrines
philosophiques d’une part, la licence des mœurs de l’autre
avaient envahi les classes élevées de la Société française.
Le nombre de vocations diminuait sensiblement. Dans cer-
tains monastères, le relâchement de la règle et l'abus des
richesses offraient une proie trop facile aux convoitises d’un
gouvernement aux abois. Réduire le nombre des couvents et
(1) Les villes et pays ressortissant au Conseil d'Artois avaient à
payer en sus de ces 60,000 livres: l'Ardrésis 1,489 livres, le Boulon-
nais 10,075 livres, le Calaisis 4,750 livres, Bourbourg et sa chatel-
lenie 2,879 livres, le Montreuillois 898 livres, Dunkerque et son
territoire 3,638 livres, Gravelines 104 livres. Ces sommes, jointes à
celle de 40,167 livres dont l'Etat restait chargé, faisait 124,000 livres.
ol
mettre Ja main sur leurs biens, tel fut donc l’objectif qu'on se
proposa. Les Etats, il faut le reconnaître, firent une vaillante
résistance. Quelques-uns de leurs membres, à la vérité,
s'élaient laissé gagner par les idées nouvelles, mais la grande
majorité devait rester jusqu'au bout, c'est-à-dire jusqu'à la
Révolution, attachée à la foi de ses pères ; el s’ils étaient d'avis
de faire supporter aux gens de main morte une part impor-
tante du fardeau des impôts et des charges dont on écrasait
la province, jamais ils n'entrèrent dans les complots du
ministère pour réduire ou exploiter les couvents dont l'exis-
tence était pour le pays une source de richesses et de bien-
faits (U;. Ainsi les avait-on vus dès l’année 1764, prendre en
main la cause du chapitre des filles nobles de Denain qui
avait reçu l’ordre de se transférer et de se réunir à
celui de Valenciennes. Les députés et la Cour firent à ce
sujet les plus vives représentations au cardinal de Luynes
et aux autres prélats qui composaient le bureau chargé des
affaires ecclésiastiques (2). Le Gouvernement émettant dès
(1) Les couvents, disaient les Etats, ne sont une charge ni pour
la France, ni pour le public; les supprimer ou diminuer leurs
ressources, c'était faire tort à la province, car ils participaient en
partie aux charges, soulageaient les malheureux et instruisaient les
jeunes filles.
(2) Les Etats protestèrent aussi quand le gouvernement voulut
imposer de nouvelles formalités aux chapitres de filles nobles
établis dans la province. Ainsi, en 1781, le gouvernement voulut
assimiler le chapitre de Maubeuge aux maisons nobles de Lorraine
où il fallait seulement 4 quartiers de noblesse du côté paternel et
maternel pour être admis, tandis qu'en Flandre il en fallait 8. Les
religieuses, appuyées par le parlement de Flandre, avaient protesté,
car elles voulaient, disaient-elles, repousser les anoblies ou celles
dont les parents avaient fait leur fortune dans les finances. Il y avait
40 prébendes à Maubeuge, 17 à Denain. Toutes ensemble représen-
taient 100,000 livres de revenu. On fit plusieurs mémoires à ce sujet.
Dans l’un, l'on disait, que la noblesse de Belgique pouvait s'appliquer
— 62 —
lors la prétention de supprimer toute communauté qui ne
pouvait justifier d’une conventualité de 20 membres, et de
lui interdire de recevoir des novices (1). Une mesure analo-
gue s’étendait non seulement aux ordres religieux mais
encore aux écoles et aux corporations qu'on prétendait deve-
nues inutiles. Ainsi, précisément en l'année 1772, celle
où nous en sommes, on contestait l’existence de l'école
Sainte-Croix de Béthune, et celle des trois compagnies de
canonniers et d’arquebusiers de cette ville pour employer,
disait-on, leurs biens à des œuvres plus utiles. Nouvelle
protestation de la part des Etats. L'année suivante, en 1773
un édit désastreux aux réguliers devait faire le sujet d’un
mémoire rédigé par les dépulés ordinaires. 1] ne s'agissait
de rien moins que de soustraire les moines à l’obédience de
leurs supérieurs ordinaires pour les mettre directement sous
la main des évêques (2). C'était la division de l'autorité,
les mots de Tacite : « A/ieni nulla gens obstinentior sua fortiter
defendens », aucune nation n'est moins ambitieuse ; mais elle défend
fortement ce qui lui appartient. On rappelait que Louis XIV passant
à Maubeuge et étant entré au couvent, après avoir embrassé les
religieuses, promit de maintenir leurs constitutions. Les Etats
d'Artois s'occupaient de ces chapitres nobles parce que les jeunes
filles des Seigneurs de la province pouvaient y entrer.
(1) Les Etats protestèrent quand en 1364 on défendit aux religieuses
d'Annay et du Vivier à Arras de recevoir des novices.
(2) Cet édit chargeait les évêques de l'examen des novices, des
réceptions, des professions, de donner les permissions d'absence, de
la confirmation des prieurs, etc. Les Etats protestèrent contre cet
édit comme contraire aux principes ecclésiastiques, car si les
évèques ont sur les réguliers une autorité d'inspection supérieure à
celle des abbés, ils ne peuvent l'exercer que quand ils visitent en
personne les maisons, dans les causes d'appel et dans les cas
indiqués par les canons. Mettre deux autorités c'est fournir aux
sujets réfractaires le moyen de se soustraire à toutes les deux. On
peut voir à ce sujet un mémoire rédigé par les députés ordinaires.
"69 —
partant sa ruine (1). En 1773 également, les Etats, par leurs
remontrances encore, firent lever la défense signifiée par
l'évêque de Saint-Omer au prieur de Saint André-au-Bois,
de recevoir des novices. À ce premier moyen de dépouiller
les couvents en en diminuant le nombre, s’en ajoutait un
autre, qui n'élait pas nouveau. C'était de différer longtemps
les nominations des abbés pour jouir des bénéfices pendant
la vacance du poste ou d'imposer de lourdes charges aux
titulaires comme condition de leur entrée en possession.
C'était ainsi que Dom Bernard, abbé de Clairmarais en 1784
devait se voir obligé de payer quatre pensions attribuées à
des laïques, s’élevant ensemble à 10,000 livres. A sa mort,
arrivée trois ans après, les Etats représentèrent au Gouver-
nement que si pareille redevance était imposée à son succes-
seur, il fallait renoncer aux travaux projelés pour la recons-
truction du monastère qui menaçail ruine. Maintes autres
(1) Des édits de mars 1768 et février 1373 qui s'occupaient des
Réguliers, sur la demande des Etats de Flandre et d'Artois, furent
un peu modifiés par une déclaration du Roi du 7 décembre 1774
pour les Couvents de ces deux provinces. Il y a 34 articles; an
s'occupe des noviciats : on ne pouvait admettre à la profession que
ceux qui avaient fait leur noviciat dans la maison, un religieux ne
pouvait quitter un monastère pour aller dans un autre où la règle
était moins sévère. Les couvents étaient obligés d'entretenir leurs
bâtiments, de reconstruire ceux en mauvais état; c'est sans doute ce
qui fit travailler à tant de monastères à cette époque. Mais on ne
pouvait faire de nouvelles constructions sans une délibération de la
communauté. Les religieux ne pouvaient rien posséder en propre,
ni prêcher sans l'autorisation de l'ordinaire. Celui-ci devait donner
son autorisation pour les fondations et faire des visites dans les
maisons. D'autres articles s’appliquaient aux ordres mendiants, aux
bénéfices, etc.
Un arrêt du Parlement du 18 août 1760 avait défendu d'établir
des associations, congrégations et confréries sans l'autorisation du
Roi. Une déclaration de S. M., du 16 mars 1772, était relative aux
brefs, bulles, etc., de la Cour de Rome,
pi
fois le même cas se présenta. A Eaucourt, une des abbayes
les moins riches de la province, Dom Bultel dut s'engager à
payer une forte pension pour faire agréer sa nomination.
A Auchy,il en fut de même, et aussi à Saint-Eloy lors de
l'avènement de Dom Doresmieulx de Fouquières. Nulle
part les protestations ne furent plus vives qu’à Dammartin.
En 1785, Dom Oblin, pour être nommé coadjuteur de l'Abbé,
dut consentir à payer 12,000 livres de pension à la princesse
de Condé, abbesse de Remiremont, et 600 à l’Abbé Faure,
supérieur du grand séminaire, puis évêque d'Amiens. Les
religieux, exaspérés, prétendirent que c'était prendre le tiers
de leurs revenus. Cependant il est permis de croire l'éva-
luation exagérée. Les députés à la Cour appelés en témoi-
gnage la soutinrent mollement, et les Etats, se plaçant au
point de vue plutôt des intérêts de la province que de ceux
des intérêts des religieux, portérent leurs griefs spicialement
sur l'attribution des pensions à des étrangers et sur la dimi-
nution des charités faites aux pauvres du pays qui en était
la conséquence.
Bien plus grand et plus injuste fut le tort fait à l'Abbaye
de Blangy-sur Ternoise. Celle-ci n’était pas riche. Sur un
revenu de 17 à 18,000 livres, elle était obligée de fournir la
portion congrue aux curés, aux vicaires et de pourvoir à
l'entretien et à la réparation des églises dans les paroisses
dont elle avait la dime. Ces charges, elle s’en acquittait
noblement, comme on peut s’en convaincre encore aujour-
d'hui (1).
Pour ce monastère, les nouvelles exigences du fisc étaient
la ruine. Trois abbés s’y succédérent en peu de temps. Ce
fut d'abord l'abbé de Ghistelles à qui l’on imposa 1,200 1. de
pensions à fournir, puis Dom Postel qui dut en promettre
(1) À cinq kilomètres de Blangy, la petite église de Bermicourt,
dont le chœur était dans ce cas, conserve dans sa jolie voûte en
pierre sculptée du gothique le plus pur, la trace de la manificence
et du sens artistique des religieux.
0 --
4,800 livres. Celui-ci était d'humeur douce et de complexion
délicate. Les difficultés inextricables auxquelles il avait à
faire faceentre les besoins de ses religieux,auxquels restaient
à peine 200 livres par tête, et les autres charges qui crois-
saient d'autant plus qu'on les négligeait, le firent tomber
en langueur et il mournt bientôt. A son successeur, Dom
Denis, on voulut ajouter un surcroît de 600 livres de pensions
à servir. Du coup c'était mettre les moines, dans l’impossi-
bilité de vivre. Ils s’adressèrent aux Etats d'Artois et, par
ceux-ci, à l’Evêque d'Orléans, chargé de régler les finances
d'église en ce temps-là, pour se faire dégrever de ce nouveau
tribut. Leur cause était intéressante. Le marquis de Lévis
intervint puissamment en leur faveur, et la gagna. A un
siècle de distance, il eût pu voir l’un des fils de sa race
recueillir dans ce pays de Blangy le souvenir et le mérite de
ses bienfaits (1).
Cependant il était un troisième fléau plus redoutable
encore que les deux précédents aux ordres religieux en ce
temps-là. C’était la Commende. On sait que, pris dans son
sens primitif, ce mot ne signifiait autre chose que le dépôt
d’un bénéfice entre les mains de celui qui, ne pouvant cano-
niquement le posséder, n’en avait que l’administralion pen-
dant la vacance, à la charge de rendre compte des fruits
qu'il en tirait à celui qui en serait pourvu plus tard. Ilen avait
‘été ainsi aux premiers siècles de notre histoire. Mais des
abus ne tardèrent pas à s'introduire. On vit les églises et
les monastères être la proie des officiers de la maison du Roi
et des hommes de guerre, qui devenaient abbés sans être
moines, et qui tiraient des revenus des bénéfices, une
solde et des appointements. Charlemagne mit fin à ces
(1) Le château de Monchy, situé à quelques kilomètres en amont
de Blangy, dans cette même vallée de la Ternoise, est actuellement
possédé et habité par le marquis de Lévis, à qui sa femme, Mlle d Hin-
aisdal, l’a apporté. :
06 —
désordres en rendant aux moines le gouvernement des monas-
tères. Mais les réformes qu’il fit ne durèrent pas longtemps.
Les commendes redevinrent la proie des grands, et ceux-ci
les considérant comme leurs biens propres, se mirent à en
disposer par ventes, échanges, partages, laissant sans scru-
pule les bâtiments en ruines et les moines dans la misère.
Sous la troisième race, le désordre devint plus scandaleux
encore. Les Rois et les seigneurs firent donner la tonsure et
le voile à ceux de leurs enfants qu’ils voulaient enrichir sans
amoindrirleurs domaines, etleur firent concéder des commen-
des opulentes. Des abbés possédant le litre d'un monastère,
s’attribuërent la commende de plusieurs autres. On vit les
gens d'église mener la vie des seigneurs les plus fastueux et
les plus dissolus, avoir comme eux des tables somptueuses,
des équipages de chasse, et traîner à leur suite des femmes
de mauvaise vie. Tels étaient les abus que, de siècle en
siècle, l'Eglise, les conciles, les papes et, à l’instigation de
ceux-ci, les rois eux-mêmes avaient cherché à réprimer. En
1574, Henri 111, sans se dépouiller de la faculté de disposer
des bénéfices réguliers, promit de n’y nommer à l'avenir que
des religieux. En 1617, Louis XIII, prince pieux et craignant
Dieu, prit à l'Assemblée des notables de Rouen un arrêté
supprimant les commendes elles mêmes, mais cela resta
sans effet, et l’état de choses que tant d'hommes puissants
avaient intérêt à maintenir devait durer jusqu’à la Révo-
lution.
Jusqu’à l’époque où nous en sommes arrivés, la province
d'Artois s'était vue à l'abri de la commende, en vertu des
privilèges que. lors de son annexion à la France, on avait
promis de lui conserver. Pourtant des atteintes y furent
portées, et le cardinal d’York fut nommé abbé commendataire
d'Anchin. En cette année 1772, lorsque le cardinal de la
Roche-Aymon s'étant désisté de l’abbaye de Cercamps, Île
Roi voulut y mettre un économat, les Etats protestérent.
Alors un nouvel abbé commendataire fut nommé. Les reli-
==. 67 —
gieux lui offrirent de se charger de recevoir sa part de
revenus, prévoyantqueles débiteurs seraient mains molestés
que par un receveur mercenaire, mais il ne voulut pas entrer
dans cette voie. Les Etats eux-mêmes conseillèrent aux
religieux de céder, en présence des difficultés nouvelles qui
se préparaient et des luttes qu'ils avaient à soutenir pour
empêcher les empiètements sans cesse renouvelés sur les
immunités de la province. C’était d’abord les nominations
d'étrangers aux divers bénefices. Telle celle de Guilhem de
Saint-Marc, diacre du diocèse de Condom, au prieuré de
Saint-Georges-lès-Hesdin, d’un autre au prieuré d'Aymerie
dépendance d’Anchin. Celle ci donna même lieu à un débat
des plus vifs. L'affaire avait été portée au Parlement de Paris
et l’avocat général Séguier, s’était permis une virulente
invective contre les prétentions de la province d'Artois à se
regarder comme étrangère au milieu des Etats du Roi, pré-
tentions que la Cour en diverses circonslances, disait-il,
avait rejetées. Cela s'était passé en 1770. Depuis lors la situa-
tion avait toujours été en s’aggravant. Les deux abbayes de
Saint-Vaastet de Saint-Bertin qui, avant la réunion del’Artois
à la France, formaient avec deux autres monastères de Bel-
gique ce qu'on appelait la congrégation des Bénédictins de
Flandre, furent mises en demeure de rompre ces liens et de
se rattacher à l’abbaye de Cluny (1). La majorité des reli-
gieux était d'avis de se soumettre à ce changement, qui
n'avait rien de contraire à leurs constitutions ni à leur règle,
mais un certain nombre protestèrent et furent soutenus par
les Evêques d'Arras et de Saint-Omer, mécontents de voir
amoindrir par là leur juridiction. Ce qui porta l'agitation
à son comble, ce fut lorsque se manifesta de la part du
(1) Voir à ce sujet un mémoire sur la Congrégation de Flandre
composé par l’abbé Rembert et couronné par l'Académie d'Arras, et
l'Histoire d'Arras par M. Lecesne, tome I], page 636,
— 68 —
Gouvernement l'intention d'étendre la commende à la riche
abbaye de Saint-Vaast, qui en avaittoujours été affranchie(1)}.
L'affaire resta er suspens. Le premier pas dans l'accomplis-
sement de ce projet fut l’'apposition des scellés par ordre du
Roi, aussitôt la mort de l'abbé Dom Vigor de Briois en 1780,
sous prétexte de vérifier les comptes des receveurs. Tout
avait été mis en œuvre pour préserver l'Abbaye de la com-
mende et des calamités qu’elle entrainait. C'était la plus
grave atteinte à la régularité de la discipline monastique et
aux privilèges de la province. De nombreux mémoires
avaient été rédigés (2). Aux proteslalions indignées des
(1) Le 3 mai 1775, les députés à la Cour écrivirent aux députés
ordinaires : « Lorsque nous avons communiqué à M. le Garde des
Sceaux le bruit qui s'était répandu par rapport au Conseil d'Artois,
il a dit que nous devions regarder ce propos comme l'effet de la
fermentation qui règne dans la province et dont le Gouvernement
s'occupe d'arrêter le cours. Nous lui avons représenté que cette
fermentation nous était inconnue et qu'on s’y occupait uniquement
du bien général, On ne doit faire aucune application de ce discours
à M. Desruelles et imaginer que sa situation soit une suite de mesures
prises par le Gouvernement. »
(2) Les députés à la Cour écrivaient le 9 mai 1775 cette lettre aux
députés ordinaires : « Depuis quelque temps lebruitestrépandu à Paris
qu'on avait le projet d'étendre dès à présent la commende à l'abbaye
de Saint- Vaast, nous n'avons pas cru devoir y donner confiance. Le
projet, en effet, paraissait dénué de vraisemblance, cependant nous
ne pouvons plus douter qu'il n'ait de la réalité. Nous avons cru
devoir en parler à M. de Maurepas, nous lui avons représenté qu'un
des privilèges de notre province était que les abbés devaient être
nommés par voie d'élection, et que cette fonction ne pouvait être
conférée en commende ; que si dans quelques circonstances le Roi
s'était écarté de cette règle, ce n'avait jamais été qu'en faveur des
cardinaux, qui jouissaient du privilège de pouvoir posséder des
bénéfices en règle. Il nous a cité l’abbaye d'Anchin laquelle a été
conférée à M, le duc d'York. Nous n'étions pas assez instruits de
l'exactitude des faits pour pouvoir les contester, mais nous lui avons
— 69 —
religieux se joignirent celles des autres monastères de
la région. Les Evèques eux-mêmes, qui ne s’élaient pas
toujours montrés soucieux de l'intérêt des réguliers, se
prononcérent cette fois en leur faveur et, lors de la présen-
tation des cahiers, ce fut l’évêque de Saint-Omer qui porta
la parole & avec autant de puissance que d’éloquence » à ce
sujet. Parmi les députés, le plus grand nombre se rangeait
à cel avis, et le Gouverneur de la province les secondait de
toutes ses forces dans leurs remontrances au gouvernement.
Un seul député à la Cour, et c'était le marquis d'Aoust, fit
défection (1}. Après, à la mort de Dom Vigor de Briois,
représenté que le duc d'York, fils de Roi, était dans le cas d'une
exception qui ne pouvait servir de titre à aucun autre. Au reste, le
ministre nous a assuré qu'il n'était plus question de ce projet et que
M. le maréchal de Muy pourrait calmer nos inquiétudes. En effet,
nous l'avons vu, et il nous a manifesté sa surprise qu'un pareil
dessein ait pu être conçu et favorisé par quelques-uns de nos conci-
toyens. Il nous a dit que le Roi l'ayant consulté sur cet objet, il a
remis à S. M. un mémoire dans lequel il a établi que la commende
était aussi préjudiciable à la régularité des maisons religieuses que
contraire aux privilèges des provinces belges. Enfin, M. le Maréchal
nous a parlé de manière à dissiper nos alarmes et à exciter toute
notre reconnaissance. Nous lui en avons offert l'hommage et lui
assurons que nous ne laisserions pas ignorer à la province qu'elle
lui était redevable de la conservation d'un de ses plus précieux
privilèges, puisque sans son appui ce privilège aurait été anéanti
avant même qu’il eût été possible d’être instruit qu'on se proposait
d'y porter atteinte. »
P. S. — M. le Maréchal a ajouté qu'il ne souffrirait pas que la
commende fut introduite dans les abbaves de la province. Il avait
dit la même chose à M. le marquis d'Aoust, il y a trois mois, il l’a
redite à l'archevêque de Tours et à M. Brunet et il remit, à ce sujet
un mémoire au Roi.
(1) Les députés à la Cour écrivirent aux députés ordinaires le
4 juillet 1775 : « M. le marquis de Lévis nous a fait prier de passer
chez lui pour nous entretenir d'un projet qui intéresse la province. .
7) —
suivie de plusieurs années de discussions et d’attermoiements,
le cardinal de Rohan fut nommé abbé commendataire de
Saint-Vaast. Ce fut le premier et le dernier. L'histoire de son
administration devait être lamentable. Elle débuta par un
procès qu'il eut à soutenir contre les religieux qu'il avait
mission de protéger et se termina par la sotle et coupable
affaire du Collier, dont il fut le triste héros. L’'effervescence
qui régnait alors dans les couvents était portée à son comble.
Il s’y passa des scènes qu’il n'entre pas dans notre cadre de
rapporter. À Saint-Vaast, un religieux, Dom Desruelles, fut
mis en prison, puis relâché. Les communautés de femmes
elles-mêmes ne vivaient pas en paix, et le marquis de Lévis
dut plus d’une fois intervenir dans leurs affaires. Telle par
exemple l'élection de l’Abbesse du Vivier en 1776, à l’occa-
sion de laquelle s’éleva un conflit entre l’abbé deSaint-Bertin,
qui était le supérieur normal, et l’Abbé de Saint-André, pro-
Il nous a fait lecture d’une lettre écrite le 5 juin, par M. de Muy,
parlant en substance du compte-rendu fait au Roi par le ministre,
des interrogations subies par deux particuliers, ainsi que des propos
saisis, 11 y avait vu les preuves d’une intrigue qui avait pour but
d'acquérir des protecteurs à prix d'argent et aux dépens des abbayes
de la province pour une affaire dans laquelle on devait tout attendre
de sa justice, que l'intention du Roi était que M. de Lévis lui indi-
quât les moyens les plus prompts de rétablir dans la province le
calme troublé par quelques esprits inquiets et ardents, et d'étouffer
jusqu'au germe les divisions qui y ont existé, et c'est pourquoi elle
l'a chargé d'employer l’autorité qu'elle lui a confiée, et de lui faire
connaître ceux en qui il trouverait des dispositions contraires à ses
vues. M. de Lévis nous a chargés de faire connaitre aux Etats l'objet
de cette lettre. Nous lui avons dit quel esprit de sagesse et de justice
avait toujours animé les trois corps, que les Etats n'avaient aucune
part aux mémoires, que leurs délibérations et leurs intentions en
font toi et que nous désavouons et improuvons tout ce qui aurait pu
être fait et dit contre ces intentions et délibérations. »
1 —
posé par les Etats pour la présider. Le Gouverneur d'Artois,
appelé à trancher le débat, décida en faveur du premier.
La large place que nous avons dù donner aux questions
monastiques en celte année 1772 n'a pas sufli à épuiser tous
les sujets de discussions qui étaient à l'ordre du jour entre
la province et le gouvernement. Il y avait encore la question
d'organisation des municipalités. Pour celle ci, comme pour
la précédente, il serait nécessaire de remonter bien avant et
de s'étendre bien après les limites de la présente année, afin
d'exposer les fluctuations continuelles auxquelles elle fut
soumise. Sans remonter plus loin que la domination fran-
çaise, Louis XIV, soi disant pour éviter les intrigues et les
cabales auxquelles donnaient lieu les élections, nomma les
échevinages ; puis, par besoin d'argent, rendit ces charges
perpétuelles et héréditaires moyennant finances, par des
édits de 1692, 1693 et 1695. En 1706, on créa dans chaque
municipalité des maires perpétuels alternatifs et triennaires.
En 1716 on supprima la vénalité avec indemnité aux titu-
laires et retour à l'élection ; en 1727 on revint à la véna-
lité (1). Quant aux échevins, une commission désignée par
le Roi nommait d’abord quatre, puis huit échevins aux
mains desquels était confiée la direction des affaires muni-
cipales. Au moment de l'arrivée du marquis de Lévis,
un édit daté du mois d'avril 1764, motivé sur les avantages
pour les différents corps et communautés de pouvoir
s’adminisirer eux-mêmes et choisir ceux qui régissaient
(1) Voir pour l'histoire des échevinages : l’Hrstoire de l'admints-
tration municipale d'Arras, par M. de Cardevacque. Arras 1879,
Notice sur l'échevinage d'Arras, par M Lecesne (Annuaire Parenty,
année 1866). L'Organisation municipale de la vilte d'Arras par le
baron de Hauteclocque, ancien maire de cette ville (Congres scten-
tifique de Franre, xx° session, tome 1er p. 134). Recherches hislori-
ques sur l’anrien érhevinage d'Arras, manuscrit du même auteur.
Archives de la ville s registres aux nominations des échevins et
officiers municipaux, tome 1v, 1723-1791,
— 7 —
leurs finances et prenaient soin de leurs intérêts avec faculté
de les changer à leur gré, supprima les officiers municipaux
dans les villes et les bourgs au-dessus de 4,500 âmes (1).
Ces fonctionnaires devaient désormais être remplacés par
voie d'élection, sous la présidence des lieutenants de baiJliage
qui devaient en fixer le nombre en se basant sur le chiffre
de la population.
En mai 1765, un nouvel édit étendit ce droit d'élection à
toutes les communautés. La nomination des maires seule
était réservée au Roi, sur présentation de trois candidats, et
pour trois ans seulement. Ce système ne dura pas longtemps.
1] ne réalisa pas les espérances qu'on en avait conçues. Les
élections se montrèrent dès ce temps-là ce qu'elles sont
encore, une source d’inimitiés et de divisions. Elles ouvraient
la porte à toutes les brigues, intrigues et cabales suscitées
par l'ambition. En novembre 1771, un nouvel édit supprima
les deux précédents (2). Non moins fortement motivé que
(1) Voici le préambule de cet édit : Il est nécessaire de donner aux
différents corps et communautés la liberté d'élire leurs officiers
municipaux et de pouvoir les changer et également de faire délibérer
les notables dans les cas qui intéressent les communautés, et sur les
comptes que les receveurs ont à rendre, c’est le moyen de diminuer
les dépenses et de ramener l'ordre dans les finances, etc.
(2) Voici son préambule : Les édits de 1764 et1765 avaient décidé
* qu'il serait pourvu par voie d'élection à la nomination des officiers
municipaux, nous espérions qu'en rendant aux villes et communautés
la liberté de se nommer elles-mêmes leurs officiers et d'après les
mesures que nous avions prises dans nos édits, les citoyens des trois
ordres, se réunissant pour l'avantage commun, ne profiteraient de cette
liberté que pour concourir unanimement au bien de la communauté,
et dépouilleraient tout autre intérêt dans le choix des sujets chargés
d'y veiller. Nous avons reconnu depuis, qu'au lieu des avantages
que nous nous étions promis de l'exécution desdits édits, elle deve-
nait, dans toutes les villes, une source d'inimitiés et de divisions par
le désir que des gens souvent incapables avaient de participer à
79 —
ne l'avaient été ceux-ci, mais sur des raisons diamétrale:
ment opposées, il rétablissait les officiers municipaux créés
en litre avec l'agrément du Roi ; faisant valoir les avan-
tages de l'expérience acquise, et de l'indépendance qui leur
permettraient de maintenir l'égalité entre leurs concitoyens
auxquels ils n’élaient point redevables de leur élévation.
C'était un retour à l’ancien système de charges permanentes
héréditaires approuvées par le Roi, moyennant finance. De
là à la vénalité il n’y avait qu’un pas. Ce pas fut bientôt
franchi, et l’on vit arriver à la tête des municipalités des
hommes qui, portés là par la faveur, la fortune ou l’hérédité,
ne se montrèrent pas à la hauteur de leur situation. Cet
abus ne pouvait échapper à la vigilante censure des Etats.
Poussés par quelques esprits remuants et amis de la nou-
veauté, ils avaient tout d’abord accordé leur approbation à
l'édit de 1771, mais ils n'avaient pas tardé à revenir sur celte
l'administration, et par les cabales et les brigues qui s'introduisaient
dans les élections et qui donnaient souvent lieu à des procès ruineux
pour lesdites villes, retardaient l'expédition des affaires communes,
etjetaient le trouble et lacontusion dansleur administration, en sorte
que le bien que nous nous étions proposé d’opérer devenait chaque
jour le principe d'un mal réel, nous n'avons pas trouvé de moyen
plus expédient que de créer et rétablir en titre les officiers municipaux
qui, après avoir obtenu notre agrément, n'étant point redevables
de leurs charges aux suffrages des particuliers, et n'ayant plus rien à
appréhender de leurs successeurs, en exerceraient les fonctions sans
passion et avec toute la liberté qui leur est nécessaire pour conserver
l'égalité dans la distribution des charges publiques et qui, étant
perpétuels, seraient en état d'acquérir une connaissance plus intime
des affaires concernant notre service et celui des villes, et pourraient
se rendre capables, par une longue expérience, de satisfaire à tous
les devoirs et aux autres obligations qui sont attribuées à leur
ministère, etc.
Le Roi, en conséquence, créait un conseiller maire, un conseiller
lieutenant du maire, un conseiller-greffier, des conseillers échevins,
à charge de payer finance.
= UE
opinion, à dénoncer le danger de la vénalité des charges, el
à revendiquer pour les habitants de la province le droit
d'être gouvernés par leurs concitoyens, par des hommes au
courant des coutumes de l’Artois et respectueux de ses privi-
lèges, faisant valoir que les échevinages rendant la justice, il
fallait les composer de gens instruits des lois, capables et
intègres, et choisis avec soin. Aussi, tout ec reconnaissant
les abus d'une administration populaire, ils demandérent le
retour à la liberté des élections, tempérée par des règlements
sages et propres à prévenir les abus.
Au bout de deux ans, ces réclamations furent écoutées
mais ce fut sans leur donner complète satisfaction. Par un
édit, en date du mois de novembre 1773, le Roi supprimait
la vénalité et l’hérédité des charges, mais il prétendait
obliger les Etats à rembourser le prix payé par ceux qui
avaient, depuis 1771, acheté et rempli des fonctions munici-
pales (1). Sous prétexte d'établir l’uniformité dans l’adminis-
tration des villes de la province, il fut stipulé que le Roi se
réservait la nomination des maires sur une liste de trois
candidats présentée par les Etats. Le choix des échevins et
autres officiers municipaux était dévolu aux députés géné-
(1) Voici le préambule de l'édit : Nous étant fait rendre compte
de la forme des élections avant les édits de 1764 et 1765, et ayant
reconnu qu'elles étaient différentes en chaque ville, et qu'elles pou-
vaient reproduire les inconvénients que nous avions voulu éviter et
pour assurer la constitution des villes d'une manière stable et
permanente et pour que la conformité si nécessaire dans Îles élec-
tions des officiers d'une même province soit observée, nous avons jugé
à propos de nous réserver la nomination des places de maire sur la
présentation qui nous sera faite de trois sujets par nos Etats, et
d'accorder à leurs députés généraux et ordinaires celle des échevins
et autres officiers, et de faire observer dans chaque ville les mêmes
règles qui ont déjà eu lieu dans l'administration de leurs biens et
revenus.
RS =
nn
raux et ordinaires (1). Les corps municipaux d'Arras et de
Saint-Omer continuaient à être composés d’un mayeur, el
de dix échevins dont deux nobles, quatre gradués en droit,
et quatre bourgeois, négociants ou gens vivant noblement.
Les maires étaient nommés pour trois ans, les échevins pour
deux ans. Les premiers ne pouvaient reprendre les mêmes
fonctions qu'après une interruption de trois années.
Cette organisation nouvelle et inusitée fut loin de provo-
quer l'assentiment général (2). Au mécontentement des
Etats, qui ne trouvaient pas dans les prérogatives qui leur
étaient laissées une compensation suffisante à la dépense
qu’on leur imposait, s’ajoutèrent les protestations des offi-
ciers de bailliage qui par l'interdiction d'assister à la reddition
des comptes voyaient amoindri l’importance de leur gestion.
Dans plusieurs localités le nouveau système ramena au
pouvoir l’ancienne administration contre le gré des habitants,
et cela suffit à la décrier près des populations.
Les Etats s’occupèrent des autres questions traitées dans
leurs cahiers : s’il ne serait pas avantageux de joindre la
régie des droits sur la bière et le vin (3) et celle des 4 sols
par livre à la régie du droit gratuit des villes (4, des
bourses à créer aux écoles vétérinaires de Lyon et d'Alfort,
(la fréquence des épizooties les rendait très utiles) ; l'établis-
sement d’une école de dessin à Arras vint aussi en discus-
sion (5). Enfin il ne faut pas clore le bilan de cette année 1772
(1) On peut voir dans les registres aux délibérations des Etats
d'Artois de 1774 la liste des présentations qu'ils firent.
(2) L'Intendant prétendit que dans cette affaire les Etats avaient
plusieurs fois changé d'avis.
(3) La partie afférente aux Etats rapportait 434,000 livres, celle
afférente aux villes, 216,000 livres.
(4) Ce droit rapportait 128,000 livres.
(5) Un sieur Tourselle, entrepreneur des illuminations à Paris,
offrit aux Etats de se charger de celles d'Arras.
= 10.
sans y inscrire deux conflits dont elle fut encore témoin.
L'un s’éleva à Arras entre l’administration municipale et
l’autorité militaire, au sujet de la réfection de la porte de la
Cité. La voûte de cette porte menaçait ruine et l’échevinage
en porta plainte aux Etats. Ceux ci, par l'intermédiaire de
leurs députés à la Cour, se bornèrent à demander la permis-
sion de la démolir au ministre de la Guerre. C'était alors,
comme on sait, le marquis de Monteynard, mais il était
malade. La question fut renvoyée au comte d'Aumale, ingé-
nieur en chef du génie à Arras, qui fut invité à l’examiner
sur place. D’enquête en délibération, la nécessité de la démo-
lition fut reconnue et décidée. Mais sans attendre les ordres
du roi et sans avertir l'ingénieur, l’échevinage avait fait
barrer la porte et afficher « Défense de passer ». C'était faire
acte de propriété. Aussitôt le génie de chercher à se
décharger des frais de reconstruction. De là, protestation de
la municipalité. Au fait, la prétendue imprudence qu'on lui
reprochait n'était qu’un acte de prudence accompli dans
l’intérèt de la sécurité publique. Le débat fut vifet dura
longtemps. Mais le travail fut exécuté.
Le second débat fut plus sérieux, et la part directe qu'y
prit le gouverneur militaire de la province d'Artois lui
assigne ici une place importante. Ce fut au sujet des char-
rois militaires. La question n'élait pas nouvelle, et depuis
longtemps les Etats d'Artois s'étaient fait l'écho des plaintes
qu'elle soulevait. Une partie notable des transports militaires
se faisait autrefois par eau, grâce au canal d'Arras à Douai.
En 1765 et 1766, on avait ainsi envoyé à l’arsenal de Douai
de l’artilerie, des munitions et des boulets de canon. Le trajet,
à cause du grand nombre des écluses, durait quatre jours.
La voie de terre était beaucoup plus rapide et répondait
mieux aux aspirations des chefs. Les Elats, à qui incombait
la charge de fournir chevaux et équipages pour effectuer
ces transports, se montraient récalcitrants, et cela donnait
matière à de fréquentes discussions. En 1716 et en 1730 les
=, 71-E
exigences mililaires avaient été limitées à trois chariots
par bataillon et un par escadron, et le prix à 29 sols par
journée de cheval. Mais c'était devenu insuffisant. Outre
les bagages et les munitions, il y avait à transporter les
malades. On se plaignait même de ce que les officiers ajou-
taient des denrées et autres objets élrangers au service mili-
taire. Le nombre des chariots fut porté à six à quatre che-
vaux par balaillon, et trois par escadron. Les réquisitions
devaient être signées du gouverneur. En 1766, on admit en
principe que les régiments, dispensés de payer en route
leurs voitures, délivreraient seulement des mandats à faire
solder par l'extraordinaire des guerres. Deux ans après,
en 1768, on élargit encore ces conditions par une nouvelle
ordonnance qui admettait des prix variables de 2 à 10 livres
par voiture et par jour. C'était ouvrir la porte à bien des
abus. Et ceux-ci ne tardèrent pas à se produire. Les fermiers
se plaignirent de la détérioration de leur matériel. La charge
de chaque chariot, fixée par les anciens règlements à un
maximum de 1,500 à 2,00 livres, s'élevait parfois à 5,000 I,
Les chevaux, réquisitionnés en nombre exagéré, servaient
parfois à trainer les chaises de poste des officiers (1), et
cela dans la saison où ils étaient le plus nécessaires à la
culture. De pareils faits ne pouvaient manquer de provoquer
les réclamations des Etats. Inspirés par eux, les députés à
la Cour représentèrent au ministre qu’il était étrange, en ce
temps où la corvée était supprimée, de la voir maintenir
pour les charrois militaires. Car, disaient-ils, le prix déri-
soire auquel ces charrois élaient fixés, n'était même pas
toujours payé. On discuta ainsi plusieurs années, jusqu'à
ce que, enfin, en 1777, les transports furent faits à l'entre-
prise. Restèrent seulement à la charge des municipalités
(4) C'était un sieur de Montainneville, commissaire des guerres
à Béthune, dont il était question,
no
les chevaux de selle à fournir aux officiers de passage dans
la province ({}, et ceux-là étaient payés 30 sols par jour {2}.
D'autres questions militaires analogues, sinon sembla-
bles, à celles qui avaient figuré les années précédentes aux
cahiers des Elals, se produisirent encore, celle de la com-
position des garnisons par exemple. A Arras on demandait
qu'une compagnie d'invalides vint suppléer à l'insuffisance
des troupes affectées au service de la place, et relever les
bourgeois du concours personnel qu'ils étaient obligés d’y
apporter. Puis, c'était toujours de la part des Etats le mème
vœu exprimé de voir remplacer les régiments de cavalerie
par l'infanterie, moins exigeante et moins onéreuse à sus-
tenter, En 1772, c'était au régiment de Berry qu'on s’en
prenait particulièrement. 11 élait à Arras depuis 1769, et
l’échevinage se plaignait de ce que ce séjour (qu'on trouvait
prolongé alors !) eùt permis aux hommes de prendre des
habitudes contraires à l'intérêt des bonnes mœurs. Il est
permis de croire que ces plaintes étaient intéressées, à en
juger par les réclamations dont on ne craignit pas d’obséder
le gouverneur, à propos de trois régiments suisses qui avaient
séjourné successivement à Arras, y jouissant de l’exemption
des droits d'octroi (3). On se demande de quel œil le marquis
de Lévis devait considérer de si mesquines préoccupations
auxquelles néanmoins, en grand seigneur qu'il était, ilne
manquait jamais d'accorder son concours. La remonte des
(1) En 1777, le Magistrat d'Hesdin refusa de transporter à Douai,
des arbres abattus sur les remparts, prétendant qu’il fournissait des
chevaux de selle pour le passage des troupes. Le prince de Montbarret
chargea l'Intendant de l'obliger à ce transport.
(2) Voir pour plus de détails sur les charrois militaires: Fonds de
l’'intendance dossier, no 547.
(3) Le régiment de Diesbach était resté à Arras de décembre 1763
à août 1765. Le régiment de \Valdener, du 22 mai 1769 au
11 juin 1771, le régiment de Boccard, du 3 août au 1 octobre 1771.
— 79 —
chevaux de guerre figura aussi cette année parmi les
doléances des Etats. Ils trouvaient mauvais que cette
remonte portât de l’argent à l'étranger plutôt que de faire
ses acquisitions dans la province où la race boulonnaise
jouissait déjà d’une légitime notoriélé (1).
En somme, l’année 1772 n'avait pas été bonne au point de
vue des relations de la province avec le Gouvernement, et
l'Intendaat, écrivant au Contrôleur général pour lui rendre
compte de ses impressions, ne lui dissimula pas que jamais la
(1) La cavalerie avait, en 1772, 29,000 chevaux ; elle en achetait
2,900 par an; on les payait : pour les gendarmes, 770 livres ; pour les
carabiniers, 550 livres; pour la cavalerie légère, 450 livres ; pour
les dragons et les chasseurs, 360 livres; pour les hussards,
330 livres. Une partie de ces achats se faisait en Allemagne. D'un
autre côté la Prusse se procurait des chevaux en France. En 1779,
le Gouvernement en avait fait acheter 2 à 3,000, il en eut trop et
proposa au Roi de France de lui en céder ; le ministre de la guerre
accepta et chargea un lieutenant-colonel de traiter l'affaire, en lui
disant que c'était un marché entre deux grands monarques et non
entre maquignons. En 1784, les Etats d'Artois renouvelèrent leurs
plaintes. M. de Coupiguy, ancien député à la Cour (il avait donné
sa démission), chevalier de Saint-Louis envoya un rapport au
ministre pour lui indiquer le moyen d'avoir de bons chevaux sans
être obligé de recourir à l'étranger, et en même temps encourager
l'agriculture. Selon lui, il fallait que la remonte n'achetât que des
juments, les fit saillir et donnât les poulains aux cultivateurs qui
les éléveraient et les revendraientà l'Etat. Il fallait aussi se procurer
de bons étalons et mettre la cavalerie dans des pays de pâturages et
d'élevage. En 1785, on donna, à titre d’essai, des chevaux d'arullerie
aux fermiers de l'Artois à charge de les rendre quand on les récla-
merait ou de les remplacer par d'autres semblables, mais, comme à
ce moment la nourriture était chère, les cultivateurs ne se soucièrent
pas d'en prendre (On peut voir aux archives du ministère de la
guerre un grand nombre de documents concernant le service de la
remonte à cette époque).
00 —
session des Etats n’avait révélé chez eux autant de méfance
et d'agitation. Les demandes du Gouvernement avaient
cependant toutes été satisfaites. L'abbé Terray, répondant à
l’Intendant Caumartin, crut devoir joindre à l'expression de
sa reconnaissance pour ce fonctionnaire, une note commi-
natoire à l’adresse des Elats qui, disail-il, avaient grand
intérêt à ne pas priver la province des effets de la bienveil-
lance du Roi en s’opposant à l'établissement des impôts
réclamés d'elle.
Dee
1773
L'année 1773 ne devait guère apporter de modifications à
la situation de la province d’Arlois, ni à ses rapporls avec
le Gouvernement. Les plaintes d'un côté, les exigences de
l’autre ne permettaient pas d’entrevoir la possibilité d'une
entente. Dès le mois de mars 1773, un édit fut publié, qui
annonçait une nouvelle prétention, celle de mettre à la charge
des villes l'entretien des bâtiments servant à l'exercice de la
justice et leur ameublement, et la protestation qu'il provoqua
vint s'ajouter à toutes celles dont les causes ont déjà été
indiquées dans les chapitres précédents. Sur l'invitation du
Gouverneur, les cahiers furent prêts pour les fêtes de la
Pentecôte (1). Les doléances étaient toujours les mêmes :
épidémies, épizooties, maturité défectueuse des grains entre-
tenaient la cherté (2) et entravaient les transaclions. À Saint-
Omer un fermier des Etats, le sieur Detœuf, avait fait une
faillite retentissante. Il avait fallu l’expulser et mettre ses
affaires aux mains d’un sieur Milon qui lui avait servi de
caulion. L'augmentation annoncée l’année précédente sur le
taux des abonnements avait été effectuée, et cela n'avait pas
empêché le Gouvernement de demander les fonds nécessaires
à la continuation du canal d’Aire à la Bassée. « Enfin,
concluaient les cahiers, jamais la province n’a été aussi mal-
heureuse, el l’on n'a de secours à espérer que dans le cœur
de sa Majesté », On reconnait là le ton sentimental qui
régnait dans les mots à celte époque où les convictions
s’effaçaient des esprits. Et le résultat fut aussi creux que les
paroles auxquelles il répondait. Cela se borna aux 200,000 1,
de réduction ordinaire accordée par le Roi, pour être répar-
(1) En 1772, on avait été en retard.
(2) La razière de blé, pesant 120 à 125 livres, valait 9 à 10 livres,
6
— g —
ties en : 100,000 aux moins imposés, 7,400 aux subdélégués
et 92,600 aux dettes de la province.
C'était loin de suffire, et un des premiers actes des Etats en
s’ouvrant, le 29 novembre, fut la demande d’être autorisés à
emprunter 200,000 livres, dont une moitié pour les travaux
du canal d’Aire à la Bassée, l’autre pour achever de payer
les vingtièmes. L'emprunt fut émis à 4 1/2 °/o, et le projel
comportait une retenue destinée au remboursement. Les
préteurs se trouvèrent peu nombreux. Dès l’année suivante,
il fallut supprimer la retenue et proroger le. délai de rem-
boursement.
Cet emprunt n’était d'ailleurs pas le premier ni le seul
dont les Etats fussent obérés. Peu auparavant, ils en avaient
contracté un autre de 600,000 livres pour faire face aux
frais des grands chemins de la province, voire même à
l'entretien des routes royales, que le Gouvernement mettait
de plus en.plus à leur charge. Précisément, en cette année
1773, les députés ordinaires eurent à présenter un rapport à
l'Assemblée sur l'emploi de ladite somme. Tant qu'on en fut
à constater l'utililé, la nécessité même d'ouvrir à l’agricul-
ture, au commerce, aux besoins des populations, de grandes
voies pavées ou gravelées, d’en améliorer l'agencement,
d'en augmenter le nombre, ce qu’on faisait presque chaque
année, tout le monde fut d'accord. Mais, entrant dans le
détail, on fut moins satisfait, quand les députés durent
avouer que les fonds votés avaient été dépensés sans que les
résultats eussent égalé les sacrifices. Dans l'Artois propre-
ment dit, on avait eu affaire à des entrepreneurs de mauvaise
foi, qui, déjouant toute surveillance, avaient fourni de
mauvais matériaux, exécuté les travaux d’une manière
insuffisan!e et retenu à leur profit plus d’un tiers des sommes
perçues par eux. 11 n'en était pas de même dans le Boulon-
nais et le Calaisis. Là, les chemins avaient été confiés à des
entrepreneurs consciencieux et expérimentés. Parfois même
l'administration avait adopté le système de la régie, et fait
— 93 —
exécuter les travaux elle-même. Le résultat avait été bon.
Dans cette région les routes étaient solidement établies sur
de bons matériaux, bien nivelées et plus larges de trois pieds,
ce qui offrait un très grand avantage pour empêcher la
détérioration des bordures.
Les Etats, on le comprend, n’eccueillirent pas favorable-
ment les révélations du rapport, et la conclusion qui pouvait
se résumer ainsi : Une longueur totale de 99,598 toises (1)
de grands chemins et la nécessité de dépenser pour leur
entretien annuel une somme de 50,430 livres, à laquelle il
était urgent d’ajouter 83,032 livres pour les améliorations
pressantes. Cela donna lieu à de longues délibérations, dont
il n’était pas permis d'entrevoir la fin. L'année suivante, en
1774, on émit la proposition de paver toutes les routes, mais
ce qu’elles devaient y gagner en solidité, elles le perdraient en
agrément et un grand préjudice en résulterait pour la durée
des roues des voitures et des fers des chevaux.On s'en tint donc
à continuer de réparer et d'entretenir les routes gravelées,
Mais là encore se dressait une difficulté, celle de se procurer
des cailloux. A la vérité, un arrêt du Conseil d’Artois remon-
tant à 1705 permettait d'extraire les grès et le sable pour la
confection des chemins, sur les propriétés particulières
«car, disait-on, ce sont choses publiques, comme l'air et
l'eau » (2). Seulement tout le monde sait que dans certaines
parties de nos bonnes et fertiles plaines de l’Artois, le sol,
prodigue en toutes sortes de biens, ne l’est pas en cailloux.
On peut même attribuer à cette rareté des cailloux la négli-
gence où avait été laissée la viabilité dans ce pays jusqu’à
l’époque dont nous parlons. Après les routes royales et les
(1) On sait que la toise était l'équivalent de 6 pieds, autrement
dit 2 môtres.
(2) On fit un règlement à ce sujet, en 1784. — Les députés ordi-
naires demandèrent cette même année un règlement pour la planta-
tion des chemins.
— 84 —
grands chemins dont les Etats se chargeaient, il y avait
encore les voies secondaires, ce qu’on appelle de nos jours
les chemins vicinaux, destinés à relier les paroisses entre
elles et à les ratlacher aux autres, qui attiraient avec juste
raison l'attention des représentants de la province. En prin-
cipe, le soin en était dévolu aux intéressés. Par un vieux
règlement du Conseil d'Artois, les fermiers étaient obligés
de travailler un jour par an aux chemins longeant leurs
terres ou les traversant. Mais c'était là un moyen dérisoire,
quand il s'agissait de travaux importants. En 1772, les Etats
jugèrent nécessaire de voter un quart de centième pour
subvenir aux frais de terrassements et ramassage de cail-
loux, et on demanda aux fermiers de faire les charrois. En
1773, une faible somme de 3,000 livres fut affectée par les
Etats à accorder des primes à celles des communautés qui
se distingueraient par leur zèle à se rattacher aux chaussées
royales, sur l'indication des députés ordinaires. Mais tout
cela n’amena pas de grands résultats. Ce fnt seulement en
1784 que le Roi ayant accordé 4 millions pour les routes du
royaume, l'Artois en obtint à lui seul pour sa part la quaran-
tième partie, soit 100,000 livres. La province se prit d'émula-
tion et en ajouta 100,000 autres en 1785. Cela donna l’essor
aux travaux, et plus encore aux prejets. On parla d'adoucir
les rampes escarpées, de terminer les chemins commencés,
d'ouvrir ceux dont la création était décidée depuis longtemps.
Mais pour faire tout cela, c'était 6 millions qu’il fallait. Les
Etats demandèrent l'autorisation d'emprunter 800,000 livres
pour les cinq routes les plus importantes, dont les plans furent
envoyés au ministre (1). Les difficultés devenaient de plus
en plus grandes. La rareté des cailloux et la cherté de la
(1) La direction à donner aux chemins donna lieu à des discus-
sions ; c'est ce qui eut lieu en 1781 pour les chemins de Boulogne
à St-Omer et de cette ville à Pernes (en Boulonnais), de St-Venant
à Lillers et à Béthune.
— #5 =
main-d'œuvre pour les ramasser firent revenir à l'idée de
paver les routes. L'autorisation d'emprunter se fit attendre.
Elle n’arriva qu’en 1787. Les Etats se mirent alors seulement
en mesure de faire extraire les grès et préparer les matériaux.
Rien n’était fait quand survint le tourbillon révolutionnaire
qui les emporta, eux et leurs projets.
Le Gouverneur de la province n’avail guère à intervenir,
on le conçoil, dans toutes ces discussions et opérations des
Etats, qui n'offraient d'autre intérêt que de mettre en équi-
libre les ressources financières de la province avec les
besoins et le bien-être des populations, Un autre sujet qui
tenait plus directement au service du Roi appelait son atten-
tion et réclamait son concours. C'était l'organisation des
milices provinciales. L'idée de ces milices remontait presque
à l’origine de l'infanterie française. On sait que celle-ci,
constituée en régiments permanents sous les Valois, n’avail
reçu sa forme complète et régulière que sous Louis XIV (1).
Louis XV, et Louis XVI surtout, s’occupérent beaucoup
de l’amélioration de l’armée, et ils furent aidés par leurs
ministres de la guerre : de Choiseul, de Ségur, de Saint-
Germain, de Castries (2), etc. À cette époque on modifia les
effectifs (3) et la solde des officiers. On y ajouta certains
(1) A cette époque on créa un régiment d'infanterie et un de
cavalerie (dragons) qui prirent le nom d'Artots.
(2) Il commanda la province de Flandre en 1774. On conserve au
ministère de la guerre un grand nombre de rapports, mémoires et
travaux de cet officier général, pour l'amélioration de l'armée ; ils
dénotent une profonde connaissance des questions militaires
(3) Pour ne nous occuper que de la période 1760 à 1787 : en 1761,
à la fin de la guerre, il y avait 85 régiments d'infanterie (Voir le
Dictionnaire d'E:rpilly, tome 111, page 240). Ils furent réduits à
57 régiments dont 29 à 4 bataillons, 22 à 2 bataillons et 6 à 1 batail-
lon. En 1769, il y avait 66 régiments formant 165 bataillons composés
en général d'une compagnie de grenadiers et de 8 compagnies de
fusiliers. C'était un effectif de 93,492 hommes. La solde coùtait
— 86 —
avantages ; on donna aussi une meilleure organisation au
16,898,490 1. La masse pour l'habillement 1,883,946 1. Les répara-
tions d'armes, etc., 470,335 1., les autres dépenses 1,464,918 1.
en tout 20,787,691 |. Il y avait en plus 8 régiments allemauds et
5 régiments Irlandais ; par économie, en 1771 et 1772, on réduisit
l'effectif des compagnies à 60 bommes, puis à 54 et on avait proposé
40, car on avait fixé le budget de l'année à 58 millions, et comme on
en avait dépensé 62 il fallait faire 4 millions d'économie, mais on
renonça à cette dernière réduction comme devant être désastreuse
en cas de guerre. Pour combler le déficit il fut question d'augmenter
le prix des brevets d'officiers (Archives du ministère de la querre).
Vers 1780, l’infanterie comprenait 72 régiments et 210 bataillons
formant 118,602 hommes, et coùtait 29,676,350 1., les régiments
allemands comprenaient 8,876 hommes et coûtaient 2,556,691 1., les
régiments irlandais comprenaient 2,780 hommes et coûtaient
835,805 1., les régiments suisses comprenaient 12,232 hommes et
coûtaient 5,243,258 1. La cavalerie se composait de 30 régiments,
savoir : { régiment de carabiniers, 4 de hussards, 17 de dragons,
6 de troupes légères et 2 de troupes diverses. Voici ce que coûtait
un régiment de cavalerie à & escadrons de 54 hommes, dont 50
montés. 8 capitaines à 2,0001 — 16,000 1. + 8 lieutenants à 900 1. —
7,200 1. + 8 sous-lieutenants à 600 1. — 4,800 1. + 8 fourriers à
292 1. = 2,016 1. + 16 maréchaux-de-logis à 234 1. — 3,744 |. +
32 brigadiers à 1441. — 4,608 1. + 32 carabiniers à 135 1. — 4,320 1.
—+ 336 cavaliers à 126 1 — 42,376 |. + 8 trompettes à 360 1. —
2880 |. Autrefois les trompettes ne coûtaient, déduction faite d'une
retenue de 4 0/0, que 191 38.6 d. par mois, et un timbalier 171 14s.,
mais On avait dû les augmenter. Un régiment de cavalerie coûtait donc
87,904 1. Il fallait y ajouter pour l'état-major 16,980 I. et des supplé-
ments, un de 1,2001 pour le capitaine commandant une compagnie,un
de 9,000 I. pour le maître de camp, le lieutenunt-colonel, les capi-
taines en 1°" et en 2° et les lieutenants ; plus 66,649 1. pour les
différentes masses et 159,905 1. pour les fourrages. Le coût d’un
régiment était donc de 333,136 1. Sans le régiment des carabiniers,
qui coûtait plus cher, la cavalerie comprenait 9,216 chevaux et
coûtait 3,665,000 I. ; réglementairement, il devait y avoir 54 chevaux
par escadron, on devait en fournir chaque année en moyenne et à
tous les régiments 1,623, ce qui, à 400 1. l'un faisait une dépense
de 649,000 I.; on calculait une usure d'un huitième par an. À la
suite de la guerre de sept ans on dut réformer beaucoup de chevaux,
cette réforme se continua les 4 années qui suivirent, mais en dimi-
07
corps des aumôniers, aux hôpitaux (1). On créa des méde-
nuant (Voir pour les remontes 1772). Le recrutement occupa beau-
coup à cette époque l'administration de la guerre; en estimant
l'armée à 150,000 hommes et le service de 7 ans, sur une classe de
520,100, il aurait fallu, en tenant compte des morts et des désertions,
prendre le 8°, c'est-à-dire 21,000 hommes par an, mais par suite de
nombreux réengagements 10,500 hommes suffisaient. Autrefois le
recrutement se faisait dans les villes et les campagnes, mais au
temps du gouvernement du maréchal de Lévis, il ne se faisait plus
guère que dans les villes et on le regrettait surtout pour la cavalerie,
car daus les campagnes on a plus l'habitude des chevaux, aussi
proposa-t-on de prendre les cavaliers dans la milice, composée
surtout de paysans. En 1770, le comte de Muy, à la suite d'une
inspection dans les Flandres, se plaignait de l'insuffisance des
recrues ; 1l était encore d'avis de charger du recrutement les
capitaines, comme autrefois, car en cas de guerre, il faudrait dou-
bler les compagnies et les porter à 80 hommes ; selon lui, la qualité
de la cavalerie baissait, il se plaint encore de l'esprit de nouveauté,
1] le remarque dans la manière de tenir le fusil et de poser le chapeau.
Cette même année on fit des règlements pour les exercices militaires;
on les avait modifiés et pour les appliquer plus facilement on
proposa de changer moins souvent les régiments de garnison. En
1775, il fut question de donner l'administration des compagnies à
trois officiers supérieurs à la place des capitaines et de former avec
les orphelins élevés par l'assistance publique trois bataillons d'enfants
de troupes.
(1) Voici la différence de la solde des officiers, en 1739 et 1770:
En 1739 : colonel, 11,300 1. ; lieutenant-colonel, 3,610 1. ; major,
2,850 L. ; aumônier, 720 1.
En 1770 : colonel, 12,000 1. ; lieutenant-colonel, 3,500 1. ; major,
2,880 1. ; aumônier, 500 1.
En 1739, compagnies de grenadiers : capitaine, 1,449 |. ; lieute-
nant, 627 1. ; sous-lieutenant, 360 1. ; sergent, 2161.; caporal, 150 1. ;
grenadier, 117 |.
En 1750, compagnies de grenadiers : capitaine, 2,000 1. ; lieute-
nant, 900 1. ; sous-lieutenant, 600 1. ; sergent, 222 1. ; caporal. 156 ;
grenadier, 120 1.
En 1739, compagnies de fusiliers : capitaine, 1,200 1. ; lieutenant,
411 l ; (pas de sous-lieutenants); sergent, 198 1. ; caporal, 135 I. ;
fusilier, 90 1,
En 1770, compagnies de fusiliers : capitaine, 1,500 |, ; lieutenant,
== A —
cihs attachés aux régiments (1), on s’occupa aussi de l’uni-
600 1. ; sous-lieutenant, 510 1 ; sergent, 204 1, : caporal, 138 1. ;
fusilier, 102 1. |
On trouvait que le traitement des officiers inférieurs était trop
peu élevé; ainsi M. de Gribeauval, inspecteur de l'artillerie, se
plaint de ce que, dans ce corps, on fait quelques fois des mariages
honnêtes quant à la naissance et aux qualités, mais la plupart désa-
vantageux quant à la fortune. On voit des officiers réduits à un
tel état de gêne qu'ils ne peuvent tenir leur position comme ils le
devraient. Il concluait en demandant une augmentation de traite-
ment. En 1768, on augmenta la saide des vieux sous-officiers et on
proposa pour les hommes une paie progressant avec les années de
service. En 1775 on accorda de hautes puies sous certaines condi-
tions. Les officiers avaient droit, en géneral, dans les théâtres, à
deux banquettes à l'orchestre ; parfois un factionnaire empéchait
de prendre ces places. On expulsa M. de Galametz qui était entré à
l'orchestre, De là, protestation du Magistrat. l'autorité militaire
trouva sa réclamation juste. A Arras, M. de la Combe, lieutenant du
Roi, ayant voulu empêcher les officiers de police de monter sur le
théâtre, comme ils y avaient été autorisés par l'autorité municipale,
celle-ci protesta et on lui donna raison, le lieutenant dn Roi devait
se borner à maintenir l'ordre.
Ï y avait un aumônier par régiment, Une circulaire minis-
térielle recommande de les choisir avec soin, car ils sont, dit le
ministre, en général sans fortune, ignorants et inconstants (Archives
du Ministère de la guerre). C'est en 1775 qu’un bref du Pape
dispensa du maigre, sous certaines conditions, les officiers et soldats ;
on en donna lecture aux régiments (id).
(1) Longtemps il n'y eut pas de médecins attachés aux régiments,
on n'en donnait qu'aux troupes en campagne et pourtant les malades
ne manquaient pas. Pendant la Guerre de sept ans, en 1762 et 1763,
il y eut dans les hôpitaux 1,100,000 journées de malades et de
blessés, dont 107,000 de vénériens. Le ministre de la guerre, alors
le maréchal de Ségur, écrivit aux députés ordinaires des Etats, le
14 février 1785, de faire traiter les soldats atteints de cette maladie,
aux frais de la province dans les hôpitaux de Flandre Cette maladie,
qui s'était manifestée dans les troupes pour la première fois sous
l'administration du cardinal d'Amboise, sous le ministère du duc de
Choiseul, fut l'objet de soins qui eurent peu de succès. En 1774, à
Arras, les régiments de Royal Lorraine et de la Reine, fournirent
pour diverses maladies, 1,915 journées ; à Bapaume, les invalides,
0 =
forme, des invalides, etc. (1). L'armée recrutée d'abord au
86 journées; à Hesdin, le régiment de Roussillon (cavalerie),
798 journées ; à Béthune, le régiment de Périgord, 1,106 journées ;
à Aire, le régiment d'Enghien, 2.786 journées ; à Saint-Omer, le
régiment de Flandre, 7,568 journées. A Bapaume, en 1768, on fit
une enquête sur un chirurgien militaire notoirement ivrogne.
M. Jolly, aide-major à Lille, proposa de former des hospitaliers, on
en mettrait un par compagnie avec un caporal par bataillon et un
sergent par régiment, ce serait une dépense annuelle de 24,000 I.
Les soldats n'étaient pas toujours bien soignés, ainsi, un bataillon
du régiment d'Artois, en garnison à Gravelines, en septembre 1780,
était dans le plus pitoyable état; 130 hommes étaient à l'hôpital, et
plus de 50 malodes dans les chambrées, mal soignés, mal nourris,
mal couchés, 12 soldats et le commandant moururent ; malgré cela
on ne diminua pas le service; comme ces hommes appartenaient à
l'Artois, les Etats s'en émurent et demandèrent qu’on changeât le
bataillon de garnison car la province était alarmée et l'année
suivante onu ne trouverait plus facilement de volontaires. Le marquis
de Lévis appuya la demande de faire joindre ce bataillon à celui
qui était à Aire; le prince de Alontbaret refusa, et l'envoya à
Philippeville.
Le maréchal de Castries était d'avis de s'occuper des chirurgiens
militaires. C’est dans les armées que la célérité des opérations est
nécessaire, disait-il, c’est là qu'on devrait placer les meilleurs opéra-
teurs et souvent on y envoie les moins capables, si on excepte Île
chirurgien-major, le consultant et cinq ou six aides-majors tirés
des hôpitaux, la plupart de ceux qui se rendent à une grande armée
sont de la plus effrayante ineptie. Ils sont quelquefois 2 à 300,
presque sans titre et sans expérience, et souvent dépourvus de toute
disposition médicale. Surtout dans les sièges on envoie à chaque
dépôt de tranchée 8 à 10 jeunes chirurgiens sans un aide-major;
ils y restent 24 heures et les nombreux blessés faits par les mines
au cours des sorties sont mal soignés. ll concluait en demandant une
école de santé militaire
(1) C'est alors que les officiers furent tenus à un uniforme spécial.
Sous le ministère du duc de Choiseul, l'uniforme blanc fut réservé
à l'infanterie, le bleu à la cavalerie et le vert aux dragons. En 1776
et 1777, des ordonnances classent, au point de vue de l'uniforme,
les régiments en six cetégories, qui se distinguent par la couleur des
parements et des revers. En 1772, on supprima le carton dans le col
00 =
moyen d'engagements volontaires, avait été parfois com-
plétée par des enrôlements forcés, et il n'est personne qui
n'ait présent à la mémoire le récit des scènes de désordre
et de violence auxquelles ces enrdlements avaient donné
lieu. Richelieu et Mazarin, forcés de recourir à ce système,
avaient décidé en principe la levée, par le tirage au sort, de
troupes auxiliaires qui, réunies à titre temporaire, devaient
être prêtes à se joindre aux armées régulières en cas de
et la colle qui servait à maintenir les cheveux. Ils gônaient pour se
peigner.
L'hôtel des Invalides était une grande ressource pour les soldats
amputés ou hors d’état de servir. Quand l'économie fut à l’ordre du
jour, il fut question de les retirer de cet hôtel, sous prétexte qu'il
coûtait 1,350,000 livres, et d'en faire un hôtel-dieu. On enverrait
les plus valides, organisés en compagnies, dans les villes de province ;
quant aux autres, on leur donnerait une pension ou des secours avec
un habillement composé : d'un habit, d'une culotte, d'un chapeau,
d'une paire de bas, plus 40 sols pour s'acheter une camisole. Ils ne
devaient donner aucun sujet de plaintes et la maréchaussée devait y
veiller. On faisait une retenue de 6 deniers par livre sur le revenu
de certains couvents, cette somme était destinée aux invalides.
Voici encore quelques documents existant au ministère de la guerre
et concernant l'armée de 1766 à 1787.
Vers 1766. Mémoire pour rendre les dépenses fixes en temps de
guerre et pour entretenir l'économie dans le traitement des troupes.
1766. Ordonnance du Roy établissant l'uniformité dans le chauffage
et l'éclairage des casernes et corps de garde.
1766. Ordonnance ordonnant de poser des poteaux fixant la limite
des promenades des soldats, |
1775. Observations des inspecteurs de la cavalerie et des dragons
(fourrages, recrues, remonte).
1776. Défense de s'engager dans l'armée prussienne. La raison
était que 30 engagés ayant déserté, 9 furent tués dans leur fuite et
21 rompus vifs par ordre du Gouvernement.
1777. Ordonnance du Roy décidant que le corps du génie sera
composé de 21 brigades; Arras faisait partie de la brigade de Lille,
= 0 —
guerre ou de défense du territwire. Louvois fut le premier
à en tenter l'application, mais l’essai ne fut pas sérieux. La
première levée de milice faite ainsi en 1688, fut de 25,050 hom-
mes. On la congédia dix ans après, en 1698, à la conclusion
de la paix de Ryswick (1). Le XVIIIe siècle devait être le
siècle des milices et préluder ainsi au XIX° siècle, celui de
la garde nationale. Mais par combien de transformations
devaient-elles passer pendant leur existence éphémère ! Les
idées de Louvois, reprises et développées, il s'agissait de
faire des milices provinciales non plus une improvisation
de troupes en temps de guerre, mais une armée nalionale
d'infanterie, conservant en tout temps ses cadres, astreinte
1777. Défense d'engager trop de musiciens allemands dans les
régiments.
1780. Ordonnance pour la vente des chevaux impropres'au service.
1780. On nomme des inspecteurs pour vérifier si on renouvelle
l'habillement ; si les tentes restent toujours au corps, même celles
des officiers ; si on ne consomme pas inutilement les fourrages.
1781. Lettre du ministre signalant les erreurs commises par
M. Neville dans son Histoire des régiments.
1781. Ordonnance sur la régie des vivres et leur transport, et
sur les hôpitaux militaires.
1782. Ordonnance sur le génie militsire.
1783. Décision au sujet des changements de garnison, ils n'auraient
plus lieu que tous les trois ans, ete, etc,
(1) Lors de la guerre d'Espagne on leva 23,000 miliciens ; d'après
une ordonnance du Roi, de 1726, la levée fut de 60,000 hommes
répartis en 100 bataillons de 12 compagnies de 50 hommes chacune,
mais on ne leva que 93 bataillons; en 1733 on en ajouta 30 de
684 hommes chacun et on donna le même effectif aux anciens
bataillons. L'Artois fournissant 2 bataillons formait 1,368 hommes.
À la paix de Ryswick, on réduisit les bataillons à 100 et l’Artois
fournit encore 2 bataillons mais de 600 hommes. Lors de la guerre
de 1741, on leva 113 bataillons, puis en 1766 c'est 66,000 hommes,
puis les levées varient, on trouve 30,000 et même 5,000 hommes,
== 09
à des exercices périodiques annuels, soumise à une disci-
pline régulière, et appelée au service actif quand le besoin
s’en ferait sentir. En général on renvoyait chaque année la
moitié du contingent. On fit deux levées la même année, en
1743 et 1758. Des officiers réformés ou ayant servi, nobles
ou vivant noblement (plus tard rnème on devait exiger d'eux
quatre quartiers de noblesse), devaient les commander (1).
Les officiers supérieurs étaient chargés de l’administration
et de la direction de l'instruction militaire. Les sergents et
les caporaux devaient être, autant que possible, d'anciens
soldats. Lors des convocations (2), ils recevaient à titre
d’indemnité de route, 2 sols par lieue et les soldats 1 sol (3).
D’après les deux premiers règlements de 1701 etde 1726 (4),
(1) C'est ce qu'on exigeait pour l'école militaire nouvellement
créée,
(2) L'ordonnance de 1726 décidait qu'on rassemblerait la milice
et qu'on la passerait en revue une fois par an.
(3) Quelquefois on leur donna 2 sols ; les communautés furent
parfois obligées de voter 3 livres par chaque milicien pour subvenir
aux besoins de sa famille pendant les exercices.
(4) Voici le préambule de cette ordonnance : S. M. ayant ordonné
une augmentation de son armée proportionnée au grand nombre de
ses places, à l'étendue de ses frontières, aux alliances qu'eile a
contractées et pour maintenir la paix de l'Europe, a jugé devoir
ajouter à ses troupes un corps de milice s'exerçant pendant la paix
au maniement des armes, sans déranger les travaux de l'agriculture
ni sortir des provinces, étant prêt à marcher à la frontière pour en
augmenter les forces dans les besoins les plus pressants et assurer
d'autant plus la paix dont elle a fait jouir jusqu'à présent ses peuples,
qu'elle sera plus en état de s'opposer aux entreprises de ceux qui
voudraient la troubler, c'est dans cette vue, qu'après avoir concilié
les différents moyens qui pouvaient faciliter cette levée, sans fati-
guer les peuples par un service aussi onéreux que l'était celui
auquel ils étaient assujettis dans les précédentes levées de la milice,
elle a ordonné, etc.
— 93 —
"le tirage au sort se faisait par paroisses ou par groupes de
paroisses, entre tous les célibataires et les veufs sans
enfants, de seize à quarante ans. Au début, de nombreuses
exemptions furent accordées, à tous les habitants des
villes d’abord (1) et aussi aux paroisses du littoral,
celles du Boulonnais, par exemple, parce qu’elles étaient
astreintes à fournir des corps spéciaux pour la défense
des côtes. Le remplacement, d’abord interdit, fut ensuite
toléré entre gens de même paroisse. On en vint même
à y suppléer en s’acquittant d'une redevance de 75 1., mais
cela amena des abus, et alors ce furent des alternatives
continuelles entre l’interdiction et la tolérance. Le chiffre
du contingent était fixé d’après le nombre de feux, c’est-à-
dire de familles de chaque paroisse. Quant à la durée du
service, elle fut également variable. De deux ans qu'elle était
au début, elle avait passé à quatre ans en 1726, à cinq ans
en 1733, à six ans en 1736, pour retomber à cinq ans en 1748,
Telle avait été la première organisation. Elle dura plus
d’un demi-siècle, modifiée sans cesse par de nouvelles ordon-
pances et de nombreux réglements. Au pays d'Artois
c'étaient les Etats (2) et les Intendants qui se chargeaient
de l’appliquer. La province fournit longlemps pour sa part
deux bataillons, et elle avait dû contribuer comme les autres
à la formation de sept régiments de grenadiers royaux
composés de 50 hommes prélevés sur chaque bataillon de
milice (3) lors de la guerre de la succession d'Autriche en
(1) Plus tard on leur retira cette exemption pour ne pas trop sur-
charger les campagnes.
(2) Ils firent à ce sujet un règlement en 1729.
(3) En 1765, dans les bataillons de milice, la première compagnie
était désignée sous le nom de grenadiers royaux, la seconde sous le
nom de grenadiers provinciaux. Elles se composaient d'un capitaine,
d'un lieutenant, de 4 sergents, de 8 caporaux, de 80 appointés, de
80 hommes et d'un tambour. L'Etat-major du bataillon de grena-
= —
1744 (1) et complétés deux ans après par une seconde levée,
Après 1758, le Gouvernement parut renoncer à l’ancienne
organisation. En 1763, une ordonnance du {cr février créa
31 régiments de recrues provinciales composés d'un batail-
lon ; la Flandre et l’Artois fournirent un bataillon. Le mode
de recrutement fut complètement modifis, le système du
tirage au sort fut abandonné pour faire place à celui des
engagés volontaires. Cela consistait à faire fournir par Îles
paroisses un certain nombre de miliciens enrèlés sous la
diers royaux comprenait un major; un aide-major, un sous-aide-
major, deux porte-drapeaux. Ces bataillons portaient le nom d’une
province, celui d'Artois avait le n° 19. Les 105 compagnies de
grenadiers royaux fournirent 11 régiments commandés par un
colonel, un lieutenant-colonel, un major, un sous-aide-major ; plus
un armurier et un chirurgien en temps de campagne. Les grenadiers
de la généralité de Rouen avec ceux de la Flandre et de l’Artois
fournirent un régiment (voir pour la dépense de cette milice une
ordonnance royale du 27 novembre 1765) (Fonds de l'Intendance,
dossier 770).
(1) Après cette guerre, où ces grenadiers prirent part, on diminua
beaucoup l'armée, et une ordonnance du 15 février 1749 dit :
S. M. syant résolu de former un corps des différentes compagnies
de grenadiers qu'elle a fait extraire des réformés de quelques régi-
ments et bataillons de son infanterie pour continuer à attribuer À
son service des troupes d'une espèce si précieuse À conserver,
ordonne que les 48 compagnies des grenadiers qui ont été réserves
dans les réformes, forment un corps rassemblé dans une même
place pour former un corps sous le nom de grenadiers de France,
composé de 4 brigades de 12 compagnies chacune, formant en tout
2,160 hommes, L'uniforme était blanc. Ce fut à Arras qu'on les
rassembla, et la ville vota 10,000 livres pour les fournitures et
divers frais de cette orgamisation. Ces troupes, ajoutées à la garnison,
donnèrent à la ville une grande animation ; il y eut des fêtes
brillantes, mais aussi des rixes et des duels. On peut voir dans le
P. Ignace des détails sur le séjour à Arras de ces grenadiers,
9% =
surveillance de l’Intendant, et engagés pour six ans. Chacun
recevait 350 livres, plus 5 livres de pourboïre,-et celte solde
élait fournie par tous les hommes aptes à être appelés à la
milice. C'était en somme le remplacement en grand. Lors
de l'arrivée du marquis de Lévis en Artois, ce système com-
mençait à fonctionner {1}, mais il était loin d'avoir reçu sa
forme complète, et de nouveaux règlements venaient sans
cesse apporter des modifications à la milice. Ainsi, dès
1765, une ordonnance porta la limite inférieure d'âge à
dix-huit ans, le minimum de la taille à 5 pieds. Les gens
mariés au-dessous de vingt ans ne jouirent plus du bénéfice
de la dispense (2). On devait passer la révision devant
l'Intendant, qui jugeait sans contrôle des capacités physiques
et des causes d'exemption qu’une ordonnance de 1774 fixa.
Le changement opéré dans le mode de recrutement des
milices provinciales présentait certains inconvénients qui
n'échappaient pas à la vigilance des Etats et de la Commis-
soin chargée par eux de l’examiner (3j. La somme prélevée
sur tous ceux qui élaient soumis à la milice était parfois
importante, car il fallait donner aux engagés jusqu’à 500 1.,
prix exorbitant, alors que les hommes engagés directement
au service du Roi ne recevaient d'ordinaire que 100 livres,
plus {0 écus. D'autre part, le bataillon de 1,440 hommes (4) que
(1) A partir de 1773, on prit les veufs sans enfants, mais on exclut
les gens mariés. On admit le remplacement sous certaines conditions.
(2) Une ordonnance du Roi, du 7 novembre 1765, fixa les bataillons
de milice à 105, composés de 700 hommes chacun, pour fournir un
corps de 75,550 hommes. En 1767, la milice fut fixée à 37,274 hom-
mes, en 1768 à 55,911, en 1775 à 74,550,
(3) Les Etats étaient d'avis d’exempter les pauvres de participer
à la dépense. Ils trouvaient que ces réquisitions causaient la cons-
ternation des campagnes et la ruine des habitants. On chargea les
députés à la Cour de présenter des observations au ministre, si les
autres provinces étaient plus privilégiées.
(4) Autrefois la Flandre et l'Artois fournissaient trois bataillons,
— 96 —
la province devait organiser, divisé en quatre levées, donnait
360 hommes à fournir chaque année, tandis qu'auparavant
elle n’en devait que 300 (1). Enfin le délai assigné par le
Gouvernement pour la formation des nouvelles milices était
insuffisant (2). À cette dernière objection l'intendant put
faire une réponse viclorieuse et ce fut le marquis de Lévis
qui la lui fournit. Il avait, dès son arrivée, apporté une telle
activité à l'instruction, à la préparation des recrues, que dès
le 20 avril 1766, Caumartin écrivait que la nouvelle milice
était formée. Les hommes suffisamment exercés au manie-
ment des armes, soumis à la discipline (3), pourvus de
l'uniforme en drap blanc réglementaire, étaient prêts à être
versés dans l'armée régulière où l’on s’en servait pour combler
(1) Aussi on pensa à avoir recours aux racoleurs.
(2) I n'y avait plus que 3 officiers par compagnie ; on disait que
c'était trop peu ; dans la ligne, il y en avait 6; 2 sergents et 4 capo-
raux étaient insuffisants, on devrait de plus prendre les sergents
parmi les hommes les plus instruits des régiments. Les officiers
étaient montés.
(3) Le duc de Choiseul, le 16 août 1766, donna des instructions
relatives aux soldats qui ne regagnaient pas leur corps à l'expiration
de leur congé, et des recrues qui ne rejoignaient pas leurs régiments.
La maréchaussée devait les arrêter. Le 26 janvier 1773, une ordon-
nance du Roy obligeait les recrues à présenter, dans les 24 heures,
leur engagement au commissaire des guerres qui le vérifiait et
le visait. Une autre ordonnance, du 12 septembre 1776, condamnait
aux galères et même à mort les embaucheurs ou fauteurs de désertion.
Il y avait des traités d'extradition entre la France et quelques pays
au sujet des déserteurs. Le 12 juin 1785, on prolongea le délai
accordé aux déserteurs pour regagner leur corps. On peut voir,
Fonds de l’Intendance, dossier n°9 770, des instructions relatives aux
soldats et aux recrues qui ne regagnaient pas leur corps. En 1763,
l'Intendant de Caumartin rappella les ordonnances défendant aux
soldats de vendre leurs habillements et leurs armes, sous peine de
galères et même de mort.
_— 97 —
les vides. Cependant les Etats ne se tinrent pas pour satis-
faits. [ls ne le furent pas davantage quand,en 1771,on fit droit
à leurs protestations pour revenir au lirage au sort, parce que
cela n’apportail pas de soulagement à leurs charges pécu-
niaires. Le Roiï annonçait à la vérité, le 4 août 1771, que pour
éviter les abus et donner à la milice une constitution plus
solide, il supprimait les recrues provinciales et (1) créait
48 régiments provinciaux, mais les 11,600,000 livres que lui
coùtait la milice et dont l’Artois devait pour sa part rem-
bourser 68,000 livres par an, furent encore réclamées et les
Etats durent continuer à les fournir (2). ls essayèrent en
vain de résister. Pour toute satisfaction le ministre de
Monteynard, écrivit aux Intendants du royaume, une lettre
fort bien documentée et raisonnée, dans laquelle étaient
résumés tous les arguments en faveur de la créalion de ces
régiments et du maintien des milices provinciales. Cette
lettre était datée du 24 décembre 1773 et c’est pourquoi nous
avons rapporté à cette année tout ce qui concerne cette
question. Ce nouveau corps, y est-il dit en substance, sera
une seconde armée prête à marcher au premier ordre sans
portier préjudice à l’agriculture, au commerce. Ces 80,000
soldats pris parmi les hommes de peine les plus robustes,
les plus attachés au sol où ils sont destinés à vivre, ne le
cèdent à personne en valeur quand ils sont réunis. Restée
sans organisation depuis 1726, cette milice n’était qu’üne
réunion de paysans armés conduits par des officiers qui leur
(1) On conserva les grenadiers royaux, puisque M. de Caumartin
écrivit aux députés ordinaires que le Roï, voulant assembler au
printemps et mettre sur pied les régiments de grenadiers royaux,
les hommes devaient être passés en revue à Arras par le comte de
Guines pour constater les présents et les absents.
(2) Ils avaient donné jusqu'à 136,944 livres. on le leur demanda
encore lors de la guerre avec l'Angleterre, mais en 1785 on revint
au chiffre de 68,000 livres.
1
= 09
étaient inconnus. Leur vêtement, leur équipement, leur
solde, leur armement, rien de tout cela n'était militaire, et
leur indiscipline leur avait aliéné l'opinion publique à tel
point qu'ils étaient dévenus l’effroi des campagnes. Aujour-
d’hui ce sont de vrais soldats. Ils obtiennent des exemptions
d'impôts (1), et reçoivent des récompenses comme les autres
troupes. Quand il a fini son temps, le soldat provincial peut
continuer son service comme remplaçant. Dans sa vieillesse,
il est soigné par l'Etat. On le convoque à des époques fixes.
Désigné par le sort, il reçoit le produit des cotisations que
ses camarades font en sa faveur. Les communautés fournis-
sent son équipement d'après des règles déterminées (2),
Enfin, le nombre des hommes levés dans ces conditions est
réparli d’après les populations. On devra les prendre de
préférence parmi ceux dont l'existence est plutôt une charge
qu’un produit au pays, tels ceux qui, restés célibataires,
à 25 ans n’exercent pas de profession. L’Intendant fixera
les exemptions. Le nombre en sera limité. Elles seront
accordées aux soutiens de famille, à certains états, au com-
(1) Ils n'étaient soumis à la taille que deux ans après leur mariage.
(2) Pour diminuer les dépenses des communautés, l'Intendant engagea
les Etats à secharger du petit équipement. lls y consentirent et deman-
dèrent s'il fallait mettre aux chapeaux une bordure de fil comme aux
troupes de ligne. M. de Caumartin écrivit le 26 novembre 1768 aux
députés ordinaires qu'on avait déposé dans les magasins des effets
du Roy: 1,440 vestes, 1,440 chapeaux, 1,440 paires de souliers,
2,880 chemises, 1,440 havresacs et autant de cols, il demandait
encore 1,440 paires de guêtres. C'est à l'hôpital Saint-Jean, à Arras,
qu'on conservait, dans deux salles, le petit équipement, le garde
magasin recevait des Etats 1,140 livres par an, plus des gratifi-
cations. En 1773, on voulut mettre aussi à la charge des Etats la
petite masse et les autres frais, l'Etat disait que cela coûterait moitié
moins cher ; cette mesure ne devait s’appliquer qu'au plat pays et
nou aux villes,
= 00 =
merce, à l'industrie, à l'agriculture (1). On le voit, ce pro-
gramme élait à peu près celui qui régit de nos jours le service
militaire, et ces levées périodiques de milice devaient singu-
liérement ressembler aux appels de 28 jours et de 13 jours,
qui sont pour tous les hommes occupés et pour ceux qui
les emploient une si fastidieuse servitude. Mais la grande
différence est que dans ce temps-là lous n’en étaient pas
atteints et les exemptions s’accordaient dans une plus large
mesure. Les domestiques, par exemple, pouvaient être
dispensés à la requête de leurs maitres, et au moyen d’une
somme d'argent fournie par ceux-ci.
Le Ministre de la guerre, de Saint-Germain, était peu
partisan des corps auxiliaires ; il supprima les {1 régiments
de grenadiers royaux créés en 1765 avec les grenadiers
des régiments provinciaux. On autorisa les hommes qui en
faisaient partie à entrer dans l'armée régulière ; peu profitèrent
de cette offre. Quant aux régiments provinciaux, on modifia
leur organisation (2), on revint aux engagements volontaires
(1) Voici quelques-unes des exemptions : le fils unique d'un culti-
vateurs ayant plus de 65 ans, ou l'aîné d'’orphelins, les chefs de
culture, les maréchaux, charrons, collecteurs de taille, médecins,
chirurgiens, monnayeurs, changeurs, ajusteurs, orfèvres, imprimeurs,
horlogers, bateliers, marins classés, maire, échevin, assesseur et
procureur de S. M., les fils aînés des avocats, procureurs, notaires,
greffiers en chef des justices royales et ducales et leurs maîtresclercs,
les fils aînés de bourgeois payant 35 livres de capitation, des direc-
teurs de fermes et receveurs généraux, les domestiques des maisons
royales, princes, princesses, et seigneurs s'ils demeuraient dans
leur maison et portaient leur livrée au moins depuis trois mois, les
fils des officiers de justice et de finance, les valets à gages des
ecclésiastiques, communautés, maisons religieuses, gentilhommeos,
gouverneurs de province et autres officiers supérieurs, les desser-
vants, maitres d'écoles, étudiants et gardes, etc.
(2) Régulièrement on aurait dû lever, en 1775, le 6° des bataillons
provinciaux, et il était question de les porter à 750 hommos. Au lieu
de cela l'Intendant prévint les Etats qu'on n'aurait pas besoin de
— 100 —
payés par les communautés, et aux exercices comme autre-
fois (1). La milice donna souvent matière aux plaintes des
Etats. Ces levées annuelles, disaient-ils, obligeaient les
hommes à des marches fatigantes pour rejoindre leurs corps,
et pour se rapatrier ensuite. Les Intendants usaient d’injus-
tice et de partialité dans l'application des règlements. Les
exemplions elles-mêmes n'étaient pas Sans inconvénients.
Nombre d'habitants des campagnes, pour en jouir, allaient
habiter les villes ou se mettaient en service. Les officiers
ne donnaient pas tous la mesure de zèle et de capacité
qu'on était en droit d'attendre d'eux. Enfin les engagés
volontaires ne valaient pas les hommes désignés par le sort,
C'étaient souvent des étrangers, et comme on levait et on
licenciait souvent ces régiments, il était difficile de leur faire
regagner leur corps. De la justesse de ces diverses récrimi-
nalions, il est difficile de juger à distance. Elles se renou-
velèrent et durèrent autant que les milices provinciales,
c'est-à-dire jusqu’en 1789, époque où celles-ci furent suppri-
mées (2). Quelques faits sont encore à meltre au compte de
faire des engagements pour l'hiver prochain ; en effet, le régiment
d'Artois, après avoir été passé en revue par l'Intendant, le 25 mars
1375, fut supprimé par ordonnance du Roy du 15 décembre, son
petit équipement fut vendu en octobre 1778. Les Etats d’Artois
avaient demandé qu'on le conservât en partie, mais on objecta qu'il
était de mauvaise qualité et que l'expérience avait prouvé que les
uniformes se détérioraient quand on ne s'en servait pas.
(1) En 1781, M. de Caumont, qui commandait les deux bataillons
d'Artois, demanda qu'ils fussent réunis en un seul. En 1782, on
demanda dans les compagnies de fusiliers des hommes de bonne
volonté pour servir dans la marine. En 1784, le Roi fit une ordon-
nance sur les troupes légères, les Etats craignaient qu'on nel'appliquât
aux troupes provinciales. En 1788 on incorpora plusieurs compagnies
de milice dans les troupe: de ligne.
(2) Voir sur les milices, les grenadiers de France et les régiments
provinciaux le Dictionnaire des Gaules et de la France, par
d'Expilly, tome IV, page 736 ; le dictionnaire de Bécherelle, article
— 101 —
l’Artois et de son gouverneur en cette année 1773. Le mariage
du comte d'Artois, qui eut lieu le 16 novembre, avec Marie-
Thérèse de Sardaigne, princesse dont l'histoire a conservé
un souvenir insignifiant, bien que ce füt à elle que dût
revenir l'honneur de prolonger d’un siècle après la Révolu-
tion la descendance directe de la maison d3 Bourbon. Mais
à ce moment-là, rien ne faisait prévoir encore que celui
qu'elle épousait dût arriver au trône. Cependant, la province
dont il portait le nom el dont il s'était gracieusement déclaré
le protecteur, ne laissa pas de complimenter la nouvelle
comtesse par l'organe des députés, prôsentés à celle-ci par
le marquis de Lévis (1). Les Etats firent chanter une messe
suivie d'un Te Deum dans l’église des Récellets d'Arras.
Ils y assistèrent et ce fut l’évèque, Mgr de Conzié, qui
officia (2). C'était un prélat de grand air et de grande allure,
milice ; V'Etat militaire de la France, année 1764, page 306 ; même
ouvrage, année 1766 : notice sur les grenadiers de France ; même
ouvrage, année 1772 : notice sur les régiments provinciaux ;
M. Lesueur de Moriamé : //rstoire de l’abbaye d'Etrun. Histoire des
milices provinciales, par Gébelin, Hachette, 1882. Hilices et troupes
provinciales, par Hennet. Paris, Beauduin, éditeur.
(1) Voir sur le mariage du comte d'Artois : Æistoire d'Arras,
par M. Lecesne, tome 11, p. 6417.
(?) Les députés ordinaires avaient écrit que ce inariage était un
évènement trop important pour la province pour qu'elle ne témoignât
pas, par quelques marques extérieures, sa joie etsa satisfaction; et si
la naissance de ce prince avait été célébrée par des fêtes publiques,
son illustre alliance ne devait pas l'être moins dans une province
dont il vient tout récemment de se déclarer le protecteur et l'appui,
et qui a le plus grand intérêt à voir perpétuer sa race et son nom,
Mais les mœurs et les goüts étaient différents de ce qu'ils étaient à
la naissance de ce prince. Les députés n'ont pas cru devoir répéter
à cette occasion les fêtes qui ont êté données alors, suns une autori-
sation expresse de l'assemblée, et pour la mettre plus en état de
décider, ils ont l'honneur de lui représenter que la ville de Paris
(que l’on peut prendre pour modéle de ce qu'il faut faire aujourd'hui),
— 102 —
irréprochable au point de vue de la doctrine et des mœurs,
qui jouissait dans la province d’une situation prépondérante.
Le Roi l'avait remarqué lors de la présentation des cahiers
et, bien qu’il eût d'avance quelques préjugés contre lui, parce
que l'élévation des deux frères de Conzié avait été générale-
ment altribuée au duc de Choiseul, il l'avait, de son propre
mouvement, nommé à l’archevéché de Tours. Mais l'évêque
d'Arras avait refusé Il tenait à son diocèse. On peut
croire que, au nombre des avantages qu’il y trouvail, figurait
la somptueuse demeure dont il jouissait, car c'est celle qui
forme maintenant la préfecture (1). Du reste son attachement
n’a témoigné la part qu'elle a prise à l'alliance de ce prince que par
des illuminations et des aumônes publiques, et en donnant des dots
à un certain nombre de jeunes filles. La dépense ne peut que tourner
au bien et au soulagement des malheureux, et à favoriser la popula-
tion sans s'exposer à aucune profusion, ni à aucun accident. C'est
ce qui semble le plus convenable dans un temps où la misère publique
est à son comble La province a tout lieu de croire qu'elle sera
approuvée et surement appréciée d'un prince compatissant, et dont la
bienfaisance fait le caractère, et pour intéresser le ciel à sa conser-
vation et à celle de l’auguste princesse à laquelle il vient d'unir son
sort, on peut, en actions de grâces, faire chanter un 7e Deum auquel
le corps des Etats assistera, avec les rérémonies ordinaires.
(1) Mgr de Conzié avait l'abord et le caractère impérieux. Une
taille haute, les épaules carrées, la voix forte, une figure sévère,
tout annonçait en lui un homme que la nature a destiné au comman-
dement, avec des manières plutôt brusques que nobles, un ton plus
tranchant que paternel, convenant moins à un évêque qu'à un capi-
taine de grenadiers, son esprit était plus solide qu'étendu, et il avait
plus de prudence que d'adresse. Cependant il se servait habilement
de son air d'autorité pour se faire obéir sans réplique et imprimer
plus de crainte que de respect. Il établit à Arras les Sœurs de
Charité, fut député à la Cour pour les Etats d'Artois en 1767, 1774,
1776, et présida plusieurs fois cette assemblée où il exerçait une
grande autorité, surtout sur l'ordre du clergé. Îl mourut en émigra-
tion, laissant aux pauvres d'Arras les revenus de son évéché qu'il
— 103 —
pour ses diocésains était réciproque, et les députés à la Cour
se firent les interprètes de la satisfaction qu'on éprouvait de
le conserver (1). Alors le Roi, pour lui accorder une faveur
lui donna le litre d'aumônier de la nouvelle comtesse d'Artois,
qui trouvait en lui un compatriote, car la famille de Conzié
appartenait à la noblesse de Savoie. La distinction qui
lui avait été destinée fut reportée l'année suivante sur la
tête de son frère, l’Evèque de St-Omer, prélat d’un physique
et d’un caractère tout différent, aussi doux, souple, et affable
que celui d'Arras l'était peu, et l'abbé de Puységur, grand
vicaire de Rouen, fut désigné pour l'évêché de St-:Omer.
Le marquis de Lévis eut, cette année-là, une mission
pénible à remplir: il fut appelé à faire partie d’un conseil de
guerre présidé par le duc de Gontaut-Biron pour juger des
officiers d'artillerie accusés d’avoir fait réformer des armes
de guerre pour les vendre au dessous de leur valeur (2).
Enfin, un évènement qu’il ne nous est pas permis de
passer sous silence ici, c'est l'érection de la Société littéraire
d'Arras, par lettres patentes du Roi, datées de juillet 1773 en
n'avait pas touchés et ceux de l’abbaye du Gard dont il était com-
mendataire, mais la Révolution s'en étant emparée, les pauvres n'en
eurent rien (Voir sur les Conzié les mémoires relatifs à l'histoire
de France pendant les XVIIIe et XIX° siècles, article de M. Barrière).
(1) Le Magistrat d'Arres, de son côté, pour lui exprimer sa
satisfaction de le conserver, lui offrit 24 bouteilles de vin. L'Almanach
d'Artois de 1775, page 211, reproduit le compliment que lui fit le
26 décembre 1774, M Denis, avocat, parlant au nom de l'Académie
dont il était directeur, pour le féliciter de rester à Arras. Certains
auteurs prétendent que ce fut par ambition que Mgr de Conzié voulut
rester à Arras, où, comme président des Etats d’Artois, il avait
de fréquentes communications avec la Cour et espérait être ministre,
car il était ambitieux, dit-on.
(2) En terminant ce chapitre, signalons encore quelques détails.
En 1773, le marquis de Maurepas devint gouverneur de Béthune
à la place du duc de Broglie. M. Van den Dresche remplaça à Saint-
— 104 —
Académie d'Arras, titre dont elle s’honore encore aujour-
d'hui.
Omer, comme lieutenant de la maréchaussée, M Hardy, décédé.
La terre de Lillers avait été saisie sur le marquis de Carnin
à la requête de M. de Breville, gentilhomme ordinaire du Roi,
qui lui avait prêté 600,000 livres. Elle lui fut adjugée en 1773 pour
433,000 livres. Le duc de Montmorency l'avait poussée jusqu'a
425,000 livres L'acquéreur voulut entrer aux Etats, mais ceux-ci
lui contestérent l'ancienneté de sa noblesse.
— 105 —
1774
Cette année 1774 fut celle de la mort de Louis XV (1).
L'occasion en fut, dit-on, la petite vérole, maladie fort
meurtrière en ce temps-là On prétendit que le vieux roi
l'avait gagnée en rencontrant, au retour de la chasse, le
convoi d'une femme qui en était morte. mais on peut croire
que l’âge et la débauche contribuërent grandement à amener
l'issue falale. Plus heureux que ne devaient l'être bien
d'autres princes de sa race, il ne vit pas le résultat de ses
fautes, et de tous les points de la France, habituée à aimer
ses rois,s’élevérent dèsle début de sa maladie des prières pour
la conservation de ses jours. En Artois elles prirent le carac-
tère d'une manifestation publique. Mgr de Conzié, alors
évèque d'Arras, fit faire dans sa cathédrale, les 5,6 et7 mai,
des prières de quarante heures auxquelles succéda, le 8, une
grand'messe solennelle en présence de toutes les autorités.
Le 9, il alla lui-même officier en la chapelle du Conseil
d'Artois. Le 10, ce fut dans la chapelle de l’hôtel commun,
c'est-à-dire, de l’hôtlel de ville (2), que le Magistrat convia
les troupes à venir assister à la messe dite à la mème inten-
tion, et le 11, ce mème Magistrat, accompagné des députés
ordinaires, se rendit à l'invitation de la garnison qui faisait
célébrer la messe en l'église de Saint-Géry. La cérémonie
devait se renouveler le lendemain en la chapelle des Récol-
lets, quand soudain la nouvelle de la mort du Roi vint
mettre fin aux supplicalions adressées au Ciel pour sa
guérison. Le deuil fut général et profond dans toutes les
classes de la population. Le glas funèbre retentit dans toutes
(1) Voir sur la mort de Louis XV, l’Æéstoire d'Arras de M. Lecesne,
tome 11, page 656 ;
(2) On mit à la tribune de l'hôtel de ville, un tableau funébre
garni de trois bandes de drap noir et une de velours. Il coûta
40 livres.
— 106 —
les églises et chapelles de la ville. A la communication
officielle reçue sous forme d’une lettre écrite le 13 mai par
le roi Louis XVI, appelé à succéder à son grand’père, le
Magistrat répondit par l'intermédiaire de l’Intendant, en
exprimant la plus vive douleur. L’évêque adressa aux fidèles
un mandement sur le même ton. Le 20, à la Cathédrale, fut
célébré un service solennel, pendant lequel les boutiques
furent fermées, et toutes les affaires interrompues.
On peut croire que le Gouverneur de l’Artois n'était pas
à ce moment-là dans la province. C'était d’ailleurs l’époque
où il avait coutume d'aller présenter au Roi les députés à la
Cour, et de ceux-ci on peut constater la présence à Paris
par les nouvelles qu'ils transmettaient chaque jour au cours
de la maladie du Roi (1). Pour le marquis de Lévis, du reste,
le changement de pouvoir ne devait pas avoir de grandes
(1) Les députés à la Cour écrivirent aux députés ordinaires : Le
Roi a été ramené à Versailles avec un grand mal de tête qui a été suivi
de vomissements ; les uns disent de Trianon, les autres de Versail-
les ; les uns disent mardi, les autres mercredi dernier. Il fut saigné
depuis, deux ou trois fois. La petite vérole parut avant-hier, on
lui appliqua des vésicatoires, les spectacles furent interrompus hier.
Mais on ne sut que le soir que l'éruption se faisait et que S M
était autant bien que sa situation pouvait le permettre. La maladie
de S. M. nous inquiète et nous afflige infiniment. Nouvelle lettre :
le 1° mai, 10 heures du soir. Les nouvelles d'aujourd'hui sont que
le Roi est mieux, du moins, aussi bien qu'on pouvait l'espérer dans
les premiers jours d'une telle maladie ; les vésicatoires ont produit
l'effet qu'on en attendait, l’éruption continue à se faire bien, le Roi
a reposé, et l'assoupissement dont il était accablé auparavant parait
diminuer. Mesdames ne le quittent pas, Monseigneur l'archevôque
de Paris sur ce qu’on lui avait mandé, et malgré le mauvais état de
sa santé, est allé ce matin voir le Roi. Il est mieux ce soir. On a
commencé aujourd'hui les prières. 2 mai : nous sommes revenus
de Versailles où nous avons appris que le Roi avait reposé la nuit
dernière, qu'il avait encore un peu reposé le matin, qu’il avait la
tête dégagée et qu'il n'avait presque plus de fièvre, que l'éruption
— 107 —
conséquences, et la juste disgrâce où devaient tomber les
favoriles avec tous les protégés que, pour le malheur de la
France, elles avaient portés au pouvoir, ne devait pas
l’atteindre. Quant à lui, le ministre auquel il avait le plus
affaire était le Ministre de la Guerre. Que ce ministre fût le
marquis de Monteynard jusqu'au mois de janvier 1774, où
le comte de Muy succédant à celui-ci quelques mois après,
toujours le marquis de Lévis trouvait en lui un compagnon
d'armes, un administrateur, un ami, avec lequel il entrete-
nait les meilleures relations. D'ailleurs, cn l’a déjà vu, pour
ce vaillant homme de guerre les questions de finances étaient
celles qui présentaient le moins d'intérêt. Or c'étaient les
s'achevait et qu'elle produisait beaucoup de boutons, enfin que S. M.
était aussi bien qu'on pouvait l'espérer dans les premiers jours d'une
maladie de cette espèce, mais on n'est pas encore sans inquiétude
parce que le cinquième et le septième jours ne sont pas passés ; les
médecins ont dit qu'ils répondaient du rétablissement de S. M. s'il
ne survenait pas de changement dangereux dans ces jours de crise
3 mai, il heures du matin. On a parlé différemment depuis hier au
soir jusqu'à ce moment, de l'état de S. M. Nous ne pourrons savoir
quelque chose de positif que mardi au plus tard. # mai, 11 heures
du matin. Les nouvelles publiques et celles que nous avons apprises
de plusieurs personnes qui sont retournées hier au soir de Versailles,
sont que le Roi a continué d'être jusque hier à 4 heures de la nuit,
aussi bien que le cours de la maladie pouvait le permettre. #4 mai,
10 heures du soir. Le Roi a eu la nuit dernière un redoublement
qui a duré depuis minuit jusquà # heures. L'agitation qu'il
occasionna ne fut Cependant pas considérable.
Les vésicatoires fonttoujours bon effet, et les urines sont louables.
La suppuration a commencé au menton. Le Roi de Prusse a été
blessé gravement à la tête d'un coup de la tête de son cheval, on
disait qu'il était mort, cela mérite confirmation, 4 heures du soir.
La suppuration qui avait paru languir pendant quelques heures a
repris son Cours et a fait un progrès sensible ce soir. S. M. a été
fort tranquille et a un peu dormi cette apres-midi. Les évacuations
du veutre, les urines sont complètes, le pouls continue d'être bon
— 108 —
plus instantes, les plus brülantes à ce moment-là. Le règne
qui finissait avait été désastreux. Quinze contrôleurs géné-
raux s’élaient succédé, apportant chacun son système, se
heurtant à l’insoluble problème de satisfaire aux exigences.
aux prodigalités de la Cour, avec des coffres vides et une
dette toujours croissante. Cette dette, qui avait été de
2 milliards à la conclusion de la paix de 1763, se trouvait
actuellement portée à 4 milliards 70,000 livres. Les intérêts
qui en avaient été réduits par le système de Law de 80 mil-
lions à 37 millions, se trouvaient, depuis six ans que l'abbé
Terray était aux affaires, augmentés de 155 millions. Natu-
rellement les impôts avaient suivi la même progression.
Partis de 137 millions, chiffre auquel ils s’élevaient à la
mort de Louis XIV, ils alteignuient maintenant celui de
871 millions, qui, mis en balance avec la dépense qui, de
et il n‘y a pas encore d'apparence de redoublement, 6 mai, 11 heures
du matin. Nous sommes allés hier à Versailles. Le Roi allait entrer
dans son septième jour. Nous ne savons pas comment il a passé la
nuit et son état actuel. La blessure du Roi de Prusse ne se vérifie
pas. 7 mai Le Roi de Prusse est rétabli. Nous vous envoyons les
bulletins concernant la maladie du Roi (ils manquent). Paris 10 mai
10 heures du soir. Nous avons l’honneur de vous apprendre la plus
triste, la plus effrayante nouvelle. Le Roi est mort aujourd'hui, à
deux heures de l'après-midi, On dit de toute part que la famille
royale est allée, les uns disent à Choisy, les autres à Marly, et qu'on
a vu les Princes revenir à Paris. Si nous avons quelque chose à
faire dans cette conjoncture fàcheuse, veuillez nous en informer,
nous n’avons pas manqué d'aller fréquemment à Versailles pour
donner des preuves de l'amour de la province. 11 mai. C'est à
Choisy que la famille royale est allée, on dit qu'elle y restera quarante
jours, et que pendant ce temps, ceux qui ont approché le feu roi
pendant sa maladie, ne verront pas le Roi régnant, la Reine et la
famille royale, On va rendie un arrêt pour tocsiner la cloche du
palais selon l'usage. 31 mai. On croit Mesdames toutes trois hors de
danger, on fait remise du droit de joyeux avènement. M. de Cau-
martin a eu aussi la petite vérole, il guérit.
— 109 —
221 millions était passée à 399, établissail un déficit annuel
de 28 millions. Menace de banqueroute, disait-on, alors que
les systèmes d'emprunts el d'opérations de bourse n'étaient
pes pratiqués comme ils le sontaujourd'hui. Devant l’impos-
sibilité de créer de nouvelles taxes, l'abbé Terray en était
venu à l'idée de faire acheter tous les grains par l'Etat, pour
en monopoliser le commerce. Il esl aisé de se figurer quelle
opposition devait rencontrer un tel projel dans les pays
d'agriculture comme les nôtres. Ce fut donc un soulagement
général, quand on vit le nouveau Roi prendre une ligne de
conduite opposée à celle qu'avait suivie son prédécesseur.
Louis XVI, en effet, arrivait au trône, animé des intentions
les plus droites, disposé à opérer toutes les réformes que
réclamaient l'honneur de sa couronne et le bien de ses
peuples. La preuve en fut dans les deux premières manifes-
tations de sa volonté personnelle, qui furent de renoncer aux
41 millions du droit de joyeux avènement, et d'abolir certains
droits de servage attachés aux terres de la Couronne, restes
surannés d'anciens usages féodaux. Mais hélas ! la France
en était arrivée à ce point malheureux où, comme dit Joseph
de Maistre, il ne suflit pas à une nation d’avoir un honnète
homme pour la gouverner, Louis XVI n'était que cela.
Dépourvu de perspicacité pour juger les hommes, de supé-
riorité pour les dominer, d'expérience pour les conduire, il
se trouvait aux prises avec la situation politique et finan-
cière Ja plus redoutable qui fut jamais, et tous les remèdes
qu'il voulut y apporter ne firent que l'aggraver. À peine
monté sur le trüne, son premier soin fut de renvoyer Île
ministère Maupeou-d'Aiguillon, créatures de Mme du Barry.
Mais il appela à en former un nouveau le comte de Maurepas,
vieux courlisan frivole, retiré des affaires depuis vingt-cinq
ans. Par le conseil de celui ci, il rappela tout d'abord les
parlements, exilés sous le règne précédent. Ceux-ci, tout
disgrâciés qu’ils élaient, n'avaient pas désarmé. Leur ran-
cune contre la royauté ne demandait qu'à se transformer
— 110 —
en révolte nouvelle. Ils devaient faire cruellement subir au
petit-fils les conséquences des fautes de l'aïeul, et précipiter
le mouvement révolutionnaire qui les emporlerail avec lui.
En matière financière, le programme imposé au nouveau
ministère par le Roi élail celui-ci : Pas de banqueroute,
pas d’aggravation d'impôts, point d'emprunt, réduction des
dépenses. Principes admirables, qu'il ferait bon d'inscrire
encore aujourd'hui, dans la salle de nos assemblées délibé-
rantes, mais il fallait un homme pour les mettre en pratique.
L'abbé Terray avait, en mème temps que les ministres,
quitté le poste qu'il devait à la faveur de Mme de Pompadour,
et à sa complicité dans l’expulsion des Jésuites. Celui qu'on
appela à le remplacer fut Turgot, intendant de Limoges, où
il s'était acquis une certaine popularilé par la suppression
de la corvée, remplacée par une taxe pécuniaire, payée par
tous, sans exception, ni privilèges. C'était un homme encore
dans la force de l’âge. Lui aussi avait quitté l'Eglise, à
laquelle sa famille le destinait, pour entrer au parlement,
dans la société des encyclopédistes, et se faire leur collabo-
rateur. Il arrivait au poste dangereux où tant d'autres
avaient échoué, la tête pleine d’utopies et de projets de
réformes auxquels il devait rencontrer autant d'obstacles
que se trouvaient des gens intéressés à la conservation des
abus. Ces abus étaient nombreux, à la vérité; on lui reprocha
d'avoir voulu les supprimer sans transition, et sans ménager
les intérêts privés ; on a dit de lui qu'il avait fait fort mal ls
bien, comme son prédécesseur avait fait fort bien le mal.
Mais l’ère de la bureaucratie moderne, dont Turgot peut être
considéré comme le père, s'est-elle montrée plus salutaire
au pays ? Dès ses premiers actes, on put voir quele nouveau
contrôleur général était décidé à rompre avec les traditions
laissées par ses prédécesseurs. La liberté rendue au com-
merce des grains, la suppression de la solidarité entre les
habitants de la même paroisse pour le paiement des impôts,
l'abolition des 6 sols par livre que l'abbé Terray s'était vu
— Ait —
obligé d'ajouter aux impôts, l’évaluation du produit des
offices du royaume et de leur prix d'acquisition, pour les
soumettre aux centiëmes, élaient des mesures jusles en
elles-mèmes, mais elles mécontentèrent les traitants et les
courlisans, qui dans ces transactions faisaient leur fortune.
Le mal jusque-là n’était pas grand, mais Turgot ne s'en
tint pas là. Imbu des idées philanthropiques et humanitaires
qu'il avait puisées au commerce des philosophes de l'époque,
il rêvait un systéme d'économie politique, rationaliste et
athée qui, sous prétexte d'affranchir la Société des vieux
préjugès et des anciens privilèges, devait la précipiter sans
frein dans les aventures de la Htévolution. Jamais contrôleur
des finances n’avait étendu si loin les limites de son action.
Pour lui, tout était matière à renseignements et à enquête (1)
el la province d'Artois fut des premières à être l’objet de ses
investigations. Ce fut à l'occasion de la rédaction des
Cahiers. Les Elats avaient été convoqués en assemblée à la
main, le 15 juin 1774, et là, comme toujours, après s'être
occupés de diverses questions d'intérêt local, telles que les
inondations, les chemins, la représentation dans les succes-
sions, on en vint à parler impôts. L'année, au point de vue
de la récolte, avail été moins mauvaise que les précédentes,
mais la plupart des villes et les principaux villages de la
province avaient élé éprouvés par des maladies. Beaucoup
de fabriques, par suite de la pénurie des années précédentes,
avaient fermé, el les ouvriers renvoyés, manquant des choses
les plus nécessaires à la vie, en élaient réduits à boire de
l'eau. De là était résultée une baisse notable sur le produit
(1) 11 tenait à être instruit de tout. Il demanda des renseignements
non seulement sur ce qui avait rapport à l'administration, mais aussi
sur ce qui regardait le service militaire: casernes, campernent,
chauffage, éclairage, fourrage, ustensiles, réparations des bâtiments,
loyers, magasins, transports, etc,
— 112 —
des draits sur les boissons. Le gouvernement avait dû créer
de nouvelles taxes sur les huiles, les cuirs, l’amidon, le
papier, le carton, les ventes de meubles. Celles ci, perçues
par les fermiers royaux qui inondaïient les villes et les cam-
pagnes, provoquaient un grand mécontentement ; en outre,
les Etats avaient dù, pour satisfaire aux abonnements
contractés avec le gouvernement, aggraver encore les droits
sur la bière et le vin, dont la perception leur élail réservée.
En conséquence, le Roi devait, disait-on, oublier les besoins
de l’Etat pour s'occuper de ceux de la province plus urgents
encore. On avait espéré que la paix amënerait un soulage-
ment, et chaque année on reconnaissail que c'était une
illusion {1). L’Intendant entrait dans les vues de l'assemblée.
1l écrivit lui-même au contrôleur général que les Artésiens
supportaient depuis plusieurs années une surcharge écra-
sante par suite de la continuation du don gratuit et des
vingtièmes qui ne devaient durer que pendant la guerre.
(« Une seule classe d'habitants, disait-il, se soutiennent dans
cet étal de choses, ce sont les gros cultivateurs, le haut prix
des denrées les met en mesure de faire face aux impositions,
mais si la cherté du blé fait leur fortune, elle accroît la
(!) Autrefois, ajoutait-on, on n'avait que deux sortes d'imposition,
l'une sur les fonds, l'autre sur les boissons, c était la province qui
les percevait, on y était habitué, on n'était pas obligé d'emplover
la contrainte et la saisie ; avec les nouveaux droits sur les huiles,
les crins, les cuirs tannés, l'amidon, le papier, le carton, les ventes
de meubles, etc, perçus par les fermiers royaux, la situation a
changé de face et l'aisance disparaît, on a continué à payer les dons
gratuits, les vingtièmes, qui ne devaient durer que pendant la guerre,
les sous pour livre sur les octrois, etc, Pour acquitter toutes ces
charges, les Etats ont dû faire avec le gouvernement des abonnements
coûteux et mettre des droits élevés sur la bière et le vin; sion
ajoute que depuis 5 à 6 ane, la province est ravagée par des épidé-
mies et des épizooties, on reconnaitra qu'il est nécessaire de dimi-
nuer les impôts,
— 113 —
misère du peuple, qui est hors d'état de pourvoir par le
produit de son travail à sa subsistance, ce qui le réduit à
la dure nécessité de prendre une nourriture malsaine et peu
onéreuse » (1).
La conclusion à tirer devait être, ce semble, d'obtenir du
Roi, une remise plus importante du don gratuit. Mais la
pénurie des finances ne le permettait pas. La remise fut
de 200,000 livres comme l'année précédente. La moitié en
fut affectée au soulagement des cullivateurs malheureux (2),
le reste fut partagé inégalement entre l’acquitlement des
dettes de la province, et le traitement des subdélégués.
Cependant Turgot ns se montrait pas indifférent aux
doléances trop fondées qui lui parvenaient. Ce fut sur l'agri-
culture qu'il porta d'abord toute son attention. Il avait, dans
sa jeunesse, appartenu à l'école des physiocrates, philosophes
économistes qui fondaient la richesse publique uniquement
(1) Lettre de l'Intendant au Contrôleur général datée de Lille, le
8 octobre 1774. Fille commençait ainsi : Les Artésiens supporteut
depuis plusieurs années, une charge écrasante, le Gouvernement
demande plus que pendant la dernière guerre. On a supprimé le
3° vingtième, ce qui est une économie de 250,000 livres pour la pro-
vince ; mais depuis cette suppression on a augmenté l'abonnement du
contrôle et celui de la capitation. Le don des villes a été prolongé,
on a dù racheter les offices municipaux, la province est menacée
du même rachat pour les offices de police. Il a été établi de nouveaux
droits sur la poudre, l'amidon, le papier. Les Etats sont chargés de
payer le Conseil supérieur d'Arras et de rembourser les charges de
l’ancien Conseil d'Artois. Toutes ces dépenses nouvelles se trou-
vaient encore augmentées par l'imposition de 8 sols par livre. Il
est certain que la province n'avait pas besoin de la mortalité des
bestiaux qui l'a dévastée pour justifier l'accablement dont elle se
plaint.
(2) Sur la remise de 1774, on prit 100,000 livres pour secourir
non seulement ceux de la troisième classe, mais encore une partie
de ceux de la deuxième qui avaientété exclus de tout secuurs en 1773,
8
— 114 —
sur l’agricullure ; et il avait exposé leurs doctrines dans un
grand nombre d'articles de l'Encyclopédie. Pour remédier
aux souffrances de l’Artois, il voulut connaître les besoins
des cullivateurs et inaugura un genre d’étude dont on a bien
usé et abusé de nos jours. Il fit de la statistique. 11 demanda
un état détaillé du produit des récoltes dans les différentes
paroisses, la contenance des terrains en culture, le nombre
des charrues, la manière d'exploiter les terres, en indiquant
celles qu’on cultivait à la main, la quantité de grains néces-
saire pour ensemencer une mesure, le nombre de bestiaux
de chaque localité. L'amélioration de la culture devint à
celle époque la question mise à l'ordre du jour {1}. Des
sociétés d'agriculture se formérent de tous côtés. On chercha
à en créer une en Artois, et l’Académie d'Arras assigna
dans ses concours des prix à divers sujets relatifs à l’exploi-
tation rurale. Toutefois, en fait de culture, tout le monde sait
qu’il y a loin de la théorie à la pratique, et ce n'étaient pas
les discours et les enquêtes faites à son sujet, qui pouvaient
donner des espérances immédiates pour le rétablissement de
l'équilibre dans les finances. Le nouveau contrôleur le com-
prenait bien. Quand s'ouvrit la session annuelle des Etats,
le 21 novembre, ceux-ci votèrent sans difficultés les subsides
ordinaires pour le service du Roi. Turgot les en remercia.
Mais quand le gouvernement, toujours en quête de nouvelles
ressources, revint à la charge pour revendre les offices de
police après avoir vendu les charges municipales, les Etats
opposèrent de nouveau la plus vive résistance à une mesure
qui devait relomber sur la classe des citoyens la plus inté-
ressante, ceux qui vivent du produit de leur travail. Ces
offices, disaienl-ils, étaient inhérents à la constitution muni-
cipale des villes, et faisaient partie de leur patrimoine. Ils
(1) Des lettres-patentes de 1767, dans l'intérêt de la culture, accor-
daient des encouragements à ceux qui entreprendraient des dessè-
chements ou défrichements.
— 115 —
élaient d'un produit modique et à peine suffisant à la subsis-
tance de ceux qui les avaient achetés. Les remettre en
vente, c'élait réduire à la misère plus de 2,000 familles dont
ils constituaient toute la fortune, el ruiner avec elles les
créanciers qui leur avaient prèté de l'argent sur le seul gage
de ces offices. En admettant que les municipalités en fissent
elles-mèmes l'acquisition, c'était grièvement obérer leurs
finances, et, dans une province frontière comme la nôtre,
priver en cas de guerre le Roi des précieuses ressources qui
ne luiavaient jamais été réfusées. L'intendant de Caumartin,
qui paraissait prendre à cœur les intérêts de l’Artois, fit les
mêmes observations, et il les transmit au pouvoir {1}. Mais
(1) L’Intendaut écrivait au controleur général des finances, le
8 octobre 17374 : « Le gouvernement, forcé de multiplier ses ressources,
a imaginé de vendre à un certain nombre de ritovens le droit
exclusif de faire certains ouvrages. On a érigé ce droit en offices
de police et on a engagé les villes à racheter ces offices avec
pouvoir de les revendre. Îls ant usé de ce droit en rendant ces offices
héréditaires à certaines conditions, de sorte qu'ils forment actuel-
lement l'unique fortune des particuliers qui en sont pourvus. Le
plus grand nombre d'entre eux doit en constitutions de rentes le
prix de ces offices; on ne pourrait par conséquent les remettre en
vente sans réduire ces malheureux, qui composent plus de 2000
familles, à l'état de la plus grande indigence, et ruiner les créanciers
qui leur ont prêté de l'argent sur le seul gage de ces offices, Le
produit de cette revente serait un dédommagement bien faible du
produit qu'ils donnent. Charger les caisses municipales de ces
rachats est impraticable, tant elles sont obérées. Les revenus des
villes sont presque entièrement affectés au service du Roi, ils
doivent donc être considérés moins comme deniers de la commune
que comme une partie du trésor du souverain. En épuisant leurs
finances, le Roi se prive de ressources destinées à son service, et
dans les provinces frontières où il est de la plus grande importance
de ménager les administrations au lieu d'amener leur ruine, afin
qu'en temps de guerre, elles se trouvent en état de se procurer les
sommes dont on ne connaît l'utilité que dans ces malheureuses
circonstances »,
— 116 —
rien n’y fit, les Etats durent s’incliner devant la volonté
royale. Cependant, comme en pratique il fallait du temps
pour réunir les documents nécessaires à l'exécution de la
mesure, Turgot fit comprendre au Roi que ces offices, sous
prétexte de maintenir la police, entravaient les transactions
et surchargeaient de droits les choses les plus nécessaires
à la vie, telles par exemple que le blé, car les charges de
mesureur aux grains étaient les plus productives. Alors, au
lieu de les revendre, le Roi prit le parti de les supprimer et
de renoncer aux sommes que devaient lui verser par voie
d'abonnement les Etats ou les villes qui toucheraient les
droits afférents à ces charges. Par là se trouvaient suspendus
l'édit de 1768 et la déclaration royale du 25 sept. 1770. Mais
Turgot devait quitter le ministère avant que la mesure n’eùt
reçu complèle exécution, et bon nombre de charges muni-
cipales subsistèrent jusqu’à la Révolution.
Une autre question, moins grave, mais qui durait depuis
plusieurs années et menaçail de se prolonger encore, attira
l'attention des Etats en celte année 1774. C'était celle du
logement à Paris de leurs députés à la Cour. On sait que
ces députés étaient au nombre de trois, chargés de repré-
senter chacun des trois ordres. Longtemps ils s'étaient
contentés de loger à l'hôtel, se servant de voitures de louage,
et ils recevaient à cet effet de la province 6,000 livres par
an, Mais à celte époque le goùt du luxe et de la magnifi-
cence dont la Cour donnait l’exemple, gagnait les classes
élevées de la Société, et les Etats eux-mêmes, nonobstant
leurs austères remontrances en matière d'impôts, nen
étaient pas exempls. En 1764, donc, à la requête des trois
députés, ils décidèrent de leur assigner dans la capitale une
résidence fixe qui, prétendaient-ils, sans être plus onéreuse,
serait plus confortable et plus en rapport avec leur dignité.
La rive gauche à celte époque s’imposait. C'était là qu’étaient
tous les ministères, et la noblesse fixée au Marais du temps
de Louis XIV, était venue sous Louis XV se construire au
— 117 —
faubourg Saint-Germain et au faubourg Saint-Honoré les
somptueux hôtels qui ne sont pas encore tous disparus
aujourd'hui. En 1765, on prit à bail une maison, sise rue
Jacob, entre le couvent des Augustins et la rue de Hambourg.
Ce premier essai ne fut pas heureux. Le local était insalubre
et incommode, et il donnait sur un carrefour attenant par
devant à un cimetière, par derrière à une maison de charité.
Les députés n'étaient pas contents. Sans doute qu'ils
firent part de leur déception au Gouverneur de l’Artois. Le
marquis de Lévis résidait à deux pas de là, rue des Saint-
Pères, dans un hôtel qu’il louait aux petits Augustins.
Comme il venait précisément de perdre son beau-père, il
désirait aller s'installer au faubourg Saïint-Honoré, dans
le bel hôtel de celui-ci, et il proposa aux Etats de leur céder
celui qu’il allait quitter. Là, l'installation eùût été beaucoup
meilleure. A l'avantage d'être mieux situé, se joignait
celui de la vue sur le vaste jardin des religieux. Mais
l'affaire ne put pas s'arranger. Le bail de la rue Jacob
était fait pour quatre ans. Ce fut donc seulement en 1768
qu'on put changer. L'affaire fut bonne cette fois. Pour
4,000 livres par an, on loua, rue de Grenelle, à côté de
l'hôtel de la Marche, une maison appartenant au duc
d'Olonne. Les trois députés y avaient chacun leur apparte-
ment, avec cuisines et dépendances séparées. [ls purent y
avoir suisse et carosse. Un sieur Obry, tapissier, chargé
de former un mobilier conforme à la dignité de chacun, en
mit pour 7,925 livres au représentant du clergé, pour 7.641 1.
à celui de la noblesse, puis seulement pour 4,837 livres à
celui du liers. Le suisse coùta 1,200 livres de gages, 300 I.
de loyer, plus un habit et une culotte de cérémonie qu'on
devait lui fournir tous les deux ans. On ne dit pas à combien
montèrent les frais du carosse. Mais il est permis de croire
que la modeste allocation primitive élait largement dépassée.
Cependant, comme en matière de luxe, il faut toujours monter
sans jamais atteindre l'idéal, quand le bail eut pris fin, et
— 118 —
c'élait précisément en l’année 1774, où nous en sommes, les
députés oflicieusement avertis par le curateur du duc d'Olonne
que l'immeuble était convoité par le marquis de Ségur qui
voulait l'acheter, jetèrent les yeux sur un autre hôtel, admi-
rablement situé près de la Seine, rue de Bourbon (actuelle-
ment rue de Lille) et qui appartenait aux Théatins. L'entrée
était belle, la cour suffisamment grande. Il y avait écurie
pour 6 à 7 chevaux, remise pour plusieurs voitures, une
place pour le suisse, un bel escalier, deux vastes apparte-
ments au premier, un plus modeste au dessus (1), une
tribune donnant sur l’église des Théatins, et au deuxième et
troisième élages, des dépendances suffisantes à loger les
secrétaires et les domestiques. Mais on en demandait
5,500 livres. Etles Etats, sans doute effrayés des prétentions
toujours croissantes de leurs députés, refusèrent. Ce fut
peut-être une faute. On se rabattit alors sur le petit hôtel de
Mesgrigny, rue des Poitevins, occupé par M. d'Oultremont,
et appartenant à M. de Bouthillier, marquis de Chavigny,
officier au régiment du Roi (2). Là, les députés n'étaient
pas établis d’un an qu'ils demandaient à résilier le bail à
cause des exhalaisons méphitiques d’un puisart qui rendait
l'habitation insupportable (3) Le propriétaire n’y voulait
consentir que s’il trouvait amateur pour acheter la maison.
Mais au prix du capital que représentait le loyer de 4,500 I.
qu'il touchait, l'amateur ne devait pas se trouver, et il ne se
(1) L'escalier était commode, il y avait un entresol avec deux
appartements composés de deux à trois pièces avec des cabinets. Le
premier était magnifique, l'appartement se composait d'une anti-
chambre, d’un beau salon de compagnie, servant en même temps
de chambre à coucher, de plusieurs cabinets avec glaces et boiseries
dorées. Sur le même palier se trouvait un second appartement
semblable.
(2) Les Etats eurent à y dépenser 2,711 livres pour la menuiserie,
1,348 livres pour la serrurerie et 442 livres pour la vitrerie.
(3) Le loyer du mobilier coûta 1,800 livres par an,
— 119 —
trouva pas. Force fut donc de rester là jusqu’en 1784. Les
loyers à Paris étant très augmentés avec la richesse publi-
que, les députés pensèrent revenir à l'hôtel garni, mais ils
reconnurent que c'élait aussi cher et moins commode; et,
après avoir visité plus de cinquante appartements, ils finirent
par prendre une installation plus coùteuse et moins bien
située que ne l'ent été celle des Théatins. C'était un hôtel
rue du Cherche-Midi, près de la Croix-Rouge, appartenant
à François de Montaillé, secrétaire honoraire des comman-
dements de la Reine (1) et devenu vacant par la mort du
vicomte de Saulx-Tavannes qui l’occupait. On dut payer
7.000 livres de lover et v faire des frais de réparation. Là
résiderent les députés jusqu'à la Révolution. La vie qu'ils y
menaient ne manquait pas d'une certaine magnificence, à en
juger par le catalogue de leur bibliothèque, dressé en 1778,
el conservé au fonds des Etats d'Artois. La plupart des
livres trailaient de droit civil et international, [ls recevaient
nombre de journaux, ce qui était un grandluxe en ce temps-
là, entr'autres la Gatette de France, le Courrier de l'Europe,
la Gaïette de Leyde, le Journal de Paris. IIS mettaient
leurs papiers dans des cartons recouverts en veau doré et
frappés aux armes de la province.
Entin, pour compléter l’histoire de cette année 1774, c'est
encore à Ja question de la canalisation et de Ja navigation qu'il
faut revenir, C'était du reste, de toutes les branches de son
administration, celle à laquelle le marquis de Lévis s’inté-
ressait davantage, à cause de la double importance qu'il y
voyait pour la prospérité du pays et pour la défense de la
frontière. Le nouveau Ministre de la Guerre, le comte de
Muy, n'élait pas arrivé d'un mois au pouvoir qu'il recevait
du Gouverneur de l’Artois un mémoire destiné à être
(1) Il y avait 7 remises et 3 écuries. Il fallait dépenser 3,000 livres
pour les appropriations eton demandait 1,000 livres pour la location
du mobilier,
— 120 —
présenté au Roi, demandant que, pour favoriser le commerce
et prévenir les inondations, on prolongeât de 4 à 5 lieues,
jusqu’à Merville le canal à peine terminé de Saint Omer à
Aire. On sait ce que ce dernier travail avait coûté de temps
et d'argent Sur 4 millions qui s’y étaient engloutis, la pro-
vince d’Arloisenavait fourniplusdedeux. Etencore neparais-
sait-il pas avoirétéexécuté avec toute la perfection désirable,
puisque le général Dumouriez. chargé l’année suivante par
le ministre d'aller étudier sur le terrain le redressement de
la Lys, devait exprimer son opinion sommairement en
disant que le canal était à refaire (1). On ne le refit pas,
mais le projet du canal suggéré par le marquis de Lévis
fut mis à l'étude en 1775, et on proposa même de le prolonger
jusqu’à Douai. C'était d’un intérêt plus grand encore pour
les Flandres maritime et wallonne que pour notre province.
Néanmoins le Conseil d'Etat y donna son consentement et
le sieur Bouillard, qui avait fait l’autre, fut encore chargé
d'exécuter celui-là avec le concours de M. Delisles, ingénieur
en chef du génie à Saiïint-Venant, qu’on mit sous ses ordres.
La nécessité de redresser les sinuosités de la Lys, nom-
breuses d’Aire à Merville, devait rendre l’entreprise fort
coûteuse. Les frais, fixés d’abord à 800,000 livres, payables
en cinq ans, devaient être supportés, dans des proportions
déterminées d’avanre, par le Roi (2), l’Artois, les Flandres
wallonne et maritime, le Haynaut, les châtellenies de Bou-
chain, d'Orchies, de Saint-Amand. C’est ainsi qu'on avait
payé le canal de la Lys à l’Aa. La part de l’Artois était à
elle seule de 266,666 francs, que les Etats payèrent fort
exactement, bien que ce second canal soulevât de leur part
la même opposition que le premier, et pour les mêmes raisons.
Dans l'intérêt spécial de la province, ils eussent été plus
(1) Voir à ce sujet Filon, /istoire des Etats d'Artois, page 98.
(2) Le Roi devait donner 200,000 livres. Il ne se pressa pas de
les verser, ce qui ralentit les travaux.
— 121 —
disposés a reprendre leur ancienne idée d’un canal se diri-
geant sur Dunkerque, ou encore à se rattacher à un nouveau
projet présenté en cette même année 1774 par le sieur Bouil-
lard, lui-même, pour améliorer la navigation de Saint-Omer
à la mer (1). On passa outre à leur opposition, et lecommen-
cement des travaux fut décidé pour l’année suivante {2).
Cette fois on ne devait plus se servir des soldats ; mais des
ouvriers furent embauchés en nombre variant de 200 à 600.
Comme c'était à prévoir, l’allocation de fonds fut insuffisante.
On dut y ajouter 309,000 livres (3). Les Etats se montrérent
récalcitrants, et les travaux furent momentanément inter-
rompus. Néanmoins la question de l'amélioration de la navi-
gation en Flandreeten Artois était à l'ordre du jour. Divers
projets se produisaient, presque tous d'une utilité plus
grande pour les provinces voisines que pour la nôtre. Tel
celui d’un canal de la Haute-Lys à la Deùle, en utilisant
l’Escaut, qui devait ouvrir au commerce fluvial les villes de
Douai et de Cambrai. Cela nécessitait d'importantes acqui-
sitions de terrains. Lens, sommé d'y contribuer, se vit dans
la nécessité de vendre une partie de ses biens communaux.
Les Etats opposèrent une résistance passive, el le ministre
de Muy dut en venir à les menacer de leur retirer l’adminis-
tration des marais de la province. En 1774 encore, fut repris
le projet fait en 1755 et arrêté à cause de la guerre, de cana-
liser la Lawe qui, partant de Béthune, allait se jeter dans la
Lys, à la Gorgue. C'était une petite rivière dont l’impétuosité
rendait la navigation ditlicile, et produisait souvent des inon-
dations préjudiciables aux riverains. La ville de Béthune, se
considérant comme intéressée à l’entreprise, offritaux Etats
(1) Il y avait alors pour les transports une barque allant de Saint-
Omer à Calais.
(2) Pour élargir la Lys, on acheta, de 1775 à 1780, des terrains
près de Saint-Venant.
(3) L'Artois fut taxé à 133,333 livres, payables en trois ans.
— 122 —
de participer à la dépense. Et en effet, quelques années après,
en 1785, quand les travaux furent achevés, elle n’hésita pas
à s’endetter, pour les payer, d’un emprunt de 24,009 livres.
Là ne s’arrêtaient pas ses prétentions. De nouveaux projets
lui faisaient entrevoir la possibilité de se relier par eau à
Saint-Venant (1) et à la Bassée (2). En même temps, on
parlait de relier la Scarpe à la Deüle par un canal qui
permettrait de dessécher 10,009 mesures de terre. Les Etats
d'Artois n’en étaient pas partisans, parce qu'on voulait l’exé-
culer dans d’autres conditions que celles qu'ils avaient pro-
posées. Un autre projet de l'ingénieur Deschelles devait
améliorer conjointement ces deux rivières pour établir la
communication entre Arras et Lille. Un autre encore consis-
tait à canaliser la Scarpe sous les murs d’Arras pour la
mener du Vivier à la Cité, en contournant la porte Méaulens,
enfin M. de Cessart, inspecteur des ponts et chaussées,
devait dresser des plans et établir des devis pour relier la
Scarpe à l’Escaut. Mais la volonté collective des Etats, si
elle était une sauvegarde pour les intérêts financiers du
pays, mettait parfois des entraves à des entreprises qui
eussent apporté de sérieuses améliorations et de réels pro-
grès. Ainsi avait échoué, en 1770, la lenlative confiée à
l'examen du directeur du génie d'Arras, M. de Saint-Paul,
d'utiliser la Scarpe, et la Canche, en créant une voie navi-
gable d'Arras à Etaples. À quelques années de distance, la
(1) Au Pont de la Bassée on trouvait un canal.
(2) M. Bouillard, devenu maréchal de camp, proposa, en 1776, un
canal d'Aire à la Bassée, Il serait très utile, disait-il, pour oviter
les inondations. Le gouvernement avant objecté qu'il fallait Île
concours des Etats de Flandre, M. Bouillard y vit des difficultés et
le projet n'aboutit pas, bien que le gouvernement füt disposé à
l’adopter ainsi que les Etats d'Artois. Ceux-ci avaient même demandé
d'en faire évaluer la dépense par les agents du domaine (Voir
Histoire des Elats d'Artois, par Filon, page 100).
— 123 —
même résistance devait se rencontrer pour refuser aux Etats
du Cambrésis de participer aux travaux d’un canal qui,
reliant l'Escaut à la Sensée, devait ouvrir ure communica-
tion entre Bouchain et Douai (1). On comprend cependant
l'importance que présentait pour la prospérité malérielle de
la région, en ce temps où les chemins de fer n’existaient
pas, ce système de voies navigables. Une fois ouvertes,
elles permettaient d'opérer les transports de marchandises
en temps de paix ; de vivres, d'hommes el de munitions en
temps de guerre, sans nécessiler, comme les routes, aucuns
frais d'usure ni d'entretien. Malgré toutes les oppositions,
ce système s’achevait (2)}. Les archives du Pas-de-Calais
conservent à ce sujet de curieux et précieux documents (3)
qui permettent de constater que, arrivé au point où nous en
sommes, on pouvait se rendre d'Arras à Berg-op-Zoom, par
les canaux.
Disons, en terminant le compte de cette année 1774, que
le sujet des travaux à faire n’élait pas le seul qui fournit
matière aux discussions avec les Etats. Il y avait encore la
discussion des effectifs de garnisons qui se reproduisait
chaque année. L'infanterie était bien reçue d'ordinaire,
mais la cavalerie, avec ses chevaux et les charges qu'ils
entrainaient, provoquait les plaintes et les protestations des
(1) On trouve aux archives du ministère de la guerre, des mémoires
plans et devis pour ces projets de canaux, ainsi que pour une meil-
leure direction à donner à la rivière de Wiette, près St-Omer, et sur
le creusement de la rivière de Carency, pour faire arriver de l'eau
dans le canal de Lens.
(2) L'entretien du canal de la Drake (Pavs de Langle) donna lieu
à des discussions : qui devait en être chargé ?
(3) Les archives de l'Académie d'Arras possédaient une description
des cours des rivières et canaux de l'Artois ainsi qu'un mémoire sur
l'Aa, œuvres de M. Des Lvons et un travail sur les écluses de la
Lawe, par M. de Miribel, ingénieur du génie, tous deux membres
de cette Société. Ces documents ont disparu,
— 124 —
villes. Aux réclamalions des députés à la Cour, en cette
année 1774, le Gouvernement répondit que les effectifs des
régiments de cavalerie élant augmentés, il fallait bien les
caser dans les villes où se trouvaient des casernes sufli-
santes (1). Hesdin était du nombre. Et précisément cette
année là surgit un conflit entre la municipalité de la ville
et les officiers du régiment de Roussillon à propos de droits
sur les vins que ceux-ci refusaient d'acquitter. Les députés
prirent l'affaire en mains et la portérent devant le Ministre
de la Guerre. Le comte de Muy fit droit à leurs plaintes. 1]
donna l'ordre au major du régiment de verser à la caisse
municipale la somme de 324 livres ärelenir sur la solde des
officiers qui les devaient. Mais l'affaire ne dut pas avoir
pour effet de mettre la bonne harmonie entre la garnison et
les habitants (2).
(1) Arras évita un régiment suisse.
(2) M. Manchon fils, succéda à son père en 1774 comme commis-
saire des guerres à Arras.
— 195 —
1775
Les deux derniers règnes avaient été les plus longs que
l'Histoire de France eùt jamais enregistrés. La cérémonie
du sacre empruntait donc un double éclat à la rareté du
spectacle et aux splendeurs dont elle devait être entourée.
Elle eut lieu à Reims du 11 au 15 juin. Ce fut sur tous les
points du royaume une explosion de joie à laquelle l'Artois
ne fut pas des derniers à s'associer. Toutes les autorités y
prêétèrent leur concours. L'’évèque d'Arras, prévenu par
une lettre personnelle du Roi, du 12 juin, l'annonça dans
un Mandement plein d'espérances, autant que d'illusions.
Par son ordre, un L'e Deum solennel fut chanté à la cathé-
drale, le Ÿ juillet, en présence du Conseil d'Artois et de
toutes les autorités civiles et militaires. Parmi celles ci, à
Arras, la présidence revenait de droit au Gouverneur
de la province. Un prie-Dieu, garni de tapis et de deux
carreaux, l’attendail au milieu du chœur. Le même jour,
par les soins du Magistrat, avait été organisée une fèle avec
illuminations et feux d'artifice. Une pyramide garnie de
Jlampions s'élevait au milieu de la Petite Place. Le soir, le
marquis et la marquise de Lévis, se rendant à l'invitation
qui leur en avait été faite, vinrent assister à la fèle. Le
gouverneur mil le feu à la première fusée, et le mayeur à la
seconde. On en tira deux cents. La marquise se tint en la
chambre commune avec les officiers municipaux qui l’allè-
rent chercher à son carrosse et l'y reconduisirent. Ainsi
s effaçaient devant la bonne grâce et la courtoisie du repré-
sentant de l'autorité royale, les questions de préséance qui,
dans d’autres villes, faisaient ombre au tableau de la joie
générale. À Aire, par exemple, la contestalion entre les
officiers du bailliage et ceux de la municipalité prit des
proportions telles que le garde des sceaux dut intervenir
— 126 —
pour rejeler les prétentions des premiers et reconnaitre aux
autres le droit d'allumer les feux de joie. Le 6 août suivant,
une nouvelle occasion se présenta pour la province de
témoigner son attachement à la famille royale en la personne
du prince auquel avait été donné son nom. Ce fut la nais-
sance du premier fils du romte d’Artois, qui reçut le titre de
duc d’Angoulème. Prince malheureux qui, né sur les mar-
ches du lrône, devait, 75 ans après, s’éteindre dans l'exil
sans avoir réalisé les vœux et les espérances exprimés alors
par les députés chargés d'offrir à son père les félicitations
particulières de la province.
Cependant les événements qui se passaient à Paris et
autour du trône, ne détournaient pas les États de ce qui
faisait leur constante et unique préoccupation . la défense
de leurs privilèges et le soin des intérèts du pays. Dans
leurs délibérations de cette année 1773, on ne trouve trace
d'aucune émotion que leur aient causée les changements
nombreux survenus dans le personnel du Gouvernement.
De l’ancien ministère, à l’exceplion du secrétaire d'Etat
Bertin et du duc de la Vrillière, pas un membre ne restait.
Aux nouveaux ministres, nommés au chapitre précédent,
étaient venus s'ajouter M. de Vergennes, chargé des Affaires
étrangères, le comte de Muy, de la Guerre, le marquis Hue
de Miromesnil, Garde des sceaux de la Justice. Turgot, lui-
même, nommé d’abord à la Marine, y avait été remplacé par
M. de Sartiges et s'était réservé la direction des Finances.
C'était donc à lui qu'appartenait de régler les questions
d'impôts sans cesse renaissantes. À la faveur du nouveau
règne, el en considéralion du zèle qu'on avait mis au
service du Roi, les Etats avaient espéré voir dégrever
la province des charges exigées avec rigueur et dont on
l'écrasait sans les consulter, au mépris de ses privilèges et
des leurs ; souvent ils n'en étaient informés que lorsque
leur assemblée était terminée et qu'il leur était impossible
de présenter leurs observations. De ces charges, une des
Ar =
principales était le don gratuit qui, établi au moment de la
guerre, aurait dù disparaitre en même temps qu'elle (1). 1]
n'en fut rien. On dut celte année, comme les précédentes,
se contenter de la remise de 200,000 livres à employer dans
les mèmes formes (2). On avait demandé 300,000 livres. Ce
fut l'Evèque de Saint-Omer, Mgr de Conzié, frère de
l'évèque d'Arras, qui présenta les Cahiers et fit au Roi le
discours d'usage. C'était un homme fort éloquent, et comme
il allait quitter la province pour monter sur le siège de
Tours, il sembla mettre plus d'ardeur que jamais à plaider
sa cause. Le jeune Roi, plein de droituré et de bienveillance,
promit de se faire rendre un compile exact des choses, afin
de statuer en connaissance de cause. À la vérité, le tableau
que présentaient les Cahiers et leur supplément était bien
fait pour émouvoir un prince qui n'avail rien lant à cœur
que de se montrer le père de ses sujets. L’Arlois, dévasté
par une épizoolie qui avait fait perir des multitudes de
bestiaux ; la grèle et les mulots produisant de graves dom-
mages dans les récoltes ; de nombreuses familles réduites à
la misère, à la mendicité par des incendies qui les avaient
(1) En 1701, disaient les Cahiers, au moment où les besoins de
l'Etat étaient les plus pressants, on s'était contenté d'un don gratuit
de 500,000 livres ; depuis 1713, où la paix fut signée on n'8 cessé
de le donner et on n'a obtenu que rarement quelques diminutions.
Le centième établi pour la guerre a continué et on a ajouté plusieurs
vingtièmes. Autrefois, pour subvenir aux demandes du gouvernement,
il suffisait d'imposer les fonds de 5 centièmes et demi, aujourd'hui
il faut voter 9 centièmes trois quarts, et en sus on a à payer le rem-
boursement des emprunts. La province a à parer 3,854,300 I,
d’impots.
(2) C'est-à-dire 50,000 livres pour les cultivateurs malheureux,
7,400 livres pour les subdélégués, et 142,600 livres, pour aider la
province à payer ses dettes, mais elle devait justifier cet emploi des
200,000 livres.
— 128 —
laissées sans asile (1). N'étaient-ce pas là des motifs suffi-
sants à obtenir pour la province d’être soulagée de ses
charges ? Mais en face de ces maux se dressaient les besoins
de l’Etat. Que faire pour établir une balance équitable entre
les uns et les autres ? Un rapport fut demandé par le Gou-
vernement à l'Intendant de la province. Celui-ci, aidé des
renseignements de son subdélégué, le sieur Galhaut (2),
constala le bien-fondé des réclamations. La provinced'Artois,
disait-il, avait déjà peine à suffire à ses charges, quand
l'année était normale et la récolte abondante, mais cela lui
était impossible dès qu'un évènement imprévu la privait de
ses ressources ordinaires. Faire une exception en sa faveur
n'était que justice puisque, récemment annexée à la France,
elle se considérait encore avec la Flandre comme une étran-
gère, à tel point que, l’une et l'autre payaient des droits
de sorlie pour les marchandises qui leur venaient du reste
du Royaume. La politique était, dans le cas présent, d'accord
avec la justice pour engager le Roi à ménager la fortune de
l'Artois où il avait appris par expérience à puiser les plus
précieuses ressources en temps de guerre. Parmi les nou-
veaux impôts, plusieurs étaient plus nuisibles qu'utiles ;
tels ceux qu'on avait mis sur le cuir, le carton, le papier,
et les vantes de meubles, qui produisaient peu, entravaient
le commerce et donnaient lieu à une foule de vexations.
(1) Trente-deux maisons sur trente-six brülèrent à Coupigny ;
quarante-neuf maisons furent incendiées à Epinoy, dix-huit à
Noyelettes-sous-Lens.
(2) Le sieur Galhaut disait : les nouveaux droits établis sur le
crin, le papier, le carton, l'amidon, les ventes de meubles produisent
peu, bannissent le commerce, sont des entraves auxquelles les
Artésiens ne sont pas habitués. La tannerie, qui faisait vivre bien
des familles, languit, le commerce de l'amidon, important dans une
province qui produit surtout du blé, a diminué par suite de la guerre
qui a amené l'obligation de faire des déclarations, le droit sur les
ventes de meubles est une suite de vexations, etc.
— 129 —
Celui de l’amidon était particulièrement impopulaire, parce
qu'il frappait la production du blé qui était déjà en baisse.
L'Intendant proposait donc de les supprimer, et de com-
penser la perle qu’en subirait le Trésor en augmentant
l'abonnement des impôts conservés.
L'ouverture des Etats se fit le 13 novembre. La session
se passa sans incidents, toute employée à l'étude des ques-
tions locales à la répression de la mendicité, l'organisation
des divers collèges de la province, la recherche de ses
vieilles chartes, des monts de piété, de l'administration des
marais, les encouragements à donner à l’industrie naissante,
Mais, sur ce chapitre, il est à croire qu'ils ne se montrèrent
pas suffisamment généreux. À ce moment-là, la garance
commençait à faire parler d'elle, et il était permis d'entrevoir
une source de richesse pour le pays dans la création et
l'utilisation de ce produit considéré jusqu'alors comme
exotique. Depuis quelques années, un sieur Wallet en avait
tenté J'essai aux portes mème d'Arras, à Boves, hameau
dépendant du faubourg St-Nicolas. La garance cultivée et
récoltée par lui, avait été présentée à l'Académie et reconnus
par elle comme supérieure à celle de la Hollande et des
colonies. Encouragé d'un prix de 6,009 livres qui lui avait
élé allouë en 1769, il avait donné plus d'importance à cette
culture et élevé des bâtiments. Mais son sort fut celui de
tous les inventeurs, il ne trouva pas les subsides nécessaires
pour mener l'affaire à bonne fin, el se ruina. Poursuivi par
ses créanciers, il n’eut d'autre ressource que de leur aban-
donner ses constructions inachevées, et de reprendre un
métier voisin de celui de sa jeunesse. 11 avait commencé
comme plafonneur, il finit par être peintre en bâtiment.
Au demeurant, pouvait-on faire reproche aux Etats de
n'avoir pas, pour se lancer à la poursuite d’un succès dou:
teux, risqué d’aggraver la situation financière déjà si inquié-
tante, qu'ils défendaient à coups d'incessantes protestations ?
9
…
— 130 —
A celles-ci, les sujets ne manquaient pas. En cette année
1775, le gouvernement renouvelait les prétentions émises
les années précédentes, de faire payer par la province les
78,000 livres qu'avait coùtées le rétablissement du Conseil
d'Artois, et de mettre à sa charge l’entretien des prisons et
des bâtiments servant à l’exercice de la justice. De plus, un
édit en date de cette même année obligeait de préciser dans
les emprunts l’époque de leur remboursement. C’élait forcer
les députés à fournir un nouvel état de l'importance et des
conditions de ces emprunts. Quoi qu’il en fùt de toutes ces
difficultés, la courtoisie des rapports ne fut point troublée, et
la session se termina par le vote des sommes demandées
par le Roi. Turgot adressa ses remerciments aux Etats le
30 novembre, et le 11 décembre ils reçurent l'autorisation
de lever les centièmes nécessaires à l'acquittement de leurs
charges.
Restait toujours insoluble le problème de la cherté des
subsistances. La France traversait alors une crise inouïe
dans son histoire. Les mauvaises récoltes, qui s'étaient
succédé sans interruption pendant les dernières années du
règne de Louis XV et les premières du règne de Louis XVI
créaient une situation des plus difficiles qui devait servir
d'ouverture et de prétexte aux premières scènes de la Révo-
lution. Turgot pressentait bien toute l'importance de la
question. Ce fut par un plan de réforme financière basé
sur l'égalité de l'impôt entre tous les propriétaires qu'il
entreprit de la résoudre. Un premier arrêt du Conseil, en
date du 13 septembre 1774, établissait la liberté du commerce
des grains et des farines dans l’intérieur, et mème, quand les
circonslances le permettaient, donnait au gouvernement le
droit d'étendre cette liberté à l'étranger. N'était ce pas là
l'aurore de la question du libre échange, tant discutée de
nos jours ? Quelques mois après, le 21 mars 1775, un nouvel
arrêt du Conseil suspendait jusqu’au 1+7 octobre tous les
droils perçus sur les grains, soit au profit des villes, soit au
— 131 —
profit de l'Etat {1}, bientôt suivi d’un autre, le 3 juin,
prorogeant cette suspension jusqu'à nouvel ordre; ce ne fut
qu’en 1778 que le prix des grains ayantdiminué, on rétablit
ces droits. On juge difficilement de la perturbation apportée
par ces mesures dans les finances municipales non seulement
au point de vue du déficit qu'elles constituaient, mais encore
à cause des intérèts lésés chez ceux qui s'étaient rendus
adjudicataires de la perception de ces impôts et demandaient
des indemnités. La misère, pour s'étendre à ceux qu'elle
n'alteigaait pas d'ordinaire, ne diminua pas pour cela d'inten-
sité. Ce fut un désordre général. Des émeutes éclatèrent de
tous côtés, d'abord dans les grands centres de populations.
À Versailles, en cette année 1775, elles prirent un caractère
tout particulier de gravité. Des bandes d'affamés se présen-
tèrent au palais, réclamant ls pain à 2 sous la livre. C'était
grever de 10 millions un budget déjà en déficit. Louis XVI
commença par céder, révélant déjà le caractère de faiblesse
qui devait l'accompagner et le conduire à l’échafaud. Vaine-
ment ses ministres, Turgot, le maréchal de Muy, lui con-
seillent-ils la résistance. Deux des mutins furent pendus,.
Mais le mouvement imprimé ne s’arrèla pas là. On soup-
çonna qu'il était suscilé par les possesseurs des privilèges
que Turgot s'appliquait à détruire. |
Comme on le pense bien, les scènes qui se passaient autour
du trône ne pouvaient manquer d'avoir leur contre-coup dans
les provinces. Et l’Artois, préparé par tant d'années de souf-
frances ne devait pas être épargné. Il faut pourtant rendre
aux États cette justice qu'ils ne négligèrent rien pour adoucir
les maux du pays. En 1788, ils s’imposèrent d’un centième
trois quarts qui produisit 400,000 livres à distribuer en
secours aux plus nécessiteux. Le 1e juillet de la même
année, d'importantes primes furent affectées par eux à
l'importation des grains étrangers. Eux-mèmes, par l'inter-
(1) Des lettres patentes de novembre 1764 fixaient les droits pour
l'entrée et la sortie des grains et en permettaient la circulation,
— 132 —
médiaire de leur receveur, M® Lallart de Lebucquière, un
nom parvenu jusqu'à nos jours lié à toutes les œuvres de
bienfaisance, firent de nouveau venir des quantités considé-
rables de blé de Gand, de seigle de Douai, et des grains des
pays plus éloignés par Dunkerque et Abbeville (1). l'sappro-
visionnèrent ainsi les marchés soumis par eux à une règle-
mentation sévère, livrérent à prix réduits les matières pre-
mières au x populations, et les mirenten mesure de se procurer
du pain aux conditions les plus économiques. Vains efforts !
La source du mal était dans les doctrines bien plus que dans
les faits, et rien ne pouvait conjurer les effets de la haine
irréconciliable allumée dès icrs au cœur des pauvres. Loin
d'être touchés des sacrifices qu'on faisait pour eux, ceux-ci
prétendirent que les riches s’approvisionnaient à bon marché
en chargeant certains pauvres d'acheter comme pour eux
des grains qu’on vendait à prix réduit, vu leur indigence. Sur
plusieurs points, des scènes de violence se produisirent (2).
À Frévent, les magasins des Etats furent pillés le 12 juillet
1789. À Aire et à Arras, ils faillirent l'être (3}. Il fallut fournir
(1) M. Lallart fit arriver 2,677 rasières de blé et autant de seigle.
Deux tiers furent offerts aux villes pour les vendre à leur compte ;
quelques-unes refusèrent, un tiers fut donné pour rien aux campa-
gnards malheureux.
(2) A St-Pol, en 1789, on convoqua une asssemblée à la main pour
aviser sur la situation,
(3) Le Conseil d'Artois, le 30 juillet 1789, prit un arrêté contre les
séditions, attroupements et émotions populaires : « vu les alarmes
qui ont agité la ville d'Arras, y disait-on, et se répandent dans les
campagnes, et les bruits qui annoncent l'arrivée de troupes de bri-
gands armés pour porter le ravage dans les habitations et couper les
récoites.., Ces bruits se sont dissipés aussi tôt que formés, mais des
attroupements locaux, des menaces qui se multiplient, tant contre
les propriétaires que contre les maisons religieuses, et une inquiétude
que les délibérations de l'Assemblée nationale auraient dû faire
évanouir, nécessitent les précautions les plus promptes et les plus
etficaces, etc, ».
— 133 —
une escorte de cavalerie aux convois de grains, protéger les
blattiers contre la populace (1) et empècher les mendiants
d'envahir l’Artois ; leurs bandes menaçantes parcouraient
les campagnes, armées et toutes prètes aux excès de la
Révolution.
Dans ces circonstances difficiles, le marquis de Lévis
n'avait qu’un rôle à prendre, celui de maintenir l’ordre au
moyen des troupes dont il avait le commandement. Mais
pour lui, qui avait versé son sang et dépensé sa jeunesse à
des luttes plus intéressantes pour la gloire de sa patrie, une
autre question qui rentrait dans ses attributions absorbait
ses préoccupations. C'était celle de la fortification des villes
de l’Artois. Malheureusement, là encore se rencontraient des
difficultés financières. Autrefois, du temps des Espagnols,
l'entretien des murailles et de l'artillerie des places fortes
incombait aux municipalités, qui nommaïient pour cela des
commissaires. On levait à cet usage une contribution
spéciale sur les habitants des villes et des environs (2),
c'est-à-dire sur ceux qui avaient part à la protection de la
place (3). Cet impôt était régi par le Magistrat. A celui-ci
on soumettait les projets, on rendait compte des travaux,
et c'était sur le mandat délivré par l’autorité municipale que
l’argentier de la ville payait. Elle le faisait assez magnifi-
quement, car on trouve, au Fonds de l’Intendance, trace
d’un emprunt de 120,000 livres contracté par la ville et cité
d'Arras, pour finir plus vite les fortifications ; il fut réduit à
(1) La ville d'Arras demanda au Roi de veiller sur les magasins
où on mettait les grains venus de l’étranger.
(2) Voir Fonds de l'Intendance à Arras (dossier n° 548) des lettres-
patentes imprimées, données par Philippe IT pour l'établissement
d'un octroi de 6 sols 3 deniers au pot de vin et 2 sols au tonneau
de bière.
(3) C'est le motif que fit valoir Maximilien de Melun, gouverneur
d'Arras, en 1567, pour proposer cet octroi aux Etats de Ia ville et
cité d'Arras et aux président et gens du Conseil d'Artois.
— 134 —
83,000 livres. Plus tard, quand le Roi voulut mettre sur un
pied plus respectable de défense toutes les places de la fron-
tière du Nord, les dépenses devinrent trop considérables
pour les ressources des villes. Le Roi dut s’en charger,
mais ce fut au moyen des anciens octrois, qui prirent le nom
de ferme des fortifications, avec un lrésorier spécial nommé
par le Roi, auquel avait affaire l’argentier de la ville ; celui-
ci continua dé faire la recette moyennant une retenue de
2 sols par livre, et les mandats furent délivrés au nom de
l'Intendant. Cela était une première main mise sur les
finances municipales. Plusieurs villes essayèrent de pro-
tester, mais ce fut sans succès.
Cet octroi fut au début perçu d’une manière arbitraire,
variant ainsi que son produit selon les villes, les époques (1),
(1) À Arras, il y avait deux fermes, une de 5 sols au pot d'eau-
de-vie et une de 5 sols à la livre de tabac. Dans les cantons ruraux
dépendant de cette ville, elle était de 5 sols par tonneau de double
bière et de 2 sols par pot de vin. La première rapportait, en 1787,
12,000 1., la seconde 9,533 1. Dans les cantons, le produit fut à
Vitry de 660 1. ; à Oisv, Croisilles de 2,693 1.; à Pas, Bucquoy de
1,835 1.; à Houdain, Avesnes-le-Comte de 1,603 1.; à Aubigny,
Pont-du-Gy de 2,763 1.
À Saint-Omer et son canton, l'octroi était de 15 sols au tonneau
de bière, plus, pour la ville, d'ua sol et demi à la razière de charbon,
et de 15 sols au tonneau de savon, plus un droit sur le sel. En 1785,
le produit de la ferme sur la bière fut de 8,883 1., sur le charbon de
3,718 1., sur le savon de 80 1., sur le sel de 2,308 1. A Tournehem,
la ferme produisit 471 1., à Fauquembergue 300 I.
À Aire, on payait 22 sols 6 deniers par rondelle de bière, et 15 sols
par pot de vin, plus un droit sur les grains sortant par les portes
de Saint-Omer et d'Eau. En 1787, la première de ces fermes pro-
duisit 7,100 L., celle sur les grains 3,075 1.
A Béthune, il y avait trois fermes : celle du cinquième, avec celle
de 8 sols au tonneau de forte bière, celle sur le vin vendu par les
habitants, et celle sur l'eau-de-vie. Mais la caisse des fortifications
n'avait qu'une partie de cette dernière. Le produit, en 1787, de la
— 135 —
et selon que les circonstances étaient plus ou moins pros-
pères (1). Mis d’abord sur la bière, le vin et l’eau-de-vie, il
s'étendit bientôt dans certaines localités au tabac, dont le
commerce était libre jusqu'alors dans la province, puis sur
le sel, le charbon, le savon, même sur les grains. De nom-
breuses exemptions furent accordées, qui diminuérent le
produit et créèrent des mécontentements. A Saint-Omer, par
exemple, les prêtres et les nobles payaient des prix réduits.
À Arras, c'étaient les militaires qui étaient exempts, les
régiments suisses en particulier. À Lelle enseigne que le
suisse de la cathédrale prétendit avoir part à l’exemption
parce que, lui aussi, était enfant de l’Helvétie. Les adjudica-
taires de cette ferme des fortifications étaient nommés pour
3 ans et on exigeait d'eux 2 sols par livre en sus du prix
principal. Un régisseur et des commis nommés par le Roi
assuraient la perception et étaient chargés de poursuivre la
fraude. Mais cette fraude était insaisissable à cause même
de la latitude laissée aux contribuables. Pour n'en citer
qu'un exemple : le tabac, qui, dès ce temps-là, était la plus
ferme sur la bière, fut de 2,683 1., de celle sur le vin, de 1,536 1., de
celle sur l'eau-de-vie. de 50,666 1. dont les Etats prirent 30,880 I., la
ville 9,893 I. et la caisse des fortifications 9,893 1.
À Hesdin, il y avait une ferme de 12 sols à la rondelle de bière
et de 8 sols au lot de vin. Produit des deux fermes en 1772, 5,265 L.
À Bapaume, on payait 10 sols par tonneau de double bière et 1 sol
par lot de vin vendu par les habitants, 5 sols par pot d'eau-de-vie
et 5 sols par livre de tabac. Voici les produits en 1787 : la bière
1,076 1 , le vin 596 I. ; dans le bailliage de cette ville, la bière
2,273 1. ; dans la ville et le bailliage, le tabac 6,457 L., l'eau-de-vie
2,666 1.
En résumé cet impôt produisait en Artois, vers cette époque,
65,211 1., savoir : à Arras 13,8#5 1., à Béthune 6,328 1., à Hesdin
5,967 |,, à Saint-Omer, 33,858 1., à Aire 5,613 1.
(1) Ainsi à Arras, le produit moyen, qui était jusqu'en 1745 de
18,000 L., était tombé à 2,100 1. en 1765, à cause de la fraude.
— 136 —
fréquente matière à contrebande, comme il l'est encore
aujourd'hui. Un règlement de 1768 autorisait les habitants
d'Arras à s’en approvisionner pour une année, voire même à
en faire venir du dehors sans déclaration, ni imposition. On
comprend avec quelle facilité cela ouvrait la voie aux abus.
Aussi les Intendants multipliérent ils les règlements (1). La
répression était sévère, et les Etats durent, en présence des
plaintes qui s’élevaient de tous côtés sur les brutalités et les
tracasseries des commis, demander à transformer cet impôt
en abonnement. Cela leur fut accordé. Pour Arras seul, le
chiffre en monta la première année, en 1769, à 6,195 livres.
Avant que le budget des fortifications n’eût été ainsi cons-
titué sous une forme régulière, l'entretien en avait été plus
ou moins négligé, suivant le régime auquel la province était
soumise (2). Arras avait toujours été muni de remparts,
extérieurs el mêmeintérieurs, et le souvenir en est conservé
dans la distinction qui existe encore entre la vulle et la cité;
mais ces remparls s'étaient modifiés à mesure que chan-
geaient les dimensions de son enceinte. {l est permis de croire
qu'ils n’avaient rien de commun avecles constructions cyclo-
péennes, car à l’arrivée de Charles-Quint, il n’est encore
question que d’une muraille garnie d’un large fossé. On était
alors au temps de la Renaissance. Le roi Philippe If,
son fils, et les archiducs Albert et Isabelle, confièrent à des
ingénieurs italiens le soin d’ajouler quelques joyaux à lacein-
ture de la capitale de l’Artois, déjà enrichie de monuments
précieux par la munificence de la maison de Bourgcgne. Ce
(1) Celui fait par l'Intendant de Caumartin, le 29 juillet 1768 au
sujet du tabac, réglemente l'exercice et le droit de visite ; il est très
sévère pour les fraudeurs, aussi le nombre en diminua (Voir ce
règlement Fonds de l’Intendance, dossier 548. Voir également le
Tabac, par M. de Cardevacque).
(2) Une ordonnance du Roi, du 5 aout 1772, ordonnait des travaux
assez importants aux places de Béthune et d'Hesdin (où on s'occupa
des portes) et à Bapaume,
— 137 —
fut à la domination espagnole qu'’Arras fut redevable de
ce joliouvrage appeléla Porte d'Eau. La réunion dela province
à la France mit fin à ces travaux. La place était jugée diffi-
cile à défendre, on proposa de démolir les remparts (1).
L'intervention personnelle de Louis XIV les fit con-
server. Il fit plus. Il appela Vauban à les refaire et à les
compléter d’une importante citadelle. De là est sorti cet
ensemble de travaux que notre génération aura été la
dernière à connaitre. Ce fut terminé en 1672. Les évène-
ments ne tardërent pas à en montrer l'utilité. Des guerres
incessantes désolèrent ies provinces du Nord, pendant les
dernières années du règne de Louis XIV et les premières
de son successeur. Lille fut assiégé, l'ennemi se montra à
nos portes. Il ne fût venu alors à l'esprit d'aucun habitant
d'Arras de traiter la citadelle de belle inutile, comme l’a fail
naguère un des lauréats de notre Académie (2). On trouva, en
1734, que les fortifications étaient insuffisantes et l’on prépara
de nombreux projets et mémoires pour les perfectionner (3).
A l’arrivée du marquis de Lévis, toutes sortes de plans
étaient à l’étude pour renforcer et étendre les fortifica-
tions d'Arras, et il s’employa de toutes ses forces à favo-
riser ce mouvement. En 1765, le génie militaire fit un
(1) Voir sur les fortifications d'Arras : Arras fortifié par M. de
Cardevacque ; Wémotres de l’Académie d'Arras, ?° série, tome 22,
p. 123.
(2) Mémoire sur la citadelle d'Arras, par M. de Cardevacque. Déjà
M. de Miribel, ingénieur du génie à Arras et membre de l'Académie
de cette ville, avait donné lecture à cette Société, vers 1750, d'un
mémoire sur la citadelle d'Arras ; il est malheureusement perdu
comme celui qu'il fit sur les levées de milice en Artois.
(3) Ils sont conservés aux archives du génie à Arras. Cette ville,
d'aprés ces documents, n'avait alors, en plusieurs endroits, qu'une
simple muraille flanquée de tours et défendue par des ouvrages déta-
chés qui n'étaient que de terre et, la plupart, trop petits et faits à la
hâte. Il était nécessaire de les murailler,
— 138 —
rapport sur les travaux les plus pressants à exécuter (1).
En 1771, M. de Saint Paul, directeur des fortifications,
rédigea une dissertation abrégée sur les plans de la place,
pour les comparer les uns aux autres, en balancer le mérite
et les difficultés. On fit en 1773 un projet général des
ouorages à faire pour mettre la place en état de défense et
pouvoir résister après la prise de Douai et de Lille. En 1778,
le Gouverneur lui-même se fit présenter un rapport pour
faire passer le Crinchon dans les fossés, de la Citadelle.
Moins agréable lui fut la proposition faite, en 1782, celle
d'ouvrir trois fois par semaine la porte de service de la
Citadelle pour faciliter l’accès des populations suburbaines
au marché d’Arras (2).
La faveur dont jouissait alors le système de défense d'Arras
ne s’étendait pas à toutes les villes de la province. Par raison
d'économie, et afin de pouvoir supprimer l'entretien et l’état-
major des places, le conseil de guerre proposa au gouver-
nement de démanteler Hesdin et Ardres (3), comme on l'avait
fait quelques années auparavant à Lens, où l’on avait même
(1) En 1766, on dépensa, 18,951 1. pour les fortifications d'Arras,
on travailla surtout à la porte Ronville. En 1767, on fit pour
19,005 1. de travaux, en 1768, pour 22,544 1 , en 1769, pour 16,935 1.
en 1770, pour 11,399 |,, en 1771, pour 23,727 1., en 1772, pour
29,300 I., en 1773, pour 43,773 L., etc.
(2) Cela servirait aussi si on interdisait pour travaux les portes
Ronville ou d'Amiens. La demande, d'abord accueillie, fut ensuite
rejetée à cause des travaux à faire et du supplément de surveillance
pour l'octroi. |
(3) Pour l'empêcher on conseilla au magistrat d'Ardres d'offrir
au gouvernement d'entretenir des bâtiments militaires et de faire les
constructions nécessaires pour avoir un régiment de dragons ; le
comte de Rochambeau, lieutenant-général de la province d'Artois,
fut chargé de traiter l'affaire avec la ville. Ce fut lui qui voulut
décider le Magistrat d'Hesdin à laisser démolir les fortifications.
Celui-ci répondit que cela regardait les Etats,
vendu l'emplacement des fortifications (1). Ces villes protes-
tèrent, s’adressérent aux Etats d'Artois qui,toujours méfiants,
pressentant là un piège el une ruse pour appliquer aux
casernes el aux autres établissements militaires l'octroi des
fortifications, regimbèrent.Ils prouvèrent que les fortifications
élaient la propriété des villes qui les avaient construites et
entretenues, et l'affaire n’eut pas de suite (2). Ce fut en vertu
de ce droit que les Etats rentrèrent, cette année-là même, en
(1) En 1738 (Voir à ce sujet un dossier avec plans conservé au
Fonds de l’Intendance, no 298).
(2) I existe au Ministère de la guerre un curieux et important
travail sur les places fortes de France depuis Huningue jusqu'à
Dunkerque, avec des notices sur leur commerce, leur industrie, etc.
On y voit aussi l'armement des villes d'Artois au XVIIl° siècle.
A St-Omer, il y avait 47 pièces d'artillerie et il en faudrait 80, à
Aire 54 et il en faudrait 60, au Fort St-Françoïs 12 et il en faudrait
20, à Saint-Venant il en faudrait 16, à Béthune, il y en a 17
dont 7 sont à réformer et il en faudrait 27, à Arras, ville et
Citadelle, il y en a 74 dont 9 sont à réparer et il en faudrait 108.
Il existe au même dépôt (archives anciennes) : 19 Un mémoire daté
de 173%, sur le Haynault, la Flandre etl'Artois, contenant des détails
sur l'origine, les fortifications, le magistrat, les bâtiments civils et
militaires, le commerce, le dénombrement des arts et métiers de
chaque place, avec plans. On y voit qu’en Artois on peut tormer une
inondation de 12 lieues environ de longueur sur 3 lieucs de largeur,
depuis les dunes jusqu'aux montagnes d'Ardres et de St-Omer.
Cette ville peut aussi s’inonder facilement; 20 un mémoire du lieute-
nant-colonel Dayme, directeur du génie à St-Omer, sur les fortifica-
tions de cette ville en 1771; 3° un mémoire de M. Noizet de St-Paul,
directeur des fortifications des places de l'Artois et de M de Foucault,
ingénieur en chef à Aire. sur les fortifications de cette ville et du
fort St-François, en 1771; 40 un mémoire de M. Rost, ingénieur en
chef à St-Omer, sur les fortifications de St-Venant:; 50 un mémoire
du comte d'Aumale, ingénieur en chef à Arras, sur les fortifications
de cette ville et sa citadelle ; 6° un mémoire de M. Désandrouins,
ingénieur en chef à Bapaume, sur les fortifications de cette ville ;
7° un mémoire de M. Varlet, ingénieur en chef à Hesdin, sur les
fortifications de cette ville; 8° un mémoire du comte de Muy sur les
places de l'Artois,
— 140 —
possession des terrains de la caserne inoccupée dite du Grand
Ture. Celle-ci était destinée à abriter un autre genre de
milice. Quatre ans après, on les cédait à Mgr de Conzié
pour y élablir les sœurs de Charité qui l’occupent encore
aujourd'hui (1).
M. de St Paul, directeur des fortifications des places dela
province, un des principaux auxiliaires du Gouverneur dans
l'étude de toutes ces questions, fut promu au commandement
du fort St Sauveur, à Lille, devenu vacant par la mort de
M. Larchez. Peu après mourait aussi, des suites de l’opéra-
tion de la pierre, le ministre de la guerre de Muy, créé maré-
chal deux mois et demi avant la cérémonie du sacre. C'était
un honnète homme qui avait joui de l'estime et del’amitié du
Daujhin, père de Louis XVI. Spécialement chargé des
intérêts de l’Artois il les avait maintes fois chaleureusement
défendus au sein du Conseil, Sa succession fut attribuée au
comte de Saint-Germain (2), qui, demeuré longtemps au ser-
(1) Ces terrains, appelés aussi la Bourse, de leur ancienne desti-
nation, avaient été acquis par les Etats d'Artois en 1677, puis ils
étaients devenus vagues et le génie s'en était emparé malgré les
Etats pour en faire une caserne, Comme elle était malsaine, l'autorité
militaire les revendit aux Etats à charge de fournir un emplacement
équivalent quaud le service de la place l'exigerait. Ces terrains
étaient estimés 5,699 I. et situés entre la rue des Teinturiers et la
place Quincaille.
(2) Voici les vers qu'on lui adressa :
Miromesnil, Turgot, Lamoignon, Maurepas,
De Vergennes, Surtine, avaient déjà l'hommage
D'un peuple heureux dont le suffrage
Constamment mérité pour eux ne change pas.
Il manquait le septième sage
Auprès d'un Monarque adoré
Pour faire le nombre sacré
Dont la Grèce jadis eut seule l'avantage.
Le plus judicieux des rois
A ce cercle auguste t'appelle
Saint-Germain viens répondre à l'éclat de ce choix
Parais et rends sa gloire et la tienne immortelle.
— 141 —
vice des princes allemands, cherchait à introduire la taclique
et la discipline qu'il avait étudiées chez eux. Lui aussi fut,
grâce à l'intervention des Etats et à l'éloquente plaidoirie
de l'évêque d'Arras, chargé des intérèls de la province
malgré Turgot, qui, en vue des réformes qu'il rêvait, préten-
dait concentrer l'administration du pays dans les mains de
M. de Lamoignon, ministre de la maison du Roi. L'année
1775 se termina sur une conteslalion des Etats au sujet du
tribunal dela connétablie qui, depuisla création de la maré:-
chaussée en 1720, était chargé de juger les méfaits des
gens de guerre (1). Les Etals d'Artois. en 1775, lui contes-
térent sa juridiction et, dans un mémoire, prélendirent faire
remonter aux coutumes des Germains, rapportées par Tacite,
le droit des Atrébates et des Morins à se faire juger par
leurs compatriotes. L'affaire fut portée devant le Garde des
Sceaux, M. de Miromesnil.
Celte même année, le Magistrat d'Arras se plaignit de ce
que l'autorité militaire avait dressé sans le prévenir des
procès-verbaux contre des soldats du régiment de la Reine
qui avaient commis des délits sur la voie publique.
(1) Ce tribunal jugeait aussi les causes relatives aux fournitures
faites à l'armée. En Artois, ilétait présidé par le prévût ou le lieute-
nant de la maréchaussée. Ils prêtaient serment devant le Conseil
d'Artois (Voir, sur la connétablie, Dictionnaire d'Ecrpilly, tome 1°,
page #49). |
— 149 —
1776
L'histoire de l'année 1776 ne sera pas longue à faire en
ce qui concerne l’Artois. Comme toutes les autres, elle
s’ouvrit par les visites officielles des députés à la Cour sous
la conduite du Gouverneur de la province. Cette fois ils
eurent enfin la mission de présenter au comte d’Arlois la
gravure de son portrait, dont j’achèvement avait donné tant
de soucis aux Etats. Introduits auprès du prince à Ver-
sailles, ils reçurent de lui l’accueil le plus flatteur, avec la
nouvelle assurance de sa sollicitude pour la province.
Le 2 février suivant, le Roi tint un chapitre de l’ordre du
Saint-Esprit, et nomma le marquis de Lévis chevalier de
ses ordres, en même temps que le duc d’Uzès, le baron de
Breteuil et le duc de Civrac. Au mois de mai suivant, il
accorda l'entrée du Louvre et le titre de duc, au comte de
Gufnes, lieutenant général au département d'Arras, en
récompense des services rendus dans les ambassades,
notamment en Angleterre.
Ces dislinclions, qui mettaient au premier rang de la
Noblesse du Royaume les dignitaires de la province, provo-
quaient chez elle une légitime fierté. Aux compliments que
les députés à la Cour adressèrent au Gouverneur, s'ajoutè-
rent ceux du corps municipal d'Arras, et ceux-ci furent les
plus enthousiastes. Le marquis de Lévis avait su gagner
le cœur de ces magistrats, fiers et jaloux de leurs vieilles
libertés, et pas une occasion ne se présentait sans que les
témoignages d’un mutuel attachement ne s’échangeassent
entre eux et lui. Les archives de la ville d'Arras conservent
encore des lettres qu’il reçut du Magistrat le 7 janvier de la
même année 1776, la réponse qu'il y fil, et une lettre du
13 septembre, au sujet d'une assez sérieuse indisposition,
qui l'avait forcé d'aller chercher l’air et le repos de la cam-
— 143 —
pagne (1). Dans une autre lettre, également conservée aux
archives et datée du 29 janvier 1779, le Magistrat d'Arras,
à propos de sa promotion au titre de chevalier des ordres du
Mont-Carmel et de Saint-Lazare de Jérusalem, s'exprime
en ces termes : « S'il est heureux pour vous d’avoir su
mériler cette distinction, il est bien satisfaisant pour nous
de voir un prince objet de notre amour et de notre admira-
tion, se plaire à répandre ses bienfaits sur celui sous l'admi-
nistration duquel nous avons le bonheur de vivre et que
nous regardons comme notre père. » Qui eùt dit alors que,
à quelques années de là, un écha’aud se dresserait pour le
Roi et qu’on y verrait monter aussi la femme et la fille du
Gouverneur, objet de tant d’adulalions. Mais, comme l’a dit
M. Guizot : Ni la vertu, ni la bonté, ne dispensent le pou-
voir de l’habileté et de la fermeté. Louis XVI devait en faire
la triste expérience.
L'évènement capital de cette année 1776 fut la chute de
(1) Voici un extrait de la lettre du 7 janvier : « Cette situation
qui, sous un prince seulement bienfaisant, aurait pu n'être qu'une
simple marque de considération due à votre nom, est d'autant plus
glorieuse pour vous que sous un Roi juste et éclairé elle devient en
même temps la récompense de vos vertus militaires et des services
que vous avez rendus à l'Etat. Nous ne saurions mieux exprimer
la joie que cet évènement répand dans toute ls ville, qu'en vous
assurant qu'elle égale notre attachement, etc. » Le marquis de Lévis
répondit pour remercier de cette lettre, et le Magistrat lui ayant
écrit pour témoigner l'intérêt qu'il prenait à sa santé, il lui répondit
de Champs, le 13 septembre, que sa santé allait de mieux en mieux
tous les jours, qu'il se trouvait bien de l'air de la campagne et du
lait qu'il y prenait pour toute nourriture, enfin qu’il remerciait des
marques d'intérêt qu'on lui avait prodiguées à Arras pendant sa
maladie. Le Magistrat lui répondit le 16, qu'il avait appris avec
une satisfaction inexprimable que sa santé se fortifiait chaque jour :
« Nous vous félicitons de ce que votre rétablissement nous conserve
le plus chéri de nos gouverneurs. Les expressions nous manquent
pour exprimer la joie que cette nouvelle nous inspire, » etc.
— 144 —
Turgot. Les vains efforts qu’il avait faits pour diminuer la
cherté des subsistances et remettre l’ordre dans les finances :
suppression de la corvée (1), conversion des droits féodaux
en une subvention en argent, remplacement de l'impôt du
vingtième, créé pendant la guerre et contre lequel les Etats
protestèrent chaque année par une contribution territoriale
payée par tous sans privilégiés, réduction de 4% millions
sur Ja maison civile et Ja maison mitilaire du foi, tous ces
plans de réformes n'avaient abouli qu’à exciter contre lui
l'animosité de ceux qu’elles devaient atteindre. Détesté de
la Reine et de la Noblesse, à cause des économies qu'il
voulait leur imposer ; tepu en suspicion nar le Clergé, à
cause des idées philosophiques qu'il professail ; objet de la
rancune du Parlement, dont il avait cherché à empêcher le
retour, il n'avait mème pas avec lui l'élément populaire, et
la verve des prolétaires s’exerçait à le tourner, lui et ses
projets, en chansons. Des six édits qu'il présenta pour
l'application de ses réformes, un seul fut admis par le Parle-
ment. Le Roi dut tenir à Versailles un lil de justice pour
faire enregistrer les cinq autres. Cependant tant d'oppositions
réunies eurent bientôt raison de la faiblesse de Louis XVI.
Il sacrifia son ministre et s'en sépara le 12 mai. Alors on
tomba dans les ambitieux, les intrigants et les incapables.
Ils accélérérent la ruine de la monarchie que cet homme
avail cherché à enrayer. Louis X VE, avant de succomber lui-
mème, devait encore user quatorze contrôleurs généraux
et ministres des finances. Turgot avait dit, en le quittant :
Les monarques qui cèdent aux coalitions n’ont qu'à choisir
entre la destinée de Henri 111 et celle de Charles Ier d'Angle-
terre. C'était une prédiction ; elle se réalisa. Turgot fut
remplacé, le 12 mai 17765, par une créature de Maurepas,
M. de Clagny, intendant de Bordeaux, homme nul et sans
(1) Il proposa aussi de supprimer la corvée militaire, qui faisait
tant crier, par une contribution de 1,200,000 livres.
— 145 —
moralité, qui ne trouva rien de mieux à faire que de rétablir
la corvée, les jurandes, les maïitrises, les droits sur les
grains (1). 1l créa la loterie royale, la plus démoralisante
des institutions financières qu'on ait à reprocher à l’ancien
régime. [| mourut bientôt et eut pour successeur, en octobre
1776, M. Taboureau des Réaux (2). Celui-ci avait été
employé dans les intendances. 1] ne connaissait rien à
l'administration, au recouvrement des fonds publics, et il
ignorait le mouvement du crédit. Aussi n'eut-il d'autre
ressource que de mettre celte partie de ses attribulions aux
mains d'un banquier génevois, nouveau venu, réputé fort
habile, appelé Necker, qui reçut le titre de Directeur général
des Finances, sans le titre de ministre, ni le droit d'entrer
au Conseil, parce qu'il était protestant el ne pouvait prêter
serment.
En Artois, où il semblait que le renvoi de Turgot eût dû
produire la plus fâächeuse impression, puisque c'était aux
maux qui fournissaient matière aux perpétuelles doléances
des Etats que ses réformes visaient de porter remëde, l'effet
n’en fut pas tel qu'on pouvait le croire. Les atteintes qu'il
avait osé porter à certains privilèges de la province avaient
suscité la méfiance des Etats, Ceux-ci cependant ne tardèrent
pas à s'apercevoir qu'ils n'avaient rien gagné au changement
de ministre. Les privilèges continuèrent à être battus en
brèche avec plus de violence et moins de profit pour le sou-
lagement des charges publiques. Rien ne fut épargné pour
les défendre. Les députés à la Cour, chargés de rechercher
et de recueillir les titres qui les avaient constitués, remon-
(1) Hesdin et Lillers, à cette époque, demandaient à mettre un droit
sur les grains autres que les blés. Le gouvernement y fut peu favo-
rable.
(2) 11 n'avait que le titre de contrôleur général des finances; les
députés à la Cour auraient préléré que le Roi prit pour ce poste
M. de Boulogne.
10
10 —
tèrent jusqu'à une charte octroyée par le roi Charles VIII,
en 1489. Tout fut inutile. Les impôts continuëèrent à être
perçus avec la rigueur ordinaire, même ceux qui, comme
celui des casernes, avaient été établis à titre provisoire. On
voulut enlever à l'élection d’Artois certains droits reconnus
depuis longtemps. Le Conseil d'Artois dut réclamer. En
celte année 1776 même, il fut question d’apporter des modi-
fications à la gouvernance d'Arras (1). Les Etats furent
consultés. Le reste de l’année se passa sans incidents dans
les conditions ordinaires. Les Cahiers, présentés le 2 juin,
portaient l'empreinte du ton emphatique et sentimental qui
devenait de plus en plus à la mode en ce temps-là (2). Ce
ton contraste singulièrement avec le tableau de la misère
publique et celui des exigences du souverain auquel on
(1) En 1664, le Roi Louis XIV enleva aux gouverneurs la charge
de bailly, leur défendit d’en tenir les fonctions, et réunit cet office
à son domaine. En 1692, il rendit la charge de grand bailly héré-
ditaire. C'était un pouvoir judiciaire n'ayant qu'une juridiction
limitée et ne s'appliquant qu'à certains cas. Il était représenté à
Arras par un lieutenant général, un lieutenant particulier, un avocat
du Roi, son substitut, d'un receveur des amendes et épices, de deux
greffiers, d'un huissier audiencier et de sergents. C'était ce qu'on
appelait la gouvernance.
(2) Les cahiers commençaient ainsi : « Sire, les actes qui ont
signalé le commencement de votre règne sont à jamais mémorables
et ils sont un sûr garant de votre tendresse pour un peuple digne
du meilleur des maitres. Toutes vos vues ne tendent qu'à soulager
le peuple accablé sous le poids des impôts, et sa félicité serait le
comble de vos désirs. Les sacrifices ne coûtent rien à votre Majesté
quand ils convergent à ce but si désirable et vous mettez toute votre
gloire à l'atteindre. Nous avons déjà ressenti l'effet de votre amour
et de vos soins, et que ne devons-nous pas en attendre $ Nous vou-
drions écarter loin de votre Majesté le tableau de la misère publique,
il ne peut qu'affliger votre cœur paternel, mais la vérité est le seul
hommage qui puisse vous plaire, et quiconque oserait la dissimuler se
rendrait coupable envers un monarque qui cherche à la connaître, »
— 147 —
prodiguait les expressions de tendresse les plus exagérées.
Le comte de St-Germain, nouvéau ministre de la Guerre,
usant pour la première fuis de son litre de protecteur de la
province, fut le premier à recevoir ses doléances. ll remarqua
que le fléau des épizooties avait cessé ses ravages au bout de
cinq ans, grâce aux sages mesures prises par l’Intendant (1).
Mais c'était là précisément une pierre d'achoppement entre
celui-ci et les Etats loujours jaloux de leurs prérogalives.
Ils avaient prétendu que l'intendant, en prenant un arrêts
pour empècher la circulation des bestiaux contaminés avait
outrepassé ses droits (2). La question s'élait même enve-
nimée au point que les députés à la Cour avaient élé trouver
le Gouverneur. C'était justement au moment de sa maladie.
Néanmoins il avait promis d'en référer au ministre. Mais la
mesure ayant été couronnée de succès, on eùût eu mauvaise
gräce à la blâämer et il est à supposer que les réclamations
tombèrent d'elles-mêmes.
La Gazette de France, dans son numéro du 7 juin, fit
mention de l'introduction des députés auprès du Roi qui fut
faite par M. de Nantouillet, maitre des cérémonies, et M. de
Watronville, son suppléant, dans les formes prescrites en
pareil cas. Ce fut l'évèque d'Arras, Mgr de Conzié, qui porta
la parole. Avec l'aisance et l'éloquence qui lui étaient coutu-
mières, il plaida la cause des besoins de la province et fit
voir les mérites de l’administralion des Etats, l'avantage de
leur médiation entre le souverain et ses sujets. 1] recueillit
les suffrages de la Cour ; le Roi lui-même déclara que
jamais l’heureux sort des pays d’Etals ne lui avail été si
bien présenté, et promit de leur accorder loute la protection
(1) Pourtant les fièvres putriles dans beaucoup de grandes
paroisses, surtout dans les pays marécageux, avaient fait de nom-
breuses victimes depuis trois ans.
(2) D'un autre côté on reprocha aux [itats de ne pas s'en être
assez occupés ; ils publiérent un mémoire justificatif.
do
qu’ils attendaient de lui. La séance ne se termina pas sans
que les députés à la Cour allassent présenter leurs hommages
à la famille royale et faire visite au comte d'Artois. Tout
cela eût été bien, si le fond de la situation avait emprunté
quelque chose de la douceur des formes qu'on mettait à
l’exposer. Mais il n’en était pas ainsi. Les Cahiers témoi-
gnaient d’une irrilalion toujours croissante au sujet des
impôts. Kemontant à l'origine du don gratuit de 501),00U 1.,
ils rappelaient que ce don n'avait été offert et consenti par
les Etats qu’à la condition expresse de voir respecter leurs
franchises et supprimer l’impôt de la capitation qui était de
230,000 1. Or, non seulement cet impôt avait été maintenu,
mais à la suite de guerres subséquentes de nouveaux droits
avaient élé établis sur des matières qui en étaient exemptes
jusque-là, et la province se trouvait hors d'état de subvenir
aux dépenses qu’on lui imposait (1).
A cela le Gouvernement répondit comme toujours par la
demande d'un rapport à l’Intendant. Ce fut le subdélégué
qui en fournit les malériau x et cela ne servit qu’à confirmer
les appréciations des Cahiers sur la situation alarmante
des finances de la province. Les emprunts qu'on avait
faits, et les mesures qu’on avait prises avaient pallié le
mal en l’aggravant ; car si la cherté des grains rend la vie
impossible aux pauvres, leur avilissement ruine les gros
cullivateurs, et les force à réduire le nombre des ouvriers et
à négliger leur culture. Le nombre des misérables s’en
trouve augmenté. Les deux excès mènent à la misère, et
c'est dans un juste équilibre qu’il faut chercher la solution
du problème (2). Le rapport de l’Intendant concluait à la
(1) On ajoutait que la récolte avait été mauvaise, que dans le
pays de Langle les chenilles avaient ravagé 900 mesures de terres
ensemencées.
(2) M. Galhaut ajoutait : Vu la surcharge des impôts qui s'accrois-
sent chaque année, l'assemblée des Etets a dû, comme les années
précédentes, augmenter le nombre des centièmes, et ils ont moins
— 149 —
remise ordinaire de 200,000 1. sur le don gratuit. Elle fut
accordée par le Roi (1) en même temps que le furent aussi
par les Etats les sommes qui leur étaient demandées. La
session annuelle s'ouvrit le 18 novembre. Sur la question
financière, on ne fit que reproduire les doléances consignées
aux Cahiers, et constater que par suite du malaise général
de la culture, du marasme des affaires, la consommation
des diverses denrées avait notablement baissé, et lus
octrois aussi. Le fameux canal de la Lys à l’Aa, qui avait
coûté plus de deux millions à la province se trouvait avoir
ruiné plusieurs villes et notamment Saint Omer, qui jadis
servait d'entrepôt aux marchandises dont le transit s’opérait
désormais directement par eau. Restaient d'énormes travaux
à faire au canal de Calais et au sas d'Hennuin. Il faudrait
emprunter car la caisse élait vide (2). Elle était même en
déficit de 123,900 I. Depuis deux ans les centièmes s’ajou-
laient aux centièmes. [l y en avait déjà deux de votés par
anticipation sur la récolte de 1777 (3), sans qu'on eùt l'espoir
de faire face à l'augmentation de 320,006 |. ajoutée aux
charges de la province sous forme de nouveaux impôts qui
donnaient lieu à toutes sortes de vexations de la part des
employés préposés à les percevoir. Pour mettre fin à ces
excès, el donner satisfaction aux demandes du Roi, les Etats
consentirent à faire un abonnement pour la bière et pour Île
produit. Le mal ne peut qu'augmenter tant qu'il ne sera pas possible
d'enlever au peuple une partie de ces surcharges. Les emprunts
ont produit un soulagement momentané, mais les intérêts augmen-
tent les charges, et les remises faites par l'Etat n'améliorent que
faiblement le sort du peuple.
(1) Le Roi refusa de se charger de la régie des nouveaux droits
sur les crins, et des contestations auxquelles ils donnaient lieu.
(2) Les dépenses avaient été de 1,018,700 livres.
(3) On avait en outre voté, en 1775, un demi-centième sur les
privilégiés.
— 150 —
vin, touten exprimant l'espoir que les conditions en seraient
adoucies, en considération des sacrifices importants qu'on
leur avait demandés depuis 1763, du paiement des arréra-
ges et du remboursement des emprunts. Ils demandaient
encore à ce que la petite bière ne fût pas taxée, et réclamaient
la suppression d’un nouveau droit, dit du marc d’or, établi
depuis 17;0 ; mais cette dernière prétention ayant élé rejelée
lorsqu'elle fut formulée par plusieurs villes du royaume, on
ne pouvait y donner suite. Une autre proposition fut plus
favorablement accueillie. Ce fut celle de supprimer. au
moyen d'échanges, diverses enclaves réciproques entre Île
territoire de l’Artois ét celui de la Flandre, qui entravaient
la perception de l'impôt sur les boissons. Dans un autre
ordre d'idées, l'attention de l’Assemblée fut appeléu à se
porter sur une demande du Maréchal de camp, comte de
Béthune. Retiré en sa terre de Penin, il consacrait sa vie
au soulagement des pauvres des campagnes ; et comme en
cette année s'était déclarée une épidémie de fièvres putrides
qui faisait de grands ravages, il priait les Etats de lui
envoyer une boîte de remèdes, car «il avait, disait il, chez
lui un chirurgien très capable de les administrer ». Naturel-
lement on ne se fit pasprier, et l’envoi de la boite lui fut fait
par l'intermédiaire de l’'Intendant (1).
Enfin, il y eut encore à signaler, en cette année 1776,
quelques modifications apportées dans l’organisation mili-
taire de la France. Par économie, l’armée fut organisée
par divisions, commandées par des lieutenants généraux
ayant sous leurs ordres des maréchaux de camp. Toutes les
(1) Les Etats eurent à s'occuper de la demande faite par Bon-
Antoine Lallart, receveur général des Etats d'Artois, pour les cen-
tièmes et vingtièmes, à effet de transmettre sa place à son fils,
Benoit-Louis-Joseph, âgé de 30 ans. Les Etats, vu les services rendus
par son père, accueillirent cette deinande. M. Cauwet de Baly, autre
receveur des Etats, demanda son fils comme adjoint, il était avocat
et âgé de 25 ans. Sa demande fut ajournée.
— 151 —
garnisons d'Arras, d'Aire, de Saint-Omer, de Béthune et
d’Hesdin, furent concentrées sous les ordres du marquis de
Lévis et de ses lieutenants, le marquis de Saint-Georges et
le duc de Guines (1). Mais l'économie, si c'en était une, ne
devait se produire que dans un avenir plus ou moins éloigné,
car il élait de toute justice que les officiers généraux,
dépouillés par là de leurs commandements, conservassent
leur traitement et la ration de leurs chevaux, jusqu'à ce que
le Gouvernement eüt trouvé quelque compensation à leur
offrir.
La répartition des troupes dans les diverses garnisons
donna lieu, en cette année-là, à des difficultés plus grandes
que de coutume L'’effectif de la cavalerie augmentant tou-
jours, les casernes, dans plusieurs villes, à Béthune, par
exemple, devenaient insuffisantes, et d'autre part, celles du
Boulonnaïis élaient inutilisées à cause de l’épizootie qui y
avait régné. À peine le régiment de Royal Dragons avait-il
été retiré d'Hesdin (2) pour faire place au régiment de Berry,
venant de Béthune, que les députés ordinaires intervinrent,
demandant que, à la place de celui-ci, on envoyât plutôt le
régiment de Royal Normandie qui était à Arras, et que, à
Arras, On fil venir deu x bataillons d'infanterie, moins onéreux
et plus utiles au service dela place. On ne satisfit qu'à moitié
à la requête parce que la Normandie et la Bretagne en
voulaient aussi pour compléter les divisions (3).
(1) La nouvelle organisation devait commencer le 1° juin 1776,
ct les Etats d'Artois eurent à pourvoir au logement des officiers
généraux conformément à l'ordonnance de juillet 1765.
(2) Il avait remplacé à Hesdin les dragons de Monsieur, sur la
demande du colonel, le marquis de Créquy, qui était originaire des
environs de cette ville,
(3) Bien que la place d'Arras füt bien approvisionnée, on y envoya,
en 1776, 50 charriots de munitions d'artillerie.
— 152 —
1777
Necker n’étail pas arrivé d’un an aux affaires que l'inulile
Taboureau avait disparu. L'intelligence et le savoir-faire du
nouveau venu {1} eurent bientôt fait tomber la méfiance que,
à double titre de protestant et d’étranger, il semblait devoir
inspirer. Pour combler le déficit, il imagina d'émettre des
emprunts constitués en rentes viagères. Contre touteattente,
ces emprunts furent rapidement couverts ; pourtant le Parle-
ment fit quelques difficultés pour enregistrer les édits, et on
engagea le Roi à se méfier de cet étranger, mais les esprits
superficiels purent se faire un instant l'illusion de voir la
fortune de la France revivre entre ses mains, alors qu’elle
était à la veille de sombrer. Bien d’autres causes la menaient
à sa perte. Il semblait que la France eût à ce moment-là
soif d'aventures et de nouveautés. La fermentation générale
produite dans les esprits par l’école philosophique ne cher-
chait que l’occasion de faire explosion. Ce fut précisément,
en 1777, que cette occasion se présenta par l'arrivée de
Franklin à Versailles. Au nom du congrès de Philadelphie,
il venait demander à la France de soutenir l'indépendance des
Etats-Unis. proclamée l’année précédente par ce congrès (2).
Tout concourait à soulever l'enthousiasme en sa faveur : le
souvenir douloureux et récent de la perte du Canada. qui
nous avait élé arraché par l'Angleterre, et les théories
nouvelles du droit des peuples qui enflammaient alors les
(1) !lapporta quelques améliorations dans les finances, entre autres,
dans la régie et la perception des revenus des domaines du Roi. Le
Gouvernement demanda le 18 décembre 1777, au Conseil d'Artois,
d'enregistrer une déclaration du Roi faite à ce sujet.
(2) L'obligation d'employer du papier timbré, imposée par
l'Angleterre à ses colonies d'Amérique, fut une des causes de leur
révolte,
— 153 —
esprits. La noblesse, mue par ses instincts généreux, fut la
première à se mettre à la tête du mouvement. Devant les
hésitations du Roi, qui aimait la paix, le jeune marquis de
la Fayette, équipant un navire à ses frais, partit, entraînant
à son exemple la fine fleur de la Marine et de l’armée fran-
çaise vers l'Amérique, d’où ces jeunes officiers devaient
rapporter toutes les idées de la Révolution. On se demande
quel dut être à ce spectacle l'impression du marquis de Lévis.
Lui aussi avait dépensé sa vaillance et versé son sang sur
cette terre nouvelle avec Monlcalm et ses héroïques compa-
gnons, mais C'était au service de nos vieilles traditions ; et
l'empreinte qu'ils en avaient laissée au Canada subsiste
encore, avec l'attachement à la France qu'ils avaient inspiré.
Telle était la situation quand, le 1°" mars 1777,les députés
à la Cour présentérent au Roi leurs cahiers. Comme il arrive
toujours aux institutions qui vont sombrer, jamais le trône
n'avait été entouré d’un plus grand apparat. Les deux frères
du Roi, qui étaient Monsieur, comte de Provence et le comte
d'Artois, se tenaient à ses côtés. L’introducteur fut le mar-
quis de Dreux-Brézé, grand maître des cérémonies de France,
charge héréditaire concédée à sa famille depuis Louis XIV (1).
C'était celui-là mème à qui devait s'adresser la célèbre
réponse de Mirabeau à la séance de l’Assemblée nationale
le 23 juin 1789. Le discours de présentation fut prononcé
par le nouvel évêque de Saint-Omer, Mgr de Puységur.
Comme la récolte avait été meilleure que celles des années
précédentes (2), les doléances furent moins amères. Elles
portèrent comme de coutume sur les impôts nouveaux mis
(1) Il fut aidé de MM. de Nantouillet, de Watronville, aides des
cérémonies.
(2) Les centièmes avaient produit 1.287,853 1., et les deux cen-
tièmes touchés par anticipation 485.000 1, en tout, 1,772,853 1.
Les anciens impôts rapportèrent 733.328 1., les droits de contrôle
27,780 |., les sols pour livre de nouveaux impôts 93,336 1 , etc.
— 154 —
à la charge de la province au mépris de ses privilèges {t}, et
aussi sur l’augmentalion des effectifs de cavalerie dans les
garnisons où, prétendail-on, se trouveraient bientôt plus
d'hommes à cheval que d'habitants. Ce dernier grief était
fondé sur ce que la prévision d’une guerre avec l'Angleterre
avait motivé la création d’un camp de dix escadrons, près
de Dunkerque. On sait que c'était à la province de fournir
les fourrage, et la difficulté eùt été grande à se prolonger ;
mais on renonça bientôt au projet, et le camp fut licencié.
En quittant le Roi, la députation, conduite par le marquis
de Lévis se rendit successivement chez la Reine, chez le
comte et la comtesse d'Artois, voire même chez le duc
d’Angoulème, nouveau-né, puis chez les tantes du Roi,
Madame Adélaïde et Madame Victoire. Sa sœur, Madame
Elisabeth se trouvant indisposée, ne put la recevoir. Partout
elle fut accueillie avec bonté et avec des expressions de bien-
veillance à l’égard de la province. De même en fut-il chez
le comte de St-Germain, qui relint à diner les membres
de la noblesse et du clergé, qui avaient assisté à la céré-
monie. C'était la dernière fois. Quelques mois après, il quit-
lait le ministère de la guerre et était remplacé par le prince
de Montbarey, maréchal de camp, qui devait conserver ses
fonctions jusqu’en 1786. Celui-ci se mit aussitôt en relations
avec le Gouverneur d’Artois. Les intérèts de la province, les
égards dus à ses privilèges, l’économie de ses finances furent
reconnus par lui comme devant être l’objet de ses futures
sollicitudes. On était alors au mois de Septembre. Les Etats
devaient s'ouvrir le 17 Novembre. Dès le troisième jour,
le Gouverneur leur transmit les promesses obligeantes du
(1) On fit remarquer que les vingtièmes créés pour la guerre
continuaient à se percevoir et on les avait augmentés de 4 sols à la
livre; ils coûtaient à la province 1,500,000 livres. Le Gouvernement
devrait consentir à un abonnement et faire une remise importante
sur le don de 500,000 livres, car jamais l'impôt n'avait été aussi
élevé.
— 155 —
nouveau ministre. Tout se passa au mieux au cours de la
session. Les commissaires du Roi annoncérent la remise
accoutumée de 200,000 livres. Les sommes qu'ils deman-
daient furent volées avec d’aulant plus de facilité que Îles
bruits de guerre répandus à ce moment-là, ôlaient toute
possibilité de les réduire.
En fait de questions particulières à la province, il y en eut
deux cette année, qui tinrent place aux débats de l’Assem-
blée. La première fut celle de la mendicité. Aux âges de
foi, les efforts les plus admirables, et les sacrifices les plus
considérables avaient été faits pour la soulager ; il s'agissait
maintenant de la réprimer, car elle devenait de plus en plus
menaçante. Une commission de treize membres, chargés
par les Etats de se joindre aux députés ordinaires pour
l’éludier en 1764, n’avait trouvé rien de mieux que de cen-
traliser les mendiants et les fous dans un refuge situé à
Arras, siège principal de la maréchaussée. On avait acheté
à cet effet, en 1769, la maison des confrères de Saint-Sébas-
tien, rue du Bloc, qui avait reçu sa destination par lettres-
patentes, en date de 1771. Mais cela ne dura pas longtemps.
Dès 1779, le surcroit de dépenses, d’une part, et l’insuffi-
sance du local, de l’autre, obligèrent à se restreindre aux
mendiants des villes. Ceux des campagnes furent censés
rester à la charge de leurs paroisses respectives. {ls se
transformèrent en vagabonds et, réunis en bandes nom-
breuses, on a vu de quel danger ils devinrent pour l'ordre
public et pour la sécurité des habitants paisibles. C'était sur
cette situation que les Etats portaient leur attention, mais
il ne parail pas que leurs délibérations à ce sujet aient pro-
duit grand résultat.
La seconde question fut celle de la chasse (1), c’est-à-dire
(1) Autrefois la chasse était protégée, non seulement par la loi
civile mais par les décrets de l'Eglise.
— 156 —
du droit de chasse (1) que les officiers prétendaient exercer
dans un certain rayon autour de leurs garnisons. Ce droit
leur avait été concédé à la fin des guerres de 1618 (2): ils
étaient même autorisés à avoir des gardes avec des bandouil-
lères à leurs armes et des hallebardss, et à prendre, par voie
d'affiches, toutes les mesures que bon leur semblait. Natu-
rellement ces droits étaient vus de mauvais œil par les sei-
gneurs et les propriétaires des terrains où ils s’étendaient,
et leurs plaintes arrivaient aux oreilles des Etats, Il était de
principe autrefois que la chasse appartenait exclusivement
aux nobles (3}, surtout la chasse à courre et au faucon
interdites aux gens de vile extraction. D'après la vieille
coutume d'Artois, la chasse était réservée aux seigneurs
vicomtiers dans toute l'étendue de leur juridiction. Mais
comme ces seigneuries étaient mullipliées dans la province,
cela avait amané des conflits ; et maintes fois on avait
demandé d'établir des cantonnements entre eux. Les Rois
s’y élaient toujours refusés en principe, disant qu'il fallait
s’entendre à l’amiable ; pourtant si ce n'était pas possible,
l’Intendant pourrait charger les tribunaux de les établir.
Les souverains n'avaient jamais manqué de protéger la
chasse et de la régir par les ordonnances les plus sévères.
En 1575, un règlement du roi d'Espagne, confirmé par les
(1) En 1553, on chassait encore avec des arbalètes, des arcs à
main et des arquebuses En 1613, avec les fusils on employait les
dragées en plomb (chevrotines), les balles fendues en croix, etc.
La battue s'appelait Auée.
(2) À l'origine, ce droit n'appartenait qu’au gouverneur et à l'Etat-
major des villes, mais comme ils n'y résidaient pas souvent, il finit
par s'étendre aux autres officiers de la garnison.
(3) Voir les ordonnances du Roi, des 28 juin 1665,29 janvier 1753
et 18 octobre 1759 et l'ordonnance de la maîtrise des eaux et forêts
d'août 1669.
— 157 —
Archidues en 1613 (1), interdisait « de tuer dans les forèts
cerfs ou biches, sangliers ou autres bêtes fauves, de vendre
de la venaison excepté dans les marchés publics, à des
heures fixées et quand la chasse était ouverte ».
En 1669, une ordonnance du roi de France défendit de
louer ou céder son droit de chasse. On ne faisait exception
que pour les garennes, qui étaient considérées comme pro-
priétés de rapport ; et les lapins rentrant plutôt dans la caté-
gorie des animaux domestiques, ceux qui les prenaient
élaient poursuivis comme voleurs et non comme braconniers.
Ceux-ci étaient nombreux, bien que les lois portées contre
eux fussent des plus rigoureuses; et les gouverneurs d'Artois,
au XVIIe siècle, demandèrent qu'on les fit mieux observer.
Un arrêté du Conseil d'Artois de 1723 obligeait les munici-
palités situées dans un rayon de deux lieues autour des forêts
à les chasser de leur paroisse comme inutiles et vagabonds.
S'ils reparaissaient, ils avaient à subir un mois de prison,
défense était faite de leur donner asile, et leurs noms étaient
affichés (2). Dans la Flandre autrichienne, c'était bien pis
encore. Par un règlement daté de Bruxelles, en 1753,
exécuté dans la Flandre autrichienne, en cas de condamna-
tion le délinquant qui se trouvait hors d'état de payer
l'amende, pour la première fois était mis pour trois heures
au carcan, avec Île gibier tué suspendu au cou; la seconde
fois il était trainé hors du village où le délit avait été com-
mis, et fustigé comme incorrigible. Les pères et mères, les
rnaitres et maîtresses élaient responsables pour leurs enfants
(1) On y voit qu'on punissait les braconniers de fortes amendes,
du bannissement, de la prison au pain et à l'eau et même de la
fustigation.
(2) Les échevins qui n'appliquaient pas les mesures étaient con-
damnés à 300 livres d'amende, L'échevinage d'Hesdin protesta en ”
1757 contre la rigueur de cet arrêté, pourtant on l'appliquait encore
ea 1:69.
— 158 —
et subordonnés. On voit par là que dans ce temps-là, la
chasse élait considérée comme une question d'ordre social
et les considérants dont s’appuyaient le règlsment ci-dessus
prouvent l'importance morale qu’elle tenait dans la législa-
tion. On y lisait en effet : « la licence des gens de la campagne
qui chassent est intolérable. S'ils s’y exercent, c'est au
détriment de ceux qui en ont le droit et même de l'agriculture.
La dissipation qui amène cette licence fait perdre le goût du
travail, entraine à la débauche et au dérèglement » (1).
C'était par les mêmes motifs qu’autrelois, il était défendu
aux paysans d’avoir des chiens de chasse, c’est-à-dire des
lévriers, sous peine d’une forte amende. Cette interdiction
ne fut pas toujours observée. Vers 1750, tout laboureur aisé
affectait même de s’en entourer, el de paraitre dans les
champs, suivi de trois ou quatre de ces animaux sous
prétexte qu'ils appartenaient au seigneur. Aussi le duc de
Chaulnes avait-il éprouvé le besoin de faire revivre en Artois
les anciennes rigueurs ; il avait obtenu du Roi une décision
dans ce sens (2). En 1753, il avait donné l'ordre à tous ceux
(1) On voit de plus dans ce règlement qu’il était défendu de détruire
le gibier dans les champs, et si on le faisait sans le vouloir, on
devait le rapporter a l'officier public. Les chiens devaient avoir un
billot au cou; défense d'avoir des furets, et 10 livres d'amende
quand on détruisait un terrier ; on ne pouvait avoir de fusil chargé
autrement quà balles; défense aux agents du Gouvernement de
chasser sans une autorisation ; la chasse était fermée du 1° mars
au 1°r août, défense de vendre du gibier pendant cette période. La
chasse était interdite en temps de gelée et de neige. Les proprié-
taires de la chasse devaient payer le dommage causé parle gibier.
On voit aussi qu'à cette époque les locataires d’une chasse détrui-
saient le gibier à la fin de leur bail, :
(2) Les gardes devaient se contenter d'une hallebarde. En 1761,
le duc de Chaulnes ordonna encore le désarmement des paysans et
la destruction de leurs chiens de chasse, et surtout des lévriers. Ils
protestèrent plusieurs fois disant que leurs fusils leur étaient utiles
pour la protection de leurs récoltes et de leurs bestiaux. Voici les
— 159 —
qui n’avaient pas le droit de chasser, de déposer leurs armes
sous peine de confiscation et d'amende. Seuls les gardes des
couvents et communautés étaient exceplés, parce que ceux ci
ne pouvaient exercer eux-mêmes leur droil de chasse, et
aus-i les habilants de la ville d’Aire à cause de la quantité
d'animaux dangereux qui existaient dans les environs (1).
En 1759, le Conseil d'Artois fit un règlement confirmant
le droit de chasse aux seuls gentilshommes, renouvela les
défenses précédemment failes aux artisans, laboureurs et
gens mécaniques de se livrer à un exercice qui ne pouvait
raisons qu'on donna pour ne pas admettre leurs réclamations : 1° Ils
ne seraient plus tentés de quitter leur travail pour aller braconner.
2° La force armée requise pour le maintien de l'ordre ne serait plus
en danger d'être tuée par de misérables perturbateurs, d'autant plus
intrépides s'ils avaient des armes, et qu'ils savaient que leur perte
était assurée s'ils étaient appréhendés. 3o Les gentilshommes ne
seront plus exposés à être obligés de faire le coup de feu avec les
manans. 4° Enfin le gibier, devenant plus abondant, on ne sera plus
tenté d'aller en tuer chez son voisin.
(1) Voici un résumé de la décision qu'il prit : « Sa Majesté, en
considération du zèle et de l'attachement des seigneurs d'Artois
pour la personne royale, a fait examiner par son Conseil les plaintes
que le duc de Chaulnes a transmises, sur les abus qui avaient lieu
pour la chasse et la pêche. Il reconnaît que les peines sont trop faibles
pour empêcher le braconnage, qui est nuisible au commerce et à
l'agriculture, et empêcher le gibier de disparaître. » Après avoir
déclaré que la chasse appartient à la noblesse, le duc obligea,
sous peine d'amende tous ceux qui ont armes, filets ou engins de
chasse et de pêche, de les porter à leur seigneur qui leur en donnera
un reçu. On ne pourrait être autorisé à conserver des armes que
pour sa défense. Les seigneurs seuls pourraient avoir des lévriers
et ne s'en servir que dans l'étendue de leurs seigneuries. On ne
pourrait louer sa chasse qu’à des gentilshommes; défense était
faite aux paysans de lever ou de détruire du gibier. Les procès
des gardes fvisaient toi, ils devaient être affirmés dans la huitaine,
La contrainte par corps existait, mais les nobles en étaient exceptés.
— 160 —
que les enhardir, disait-il, à abandonner leur état, à négliger
leurs travaux domestiques, le soin de leur famille et la
culture de leurs terres (1).
Le marquis de Lévis n'eut garde de laisser tomber ces
règlements en désuétude. Il prit, en 1775, un arrêté pour
renouveler l’ordre aux paysans de supprimer non seule-
ment leurs levriers, mais encore les furets. les filets et
autres engins de braconnage, sous peine des plus fortes
(1) Voici le règlement qu'il fit : « Vu par la Cour, le réquisitoire
du procureur général du Roi concluant que la modicité des amendes
pour la chasse (elles avaient pourtant été augmentées par un règle-
ment de la Cour du 13 mai 166#, renouvelé en 1679) cnhardit quantité
d'artisans, laboureurs et gens mécaniques à abandonner leur état, à
négliger leurs travaux domestiques, le soin de leur famille, la
culture des terres pour se livrer à un exercice qui n'appartient
qu'aux gentilshommes et autres possédant terres et seigneuries ; que
lorsque les seigneurs des lieux veulent constater les délits, ils sont
souvent, faute de témoins, dans l'impossibilité de les faire vérifier par
d'autres que par leurs gardes au témoignage desquels on hésite à
ajouter foi, que plusieurs personnes ont quelquefois l'indiscrétion
de chasser dans les terres pendant que le blé tient en tuyaux, qu'’outre
ces abus, il est encore d'autres inconvénients, qu’il en survient
chaque jour entre les seigneurs eux-mêmes dont les domaines et
mouvances dans cette province sont presque toujours mélangés, ce
qui certainement rend la chasse impraticable entre eux et leur
occasionne une foule de procès, maisencore les expose à se quereller
et à des voies de fait dont les suites sont souvent très dangereuses
et très funestes. Pourquoi il requérait qu'il y füt pourvu selon les
conclusions par écrit qu'il a laissées sur le bureau. Sur le rapport du
conseiller Delehelle, tout considéré, les cours, les chambres assem-
blées par provision et jusqu'à ce qu'il en soit autrement ordonné:
Article 1+, fait défense aux fermiers, luboureurs, artisans et toutes
autrespersonnes que les seigneurs possédant haute et moyenne jus-
tice, gentilshommes, ou gens vivant noblement, de chasser sous peine
de 501. d'amende pour la première fois, applicables par moitié au Roi,
l’autre moitié au seigneur ; pour la seconde fois de 100 1. et comme
ci-dessus et de plus grande peine pour la troisième fois. Art. 2.
— 161 —
amendes. Sous Louis XVI, la législation s'adoucit (1).
Fait défense sous les mêmes peines d'entretenir chez eux, aucun
lévrier et autres chiens de chasse. Art. 3. les seigneurs ne pourront
avoir de lévriers que dans le lieu de leur résidence. Art 4. Défense
à toutes personnes autres que les seigneurs haults justiciers et
vicomtiers de pêcher dans les rivières publiques et avoir chez eux
des filets à moins qu'ils n'aient le droit de pêcher dans les étengs et
rivières en propriété ou à ferme, sous peine de confiscation des filets
et de 50 I. d'amende pour la première fois, 100 |. pour la seconde
et de plus grave peine pour la t-oisième, Les amendes applicables
comme ci-dessus Art 5 Les gardes dont les commissions avaient été
enregistrées au bailliage ou sénéchaussée du district et qui y avaient
prêté serment seront crus sur leurs rapports en les affirmant véri-
tables au même siège dans la huitaine. Art. 6 Les condamnations
d'amende seront exécutées même par corps conformément à l'article
19 de la coutume de cette province. Art. 7. Défense à toutes personnes
indistinctement de chasser sur leurs terres ensemencées depuis le
{er mai jusqu'àprès la dépouille du blé, sous peine de 150 1. d'amende
applicable un tiers au Roi, un tiers au seigneur, un tiers au pro-
priétaire et de tous dépens, dommages et intérêts et si la contraven-
tion est commise par le seigneur lui-même, les 50 1 applicables à
son profit appartiendront aux pauvres du lieu. Art. 8. Le seigneur
qui aura la partie la plus étendue en domaines et en mouvances
dans un territoire, pourvu que sa seigneurie excède d'environ un
tiers celle de tous les autres seigneurs ensemble, chassera, seul et
à l'exclusion de tous les autres seigneurs, lesquels seront tenus de
s'abstenir de chasser jusqu'à ce qu'ils aient fait orduuner un canton-
nement. Art. 9. Chaque cantonnement sera assigné dans l'endroit
où sera le plus grand nombre de terres composant le fief de chaque
seigneur, et il suffirs de constater la quantité de domaines et de
mouvances par le dénombrement servi aux seigneurs supérieurs,
20 ans auparavant ou autres titres équivalents, et les frais respec-
tivement exposés pour lesdits cantonnements seront supportés
également entre les seigneurs. Art. 10 Les cantonnements ne pour-
ront ni supprimer, ni apporter aucun changement aux droits de
justice et seigneurie sur les terres cantonnées,
(1) En 1788, on se plaignit que les Eaux et Forêts étaient encore
trop sévères, on pouvait appréhender les braconniers, et ceux qui
11
— 162 —
Mais la difficulté au sujet de la chasse ne s’arrèlait pas à
empêcher de s’y livrer ceux qui n'en avaient pas le droit.
Il fallait encore déterminer ce droit et le délimiter entre
ceux qui le possédaient. D'abord les ofliciers qui, nous
l'avons vu, revendiquaient la concession qui leur en avait
élé faite autour de leurs garnisons respectives (1). Bientôt
ils prétendirent y faire participer ceux de leurs camarades
des autres villes et deleurs amis qu'ils inviteraient. Cela leur
fut d'abord interdit, et ils ne purent autoriser à chasser sur
leurs réserves que des personnes nobles ou vivant noblement,
el puis il s'agit de les fixer elles-mëmes ces réserves, d'en
déterminer l'étendue. Cela donna lieu à d’interminables
discussions. Les cantonnements se faisaient au moyen de
poteaux, mais la pose de ces poteaux, qui appartenait en
principe aux Etats (2}, se faisait trop souvent d’une maniere
arbitraire, et ils étaient déplacés par les intéressés. Parfois
on n'en plantait pas. De là, des plaintes fréquentes de la
part des seigneurs et des propriétaires voisins. On ea vint
mème à demander la diminution et même la suppression du
privilège des ofliciers. Les Etats s'en émurent, firent des
mémoires, et de concert avec le Gouverneur de la province,
il fut décidé, en 1775, qu'ils seraient remis au ministre de la
Guerre qui était alors le comte de Saint-Germain, et par là
présentés au Roi. Ce qui fut fait. Le Roi, qui ne voulait pas
priver les ofliciers d’un droit précieux, parla d'étendre
leur réserve sur le rayon d’une lieue autour de chaque
ville de garnison. Les Etats, inspirés par l'intérêt des
les dénonçaient avaient le quart de l'amende prononcée contre eux.
(1, On prétendait que ce droit des officiers était contraire aux
privilèges des seigneurs dans les pays flamands soumis à la domi-
nation de l'Autriche, et sauf dans quelques endroits, comme à Ypres,
ce droit était restreint aux glacis des fortifications.
(2) Ils devaient prendre l'avis des subdélégués, qui eux-mêmes
consultaient parfois les gens experts et les officiers intéressés,
— 163 —
propriétaires, demandaient de la restreindre à une demi-lieue.
L'Intendant, consulté, prit le milieu, et le Roi fixa la limite
par une ordonnance du 9 novembre 1776 à 1,800 1oises,
ce qui étail trois quarts de lieue. Sur la demande des députés
à la Cour, ce furent les officiers du génie qui furent chargés
de placer (1) les poteaux sous la garde et la responsabüité
des habitants des villages, qui devaient, en cas d'enlèvement
ou de détérioration, les remplacer à leurs frais. Pour assurer
l'équité de ces cantonnements, on dressa des cartes figu-
ratives des périmèlres de toutes les places avec légende
et procès-verbal, et le tout fut déposé aux greffes (2).
Ardres avait élé omise dans le premier travail, le comman-
dant de la place réclama en 1776, et l’on fit droit à sa requête
malgré les protestations des seigneurs. Les officiers, du reste,
élaient obligés de se conformer aux lois qui régissaient la
chasse, et elles étaient sévères. Il est à remarquer que
dans ce lemps-là, si certains privilèges étaient l'apanage
des nobles et des officiers, les droits des cultivateurs, des
travailleurs, comme on dit maintenant, n'étaient pas moins
respectés. Défense de chasser en temps prohibé, de passer
(1) À Saint-Omer, à Béthune, ils furent posés aux frais des
seigneurs. Dans cette seconde ville ils firent peindre leurs armes
sur une feuille de fer blanc avec, d'un côté, ces mots : Réserve et de
l'autre les armes du Roi avec : Plaisir du gouverneur et des
officiers.
(2) Les procès-verbaux de délimitation furent rédigés à Aire, en
1738 ; à Bapaume, en 1749; à Béthune et à Arras, en 1753; à
Saint-Omer, en 1756, mais non sans des discussious. Dans cette
dernière ville elles durèrent jusqu’en 1780. À Bapaume il y eut
aussi des difficultés, à Aire on avait d'abord posé les poteaux
à 2,400 toises, on les remit à 1,800 sur la demande des seigneurs,
aussi On leur fit payer la dépense. À Hesdin, MM. de Scougeat et
de Fléchin, firent des oppositions; à Saint-Venant on n'en posa
qu'une partie,
— 164 —
dans les récoltes, sous peine de mille livres d'amende,
plus des dommages-intérêts (1).
Les délits ressortissaient pour la gouvernance d'Arras au
Conseil d'Artois, et en appel, à la table de marbre au Palais
à Paris (2).
{Il y eut, en 1777, diverses mutations parmi les officiers
supérieurs de l’Artois. M. de Marsaing, lieutenant-colonel,
devint chef du génie à Arras et le capitaine Poupion du
Ménil, vint du Havre remplir à Arras, les fonctions d’ingé-
nieur ordinaire. M. Cappe arriva dans cette ville comme
commissaire des guerres, il venait de Maubeuge.
(1) En 1778, 1779 et 1780, on renouvela cette défense. Les Etats
se plaignirent que les officiers ne s'y conformaient pas, que de plus
ils amenaient des invitéx, et donnaient à leurs gardes des fusils,
L'Intendant appuya les Etats. Mais le marquis de Lévis était d'avis
de leur laisser des armes et de ne pas soulever toutes ces questions
de chasse.
(2) Voir sur les chasses des officiers les ordonnances du Roi de
1323, 1756, 1777 et 1780, et un règlement de l’Intendant de 1776.
LE CARTULAIRE
DE L'ÉVÉCHÉ D'ARRAS
ANALYSÉ CHRONOLOGIQUEMENT
PAR
A. GUESNON
Depuis le commencement du quinzième siècle jusqu’à
la Revolution, les archives de l'église d'Arras reposèrent
dans une des tours de la cathédrale, où le devis des
nouvelles constructions leur avait ménagé une salle
isolée entre deux voûtes, telle que l'était la trésorerie des
chartes d'Artois dans la tour carrée surmontant le grand
portail de la Cour-le-Comte, place de la Madeleine (1).
(1)B. N. Moreau. Chartes, t. ST, fol. 4108— 55, fol. 42 — 153, fol. Q7.
Les titres de l'évêché furent réums de bonne heure à ceux du cha-
pitre et confiés à sa garde : « Selon la commune renommée du pays,
« anciennement, au commencement des guerres, avant que ladite Cité
« feust fortifiée, l'église cathédral, par l'ordonnance du Rov, fu
« emparée et faite forte, et y furent mis gens d'armes pour la garder
« contre les ennemis ; et pour plus grant seürté, Févesque qui pour
« le temps estoit mist ses chartres et lettres en la trésorerie de ladite
« église, où elles ont demouré jusqu'à présent. » — Ainsi lit-on dans
des lettres de Charles VE, du 27 fév. 1405 v. st., mandant aux gens
du parlement de faire donner à l'évêque Jean Canard « provision pour
« la garde et scürté des chartes et lettres de léveschié, dont plusieurs,
« enregistrées en son cartulaire ont esté perdues par mauvaise garde
« desdis du chappitre où autrement ». — Jbrd., 1. 245, fol, 35,
— 166 —
Ces précautions, auxquelles vinrent s’ajouter le blin-
dage en fer de la porte, des fenêtres et de la cheminée (1),
n'avaient d'autre péril en vue que celui d’incendie. On
ne songeait pas alors aux destructions volontaires et
aux dilapidations qui, plus tard, devaient être tout aussi
funestes à ces « monuments, tables et cartulaires de
l’église cathédrale d'Arras gardés dans un endroit secret
et bien voûté ». Le certificat de provenance ainsi formule
à la fin des copies que Queinsert a extraites de ce dépôt
pour l’historiographe Moreau, permet aujourd’hui de
juger combien il y manque de chartes originales (2).
Parmi ces parchemins, que le religieux de Saint-Maur
appelle des « tables », mot calque sur le latin {abwulæ
ecclesiæ Atr'ebalensis, divers écrivains ont mentionné en
ces termes vagues un document remontant, dit-on, au
onzième siècle et donnant la succession des premiers
évêques d'Arras. Souvent invoqué à propos des origines
de cette eglise,examine par domDevienne qui y découvre
une interpolation, le manuscrit énigmatique a disparu
depuis. au grand dommage de la précision du débat sur
une question controversée (3).
Disparus également nombre de cartulaires et de regis-.
tres aux actes du chapitre. La Bibliothèque nationale en
(1) Bibl. d'Arras, ms. 1036, t. 2, p. 38.
(2) Le chanoine Robert Caulier fut chargé d’en dresser l'inventaire
en 1562. Nous ne possédons aucun renseignement sur ce travail.
(3) Ferry de Locre (Chron. Belg. p. 20, ad ann. 390) dit au sujet
du grec Diogène, qui aurait précédé saint Vaast sur le siège épiscopal
d'Arras : De tllo sic in tabulas cathedralis ecclesite relatum. Dom
Queinsert tire la même preuve er tabulis chronologicis ecclesie Atre-
batensis (B. N. Coll. de Picard. t. 249, fo 82 ro), L'abbé Robitaille voit
dans ces {abulæ des « tablettes » (Rech. sur l'égl. d'Arras, p.35,
1855). Le latin fabula a un sens plus large ; il correspond au français
«tre, charte », comme {abularium à « chartrier, archives ». Les
— 167 —
a recueilli trois : le « Livre blanc », ms. du treizième
siècle achete en 1898 (1) (F. lat. 9930) ; un cartuülaire du
quinzième siecle, provenant de la vente de H. Bordier en
1889 (2), précedemment de celle du marquis Le Ver (3)
(Nouv. acq. fr. 6270) ; un troisième enfin acquis à cette
derniere vente en 1866, intitulé Registrum harlarum et
munimentorum capellaniarum ete, daté de sept. 1282,
avec additions des quatorzitme et quinzième siècles (4)
(F. lat. 17737).
Mais on se demande où sont passés : {° le grand cartu-
laire du chapitre, Magnimn carlulare capiluli sine
cathena, contenant plus de 338 feuillets (5) ; 2 le cartu-
laire rouge appelé « Rouget », Liber capiltulé vocalus
Rouget (6), 3° un vieux cartulaire, antiquiutm cartulare,
que les réferences données ne permettent de confondre
références ci-dessus viseraient donc, sous le mot tabula, un ms. quel
conque du dépôt ecclésiastique. Ce ne peut être qu'un catalogue ou une
chronique sommaire des évêques d'Arras ct de Cambrai antérieurs à
Lambert. Or, d'aprés la notice de Diogène qu'en extrait Ferry de
Locre, notice interpolée suivant Dom Devienne (//rst. d'Artots, re
part., p.176), il n'est pas douteux que ce catalogue forme la prenuère
partie de celui que des copies tenues à jour ont prolongé jusqu'au
seizième siécle (Bibl. d'Arras, ms. 177). Ces copies ont-elles ajouté
Diogéne au texte primitif? C'est ce que la perte de loriginal ne
permet plus de vérifier,
(4) L. Delisle. Le Cab. des Manuse., tu, pe 289. — Pavé 70 fr.
(2) Catalogue, n9 1109. — Vendu 95 fr.
(3) Catalogue, no 130. — Vendu 350 fr.
(4) Zbéd, no 131. — Vendu 1100 fr. — On peut joindre à ces épaves
un cucilloir des rentes foncières de l'église d'Arras de 261 (lat. 10972),
entré à la Bibliothèque en 1832 dans un lot de mss. pavés en bloc 36 fr.
(5) B. N. lat. 17737, Reyistrum capellantarum, ol. 421 vo. A
semble résulter du signalement sine calena que tel autre de ces
cartulaires était enchaîné, catenalum.
(6) Registr. kartarum de l'évêché, fol. ixxtxvur vo et miexi vo.
— 168 —
avec aucun des précédents (1) ; 4 deux petits cartulaires
de mème format, dont nous possédons des extraits relatifs
à l’organisation capitulaire aux treizième, quatorzième
et quinzième siècles (2).
Il en est de même pour l’évêche, qui, comme le chapi-
tre, avait ses cartulaires spéciaux. On lui en connaît au
moins deux. L'un était un ms. sur papier, de 300 feuillets
et plus, Registrum papyraceum majus (3), celui sans
doute qui a fourni à Queinsert une lettre de Louis le
- Gros à l’évêque Alvise, transcrite, dit-il, « sur une autre
étant au cartulaire ou registre des titres de l’évêché » (4).
Il a été détruit, ou du moins on en a perdu la trace.
En revanche l’évêché possede l’autre, heureusement
recouvré après une éclipse de trente ans pendant
laquelle il n’était pas sorti d'Arras, bien qu'on le
supposât « brülé dans l'incendie de l’archevêché de
Bourges en 1871 » (5).
C'est un in-folio massif de 445 feuillets de parchenin
— h. 305% sur 215mm, Sa derniére reliure, du milieu du
seiziémesiecle, Se compose de deux ais de chéne couverts
en peau de truie, ornés aux quatre coins et au milieu
de « bouillons » ou cabochons de cuivre saillants sur
plaques en forme de croix fleuronnées. Des deux fermoirs,
il n'existe plus que les clous d'arrêt.
Le recueil a pour titre : Registrum khartarum et privi-
(1) Bibl. d'Arras, ms. 1088, fol. 49 ro, — (Ce ms. se compose
d'extraits des archives du chapitre réunis par André-Louis-Florent
Galhault, né le 20 nov. 1712, élu chanoine de N.-D. le 15 oct. 1742,
menmbre de l’Académie d'Arras le 8 février 1749.
(2) Ibid. fol. 4 ro et fol. 32 ro.
(3) Registr. kart. de l'évêché, fol. ixtsvir ro, nezx vo, anexur ro.
(4) B. N. Morcau, Chartes, t. 55, fo 42. — La lettre est dans
Baluze, Mtiscell., éd. Mansi, t. I, p. 163 B, eprst. 2.
(5) Cte de Brandt de Galametz, Les Fondateurs du collège de
Dainville à Partis, p. 8, note 4, — Arras, 1899.
— 169 —
legiorum ad episcopalum Attrebatensem pertinentium.…
La première partie, en dehors de la table des sommaires
qui la précède f° 3-21, comprend cent quatre-vingt-deux
feuillets écrits de la même main : très belle calligraphie,
avec rubriques, grande majuscule de tête à chaque piece,
peinte à l’outremer ou au vermillon, ornée d’arabesques
et accompagnée de rinceaux à antennes alternativement
rouges et bleus formant bordure du haut en bas de la
marge.
Ce premier facieule, dont toutes les pièces sont ante-
rieures à 1280, parait être contemporain du Registrum
capellaniarum de septembre 1282 ci-dessus mentionné.
Sa confection correspondrait donc à la vacance du siège,
1280-1283, qui précéda l’intronisation deGuillaume d’Issy.
À la suite de plusieurs cahiers en cursive vulgaire du
quatorzième siècle, un copiste, après l'avènement en
1391 de l’évêque Jean Canard, chancelier du duc de
Bourgogne, essaya de reprendre, pour la continuation
du manuscrit, l’ancienne tradition calligraphique. Son
travail, imitation du précédent, mais d’une écriture
beaucoup moins belle et d’une ornementation inférieure,
occupe cinquante-sept feuillets. Le reste contient des
additions cursives de diverses mains, dont la dernière
en date est de 1551.
La table initiale des rubriques, prolongée au fur et à
mesure des additions, offre les mêmes variations calligra-
phiques et ornementales. Elle est inachevée et s'arrête
au n° 42{, alors que le manuscrit cote 465 pièces, chiffre
que notre catalogue analytique et chronologique, négli-
geant les doubles et tenant compte des omissions,
ramène à 457.
De ces pièces, cinquanteetune sont antérieures à 1200,
deux cent vingt à 1300, cent vingt-trois à 1400. On y
compte quarante et une bulles papales, dont dix-huit
du douzième siècle et vingt et une du treizième.
— 170 —
Les chartes royales sont également assez nombreuses.
A signaler surtout, en dehors du diplôme de Charles
le Simple, une lettre missive de Louis VII qui a fait
récemment l’objet d’un article de M. Léopold Delisle dans
le Journal des Sarants, un acte inconnu de Philippe
Auguste, plusieurs autres de saint Louis, de Philippe le
Bel, de Philippe de Valois.
Quelle que soit la nature des titres enregistrés, bulles,
lettres royaux ou autres, ils concernent généralement,
d’une part,le domaine temporel de l’évêque, tant séculier
qu’ecclésiastique : la Cité et son faubourg de Bronnes,
sa châtellenie, sa mairie de Galeurue, Vitry, Marœuil,
avec les fiefs etechevinages ressortissant à la cour féodale
de l’évèque ; la mense et ses revenus, y compris la cous-
trerie ou trésorerie de l’église cathédrale, etc.
D'autre part, son domaine spirituel : archidiacres,
officialité, synode, correction des cleres, visite des
monastères et des collégiales, collation des bénéfices,
créations de chapellenies, violations du droit d’asyle, —
et les perpétuels conflits que soulevait l'exercice de cette
double juridiction.
Outre ces titres se trouvent insérés au Ré rn cer-
tains documents statistiques dont l'intérêt n'est pas
moindre. Quelques-uns seront reproduits plus loin dans
un appendice, qui suppléera, pour une faible part, à
l'insuffisance des trop sommaires analyses de cette
publication.
pose ee
REGISTRUM KAaRTARUM ET PRIVILEGIORUM AD EPISCOPATUM
ATTRIBATENSEM PERTINENTIUM, CORRECTARUM PER MANUS
DUORUM TABELLIONUM QUIBUS FACTA FUIT FIDFS DE SIGILLIS.
ET PRIMO PONUNTUR RUBRICE ET NUMERUS,
UT CICIUS POSSINT INVENIRI,
(Les pièces en français sont indiquées par un astérisque).
920 (9167), 22 mai. — X7 kal. junui..….., anno XX VIIT
(al. XXZITI) regnante Karolo rege.…. Actum oilla An-
2i0c0 (1). — Charles le Simple, à la prière des comtes Ysaac
et Sigard, concède à Etienne, évèque de Cambrai, tout son
pouvoir dans la Cité-lez-Arras et sa banlieue à partir du
Crinchon, réservant seulement au comte l'exercice de la
haute justice royale (stipite?} dans les plaids du mallum. Il
Jui donne en outre le village de Lambres sur Ja « Satis »
(la Scarpe) y compris le tonlieu, l’aubanité et la monnaie,
— Fol. 30 r°, Coté 1.
2
414145, 2 déc. — Laterani, IV non. decembr., ind. 1X (2),
pont. a. XVII, « Officii nostri nos » (Jaffé 6480). — Pascal ll
confirme à l'évèque Robert, avec l'indépendance du siege
d'Arras, sa juridiction diocésaine et les revenus de la mense
épiscopale. — Fol. 22 r°. Non coté.
(1) Le Cartulaire du Chapitre d'Arras, éd. À. de Loisne, p. 1,
donne la variante Auzraro, autre lecon fausse pour Dustaco. Voir
plus loin à l'Appendice le texte du diplôme et les notes.
(2) La méme publication, à la suite du texte de cette bulle, corrige
à tort le chiffre 1X de l'indiction On sait qu'à la chancellerie pon-
tificale on la datait alors de septembre ; or la bulle est de décembre :
le chiffre IX des deux cartulaires est donc parfaitement correct,
— 172 —
3
4119, 22 nov. — Beloaci, X kal. decembr., ind. XIII,
pont. a. I. « Dominum predecessorem nostrum » (Jaffé 6788).
— Calixte IT confirme au même évèque les possessions de
l'église d'Arras, sa juridiction épiscopale, les revenus de sa
mense, y compris la trésorerie de l’église cathédrale (custodia
altaris S. Marie Attreb. ecclesie) (1), sa seigneurie de
Marœuil, ses moulins, ses fours, ses pêcheries, le vivier de
Bronnes, etc. — Fol. 23 ro. Non coté.
4
4435,7 juin. — Pisis, VII id. junii, ind. XIII, pont. a. VI.
« Cum omnibus ecclesiis » (Jaffé 7670). — Innocent II
confirme à l’évêque Alvise les droits, privilèges et possessions
anciennes el nouvelles de l'église d'Arras. — Fol. 24 r°.
Non coté.
5
41436, 2 juin. — Pisis, I V non. januar., ind. XIII, pont.
a. VI. — « Predecessorum statuta sicut » (Jaffé 7699). —
Innocent IT, à la demande de labbé Ilenri, confirme les
privilèges et possessions de l'abbaye de Saint-Vaast. —
Vidimus non daté de Guillaume, cardinal diacre de Saint-
Eustache, juge délégué dans le procès relatif à l'église de la
Madeleine en 1248. — Fol. 77 vo. Coté iv.
6
4437. — Remis, archiepisce. a. XII. — Rainold, archevèque
de Reims, notifie l'accord conclu devant Jui entre Alvise,
évèque d'Arras, et Hugues, abbé de Blangy, au sujet de
l'autel de Quiéry. — Fol, 260 vo, Coté cecix.
7
4145, 29 mars. — Apud Civitatem Castellanam, IV kal.
(1) Castoudia, la coustrerie ou trésorerie. Voir Du Cange aux mots
CUSTOS ALTARIS €t THESAURARIUS.
— 173 —
april., ind. VIII, pont. a. I. « Ex injunclo nobis » (Jafté
8726). — Eugène III confirme à l’évèque Alvise les droits et
possessions du siège d'Arras, conformément aux bulles
d’'Urbain II, Pascal IT et Innocent II. — Fol. 25 r°. Non coté.
8
4146. — Anno consulatus mei X VIII. Thierri, comte de
Flandres, à la prière des religieux de Cluni, prend sous sa
sauvegarde le lieu dit à présent Belham, jadis Hubercinehem,
près de Marœuil, lequel appartient à leurs églises de Bretigny
et de Lihons-en-Santerre. Il] aura la moitié des hostises et
des amendes. — Fol. 38 vo, Coté xxui.
9
4154, 20 déc. — Signie, XIII kal. januar, « Quanto reli-
giosi viri » (Jaffé, 9500). — Eugène III ordonne à Guerri,
abbé de Saint-Vaast, de supprimer les prébendes des cha-
noines de l’église Saint-Pierre au fur et à mesure des
extinctions. — Fol, 81 r°. Coté Lix.
10
4153 n. st., 5 févr, — Rome ap. S. Petrum, non. febr.,
ind. À V, inc. a. 1152, pont. a. VIII. (1) « OMicii nostri nos
hortatur » (Jaffé, 9686). — Eugène 111 renouvelle à l'évèque
Godescal les confirmations obtenues du saint-siège par ses
prédécesseurs. — Fol. 26 vo. Non coté.
11
4453 n. st., 11 févr. — Rome ap. S. Petrum, III id. febr.,
ind, XV, inc. a. 1152, pont. a VIII. « Quotiens illud a
nobis » (Jaffé, 9698). — Eugène III, à la demande de l'abbé
(1) D'après l'année VIIIe du pontificat, et contrairement au calcul
rectificatif de M. de Loisne dans sa note sur cette bulle (Cartul. du
chapitre d'Arras, p. 14, n° 19), la vraie date est bien 1153, comme
la donnent Jafté et Migne.
— 174 —
Guerri, confirme les privilèges et possessions de l’abbaye de
Saint-Vaast. — Fol, 79 r°, Coté Lv.
12
4154, 23 déc. — Rome ap. S. Petrum, X kal. janunr.,
ind. ZIT, pont, a. Z. « In eminenti apostolice » (Jaffé, 9957).
— Adrien IV, à la demande de l’év. Godescal, confirme à
nouveau les droits et possessions du siège épiscopal d'Arras.
— Fol. 28 r°. Non coté.
Vidimus de cette même bulle par les abbés du Mont-St-
Eloi, d’Arouaise, d’Eaucourt et de Marœuil, auxquels
l’évêque d'Arras Fursy l’a présentée (1245-1247), — Fol.
261 vo. Coté cecxi.
13
4157-59, 4 janv.— Laterani,II non. januar. « Sicut injusta
petentibus » (Jaffé 10470). — Adrien IV, à la demande de
Godescal, confirme à sa mense épiscopale les revenus de la
trésorerie de l’église Notre-Dame d’Arras. Fol. 29 r°, non
coté, et fol. 263 vo, coté cecxn.
14
[1161]. — Louis VII annonce à l'évèque de Maguelone
que le concile s’est prononcé en faveur d'Alexandre III,
contre Oclavien qui lui disputait la tiare. Il l'engage à
reconnaitre son aulorilé, — Fol. 313 r°. Non coté (1).
15
11462 np. st., janvier. — L'évèque Godescal publie et con-
firme la charte de franchises qu'avec son assentiment
Bauduin Lebret, sa femme et ses fils accordent aux habitants
d'Oppi. — Fol. 172 r°. Coté cc.
(1) M. Léopold Delisie a publié et commenté cette lettre dans le
Journal des Savants, Janvier 1902.
— 175 —
16
4163, 44 avril. — Parisius, III id. april. « Quanto religiosi
viri » (Jaffé..…...} — Alexandre III renouvelle à Martin,
abbé de St Vaast, les injonctions de son prédécesseur
Eugène III au sujet des chanoines de l’église St Pierre.
(v. n° 9). — Fol. 81 vo. Coté Lx.
17
1164, 13 janv. — Senonis, id. januar. « Congruam officii
nostri » (Jaffé..…..). — Alexandre 111 mande à Martin, abbé
de St-Vaast, qu’en cas de vacance, le nouvel abbé doit être
choisi, de préférence, parmi les religieux de l’abbave. Il
défend en outre à ceux-ci de promettre obéissance à aucun
évèque ou archevêque sans autorisation du saïint-siège. —
Fol. 80 r°. Coté Lvi.
18
4164, 44 nov. — Sennnis, X VIII kal. déc., ind. XIII,
pont. a. VI. « Sicut irrationabilia decessorum » (Jaffé...…),
Alexandre III confirme à l'abbé Martin les possessions et
privilèges de l’abbaye de St-Vaast, — Vidimus de Guillaume,
cardinal diacre de St-Eustache, produit au procès entre
l'évèque d’Arras et l’abbaye sur la juridiction de l’église de
la Madeleine en 1248. — Fol. 72 r°. Coté Let Li.
19
4170, 44 janv. — Beneventi, III ind, januar. ind. III, pont.
a. XJ. « Sicut irrationabilia decessorum » (Jaffé 11709). —
Alexandre III confirme à l'abbé Martin les possessions et
privilèges de l’abbaye de St-Vaast. Fol. 74 r°. Coté Lu.
20
4175 7, 24 juin. — Ferentini, VIII kal. julu. « 1llas per-
sonas et » (Jaffé..…...)., — Alexandre III, pour récompenser
Martin, abbé de St-Vaast, de son dévouement au saint-siège,
lui accorde, à lui et à ses successeurs, l’usage de la tunique
et de la dalmatique. — Fol. 80 vo. Coté Lvu.
— 176 —
21
4176, 24 sept. — In pratello claustri eccl. nostre, VIII
kal, oct. — Frumaud, évèque d'Arras, notifie le don fait
par Jean le Maire à la mense épiscopale d’un muid de terre
arable en Cité, à charge d'une rente annuelle el perpétuelle
de vingt mencauds de blé sur le grenier de l'évêque. —
Fes 94 r° et 310 r°. Cotés LxxxI et cCCx.
22
4476, 2 oct. — Jn capitulo nostro, VI non. octob. —
Frumaud, év. d'Arras, fait savoir que Hugues de Paradis,
clerc, son ami, lui a donné, à lui et à ses successeurs, qua-
rante mencaudées de terre arable au terroir de Cité, en
échange d’un cens viager de deux muids de froment sur
l'autel d'Arleux-en-Gohelle. — Fol. 94. Coté Lxxx.
23
4177.— L'’évèque Frumaud et Philippe, comte de Flandres.
règlent par un concordat les questions litigieuses relatives à
leurs droits respectifs en deça et au-delà de la porte de Cité
(porta Strate).— Fos 33 r° et 267 vo. Coté vus et cecxxi.
24
4177, 26 janv. — Philippe, comte de Flandre, donne à
l’église N.-D. d'Arras, pour le pain et le vin de l'autel, une
rente de quarante sous sur sa recetle de Bapaume. — Fol.
92. Coté Lxxvi. |:
25
4177, 26 janv. — Sipunti, VIT kal. febr., ind. X, pont. a.
X VIII. « Quotiens a nobis » (Jaffé 12770). — Alexandre III,
à la demande de Martin, abbé de St-Vaast, confirme les
possessions et privilèges de l’abbaye et accorde à l'abbé
l'usage de la tunique et de la dalmatique aux fêtes principales.
— Vidimus daté de Lyon, 1247. — Fol. 76 r°. Coté Lui.
-— 177 —
26
4180. — Frumaud, év. d'Arras, donne en arrentement à
Nevelon de Bellone la terre où est située sa maison avec le
jardinet, moyennant trois chapons par an. — Fol. 115 vo.
Coté cix.
27
1180. — Nivelon, év. de Soissons, et Robert, doyen de
Reims, à ce commis par le pape, déterminent la limite des
évèchés d'Arras et de Tournai au terroir de Coutiches. —
Fol. 45 r°. Coté xxxvi.
28
4181. — Frumaud, év. d'Arras, et Raoul, archid. d'Ostre-
vant, accordent, en présence des échevins de l'Estrée, que,
des revenus de l'autel de Raches et autres deniers donnés
par le chanoine Jean Crespin, il soit fondé une chapellenie
en l'église N.-D. d'Arras. — Fol, 163 v°. Coté cxc.
29
4186. — Ilugues, seigneur d'Oisy, châtelain de Cambrai
et vicomte de Meaux, renonce au palefroi et à l'anneau d’or
de l’év. d'Arras, auxquels il prétendait avoir droit à chaque
nouvel avènement, — Fol, 44 v?, Coté xxxv.
30
4487. — L’évèque Pierre et le chapitre d'Arras lerminent
par voie d'arbitrage leurs différends relatifs au vivier de
Bronnes et aux limites des paroisses de Beuvry et de Riche-
bourg. Le chapitre reconnait les droits de l’évêque, qui lui
donne en retour les autels de Sailly et de Hanescamps. —
Fol. 43 vo. Coté xxxur.
31
4187. — Le chapitre d'Arras lransporte à l’évèque tous
ses droits sur le moulin de Bronnes, moyennant un cens
annuel de six muids de froment et une grande livre de cire.
— Fol. 44 vo. Coté xxxiv.
1?
— 178 —
32
4487. — Pierre, év. d'Arras, fail savoir qu’une contesta-
tion s’étant élevée entre un clerc et un laïque au sujet de la
dime de l’évêque à Bellone, dont chacun d’eux revendiquait
le charroi, les déchets, les vannures et la paille, l'objet du
litige a été adjugé à l'évêque, comme appartenant à l'autel
du lieu (v. n° 26). — Fol. 116 r°. Coté cx.
33
4188. — L’év. Pierre fait connaître la sentence rendue par
son prédécesseur Frumaud et Gautier d’Arras, arbitres
entre le meunier Jean le Ricque (Dives) et le chapitre, au
sujet de leurs droits respectifs aux profits et de leur partici-
pation aux frais d'entretien du moulin de Bronnes. — Fol.
42 vo, Coté xxxii.
34
4188. — Philippe, comte de Flandre donne à l’év. d'Arras
tout ce qu’il possède dans les limites du domaine épiscopal,
se réservant toutefois, au quartier de l’Estrée, la haute
justice et autres droits spécifiés. Si plus tard lui ou son
héritier direct reviennent sur cet abandon, ils donneront en
échange à l’évêque le village de Vitry ou celui de Fampoux.
— Fol. 31 vo. Cotév.
35
4488, du 17 avril au 31 oct. — Pontesie, regni a. IX. —
Ph.-Auguste, reproduisant les termes de l’acte qui précède,
déclare, à la demande des contractants, qu’il en assurera
l'exécution, ajoutant que, si la terre du comte vient à lui
échoir, il entend avoir, comme l’aurait eu l’héritier, le droit
de faire cet échange. Fol. 35 r°. Coté x.
36
4188. — L'év. d'Arras Pierre, et Jean, abbé de St-Vaast,
mettent fin à leurs contestations par un accord qui traite :
— 179 —
1° de l’obédience ou bénédiction de l’abbé par l’évèque ; 2° de
l'ordination des moines ; 3° du curé et des paroissiens du
« castrum » ; 4 des « procurations » ou droit de gite. —
Fol. 46 r°. Coté xxxvui.
37
4188, 2 nov. — Laterani, I V non. novemb., pont. a. II.
« Absque dubio plurimum » (Jaffé.....). — Clément III, à la
demande de l’év. et du chapitre, confirme l'accord qui pré-
cède, dont il reproduit la teneur. — Fol. 48 vo. Coté xxxix,
38
4188, déc. — Hesdini, m. dec. — Henri, év. d’Albano,
légat du saint-siège, notifie la donation de l’Estrée faite à
l'évèque d’Arras par Philippe, comte de Flandre. — Fol,
32 vo. Coté vu.
39
41914, 25 fév. — Laterani, V kal. martii, pont. a. IV.
« Cum aliqua fuerint » (Jaffé 16672), — Clément III, à la
demande de l’évéque, confirme l’accord relatif à la porte de
Cité et à l’Estrée, tel qu'il résulte des lettres du cardinal
d'Albano, de Philippe, comte de Flandre, et du roi Ph.-
Auguste. — Fol, xxxiv vo, Coté 1x.
40
41491 n. st. (1190 7), 30 mars. — M. C. LXXXX, III kal.
april. — Le chapitre d'Arras notifie les termes de l'accord
conclu par son entremise entre l’évèque d'Arras et le chapitre
de St-Amé de Douai au sujet des « procurations ». —
Fol. 93 ro. Coté Lxxix.
41
4191 n. st. (41907), 30 mars. — Même date. — Pierre, 6v.
d'Arras, et le chapitre de St-Amé de Douai ratifient les
décisions du chapitre d'Arras sur le mème sujet. — Fol,
92 r°. Coté LxxvIr.
— 180 —
42
4193, 4 août. — pridie non. aug. — Pierre, évêque d'Arras,
fait savoir que Ansel de Sailli lui a fait hommage pour une
terre située vers Noyelle, aux conditions stipulées dans
l'acte. — Fol. 117 r°. Coté ci.
43
4193. — Jean, chätelain de Lille, déclare que Robert de
Wavrin acheta naguères de Jean Petillon une dime tenue
de lui en fief et la donna au curé de Senghin pour entretenir
un chapelain dans son église. — Fol. 159. Coté cLxxxn.
44
4193. — Pierre, év. d'Arras, déclare que le chapitre lui a
précédemment cédé tous ses droits sur le moulin de Bronnes,
moyennant un cens annuel de six muids de froment et une
grande livre de cire (v. n° 31). — Fol. 290 vo. Coté cccxuiv.
45
4194, nov. — regnt a. X VI. — Ph.-Auguste fait savoir
qu'en vertu du droit éventuel par lui réservé de rentrer en
possession de l’Estrée en l'échangeant contre Vitry, il a fait
cet échange avec l'évèque Pierre. — Fol. 32. Coté vi.
46
4194, nov. — Ph.-Auguste mande à ses baillis d'Arras de
mettre l'évêque en possession réelle de Vitry, et d'en retenir
le cens depuis la St-Jean jusqu'à la fin d'octobre. — Fol,
35 v°. Coté xi.
47
4195. — Lambert, abbé d'Eenham, et son couvent déclarent
que, du consentement de Pierre, év. d'Arras, ils ont acquis
à Arleux la moitié d’une culture à l'encontre d'un de ses
hôtes, et qu'ils la tiendront de l’év. à ce mème titre, moyen-
pant un cens annuel. Fol. 128 vo. Coté cxxvu.
48 e
4195. — Le chapitre d'Arras déclare que l'év. Pierre a
acheté la propriété de Guillaume de le Pierre (de Petra),
— 181 —
soumise à sa juridiction, et qu’il l’a convertie en cimetière,
en s'y réservant la justice. — Fol. 145 r°. Coté cuiv.
49
4495, mai. — Paciaci, m. maio. — Ph.-Auguste mande
aux échevins et jurés d'Arras qu'ayant encouru l’excommu-
nication pour avoir fait appréhender un criminel dans les
limites de la juridiction épiscopale, ils aïent à prêter Île
serment requis par l'évèque, moyennant quoi il se charge
d'obtenir de lui que l'affaire n'ait pas de suites. — Fol. 92 re,
182 r°, 267 r°. Cotés LXXVII, CCXXI et CCCXIX.
oÙ
41495, juin. — Parisius, m. junio. — Ph.-Auguste se
plaint aux maire, échevins et jurés d'Arras de ce qu’au lieu
d'obéir à ses précédentes injonctions, ils ont malicieusement
interdit aux chanoines de Cité d'acheter du vin en ville. Il
leur renouvelle ses ordres et les rend responsables des con-
séquences. — Fol. 182 r° et 266 r°. Cotés ccxxi1 et cCCxvI.
o1
4195, nov. — Vernone, m. decembr. — Ph.-Auguste
mande aux maire, échevins el jurés d'Arras que, par amour
pour lui, l’évèque Pierre a levé leur excommunica‘ion, sans
exiger la garantie du serment. 1} leur enjoint de s'abstenir
désormais de pareilles entreprises contre l'Église et contre
l'évêque. — Fol. 266 vo. Coté cccxvur.
02
4203, du 4er nov. au 24 av. 4204. — Parisius, a. 120%, r.
XX V. « Ph. Aug. accorde au chapitre d'Arras la jouissance
de la régale pendant la vacance du siège ; les chanoines
pourront procéder à l'élection d'un évêque sans en demander
la permission au roi ; Ph.-Aug. exempte l'évêque du service
militaire ; il réserve son droit de gile. » (L. Delisle, Catal.)
— F'ol. 30 vo. Coté ur.
— 182 —
53
4204, mai. — Eustache, seigneur de Neuville, du consen-
tement d’'Aelis, sa femme, et d’Eustache et Wagon, ses fils,
fonde pour le service de la chapelle des lépreux de Neuville
une chapellenie dont il désignera le premier titulaire, la
collation devant revenir ensuite à l’évêque. — Fol. 100 re.
Coté LxxxvI.
54
1204, août. — Parisius, m. aug. & Ph.-Aug. reconnait
avoir reçu de Raoul, élu d’Arras, et du chapitre de cette
église une somme de mille livres pour l'abandon de la régale
d'Arras. » (L. Delisle, Catal.). — Fol. 31 r°. Coté uni.
99
4205, 5 janv. — Rome ap. S. Petrum, non. januar.,
pont. a. VIT (Potthast, 2364.) « Cum ex dispensatione ». —
Innocent III confirme l'abandon de la régale et autres
concessions faites à l’église d'Arras par Ph.-Aug., dont il
reproduit la charte. — Fol. 31 r°. Coté iv.
56
1206, n. st. janv. — Le chapitre d'Arras fait connaitre la
transaction intervenue entre l’év. Raoul et Pierre de Gouy,
son homme lige, au sujet d’un manoir (mansus) sis à
Marœuil, où celui-ci voulait faire bâtir, l'évêque s'y opposant
à cause de ses viviers. — Fol. 87 r°. Coté Lxvi.
97
4206, n. st. févr. — Eubert, seigneur de Carency, déclare
qu’il s’est constitué garant de la vente faite par Pierre de
Gouy, chevalier, à l’év. Raoul d’un manoir tenu en fief dudit
évèque à Marœuil. — Fol. 88 vo. Coté Lxvin.
58
1206, nov. — Gossuin de St-Aubin fait savoir que Huard
de Hénin, son homme, a engagé à l’év. Raoul et au chapitre
— 183 —
d'Arras, pour 160 liv. paris., toute la portion de dime qu'il
tient de lui à Brebières. — Fol, 264 r°. Coté cecxu,
| 59
4207, n. st. janv. — Jean, seigneur de Hénin, déclare se
constituer garant de l'obligation susdite. — Fol. 264 vo.
Coté cecxiv.
60 : |
4207, 25 févr. — Rome ap. S. Petrum, V kal. martii, pont.
a. X. « Quanto religiosi viri » (Potthast 3019).— Innocent IIT
renouvelle aux religieux de St-Vaast les prescriptions
d'Eugène III relatives à la suppression des prébendes de
: l'église St-Pierre. — Fol. 82 r°. Coté Lx.
61
1207, 26 févr. — Rome ap. S. Petrum, IV kal. martu,
pont. a. NX. « Cum super processu » (Potthast 3020). —
Innocent III refuse aux clercs, en procès avec St-Vaast au
sujet des prébendes de St-Pierre, de ratifier la sentence pro-
noncée par les juges, cette sentence étant contraire aux lettres
d'Eugène III et d'Alexandre III, qu’il approuve et confirme.
— Fol. 82 vo. Coté Lx.
62
4207, juin. — Raoul, év. d'Arras, fait savoir que Jacques,
seigneur d’Acq, ayant donné en mourant vingt deux muids
de blé pour fonder une chapellenie dans l’église d’Acq, sa
veuve Mathilde en a constitué un revenu pour le chapelain
en sus de la donation. — Fol. 163 ro. Coté cLxxxix.
63
4209, 47 déc. — Laterani, XVI kal. januar. pont. a XI.
« Ex privilegio felicis memorie » (Potthast 3565). — Inno-
cent 111,renouvelant le privilège d'Alexandre III qui confirme
l'indépendance de St-Vaast vis-à-vis de la juridiction épis-
copale, informe l'abbé qu'il a interdit à l’évèque de molester
l'abbaye, déclarant sa sentence nulle et l’invitant à se pour
— 184 —
voir, s’il va lieu, par la voie judiciaire. — Copie authentique
remise à M+ Adam, procureur de l’évêque, datée de Lvon
l'an 1247. — Fol. 80 vo. Coté. Lvin.
64
#1214. — El X\XX/R an del regne nostre pere. — Traduc-
tion francaise du treizième siecle de la charte constitution-
nelle donnée à la ville d'Arras par le prince Louis, fils ainé
de Ph.-Aug. — Fol. 397 vo, Coté cccc xxxv.
65
4242, 44 avril. — X71/77/ kal, april. — Raoul, év. d'Arras
fait connaître l’arrangement conclu entre Hugues le Gaiï et
Pierre, maire de Tilloy, au sujet de deux pièces de terreentre
Tilloy et Ligny, dont une partie doit revenir à l'évèque et à
l’abbaye d'Eaucourt apres la mort de Hugues. — Fol. 101
ro et 129 vo. Cotés LXXXX el CXXIX.
66
4242, juin. — Le mème Raoul, fait savoir que Guifrov
Porret, de Gricourt, a donné à l'évêque un manoir (mansus)
tenu de Hugues Morel, lequel manoir lui a été rendu par
l'évêque pour être tenu de lui en fief, à charge d'un cens
annuel en sus du relief. — Fol. 110 vo, Coté cu.
67
4243, n. st. janv. — Le même Raoul déclare avoir donné
à ferme à Bauduin de JIouchain, demeurant à Baullv,
dix mencaudées de terre entre Bully et Grenay qu'il tenait
de l’évéque en métavage. — Fol. 111 r° et 133 r°. Cotés cm
et CXXXV.
68
4213, n. st. 14 mars. — Le mème évèque déclare qu'en sa
présence Flugues, seigneur de Miraumont, a ratifié les con-
ventions élablies entre feu Gui, son pere, et les habitants
dudit lieu, conformément à la charte de Pierre, évèque
d'Arras. — Fol. 411 ro. Coté ceccxun. |
— 185 —
69
1243, avril. — Eudes, abbé de St-Vaast, et le couvent
prennent à bail perpétuel, pour 20 liv. par an, les cens dus
aux chanoines et ceux que tenaient en fief de l’évêque Jean
le Maire. Hugues le Gai et Gilles, maire de Marœuil.— Fol.
49 r° et 285 r°. Cotés XL et CCC XXXIX. |
70
4245, août. — Actum Lehuni. — Symon, prieur de Lihons-
en-Santerre et Gérard, prieur de Brétigny, font savoir que,
du consentement de Gerold, abbé de Cluni, ils ont vendu
pour 300 liv. parisis à Raoul, év. d'Arras, tout ce qu'ils
possédaient à Belham près de Mareuil. — Fol. 39 ro. Coté
XXIV.
71
4215, 28 août. — 5 kal. sept. — Le chapitre d'Arras. à
la demande des parties contractantes, certifie la vente ci-
dessus. — Fol 40 r°, Coté xxvu.
12
4245, 4er sept. — a/. sept. — Ponce, archidiacre d'Arras
et TT... doven de St-Amé attestent qu’en leur présence
Gillain, fils de feu Adam de Gomiecourt, a renoncé, comme
l'avait fait son pére, à toute justice sur ses hôtes dudit lieu,
l'évêque déclarant, de son côté, ne lui en reconnaître aucune.
— Fol. 174 vo. Coté coiv.
73
4245, nov.— G{érold]|, abbé de Cluni, écrit à Simon, prieur
de Lihons-en-Santerre, que, s’il a différé d'approuver la
vente de Belham c'est qu'il veut savoir auparavant à quoi
en sera emplové le produit. Il lui défend de vendre cette
terre à Hugues de Miraumont, chevalier, sans autorisation
spéciale. — Fol. 39 r°. Coté xxv.
74
4216, 4cr juillet. — in halenda julii. — Le chapitre déclare
que Névelon de Bellone, sa femme et leurs enfants, déboutés
par sentence échevina'e de leurs prétentions au sujet de la
dime de c=tie paroïiss+, ont reconnu les droits de l'évêque et
juré de ne plus l’inquiiter. — Foi, 119 vo. Coté cxr.
75
1216, juillet. — Ponce. archid. d'Arras, Simon, archid.
d'Ostrevant et Guillaume, prepositus el magister fratrum,
fixent, comme arbitres, la part respective du personnat et
du curé dans les revenus de la paroisse de Camblain. Celui-
ci en réc.amait la moitié, tandis que l'évèque ne lui en
accordait qu'un tiers. Apres enquète insérée dans l'acte,
l'arbitraze donne gain de cause à l'évéque. — Fol. 113 vo et
132 r°. Cotés cvir et cxxXxIV.
76
4216, oct. — Daniel, avoué et seigneur de Béthune, atteste
que Etienne de Saillv, clerc, a donné à sa fiile tout ce qu'il
posséde dans le domaine de l’avoué, réservé l’usufruit sa vie
durant, et sauf le droit de l'évèque quant au personnat de
l'égiise de Sailly. — Fol. 133 vo. Coté cxxxvI.
77
S. d. — (12146). — Guillaume, prévôt d'Arras, atteste
qu'il se trouvait au paiais épiscopal avec d’autres ecclésias-
tiques qu'il nomme, lorsque Amauri de Courrières, cheva-
lier, produisit devant l’évêque une bulle d'Alexandre III
adressée à Etienne. clerc, qu'elle contirmait dans sa possession
de l’église de Sailly à lui concédée par Raoul, élu d'Arras,
du consentement des chanoines. — Anagnie, XV kal. april.
— 18 mars. « Justis petentium desideriis ». (Jaffé.....). —
F'ol. 134 r°. Coté. cxxxviII.
TB
4217, n. st. 5 mars. — Iiaoul, év. d'Arras, en procès
avec le curé de Méricourt au sujet du personnat, lui en
accense le revenu pour 48 mencauds de blé par an, plus
7 liv., retenant pour lui la justice sur ses hôtes, les reliefs,
les entréus et les issues, etc. — Fol. 131 vo. Coté cxxxui.
— 187 —
79
4247, 26 mai — kal. jun. VII. — Raoul, év. d'Arras,
ralifie le transport fait par Jean Crespin, chanoine, à M° Jean
Cosset, son neveu, de son hypothèque sur la dime de Chérisy,
et il autorise ce dernier à céder son gage. — Fol. 138 vo.
Coté cxLvi.
80
1247, juin. — Le même évèque déclare que M° Jean Cosset
a transporté à son parent Sagualon Cosset la dime de Ché-
risy, tenue de Warnier, seigneur de Hamelaïincourt, cheva-
lier, et engagée pour 60 marcs. — Fol. 137 vo. Coté cxLiv.
81
*1217, 2 sept. — Le quarte noune de septembre. — L'év.
d'Arras donne en arrentement à Mathieu au Capel un « mes »
(mansus) dans sa terre dile &{ Amont pré », avec l'usage des
eaux, à condition de ne nuire ni au poisson ni aux fosses.
— Fol. 191: vo, Coté ccxL.
82
4247, oct. — Rasse, seigneur de Gavre, bouteiller de
Flandre, pour racheter ses deux fils Arnoul et Philippe,
prisonniers du roi de France, vend à l’év. Raoul lout ce qu’il
possède à titre d’avouerie dans Arras, Marœuil et tout
l'évêché, sauf l'Estrée. — Fol. 41 r°. Coté. xxix.
83
4247, nov. — Le chapitre, après avoir confirmé la vente
ci-dessus, constate que Arnoul et Philippe, rendus à la
liberté, la ratifiérent à leur tour par serment prèté au grand
autel de N.-D. L'acte ajoute qu’en sus du principal, montant
à 366 liv. paris., l'év. donna 10 liv. aux deux fils, 40 s. à
leurs deux domestiques et 10 s. au clerc du vendeur. —
Fol. 41 vo, Coté xxx.
84
1218, mai. — Les deux archidiacres Ponce et Simon et
Guillaume, prévôt du chapitre, déclarent la vente faite par
— 188 —
Revel de Novelles à l’év. Raoul d’un tiers de dime à Bully,
tenu en fief de Aleaume de Sains. — Fol. 112 r°. Coté civ.
85
4219, août. — Le chapitre atteste que Gillain de Goumer-
court a reconnu n'avoir aucune justice à Goumercourt
(Gomiecourt}sur les hôtesde l’évêque, et que, s'ils ne payaient
les revenus qu'ils lui devaient, c'était a l’évèque de les y
contraindre par son prévôt ou autrement. — Fol. 145 r°.
Coté cv.
86
1220, n. st. févr. — L'’év. Raoul fait savoir qu'il a donné
à Jean le Dervé, du Mont-St-Eloi, son « mes » (mansus) de
Belham en fief demi lige au relief de 30 s., à charge d’un
roncin . pour chevauchée (in expeditionem), d'un cens
annuel de 10 s. et du service des plaids trois fois l'an. —
Fol. 39 vo. Coté xxvr.
87
1220, mai. — Pierre de Gouy déclare que, devant le
chapitre d'Arras, il a vendu pour 209 liv. paris. à l’évèque
Raoul trente-trois mencaudées de terre qu’il tenait de lui à
Marœuil, vente légitimée par le jugement de ses pairs,
hommes de l’évèque. — Fol. 88 vo. Coté Lxix.
88
1220, mai. — Le chapitre notifie la vente ci-dessus faite
par messire Pierre de Gouy, chevalier.— Fol. 89 ro. Coté Lxx.
89
1221, juillet. — Hugues, abbé du St-Sépulcre, et Richard,
abbé du Mont-St-Eloy, font savoir que Enguerran de
Bakelerot, chevalier, a devant eux juré à l’évêque qu'il ne
lui susciterait plus de difticultés au sujet du personnat de
Neuve-Chapelle près de La Couture. — Fol. 163 vo, Coté cLvi.
90
4221, 6 nov. — VJII id. nor. — Eustache, seigneur de
Neuville, fait savoir que Guillaume de Gommeircourt, che-
— 189 —
valier, a vendu à Ponce, évêque d'Arras, toute la dime qu'il
tenait à Neuville dudit Eustache. — Fol. 100 r°. Coté Lxxxvu.
91
41222. n. st. févr. — Ponce, év. d'Arras, considérant que
sur son conseil et son ordre les religieuses d’Etrun ont
renoncé à toute possession individuelle, établit la règle
intérieure de leur régime économique. — Fol. 91. Coté Lxxv.
92
4222, n. st. mars. — Eustache de Neuville le jeune ratifie,
comme héritier de la seigneurie, la vente faite par Guillaume
de Gommeircourt à l’évêque d'Arras. — Fol. 100 v.
Coté LXXxvII.
93
4222, mai. — Barthélemi, archid. d'Arras, et Simon,
archid. d'Ostrevant, déclarent que, en présence et du consen-
tement d'Adam son frère, de Wiburge sa mère et de Hugues
de Gavrelle, chevalier, mari de celle-ci, Michel de Wallers
a vendu à l’évêque Ponce toute la dime qu'il tenait en
fief d'Ermengarde de Maucicourt au terroir de ce village
(Monchecourt}. — Fol. 107 vo. Coté LxxxxvIr.
94
1222, juillet. — Ponce,év.d’Arrasfaitsavoirque, Me Robert
Cosset, clerc, lui ayant libéralement fourni les deniers pour
l'achat de la dime de Monchecourt, il lui donne cette dime
sa vie durant, avec survivance éventuelle pour Martin son
frère, clerc. — Fol. 108 r°. Coté LxxxxvIH.
95
4222,7 déc. — Actum apud Saïlli, in ecclesra, juxta fontes…
in octaois B, Andree. — Barthélemi. archid., et Thomas,
prévôt d'Arras, déclarent que Jean de Gouy, alors demeu-
rant à Monchecourt, a vendu à l'év. Ponce toute la dime
qu'il y tenait en fief de Jean de Maucicourt. — Fol. 106 vo,
Colé LXXXXVI,
— 190 —
96
4223, avril. — Bauduin, comte de Ghisnes, fait savoir
qu'une conteslation s’étant élevée entre l'év. Ponce et
Amauri de Sailly, tant au sujet de l'autel de ce lieu que de
la dime et d'une terre arable y appartenant, ledit chevalier
a reconnu n'y avoir aucun droit, Eu égard à sa pauvreté,
l'évêque lui en a laissé l'usufruit sa vie durant.— Fol. 133 vo.
Coté cxL.
97
4223, mai. — II. de Anderne, Ph. de Ardea, prieurs, et
G. de Ghisnes, chanoine de Thérouanne, commis par le
pape pour juger la question soulevée par Amauri de Cour
rières au sujet de l'autel de Sailli, font connaitre la renon-
ciation du chevalier et la concession charitable de l’évêque.
— Fol. 134 vo. Coté cxxxvi.
98
4223, mai. — Lettres de même substance données par
l'évèque. — Fol. 135. Coté cxxxIx.
99
4223. mai. — Apud Attrebat., in camera domini episc.—
Lettres sembiables données par Barthélemi, archid., et les
autres dignitaires du chapitre, en présence de Daniel, avoué
de Béthune, Bauduin, comte de Ghisnes, Jean, frère de
l'avoué, et divers chevaliers. — Fol. 136 r°. Coté cxL.
100
1223, mai. — Guillaume, prévôt de Béthune, atteste aux
juges commis par le pape que Gille. femme d'Amauri de
Courrières, chevalier, et leur fils ont ratifié l'accord relatif
à la dime de Sailly. — Fol. 136 vo. Coté cxun.
{UI
4224, n. st. mars. — Raoul le Maigre., chevalier, seigneur
de Hapiincourt, fait savoir que Jean Fourdin a veudu à Jean
Meauvwine, bourgeois d'Arras, toute la dime de Sapignies et
I
— 191 —
de Beugny qu'il tenait en fief dudit seigneur, par les mains
duquel il l’a guerpie à l’év. pour la fondation d’une chapel-
lenie. — Fol. 180 vo. Coté cexix.
102
[1224], 8. d. — Barthélemi et Simon archidiacres, Tho-
mas prévôt, Robert doyen, Robert chantre, Robert écolâtre
et tout le chapitre d'Arras écrivent au pape Honorius III
pour se plaindre de l'abbé d’Anchin, qui abuse des orne-
ments pontificaux au préjudice de l’évêque. — Fol. 118 vo.
Coté cxu.
103
1224, 20 mars. — Laterani, X111I kal. april., pont. a. VIII.
(€ Quanto te amplius » (Potthast..….). — Honorius III répri-
mande l'abbé d'Anchin au sujet des plaintes nombreuses
que provoque sa conduite. Il lui interdit de porter la mitre
en dehors de son monastère, de conférer aux moines les
ordres mineurs et de bénir les ornements d’autel. — Guil-
laume, archevèque de Reims, légat du Saint Siège, remet
à l'abbé d'Anchin une copie de cette bulle datée du jour de
la Pentecôte (2 juin) 1224. — Fol 119 r°. Coté cxv.
104
4224, 26 mars. — Lalerani, VIT kal, april., pont. a. VIII.
« Cum a nobis petitur » (Potthast..…...). — Honorius III, à
la demande de l’év. d'Arras, lui confirme la possession de
Vitry, donné par le feu roi Ph.-Aug. à l’évêque Pierre, en
échange de l’Estrée. — Fol, 35 vo, Coté xur.
105
(1224|, 8. d. — Guillaume, archev. de Reims et les évèques
de la province, J. de Soissons, A. de Laon, G. de Chälons,
M. de Beauvais, G. de Noyon, G. de Cambrai, G. d'Amiens,
W. de Tournai et A. de Térouanne, rendent grâces au
pape d'avoir mis fin au scandale causé par l’abbé d'Anchin.
— Fol. 119 vo. Coté cxvi.
— 192 —
106
[4224], 8. d. — Garin, évèque de Senlis, adresse séparément
ses remerciements au pape. — Fol. 119 vo. Coté cxvu.
107
1224, 28 mai. — Ap. Albigniacum, feria III ante Pente-
costen. — Jean d’Aubigny, chevalier, seigneur de Chauecort
(Caucourt) fait savoir que Rainerus de Chauecort, chevalier,
a vendu 50 menc. de blé sur son terrage dudit lieu à Jean
Meauwine, bourgeois d'Arras, et à quelles conditions. —
Fol. 181 ro. Coté ccxx. |
108
4224, 22 juin. — X kal. julii. — Barthélemi, archidiacre
d'Arras, atteste que par-devant lui Mre Remi, clerc d'Avesnes-
le-Comte, s’est reconnu détenteur de soixante marcs d'argent
destinés à des œuvres pies, mais dont il a la jouissance sa
vie durant. À sa demande, l'évêque Ponce l’autorise à placer
cette somme sur une dime de Chérisy soumise à sa juridic-
tion. — Fol. 138. r°. Coté cv.
109
1224, 4 n0v. — Attrebati, in aula episcopi, pridie non. no.
— Guillaume, seigneur de Bucquoi, fait savoir que Bauduin,
fils d'Asson Asseré, a vendu à l’évèque Ponce la dime de
Boiry qu'il tenait en fief dudit seigneur. — Fol. 170 r°.
Coté cLxXxxxvIH.
110
1224, 4 nov. —Ap, Attrebatum, in domo episc.,m.nnvcembri.
— Barthélemi, archid. d'Arras, déclare la vente ci-dessus
et le guerpissement que le seigneur de Bucquoi en a fait en
sa main au profit de l’évêque. — Fol. 171 ro. Coté LxxxxIx.
111
1225. n. st. 4 janv. — Ap. Beceri, in cancello ejusd.
oulle, feria VI post Circumeis. Domini. — Nicolas, seigneur
de Beuvry, fait savoir que Jeanne, veuve de Robert de Bours,
— 193 —
et ses deux fils ont vendu à Ponce, évêque d’Arras, toute la
dime qu'ils tenaient en fief dudit Nicolas au terroir d’« Aneu-
liers », — Fol. 112 vo. Coté cv.
112
4225, 5 juillet. — Aftrebati, sabbato infra octac. apostol.
Petri et Pauli. — Gilles, seigneur d’Ourton, fait savoir que
Hugues Plahiers de La Ferté, son homme, a vendu à l'év.
Ponce la dtme qu’il tenait en fief dudit Gilles au terroir de
« Nueliers ». —Fol. 113 r°. Coté cvi.
113
4225, juillet. — Z/ZZ non. julii. — Barthélemi, archid.
d'Arras, atteste la vente ci dessus, le consentement du fils
mineur et de la femme et l'autorisation des pairs du vendeur.
— Fol. 115 r°. Coté cv.
114
1228, 25 mai. — in die Urbani pape. — L’év. Ponce fait
savoir qu'en sa présence Jean de la Ruele, bourgeois de
Miraumont, a donné trente-deux mencaudées de terre de ce
terroir à l’hôpital des lépreux de la paroisse, pour y fonder
une chapellenie. — Fol. 168 r°. Coté cLxxxxuni.
115
4228. — Ap. Attrebatum, in camera episc. — Bauduin de
Quincy, seigneur de Hénin, vend à l’év. Ponce tout ce qu’il
tient de lui en fief au village, terroir et pouvoir de Vitry. —
Fol. 36 r°. Coté x.
116
4228, juillet. — Barthélemi, archidiacre, et M° Robert de
Douai, écolâtre d'Arras, déclarent la vente qui précède. —
Fol. 37 vo. Coté x.
117
4230, juin. — Ponce, év. d'Arras et l’abbé d’'Eenham,
après de longues discussions, s'accordent sur le lieu où
seront portées et partagées les dimes d’Arleux, sur le relief
13
— 194 —
dù à l’év. à chaque changement d’abbé, etc. — Fol. 129 ro.
Coté cxxvur.
118
4234 n. st., févr. — Robert, doyen de l'église N. D.
d'Arras, et Nicolas de Haspre, prieur de St-Vaast, arbitres
nommés par leurs communautés respectives, rendent leur
jugement sur : 1° la dime d'Agny, 2° les droits de cambage,
3° les reliefs de certaines maisons, 4° les limites des paroisses
de St-Etienne et de la Basécle, etc. — Fol. 95 r°. Coté LxxxuI.
119
4231, avril. — Le chapitre d'Arras, auquel Hugues de
Marcais, seigneur de Villers, chevalier, avait engagé pour
deux cent soixante cinq livres deux dimes, l’une à Capis,
l'autre à Villers, consent à ce que l’évêque, persona de
l'autel de Villers, prenne ce gage pour la somme prêlée. —
Fol. 169 vo. Coté cLxxxxvI.
120
4231, avril. — Richard, abbé du Mont-St-Eloi, et son
couvent reconnaissent que leur maison de Galeurue est
justiciable des échevins de Cité, et qu’elle doit avoir un
occupeur, pour répondre à l’évêque de ses droits. — Fol.
170 vo. Coté cexv.
121
4232. — L’év. Asson fait savoir que Pierre, son prédéces-
seur, considérant qu’en dehors de la messe un seul cierge
brülait devant le grand autel de la Vierge, a donné deux
cents livres pour y en entretenir un second. — Fol. 270 vo.
Coté cocxxv.
122
1233, 26 mai. — Feria quinta post diem Pentecostes. —
Werri, chan. de Cambrai, Adam et Gervais, chanoines
d'Arras, rendent un jugement arbitral qui adjuge à Saint-
Aubert de Cambrai, à cause de sa paroisse de Wancourt, le
marais conligu où s'élève la nouvelle abbaye du Vivier, et
— 195 —
décide que l’év. d'Arras aura le tiers des quinze sous de rente
que celle-ci doit à Saint-Aubert. — Fol. 130 r°. Coté cxxx.
123
1233, 26 mai. — Feria quinta post diem lentecostes. —
Guillaume, abbé de Saint-Aubert de Cambrai, ratifie la
sentence arbitrale qui précède. — Fol. 131 ro. Coté cxxxu.
124
1233, juillet. — Lettres de même substance au nom du
susdit Guillaume, de H. prieur et du couvent. — Fol. 130 vo.
Coté cxxxi.
125
4233, 12 oct. — Feria III post festum beati Dionysü
marlyris. — Jean, abbé de St-Vaast, pour mettre fin aux
difficultés soulevées par l’év. Asson au sujet de l'autorité et
du droit de visite qu’il prétendait avoir sur les deux églises
du « castrum », Sainte-Marie et Saint Pierre, et sur les
prévôtés de Berclau, Gorre et Saint-Michel, s'engage à
accepter la décision de Pierre de Colmieu, prévôt de l'église
de St-Omer. — Fol. 45 vo. Coté xxxvil.
126
1233, nov. — L'év. Asson déclare que devant lui, présent
Bauduin, seigneur d'Oppi, chevalier, les échevins du lieu
ont promis de ne plus extorquer aucunes tailles des hommes
d'Oppi, surtout des veuves. Il stipule ensuite la quote-part
due au seigneur, à l’évêque et à l’archidiacre dans la contri-
bution annuelle. — Fol. 175 r°. Coté ccvi.
127
4235 n. st., mars. — Jean, abbé de St-Vaast et Jean, abbé
de Loos, déclarent qu’en leur présence Pierre de Baclerot et
ses frères, Hugues de Illies, chevalier, et son frère Pierre
ont renoncé en faveur de l’évêque d'Arras à leurs prétentions
sur l'autel de Chapelle-sur-Loisne. — Fol. 170 r°. Coté
CLXXXX VII.
— 19% —
128
4237 n. st., janv. — Richard, abbé du Mont-St-Eloy, et
Pierre, abbé de Marœuil, notifient la vente faite à l’évêque
d'Arras moyennant vingt livres paris., par Adeluie d'Ecoivres,
du droit de charriage (carions) et autres qu'elle prétendait
avoir sur la dime de l’évêque à Guémappe. — Fol. 117 r°.
Coté cxur.
129
4239 n. st., févr. — Le chapitre déclare que les maisons
achetées par lui de M° Jean de Bapaume, du gré de l’évêque
et dans sa juridiction, restent soumises à la justice et aux
us et coutumes de Cité. — Fol. 151 r°. Coté czxun.
130
4239, avril. — Pierre, seigneur du Maisnil, Pierre de
Bailleul, tous deux chevaliers, et Gérard du Ploïch déclarent
et autorisent la vente faite par Pierre de Monchi à
l'évèque Asson d’une dime féodale à Herlies et Aubers. —
Fol. 96 v°. Coté LxxxuHI.
131
4239, avril. — Robert, abbé, et le couvent de Cysoing
renoncent aux droits qu’ils ont ou peuvent avoir sur les
dimes ci-dessus rachetées par l'év. Asson. — Fol, 97 vo.
Coté Lxxxv.
132
4239, juin. — Guillaume, archidiacre, et M° Jean d'Oisy,
chanoine et official d'Arras, attestent que l'acte de vente
ci-dessus, à eux présenté juridiquement, a été ratifié par le
vendeur et sa mère auxquels il a été fidèlement traduit en
français. — Fol. 98 r°. Coté Lxxxv.
133
4239, août. — Guillaume, doyen d'Arras, déclare que, du
consentement de l'évêque, il a acheté la maison où demeu-
rait le défunt chanoine Jacques le Maire, laquelle reste
— 197 —
soumise aux us, coutumes et justice de Cité. — Fol. 98 r°,
Coté cexut.
134
4240, juin. — Asson, év. d'Arras, et Henri, abbé d’'Eenham,
font savoir que cette abbaye ayant ajouté à son manoir
d'Arleux-au-Mont celui qu’elle a acheté de Pierre de Méri-
court, les deux seront tenus de l’évêque à double relief. —
Fol. 97 vo, Coté ccxi.
135
4241, août. — ap. Pontissaram. — Louis IX mande à
l’abbé de Saint-Riquier en Ponthieu et à Mathieu de Croy,
bourgeois d'Amiens, de se rendre à Vitry, d’y faire enquête
sur les usages depuis Ph.-Aug., et de savoir si les tenures
du chätelain de Douai sont féodales, comme il le dit, ou
censuelles, comme l’évêque le prétend. — Fol. 37 vo. Coté xv.
130
4241, août. — ap. Pontissaram. — Gautier, châtelain de
Douai, s'engage, sous peine de 500 marcs, à ratifier l'enquête
susdite. De cette promesse, il donne ses plèges à Pontoise
en présence du roi, et ses lettres à l’évèque. — Fol. 38 re.
Coté xvin.
137
4241, sept. — ap. Pontissaram. — Louis IX mande à
l'abbé de Vaucelles de remplacer l’abbé de Saint-Riquier
malade dans l'enquête ci-dessus. — Fol. 37 v°. Coté xvr.
138
4242, nov. — Barthélemi archidiacre, Jean prévôt, et
Guillaume doyen d'Arras attestent que d’après la déclaration
d'Asson, chapelain de l’église N.-D., certaine somme affectée
à une autre de ses chapellenies restant improductive dans
la trésorerie, l’évêque en a autorisé le placement dans
l’acquisition de la maison d’Arnoul de Bailleul, rue des
Maus. — Fol. 101 r°. Coté Lxxxix.
— 19 —
139
4243, août. — Crispiaci. — Louis 1X fait savoir à Simon
de Villers, bailli d'Arras, que, sur le vu de l'enquête, il a
décidé que ce que le châtelain de Douai possède à Vitry, il
le tient de l’évêque, non en fief, mais en censive et sous la
juridiction des échevins. — Fol. 38 r°. Coté xvu. |
140
1243, 16 sept. — ap. Vitriacum, feria quarta post Exalt.
sancte Crucis. — Lettre de Gautier, châtelain de Douai, au
roi Louis IX, le remerciant de ce qu’à sa prière l’év. Asson
lui a remis diverses amendes et réduit à 20 liv. seulement
celle de 780 liv. de douaisiens à laquelle les échevins de Vitry
l'avaient condamné. — Fol. 39 vo. Coté xix.
141
4245 n. st. févr. — Guillaume doyen, Robert chantre et
l’official d'Arras déclarent que par-devant eux Nicolas de
Courrières, chevalier, et Jean son frère ont promis d'observer
l’accord intervenu jadis entre leur feu père Amauri et l'év.
Ponce, au sujet de l’autel de Sailly (v. n° 96). — Fol. 197 re.
Coté cxLui.
142
4245, 4 avril. — Lugduni, II non. april., pont. a.II.« Devo-
tioni tue quam » (Potthast....). — Innocent IV accorde à
l'év. d'Arras qu'aucun délégué ou subdélégué apostolique
ne pourra promulguer contre lui aucune sentence d’interdit,
de suspension ou d’excommunication, s’il n’y est fait men-
tion de cette faveur spéciale. — Fol. 90 r°. Coté Lxx1 el LxxIv.
143
4245, 25 mai. — Laterani, XIII kal. juni, pont. a. I.
« Sua nobis venerabilis » (Potthast..…...), — Innocent IV
rappelle aux doyen et official d'Amiens les lenteurs du procès
pendant entre l’év. d'Arras et St-Vaast au sujet du droit de
visite et l'échec de l'arbitrage par suite du départ de Gui
— 199 —
de Colmieu. Il leur mande de reprendre vigoureusement
les poursuites. — Fol. 307 r°. Coté ccczxr.
144
1246, 47 mars. — Lugduni, XVI kal, april., pont. a. III.
« Romana ecclesia que super » (Cf. Potthast 12028). —
Innocent IV, en présence de l’archevèque de Reims, d’une
part, et des évêques de la province ou de leurs procureurs
et des représentants des chapitres, abbayes et couvents,
rend son jugement sur les conflits survenus entre le métro-
politain et ses suffragants, touchant les appels en cour de
Reims, les visites de l’archevèque, les quêteurs de sa cathé-
drale, les indulgences, etc. — Fol. 67 r°. Coté xix.
145
1246, 20 juin. — ZLugduni, XII kal Julii, pont. a. III.
« Personam tuam sincera ». (Potthast.....). — Innocent IV,
à la demande de l’év. d'Arras, lui accorde qu'il ne sera
désormais tenu de donner provision à qui que ce soit en vertu
de lettres apostoliques, si ces lettres ne mentionnent la
présente dispense. — Fol. 90 vo, Coté Lxxt1.
146
4246, oct. — Adam de Milli et le bailli d'Arras Simon de
Villers déclarent qu’en leur présence, Jean de Wancourt,
chevalier, a reconnu n’avoir aucun droit sur les hôtes de
l'évèque à Guémappe. — Fol. 173 r°. Coté ccr.
147
4247, avril. — Me° Jean d'Oisy, chan. et official d'Arras,
déclare que Jean li Machons a reconnu qu'il n'avait pas le
droit d’effondrer le mur de sa maison, rue des Maus, n'y
d’y creuser une bove sans le congé de l’évêque. —Fol. 176 vo.
Coté ceix.
148
4247, 9 juillet. — Zugduni, VII idus julu, pont. a. IV.
« Cum nuper diffiniverimus ». (Potthast.....). — Innocent IV
— 900 —
répond à l’év. d'Arras qu'il a récemment défendu aux
officiaux de l'archevêque de Reims, comme à ceux de
tous les autres métropolitains, d'interdire, suspendre ou
excommunier leurs suffragants. Ils doivent donc observer
cette défense à l'égard de l’év. d'Arras. — Fol. 90 re.
Coté Lxxur.
149
4247, 5 oct. — Atitrebati, III non. octobr. — Odon,
évêque de Tusculum, légat du saint-siège, déclare qu’in-
formé par le chapitre que la consécration de l’église Sainte-
Marie - Madeleine pourrait porter préjudice à l'évèque
d'Arras actuellement en procès avec St-Vaast au sujet de la
juridiction de cette église, il n'entend, par cette cérémonie,
créer à l’abbaye aucun droit nouveau.— Fol. 148 vo. Coté cLx.
150
1248, 20 fév. — Lugduni, X kal martii, pont. a. V.
« Cum sicut asseris ». (Potthast. ...). — Innocent IV, à la
demande de l’év. Jacques de Dinant, l’autorise à nue pas
payer les dettes de Fursy, son prédécesseur, si l’église n’en
a bénéficié. — Fol. 29 vo. Non coté.
151
1248, 1er avril. — kal. april., pont. a. V. « Etsi justa
sententia ». (Potthast 12887). — Innocent IV confirme, en
la reproduisant, la sentence arbitrale rendue par Pierre,
évèque d’Albano, et datée de Lyon, 2& janv. 1247, qui règle
en six articles les difficultés pendantes entre l'archevêque
de Reims et ses suffragants. — Fol. 67 r°. Coté xuix.
152
1248, 4 avril. — Lugduni, II. non. april. — Guillaume,
cardinal diacre de St-Eustache, commis par le pape à juger
le procès pendant depuis de longues années entre l’évêque
et St-Vaast au sujet du droit de visite, décide que les églises
de St-Pierre et de Ste-Marie-Madeleine en sont exemptes,
— 201 —
mais que les prévôtés de St-Michel, de Gore et de Berclau
y sont soumises et doivent les « procurations ». — Fol. 52 v°
et 85 vo. Cotés xLit1 et Lxv.
153
1248, 16 mai. — ZLugduni, XVII kal. juni, pont. a. V.
« Ea que judicio ». (Potthast....). Innocent IV, à la demande
de l’évêque, confirme la sentence précédente. — Fol. 53 r°.
Coté xuin.
154
1248, sept. — Juel, archev. de Reims, déclare que le
couvent de Ste-Marie-du-Vivier près de Wancourt devant à
l’év. une rente annuelle de 2) s. paris., celui-ci y a renoncé
moyennant compensation. — Fol. 139 r°. Coté cxcvir.
155
1248, oct. — Jacques, év. d'Arras, déclare que Adam
Esturion, bourgeois d’Arras, ayant fondé une chapelle et
une chapellenie dans sa propriété d'Arras, près de l'église
Ste-Croix, en a hypothéqué la dotation sur son manoir de
Blangy. — Fol. 18 vo. Coté coxxu.
156
1249, 18 juillet. — Lugduni, XV kal. aug., pont. a. VI.
« Ne pro eo quod ». (Potthast.…...)}, — Innocent IV, ne
voulant pas que le jugement rendu par Guillaume, cardinal
diacre, touchant l’exemption des églises de St-Pierre et
Ste-Marie-Madeleine, porte atteinte aux droits de l’évêque,
lui accorde des lettres de non-préjudice. — Fol. 86 vo.
Coté Lxvi.
197
4250, avril. — Le chapitre d'Arras faitsavoir qu'unemaison
ayant élé achetée près de la porte de Galeurue pour y établir
l’hospice des pauvres clers fondé par feu Adam de Bapaume,
bourgeois d'Arras, l’év. consent à cette affectation, sous
réserve de ses droits. — Fol. 177 r°. Coté ccx.
— 202 —
158
1250, août. — Mathieu de Montmirail, seigneur d'Oisi,
notifie l'acte par lequel Isabelle, sa sœur, fonde une
chapellenie dans la chapelle de Wingles. — Fol. 293 r°.
Coté cccxLvuI.
159
4251 n. st., janvier. — Jacques, évèque d'Arras, fait
connaitre le service dù à lui et à ses successeurs par Île
maire de Galeurue. — Fol. 53 vo. Coté Lxxxxu.
160
4251 n. st., janv. et mars. — Jacques, év. d'Arras,
vidime les lettres du doyen de Croisilles, relatives à la
fondation faite par Étienne du Bois, chevalier, et sa
femme d’une chapellenie en l’église de Boiry. — Fol. 162 re.
Coté cLxxxvuHI.
161
4254, 24 juin. — feria IV ante festum Natio. B. Johannis
Bapt. — Arnoul, abbé d'Eenham, fait connaitre l'accord
intervenu entre son couvent, d'une part, l'év. d'Arras, Île
curé d'Oppi et le personnat de Gavrelle, au sujet de la dime
de ces villages. — Fol. 101 vo. Coté Lxxxx1.
162
1254, 24 juin. — Même date. — Jacques, év. d'Arras, fait
connaitre l'accord intervenu entre le curé d'Oppy et Île
personnat de Gaverelle, d'une part, et l'abbaye d'Eenham,
de l’autre, au sujet de la dime de ces villages, dont la
limite était indécise entre Oppy et Arleux. — Fol. 272 r°.
Coté cccxxvir.
103
4254, août. — Jacques, év. d'Arras, fait savoir que Nicolas
de la Porte, clerc, et Agnès sa femme avant donné leur
maison de l’Estrée pour la fondation d'une chapellenie à
Villers, paroisse de Penin, Pierre, seigneur de Villers, et
— 203 —
Pierre de Villers, le vavasseur, ont complété la dotation. —
Fol. 161 vo. Coté cLxxxxur.
164
4254, 47 août. — die Jovis post Assumpt. b. Virginis. —
Jean, prévôt de St-Barthélemi de Béthune, fait savoir que
son chapitre étant en désaccord avec l’évêque au sujet de la
dfme de Gosnai, l'official d'Arras et lui ont été chargés
d’arbitrer le différend, avec faculté de s'adjoindre l'archi-
diacre. — Fol, 175 vo. Coté ccvur.
165
4251, sept. — Jacques, év. d'Arras, et le curé de Beuvry,
d'une part, et le chapitre de St-Barthélemi de Béthune
s'accordent au sujet d’une dime de cinq mencaudées au lieu
dit Biau marès. — Fol. 291 ve. Coté cecxLvi.
166
4251, 28 sept. — in oigilia b. Michaelis archang. —
Ponchard, archidiacre, M° Renier, chan. et official d'Arras,
et Jean prévût de St-Barthélemi de Béthune, décident, après
enquête, que toute la dime de Gosnay appartient à l’évêque,
à charge de trente deux mencauds de blé par an à payer au
chapitre de St-Barthélemi. — Fol. 175 v°. Coté cevur.
167
4254, 8 nov. — feria IV ante festum b. Martini hyemalis.
— Me Renier, chan. et oflicial d'Arras, fait savoir qu’à la
requête de l’évêque, la justice de St-Pierre de Lille à Arleux
a fait mettre en liberté un de ses hôtes qui avait contredit le
jugement des échevins. — Fol. 97 vo, Coté cexri.
168
4254, déc. — Me Renier de Houdain, chan. et official
d'Arras, déclare que Enguerran du Ploiich et Isabelle sa
femme ont vendu à l’évêque Jacques, au protit de l’église
d'Arras, cinq bonniers de terre à Le Wastine, paroisse
d'Aubers. — Fol, 158 vo. Coté cLxxxul.
— 204 —
169
4252 n. st., févr. — Le chapitre déclare qu'ayant acheté
à Vitry, du chanoine Baude Augrenon, diverses terres
tenues soit de l’évêque, soit de Raoul de Haucourt ou du
prévôt de Douai, il constituera homme vivant et mourant
pour répondre des charges et servir les plaids. — Fol. 148 r°.
Coté cuix.
170
1252, 27 mai — feria secunda post Trinitat. — J. prevôt,
W. doyen, P. chantre et Achard, bailli d'Arras, déclarent
que la châtelaine de Douai a juré d’amender, au dire des
échevins de Vitry, les injures faites par Pierre ét ses auires
fils au clerc, aux échevins et ax hommes de l’évêque. —
Fol. 37 vo. Coté xx.
171
4252, 4 juin. — Perusti, II non. junii, pont. a nono.
(« Cum frater Paulus ». (Potthast....). — Innocent 1V
annule l'excommunication et l’interdit lancés contre le curé
de la Madeleine et son église, déclarant que, du chef de
celle-ci, l’évêque n’a aucune juridiction sur son pasteur et
sur ses clercs. — Fol. 53 v° et 82 vo. Cotés xLv et LxIn.
172
4252, nov. — Mathilde, comtesse d'Artois, institue les
nouveaux arbitres chargés de juger, dans le délai fixé, le
différend survenu entre le feu comte et l’évêque au sujet de
la porte des Maus (Baudimont). — Fol 275 r°. Coté cccxxix.
173
4252, déc. — Le chapitre consent à ce que l’év. puisse,
après trois ans révolus, lui racheter chaque année les trente
mencauds de grain de la dime de St-Martin, hypothèquée
pour 78 liv. au profit de la chapellenie de Jean Fastoul. —
Fol. 153 r°. Coté cexxi.
17%
4253, mai. — Achard, bailli d'Arras, déclare que dans
tout ce qu’il a fait, étant bailli de Lens, pour la défense de
— 905 —
l'évèque, il a agi comme bailli du roiet non comme bailli
du comte et de la comtesse d'Artois. — Fol. 152, r°.
Coté cLix.
175
4253, juillet. — L'’official d'Arras vidime les lettres de
Gui, comte de St Pol, approuvant l'acte par lequel Wagon
d'Arras, chevalier, donne la dime de Vimy tenue de lui
pour fonder un hôpital et deux chapellenies. — Fol. 159 vo.
Coté cexxxv.
(76
4253, juillet. — Jacques, év. d'Arras, et le chapitre
conviennent que, moyennant un versement de 400 liv. à la
fabrique, les évêques seront désormais dispensés de contri-
buer aux réparations de l’église ; il ne restera à leur charge
que les fournitures mobilières détaillées dans l'acte. — Fol.
120 r°. Coté cxvnl.
177
1253, août. — Thomas, archevèque de Reims, approuve
et confirme la convention qui précède. — Fol. 121 re.
Coté cxix.
178
4253, 28 août. — Guillaume, abbé d'Anchin, contre un
tiers de dime que Jacques, év. d'Arras, possédait à Chérisy,
s'engage à lui fournir une rente en blé sur sa grange de
Henninel, en attendant que l'échange soit réalisé. — Fol.
95 r°. Coté ccv.
179
1253, sept. — feria quinta post Decoll. b. Johannis Bapt.
— Gérard de Waignonlieu, chan. d'Arras, ayant recu de
l'év. en arrentement une pièce de terre située entre le grand
chemin de Dainville et le vivier de Bronnes, reconnaît qu’elle
reste soumise à la juridiction de l’év. et de ses échevins ainsi
qu'aux us et coutumes de Cité. — Fol. 271 vo. Coté cecxxvi.
180
4253, 12 nov. — Laterani, IT id. nov., pont. a, XI. « Hiis
—. 206 —
que abecclesiarum » (Potthast....). — Innocent IV confirme
la convention passée entre l'évêque et le chapitre touchant
les réparations de l’église. — Fol. 121 r°. Coté cxx.
181
1254, 20 janv. — Laterani XIII kal. febr., pont. a. XI.
« Super jurisdiclione et jure » (Potthast..…...). —Innocent IV,
sur la demande de l’év. d'Arras, répond que dans la sentence
par laquelle il a déclaré exempts de l'ordinaire le curé de
la Madeleine et les clercs, il entend les clers bénéficiés en
cette église, — Fol. 84 vo. Coté Lxiv.
182
4254, 9 févr. — M° Rostand, chapelain du pape, par lui
commis à entendre les procureurs de l’évèque et de l’abbaye
dans un nouvelle instance relative au curé de la Madeleine,
fait connaître la définition du pontifie sur leurs droits et
obligations respectives. — Fol. 55 vo. Coté xLvi.
183
1254, 21 févr.— Laterani, IX kal. marti, pont. a XI.
(« Orta dudum inter te ». (Potthast...). — Innocent IV,
à la demande de l'év., confirme les lettres précédentes. —
Fol. 57 r°. Coté xLvir.
184
1254, 26 février. — Laterani, 1V kal. martiüi, pont. a XI.
« Tuis supplicationibus inclinati. » (Potthast..…..). —
Innocent IV, pour obvier à l’abus des lettres d’ajournement
obtenues du saint-siège, accorde sur sa demande à l'év.
Jacques qu'il ne puisse être cité en justice s’il n’a procès
pendant, à moins que les lettres de citation ne contiennent
le texte de la présente dispense. — Fol. 307 vo, Coté ccczxii.
185
1254, 28 févr. — Laterani, II kal. martii, pont. a XI.
« Contra gravamina que ». (Potthast 15259). — Innocent IV,
ee ER
— 207 —
en présence des plaintes que soulèvent les « procurations »
dues aux prélats à l’occasion de leurs visites, rappelle
ceux-ci à la modération, fixe un maximum et veut que
quiconque aura reçu plus soit forcé de rendre le double au
profit de son église. — Fol. 187 vo. Coté cexxxui.
186
4254 n. st., 23 avril. — feria secunda post Jsti sunt dies.—
Me Robert de Wailly, official d'Arras, à la requête de Gautier
de Merville, condamne Jacques le Noir à payer au deman-
deur, pourelau nom de la trésorerie de l’église, dont celui-ci
a l'administration, une rente foncière à elle due par une des
maisons dudit Jacques. — Fol. 157 vo. Coté Lxxxi.
187
*1254, 26 sept. — le semedi devant le Saint-Mikiel. —
Gautier de Gand, archid. d'Ostrevant, Hellin de La Brayelle
et Gilles de Noyellette, chevaliers, jugent arbitralement que
Jean de Courrières ne peut moudre ni fourner ailleurs qu'au
moulin et au four de l’évèque à Marœuil. — Fol. 42 vo.
Coté xxxi.
188
1254, fin nOv. — circa finem mensis noo. — Jacques, év.
d'Arras, pour récompenser Gautier, archid. d'Ostrevant,
du zèle qu’il a mis à rétablir certaines chapellenies tombées
dans l'abandon, lui en accorde ies revenus sa vie durant.
— Fol. 106 ro. Coté Lxxxxiv.
189
1254, fin nov. — Gautier de Gand, archid. d'Ostrevant,
reconnaît que cette libéralité ne crée aucun droit à ses
successeurs. — Fol. 106 vo. Coté Lxxxxv.
190
4255, avril. — Bauduin, châtelain de Lens, chevalier, du
consentement de Jean son fils, chevalier, fonde une chapel-
lenie dans sa maison de Camblain. Il en aura la collation sa
— 908 —
vie durant, après quoi cette collation reviendra à l’évèque.
— Fol. 161 r°. Coté cuxxxvir.
191
4255, avril. — Eustache seigneur de Neuville, chevalier,
et Béatrice dame de Hébuterne, sa femme, renoncent à tous
. droits sur les terres données par feu Robert seigneur de
Hébuterne, chevalier, père de Béatrice, pour fonder une
chapellenie dans ce village. Ils y ajoutent d’autres revenus
en grains et en argent. — Fol. 169 r°. Coté cLxxxxv.
192
4255, juin, — Me Robert de Wailly, chan. et official
d'Arras, déclare que par-devant lui Jacques, curé de St-
Nicaise, acquéreur d'une maison hors de la porte de
Galeurue au profit de sa cure, a reconnu qu'elle restera
soumise aux charges, us et coutumes de Cité. — Fol. 178 vo.
Coté cexiv.
193
4255, août. — Jacques, év. d'Arras, fait savoir que Gilles
de Trasignies, dit le Brun, connétable de France, ayant
acheté un revenu de seize livres pour fonder une chapellenie
à Warendin, lui a demandé de l'instituer canoniquement,
ce qu'ila fait avec l’assentiment du personnat et du curé
de l’église paroissiale, sous les conditions énoncées dans
l'acte. — Fol. 164 vo. Coté cLxxxx1.
194
*1255, 24 oct. — Le lundi après le Saint-Luc. — Jean de
Bailleul, fils de feu Bertoul, chevalier, du consentement de
Nicolas, son frère et héritier, vend à l’év. d'Arras divers
hommages liges à sept sols et demi tenus à Vitry du
châtelain de Beaumetz, dont le fief est mouvant de l'évêque.
— Fol. 108 vo. Coté Lxxxx1x.
195
*1255, 24 oct — Gilles, chevalier, châtelain de Bapaume,
— 209 —
seigneur de Beaumetz, autorise et garantit la vente qui
précède. — Fol. 109 vo. Coté c.
196
4255, oct. — L'official d'Arras atteste que Marguerite,
femme de Jean de Bailleul, a consenti à cette vente et promis
de la garantir. — Fol. 110 r°. Coté ci.
197
*1255 n. st., mars. — Par-devant échevins de Cité, Simon
le Potier et Jean d'Ambrine arrentent pour 20 liv. 6 d. par. à
Jean Dués leurs lices de « Mont pré », la maison des lices et
une troisième, à charge des rentes foncières et de bâtir dans
des conditions déterminées. — Fol. 292 r°. Coté cccxLvu.
198
*1256 n. st., mars. — Jacques, seigneur d'Achicourt et de
Vimy, déclare que Wagon d'Arras, son père, et Mabile, sa
mère, ont donné toute leur dime de Vimy pour fonder un
hôpital et une chapellenie à Vimy, une autre chapellenie à
Brétencourt et faire des distributions aux pauvres. —
Fol. 159 vo, Coté cLxxxiv.
199 |
*1256 n. st., mars, — Jacques, seigneur d'Achicourt et
de Vimy, déclare que l'hôpital de Vimy sera chargé d’une
rente de 6 s. au profit de l’évêque et du curé, en dédomma-
gement de la dime des terrains affectés à cette fondation. —
Fol. 160 vo. Coté cLxxxvi.
200
4256 n. st., mars. — Mathieu, seigneur de Miraumont,
chevalier, pour augmenter la chapellenie desservie par Jean
de le Ruelle, lui donne des terres à Piechecaillouel et
Andiers. — Fol. 174 r°. Coté cour.
| 201
4256, 29 mai. — L'’official de la cour d'Arras publie la
décision des arbitres chargés de régler une question de
14
— 210 —
mitoyenneté entre l’év. d'Arras et Colard, seigneur de
Carency. — Fol. 179 r°. Coté ccxvi. |
202
1257, juillet — Le chapitre fait connaître l'accord qu'il
a conclu avec l’évêque au sujet de leurs droits litigieux sur
les offrandes faites aux reliquaires et au grand autel de
l’église d'Arras. — Fol. 121 vo. Coté cxxi.
| | . 203
4257, 22 juillet. — in die B. Magdalene. — Gui de
Chatillon, comte de St-Pol et seigneur d'Arras, déclare que
l'arrestation faite par lui, sur l’ordre du roi, du fils de la
châtelaine de Douai dans la maison qu'elle tient de l'évèque
à Vitry, est un fait de guerre et non de suzeraineté ou de
justice qui puisse préjudicier à l’évêque. — Fol. 39 r°.
Coté xxii. |
204
4257, sept. — apud Meledunum. — Louis IX donne
lettres de non-préjudice à l’évêque au sujet de l'arrestation
faite par le comte de St-Pol, dans la juridiction de l'évèque
à Vitry, de Hugues, frère de Pierre de Douai, chevalier. —
Fol. 39 r°. Coté xxi.
4258 n. st., 22 janv. — L'official d'Arras atteste que Jean
Craslars, chevalier, et autres s'engagent à subvenir à
l'entretien d’un curé à la Fraite-Hubert, à bâtir l’église et
le chancel, et à se soumettre à la juridiction épiscopale. —
Fol. 270 r°. Coté cecxxui.
1258, avril.— Jacques, év. d'Arras, donne à cense à Jean
Cuvellier, bourgeois de Bapaume, des terres entre Ligny
et Tilloy dépendantes de la trésorerie de l’église d’Arras,
moyennant cinq mencauds de blé par an. — Folio 155 v°.
Coté cLxxvI.
207
4258, mai. — L'official atteste que Jean le Cuvellier a
reconnu le marché ci-dessus. — Fol. 156 r°. Coté cLxxvu.
— 211 —
208
1288, 12 juillet. — /eria sexta post octao. apnstol. Petri
et Pauli. — Sara, abbessa de St-Marie de Bourbourg, et
son couvent, tenus envers l’évêque à une v procuralion »
annuelle pour leur maison de Faumont, s'engagent à
l’acquitter à Bourbourg, quand l'év. visitera l’abbaye, à
condition que Faumont en sera exonéré. — Fol. 180 r°.
Coté cexvus.
209
4258, nov. — Le chapitre ayant achelé hors de la porte
du cloître, dans la juridiction de l’évêque, une maison qui
appartint successivement au chanoine Jacques le Maire,
puis au doyen Guillaume en 1239, déclare qu’en devenant
maison canoniale, elle n’en reste pas moins soumise à la
juridiction et aux charges, us et coutumes de Cité —
Fol. 139 vo. Coté cxLix.
210
1258, nov. — Raoul, chanoine d'Arras, achète du chapitre
la maison canoniale ci-dessus aux mêmes conditions. —
Fol. 270 vo. Coté cccxxiv.
211
4258, nov. — Jean, abbé du Mont-St-Eloi, et son couvent
reconnaissent que la maison par eux achetée de Guillaume
Cocherel, près de leur maison d'Arleux, est tenue de l'évèque
aux us, coutumes et justice du lieu et devra 20 sols de relief
à chaque mutation d’abbé. — Fol. 180 r°. Coté cexvur.
212
4259 n. st., janv. — Asson, év. d'Arras, et Henri, abbé
d’Eenham, conviennent que la maison de Pierre de Méri-
court, achetée par l’abbaye, seraréunie à sa maison d’Arleux,
pour le tout être tenu de l’év. à double relief. — Fol. 177 v°.
Coté cu.
213
4259 n. st., janv.— Jacques, év. d'Arras, acense à Grégoire
— 212 —
Fardoul deux mencaudées de terre entre Bailleul et Oppy
dépendantes de la trésorerie. — Fol. 156 r°. Coté cLxxvu.
214
4259 n. st., janv. — L'official constate les conditions de cet
acensement. — Fol. 156 v°. Coté crxxix.
215
4259 n. st., 25 févr. — L'official d'Arras déclare la vente
faite à l'év. par Achard Calonnel d'une rente hypothécaire
à Bully. — Fol. 157 r°. Coté cLxxx.
216.
4259, 2 oct. — L'official d'Arras déclare la vente faite
au chapitre par Henri Bougier, Daniel le Cras et Marie
de Lens, au profit de la Maison-Dieu, d’une maison voisine
rue de Cité, dans la juridiction de l’évèque, à laquelle elle
restera soumise ainsi qu'aux charges, us et coutumes du
lieu. — Fol. 141 v*, Coté cui.
217
4259, 25 oct. — Sabbato ante jestum beator, Simonis et
Jude. — Thomas, prévôt, et deux chanoines, chargés par le
chapitre de mettre fin à certaines discordes intérieures,
règlent le mode de collation des paroisses, chapellenies
et bénéfices dont il dispose. — Fol. 146 r°. Coté cLvur.
213
4259, 4er déc. — in crastino b. Andree apost. — Jean,
doven du chapitre, déclare que l'évéque ayant contesté la
validité du réglement qui précède, comme ayant é‘é fait
sans lui, il est venu, au nom du chapitre, solliciter son
approbation et l’a obtenue. — Fol. 153 ©. Coté cevur.
219
*{260, juillet. — L'officiai vidime les lettres de Jacques,
seigueur d'Achicourt et de Vimv.de mars 12556, relatives à
une rente de 6 s. due par l'hôpital ou « hostelerie de le
— 213 —
gauhere » de Vimy au profit de l’évêque et du curé. —
Fol. 173 vo. Coté. cour.
220
4261 n. st., janv. — L’official d'Arras fait savoir que Jean,
curé de Guémappe, a acheté une maison près de l’église,
du gré et dans la juridiction de l’évêque, aux us et coutumes
du lieu et à condition de ne pouvoir la céder ni léguer à
aucune personne ou établissement privilégiés. — Fol. 172 vo.
Coté cLxx.
221
1262, déc. — Pierre, é6v. d'Arras, consent à ce que Marie,
abbesse d’Etrun, nettoie et relève certain fossé voisin du
mur de son monastère, bien qu’il fasse toutes réserves au
sujet des droits qu’elle y prétend. — Fol. 153 vo.
Coté czxxu.
222
1262, déc. — feria II post [fest. b.] Barnabe apost. —
Pierre, év. d'Arras, et l’abbé d’Hasnon chargent trois cha-
noines de juger arbitralement leurs contestations au sujet
de la dime de Monchy-l8-Preux (v. n° 242). — Fol. 154 re.
Coté cexxiv.
223
4263 n. st., 5 janv. — jeria seæta in oigilia Epiphan. —
Me Bauduin de Bapaume, chan. et official, atteste que
Pierre de Noyelle, chapelain de N. D.,a reconnu que la
maison achetée par lui de la succession de Marie de Douai,
rue St-Nicaise, devra rester soumise à la juridiction
séculière de l’'évèque, ainsi qu'aux charges, us et coutumes
de Cité. — Fol. 269 vo. Coté cccxxu.
224
4263 n. st., févr. — Le chapitre déclare qu’en vertu d'un
accord avec l'év. Pierre, il le tiendra quitte, lui et ses
successeurs, de la dime de son grand jardin et du nouvel
enclos « du Bruille le vesque », moyennant Je paiement
annuel de cinq mencauds de blé, — Fol, 150 vo. Coté czxui.
— 24 —
225
1263, 26 avril. — L'’official d'Arras atteste que Me Asson
de Barlin, chanoine, acquéreur des maisons que feu le
chanoine Jean de Dievat, son frère, possédait dans le cloitre
et en Galeurue, a reconnu les tenir de l’évèque, aux us
et coutumes des autres maisons de Cité. — Fol. 151 vo.
Coté cLzxvi.
226
4263, avril. — Me Asson, chanoine d’Arras, fait la même
déclaration. — Fol. 151 vo. Coté cLxvu.
227
4263, 10 août. — ap. Hysdinum, in festo b. Laurentii. —
Le roi Louis IX donne lettres de non-préjudice à l’évêque,
au sujet de la saisie faite à Vitry des terres du châtelain
de Douai, à cause de ses entreprises contre l’abbaye du
Mont-St Eloi, entreprises que l’évêque n'osait réprimer. —
Fol. 152 r°. Coté cLvu.
228
4264 n. st., 44 janv. — Ambian., feria sexta post. Epiphan.
Domini. — Pierre, 6v. d'Arras et frère Guillaume, abbé
d'Anchin, mettent fin, par un accord, à toutes leurs contes-
tations touchant l’usage des ornements pontificaux, etc. —
Fol. 104 ro. Coté LxxxxnI.
229
#1264, juin. — Gui de Châtillon, comte de St-Pol, charge
Hue d’Aucoch, son bailli d'Arras, de recevoir en son lieu
le werp de la dime de Chelers, tenue de lui par Aloul
Wastel, et d'en investir l’évêque d'Arras. — Foi. 59 r°.
Coté xur.
230
1264, juin. — Gui de Châtillon, comte de St-Pol, afin de
pouvoir alimenter son nouveau vivier de Duisans, obtient
de l'évêque son moulin des ponts d’Wisy, en échange de la
— 215 —
dime de GChelers que Aloul Wastel a cédée au comte en
échange du moulin de ce lieu. — Fol. 50 vo. Coté xzui.
231
4264, 9 juin. — Fulco, abbé d’Eaucourt, et son couvent,
provisoirement et gracieysement autorisés par l’év. Pierre
à faire desservir la cure de Courcelles-le-Comte par un de
leurs confrères, s'engagent à ne solliciter du pape ni des
légats aucune confirmation de cette faveur. — Fol. 153 r°.
Coté cLxxii.
232
1264, oct. et nov. — Le chapitre vidime l'acte par lequel
Pierre, 6v. d'Arras, autorise la vente faite par Werin de
Brebières, dit Waroke, aux chapelains d'Arras et au Mandé
d'un fief et de revenus à Vitry. — Fol. 142 v°. Coté cuur.
233
4265, 30 avril. — Tibaut, bailli de Lille, mande aux
échevins de La Bassée qu'il tient quittes les plèges de
Pierrot Pourteleine, la comtesse de Flandres ayant livré
celui ci à l’évêque. — Fol. 151 r°. Coté czxv.
234
4266, août. — Marie, abbesse d’Etrun, fait connaitre la
décision des arbitres nommés par elle et l’évêque sur leurs
différends relatifs aux fossés du bois de Grandsart, à la
pêche dans la rivière de Marœuil à son entrée dans le vivier
etc. — Fol. 144 vo. Coté cuui.
239
4266, sept. et oct. — Pierre, év. d'Arras, et Gérard, abbé
de Vaucelles, visiteur des religieuses de La Brayelle, homo-
loguent le règlement arbitral des difficultés soulevées par
l’abbaye de Nogent-sous-Concy contre l'établissement des
dites religieuses dans la paroisse de Bouvignies. — Fol.
149 r°. Coté czxi.
— 216 —
236
4266, oct. — Sarre, abbesse, et tout le couvent de La
Brayelle déclarent qu’à leur prière l’évêque Pierre a scellé
l'acte ci-dessus, sauf en tout et pour tout son droit épiscopal.
— Fol. 150 vo, Coté czxii.
237
4267, mai. — Pierre, év. d'Arras, et l’ahbé du monastère
de Blangy-en-Ternois, prétendant l’un et l'autre au droit
de collation sur la chapellenie du Ponchel, se mettent
d'accord pour l'exercer à tour de rôle. — Fol. 139, v°.
Coté cxzvinr.
238
4268 n. st., janv. — Le chapitre fait savoir que M° Robert
de Wailly, écolatre, a donné à cense, pour 8 liv. par. de
rente annuelle, vingt-quatre mencaudées de terre apparte-
nant à l’écolatrerie, situées près de Bronnes et aux environs.
— Fol. 193 ro. Coté cexLv.
239
4269, juin. — Th. ancien prévôt, B. de Bapaume et H. de
Liessies, chanoines d'Arras, se prononcent, comme arbitres
sur le sens controversé de trois articles d’une convention
faite entre l’év. Pierre etJ.,archid. d'Arras, en 1268, dominica
ante festum. b. Clementis. — Fol. 278 v°. Coté cocxxxu.
240
S. d. [4269 v. st., Chandeleur]. — Notification au bailli
d'Amiens de l'arrêt du parlement qui fixe les limiles entre
le domaine du comte et celui de l'évêque à la porte de Cité.
— Fol. 187 r°. Coté ccxxx.
241
4274, déc. — Robert, comte d'Artois, fait savoir que
Manessier Mauchions de Vimy a vendu à l'évèque Pierre
tout ce qu’il tenait du comte à Marœuil, au lieu dit Belham.
De son côté, Robert renonce à cet hommage au profit
— 217 —
de l’évêque, acceptant en échange un autre hommage
tenu dudit Manessier à Neuville-St-Vaast. — Fol. 40 vo.
Coté xxvui.
242
4273, juin. — Me B. de Bapaume, archidiacre, Me Nicolas
Brochart, official et Me Michel de Dievat, chan. d’Arras,
formulent leur arbitrage entre l'év. Pierre et l’abbaye
d'Hasnon touchant les dimes de Monchy le-Preux (V. n° 222).
— Fol. 154 vo, Coté cLxxv.
243
1273, 6 sept. — quarto non. sept. — Pierre, évèque, le
chapitre et l'official d'Arras, divisés par de graves conflits
de juridiction, déclarent soumettre leurs griefs au jugement
de cinq arbitres. — Fol. 122 v°. Coté cxxur.
244
4273, 5 sept. —. die martis ante festum b. Virg. Marie. —
Les mêmes accordent que, pour la solution de certaines
questions réservées, le terme fixé à l'arbitrage puisse être
prorogé. — Fol. 124 r°. Coté xxu.
245
4273, 6 sept. — Procès verbal notarié de la promulgation
de cette sentence arbitrale lue dans le chœur de la cathédrale
en présence des parties. — Fol. 124 vo, Coté cxxnu.
246
4274, oct. — Le chapitre ayant acheté naguëre, au profit
de la chapellenie de Henri d’Etrun, une dime à Saulty, du
patronage de l'évêque, reconnait à celui-ci le droit de la
racheter au prix coùlant. — Fol. 183 r°. Coté ccxxur.
247
4274, nov. — L'év. Pierreet le chapitre, étant en désaccord
au sujet de leurs droits sur les offrandes et les cires,
conviennent de s’en rapporter au jugement de deux arbitres.
— Fol, 127 vo. Coté cxxv.
NS Sos GOT EM
— 218 —
248
#1275 n. st., janv. — Maielin, chevalier, seigneur de
Wingles et de Renescure, connétable de Flandre, donne
pour l'entretien du chapelain de Wingles dix-huit livres
paris. de rentesur Caudescure. — Fol. 167 ve. Coté cLxxxxili.
249
4275, 25 juin. — die martis in crastino Natio. b. Joh.
Baptiste. — André, doyen du chapitre, et le chanoine
Me Guillaume le Couvreur, arbitres nommés ci-dessus,
rendent leur jugement:touchant la répartition des offrandes
et des cires entre l’évêque ou le custos ecclesie, d'une part,
de l’autre le chapitre et la fabrique. — Fol. 128 r°.
Coté cxxvi.
250
1275, 28 oct. — in festo apostolor. Simonis et Jude. —
Guy de Châtillon, comte de St-Pol, et Mathilde comtesse
d'Artois, son épouse, fondent trois chapellenies dans leur
castel de Lucheu, en sus des deux chapellenies presbyté-
rales par eux fondées antérieurement. — Fol. 275 v°.
Coté cccxxx.
251
4277, 42 n0v. — in crastino b. Martini hyemal. —
Pierre, évêque d'Arras, et le chapitre, pour prévenir des
conflits de juridiction, s'entendent sur les poursuites à
exercer contre le chapelain Jean de Neuville, accusé
d'infamie. — Fol. 183 r°. Coté ccxxv.
252
4277, nov. — L'official déclare que par-devant lui Rikier-
Amion, clerc, a reconnu qu’il ne pouvait, sans congé de
l’évêque, établir dans sa maison de la rue des Maus, ni
gargouilles, ni autres constructions débordant sur rue, et
qu'il s’esl soumis aux réparations exigées pour ce délit. —
Fol. 184 r°. Coté ccxxvi.
— 219 —
253
4278, 16 juin.— feria quinta post Trinitatem. — L'official
déclare qu’un différend s'étant élevé entre l’évéque, d’une
part, et d'autre le personnat et le curé de Monchicourt au
sujet de la dime, les parties sont convenues d’en référer à
un arbitrage. — Fol. 185 r°. Coté cexvur.
254
1278, 13 juillet. — /eria quarta ante festum Dioisionis
apostolor,— L’official déclare que Gilles Brochart, chanoine,
en reconnaissance de ce que l’évêque lui a permis de faire
couler l’eau de Bronnes dans son vivier, s’engage à lui
payer à perpétuité une rente de deux chapons. — Fol. 184 vo.
Coté ccxxvir.
255
1278, juillet. — L'official fait connaître la décision de
Me Guillaume le Couvreur, scelleur de la cour d'Arras, et
sire Jean Fastoul, maitre d’hôtel de l’évêque, tous deux
chapelains perpétuels, arbitres nommés par l’évêque d'une
part, le curé et le personnat de Monchicourt de l’autre, au
sujet des dimes de ce village. — Fol. 185 vo. Coté cexxix.
256
4283, 22 juin. — Enguerran, évêque de Cambrai, écrit 4
Guillaume, évêque d'Arras, qu’il consent, sur sa requête, à
lui rendre ses deux sujets, Pierre de Méricourt, avocat de
la cour d'Arras, et Jean, détenus dans sa prison sous
l'inculpation de certains meffaits — sans préjudice pour les
droits de son église. — Fol. 188 vo et 266 ro. Cotés ccxxxv
el CCCX VII.
257
1286, 23 mai. — Les échevins de Vitry déclarent que la
châtelaine de Douai se reconnait obligée de vider la maison
qu'elle tient de l’évêque, lorsque ce prélat vient à Vitry, bien
qu'elle ne l'ait pas fait à la première visite du nouvel
évèque, ce dont elle s’est excusée. — Fol, 188 r° et 267 r°,
Cotés cexxxiv et GCCxx. |
— 220 —
258
4286, 25 juin. — in crastino Natio. b. Joh. Baptiste. —
Le chapitre d'Arras nomme quatre mandataires chargés de
régler, de concert avec l’évêque, une institution de chanoines
dans l’église St-Nicaise. — Fol. 188 vo. Coté cexxxvi.
259
4286, juin. — Guillaume, év. d'Arras, déclare que,
voulant fonder une prébende à St-Nicaise, Anselme le
Cambrelens (Camerarius) a remis entre ses mains deux fiefs
à Vitry. Son fils Pierre présenté par lui pour cette prébende
en est investi par l'évèque. — Fol. 190 v°. Coté coxxxvur.
269 °
1286 10 juillet. — die mercurii post octub. apost. Petri
et Pauli. — Guillaume, év. d'Arras, promulgue le règlement
des canonicats de St-Nicaise élaboré par lui de concert avec
les quatre délégués du chapitre. — Fol. 189 r°. Coté cexxxvii.
261
1286, août. — Guillaume, év. d'Arras, fait savoir que
Marguerite le Jaie, son homme lige, à remis en sa main un
fief situé à Wagnonlieu et aux environs pour en fonder une
prébende à St-Nicaise, dont il investit, à sa requête, M° Jean
de Gauchin(Vidimus de l’official, avril 1315). — Fol. 195 r°.
Coté cc.
262
*1287, 47 avril. — Sous un double vidimus de l’officialité,
le premier de mème date, l’autre du 16 juin 1551, acte par
lequel Thibaut de Berle, chevalier, donne des terres situées
à Monchy-au-Bois et des rentes pour faire des distributions
charitables aux pauvres de Berle-au-Moustier et célébrer
trois obits pour lui et sa famille. — Fol. 440 v°. Coté cccczxin.
263
1288, 20 août. — die veneris post Assumpt. b. Virginis.
— Le chapitre étant en possession d’une dime achelée par
— 221 —
lui de Hellin de Wasiers dans la paroisse d’Armentières,
accorde à l’évêque, qui en est le patron, de pouvoir racheter
cette dime au prix coûtant. — Fol. 191 r°. Coté ccxxxix.
264
4290, juillet. — Le chapitre déclare qu'une maison par
lui achetée de Jean Liénart et sa femme, entre la maison
de la Taillerie et le four de l’évêque, est soumise à la même
juridiction el eux mêmes charges, us et coutumes que les
autres maisons de Cité. — Fol. 191 vo. Coté cexzr.
265
4290, juillet. — Le chapitre déclare avoir acheté de
Jacques le Haumier, chapelain perpétuel, une maison située
en Galeurue, près de la porte du cloître, en face de la grange
de l'église N. D.; laquelle maison étant dans la juridiction
de l'évêque restera sujette aux charges, us et coutumes de
Cité. — Fol. 191 v°. Coté cexLur.
266
4290, 18 nov. — sabbato post festum b. Martini hyem. —
L’official fait savoir qu’un différend entre le chapitre, d'une
part, et Bauduïn le Fac et consorts, de l’autre, au sujet de
cerlains droits prétendus par ceux-ci sur le moulin de
Bronnes, a été tranché ainsi par sentence arbitrale : le
chapitre paiera 85 liv., et les Le Fac renonceront à leurs
prétentions. — Fol. 273 v°. Coté cccxxvui.
267
4291 n. st., 4 févr. — die mercurii post octab. festi Purific.
B. Marie Virg. — L'évèque et le chapitre approuvent une
sentence arbitrale qui met fin à leurs contestations touchant
la juridiction du mur et de la porte du cloître sur la grande
rue de Cité, leurs droits respectifs sur certaines offrandes,
etc. — Fol. 192. Coté cexzui.
— 222 —
268
1294, 4 août. — ap. Credulium, dominira in festo ad rine.
S. Petri. — Ph. le Bel mande au bailli d'Amiens de faire
révoquer deux bans publiés par les échevins d'Arras, l’un
ordonnant aux clercs de se tenir prêts à partir pour l’armée,
l'autre qui taxe à leur entrée en ville le blé et le vin achetés
en Cité. — Fol. 192 vo. Coté cexui.
269
14296, 31 déc. — Procès-verbal de Jean de Rome des frères
prêcheurs, vicairede Gérard év. d'Arras, el de Pierre Briches,
notaire de l’Eglise romaine, constatant que le prévcepteur et
les frères et sœurs de l'hôpital Saint-Sanson de Douai ont
juré qu'ils se mettent, au spirituel et au temporel, sous la
juridiction, la correction et la sauvegarde de l'évêque
d'Arras. — Fol. 193 v°. Coté ccxLvi.
270
1298 n. st., 43 mars. — Atfrebati, in curia episcopal.
Les fondateurs de la chapellenie de Fournes présentent
Pierre le Moine pour la desservir, requérant son installation
et son envoi en possession des biens repris dans l'acte. Après
lui, cette présentation appartiendra à l'évêque. — Fol. 194 vo.
Coté ccxLIx.
271
S. d. — Etat nominatif des fiévés de l'évèque d'Arras, au
nombre de soixante-quatre. — Fol. 199 ro. Coté ccuiv.
272
#5. d. — Mémoire des obligations de l'évêque et de la dame
de Rouvroy concernant l'entretien du moulin de Bronnes,
et du revenu qu'ils y perçoivent concurremment avec le
chapitre. — Fol. 291 r°. Coté cecxLv.
273
4302, 4er juin. — ap. Petramfontem, dieveneris post Ascens.
Dom. — Ph. le Bel, sur la plainte de l'év. d'Arras et
— 223 —
autres ecclésiastiques, prescrit à ses baillis d'Amiens et de
Vermandois les règles à suivre à l'égard des cieres. —-
Fol. 279 r°. Coté cccxxxuni.
| 274
4303, 17 août. — die sabbati post Assumpt. Virg. glorios.
— L'év. Gérard, pour meitre fin à des comfits de juridiction
au sujet d’une dizaine de maisons du cloître donnant sur
les trois rues adjacentes, cède son droit sur ces maisons au
chapitre, en échange des rentes que celui-ci lui doit et d’un
solde de 309 liv. par. — Fol. 201. Coté ceuix.
279
© 4303, 11 oct. — die veneris past festum S. Dionysü. —
Robert, archevêque de Reims. approuve la précédente
transaction. — Fol. 202 r°. Coté cczx.
276
4303, 29 oct. — feria tertia ante festum Omn. Sanctor.
— Florent, prévôt, et deux chanoines d’Arras rendent leur
jugement arbitral sur les difficultés pendantes entre l'évêque
et le chapitre : juridiction des vicaires et chapelains, béné-
diction des abbés et abbesses, tenue du synode, élection et
confirmation du doyen, etc. — Fol. 367 r°. Coté ceccxix.
277
4304 n. st., 26 févr. — feria III post dominicam qua
cantatur Incocaoit me. — Gérard, év. d'Arras, confirme
l'institution d’une chapellenie fondée par Robert de Lannoy
au nom d'Agnès, son épouse défunte, dans la chapelle
Ste-Marie de l'hôpital de Houdain, et envoie en possession
Adam le clerc de Bours. — Fol. 282 r°. Coté cccxxxiui.
278
21304, 10 avril. — Le venredi amprès Quasimodo. —
Hellin d’Armentières, chevalier, fonde une chapellenie à
Armentières, au revenu de dix-neuf livres sur le grand
tonlieu de cette ville, et présente pour titulaire Jean du
— 224 —
Biés. L'évèque confirme cette fondution l’année suivante.
— Fol. 284 r°. Coté cccxxxv.
279
4305, 18 avril. — Gérard, év. d'Arras, déclare et autorise
l'arrentement d'une pièce de terre tenue de lui, sise à
Grincourt, fait par Jean Soihier au profit de Michel de
Fontaines, clerc. — Fol. 286 vo. Coté cccxL.
280
4305, 9 juin. — in monasterio Marchenn. — Acte notarié
constatant qu'en présence de l'év. Gérard, Jean de Verqui-
gneul, chevalier, a affecté divers revenus à l'institution,
dans sa maison de Verquigneul, d’une chapellenie que
desservira Jean « li Bochus ». — Fol. 287 r°. Coté cccxui.
281
4305, 9 juin. — Gérard, év. d'Arras, approuve la fondation
ci dessus. — Fol. 288 vo, Coté cccxzur.
282
4312, 2 déc. — Mémoire que Jean Bruier, serviteur de
l'écolâtre, arrêté par les sergents du chapitre pour violences
avec effusion de sang par lui commises dans la cathédrale
et sous le porlail, a été rendu à l’évêque sur la requête de
l'official. — Fol. 284 v°. Coté cccxxxvi.
283
4343, 8 nov. — Le chapitre d'Arras approuve l’échange
fait par l’évêque de trois mencaudées de terre au lieu dit
« Às cloques » contre un courtil sis à Marœuil et joignant
la rivière qui alimente le moulin dudit évêque. — Fol. 194 r°.
Coté cexzvir.
284
4313, 8 nov. — Le chapitre approuve la cession faite par
l'év. Guillaume à Isabelle, veuve d’André Wagon, et à Jean
son fils, de diverses pièces de terre à Marœuil en échange
— 225 —
d’un courtil joignant la rivière ci-dessus. — Fol 194 r°.
Coté cexevul.
285
4345, avril. — L'év. d'Arras arrente à Michel d'Ecoivres,
clerc, fils de Michel, chevalier, une maison en Galeurue,
donnée par Simon d’Ecurie, chapelain, pour la fondation
d’un hôpital vers l’église St-Nicaise. — Fol. 196 r°. Coté cour.
286
1347 n. st., 9 féôvr.— Jean de Lens, jadis chapelain perpé-
tuel de l’église d'Arras, donne par acte notarié une rente de
quinze livres sur diverses maisons de Galeurue, pour fonder
une chapellenie, soit dans la cathédrale, la chapelle de
l'évêché, l’éghise St-Nicaise, ou ailleurs en Cité. Fol. 305 v°.
Coté cccLx.
287
4325, 25 juin. — /eria III in crastino b. Joh. Bapt. —
L'olficial déclare que M9 Jacques Nobelet, chapelain de
l'église d'Arras, a reconnu que la maison qu'il vient d'acheter
en Galeurue est soumise à la juridiction des échevins, ainsi
qu'aux charges, us et coutumes de Cité. — Fol., 195 vo,
Coté ccui.
288
1331 n. st., 40 janv. — feria quinta post Epiph. — Les
vicaires généraux de l'évèque André mandent à l’archidiacre
d'Arras d'installer à la cure de Mondicourt Jacques le
Moine, curé de Sommelte au diocèse de Noyon, à eux
présenté par le prieur de Pas de l'ordre de Cluni, collateur
de cette paroisse. — Fol, 200 r°. Coté cczvi.
289
41331 n. st., 13 janv. — dominica in octabis Epiphan. —
Les vicaires généraux de l’év. André, en l'absence du
procureur général de l’archidiacre, enjoignent au doyen de
chrétienté de Pas de procéder à l'installation ci dessus. —
Fol. 200 r°. Coté cczvu.
15
— 226 —
290
4331 n. st., 21 janv. — jeria II post [fest. b.] Hilarii. —
Le doyen de Pas informe les vicaires généraux qu'il a
exécuté leurs ordres. — Fol. 200 vo. Coté cezvur.
291
1332. Note sur les transmissions de la maison de Simon
W ydelin, chantre d'Arras. — Fol, 198 v° non coté, et 212 vo
coté CCCLXVII. |
292
1332 n. st., 25 janv. — Arrêt du parlement qui maintient
la cour de l’évêque dans la juridiction d’appel de ses justices
locales, contre Sagalon Crespin appelant au bailliage
d'Amiens d’un jugement rendu en faveur de Baude Crespin
par les hommes cotiers de Brebières. — Fol. 203 r°. Coté
CCLXII,
293
14332 n. st., 5 avril. — Lettres exécutoires de l’arrêt
adressées au bailli d'Amiens. — Fol. 203 vo. Coté cczxutr.
294
4332 n. st., 2 avril. — Philippe VI mande à ses baillis de
Vermandois, d'Amiens, de Lille, de maintenir l'év. d'Arras
dans ses possessions et saisines et dans l'exercice de sa
juridiction. — Fol. 204 r°. Coté cczxv.
295
1332,7 mai. — Arrèt decassationsignifié au bailli d'Amiens,
qui, dans la cause portée devant son siège par Jean le Mire
(Medici) appelant d’un jugement des échevins de Cité,
n'avait pas renvoyé les parties devant les francs hommes de
la cour épiscopale, selon la hiérarchie judiciaire, mais
devant le parlement, contrairement à la jurisprudence
établie par la cour suprème dans l'affaire Sagalon Crespin.
— Fol, 203 v°. Coté cczxu.
— 227 —
29%
1335, 43 mai. — Arrêt du parlement rendu sur la plainte
du comte de Nevers, interdisant aux sergents royaux d'’élire
domicile dans cette ville au bourg de St-Etienne, et surtout
d'y faire aucun exploit de justice. — Fol. 197 vo, non coté,
et 199 v°, coté ccLv.
297
8. d. — Etat des bénéfices appartenant à lu collation de
l'évêque, avec indication de la valeur de chacun. —
Fol. 289 r°. Coté cccxLui.
298
4350, 29 mai. — Procès-verbal signé des témoins consta-
tant qu’en présence de l’év. A ymeri, Jean Simon, chanoine
d'Arras, contre lequel le bruit courait qu'il avait été l'inter-
médiaire d’un contrat simoniaque touchant une promotion
à la cure de Bruay, a juré sur l’évangile qu'il n’était pas
coupable. — Fol. 202 v°. Coté ccexi.
299
4350, 19 juillet. — in domo nostra de Mariolo. —
L'év. Aymeri, ayant contesté au chapitre de St-Amé l’auto-
rité qu'il s’attribuait en certains cas sur ses chapelains et
ses clercs, reconnait après enquêle sa possession d'état.
(Vidimus de ce chapitre du 12 févr. 1372 n. st.) —
Fol. 238 vo. Coté ccLxxxx. |
300
1350, 4 oct. — Procès-verbal notarié du jugement arbitral
rendu sur de nouveaux conflits survenus entre l’évêque et
le chapitre au sujet de leurs juridictions, du personnat de la
chapellenie de Brétencourt, desconfirmalions ou infirmations
des abbés élus, etc. — Fol. 208 vo. Coté cczxix.
301
1354 n. st., 8 mars. — Les vicaires généraux de l’év.
Aymeri et le chapitre d'Arras transigent sur les difficultés
— 228 —
soulevées par la mort du chapelain Henri de Padoue, suppôt
du chapitre, mais domicilié hors du cloître, et à ce titre
justiciable de l’évêque. — Fol. 213 vo, Coté cczxx.
302
4351, 4 avril. — Arrèt du parlement qui condamne Jean
Bougier, monnayeur, tavernier de Cité, appelant du bailli
d'Amiens et des maîtres des monnaies, à payer à l’évêque,
pour droit de forage, quatre lots de vin etsoixante sols tourn.
d'amende par pièce, sur quatre-vingl pièces vendues sans
licence. — Fol. 225 r°. Coté ccrxxv.
303
4352. — L'év. Aymeri et le chapitre de N.-D. de Lens,
en procès à Beauquesne au sujet du droit de visite et de la
correction de deux chapelains concubinaires, renoncent de
part et d'autre aux poursuites. - Fol 335 r°. Coté cccLxxxix.
304
1352, 148 mai. — Arrét du parlement qui maintient l’évêque
en possession de percevoir certains revenus annuels sur les
terres, terrages et hérilages du châtelain de Douai à Vitry,
et condamne ledit châtelain aux dépens. — Fol. 207 r°.
Coté cczxvui.
305
1352, 24 déc. — L'év. Aymeri et le chapitre conviennent
de soumettre à un arbitrage les causes pendantes entre eux
au siège de Beauquesne et de considérer comme non avenus
les faits qui ont soulevé d’autres contestations. — Fol. 277 r°.
Coté cocxxxi.
306
4353, 16 nov. — Note à la marge inférieure constatant
que l’abbesse d’Etrun a reconnu qu’à chaque mutation
d'abbesse, son couvent doil à l’évêque le relief de cent
soixante mencaudées et seize verges de terre, à raison de
XII d. par mencaudée. -- Fol. 187 r°. Coté cexxxi.
— 229 —
307
1354, 22 oct. — die mercurii post. fest. b. Luce evang. —
L'év. Aymeri, transige avec noble dame Marie de Faukemont,
abbesse séculière de l’église Ste-Aldagonde de Maubeuge,
qui refusait d'assister en personne au synode : leurs vies
durant, elle pourra s’y faire représenter par procureur. —
Fol. 198 r°. Coté cczur.
308
#1354, 17 déc. — Arrét du parlement homologuant l'accord
conclu entre l'év. Aymeri et les maire et échevins d'Arras,
après réparation des violences commises par leurs bourgeois,
qui, le 21 sept. 1346, envahissant en armes le cloitre, la
cathédrale et le palais, avaient violenté l’official et emporté
en ville le reliquaire de la Manne. — Fol, 215 vo. Coté ccLxxu.
309
1355, 18 juillet. — Arrêt du parlement cassant le jugement
du prévôt de Beauquesne confirmé par le bailli d'Amiens,
dans l'affaire de Jean Martin, clerc, coupable de voies de
fait commises dans la cathédrale, et adjugeant à l’év. la
connaissance des clercs délinquant dans le cloitre et l’église,
et au chapitre celle des laïcs. — Fol. 206 r° et 295 re.
Cotés cezxvit et CCCLHt.
310
4355, 24 juillet. — Points et articles d’un accord scellé à
Marœuil entre l'évêque et l’abbé d’Anchin, touchant les
excuses à faire par ce dernier, les & pasts et procurations »
dùs par l'abbaye, la décime biennale, les emprunts en rentes
à vie, la correction des moines. — Fol. 204 vo. Coté ccLxvi.
311
4355, 9 nov. — Proces-verbal notarié constatant que l'év.
Aymeri étant en désaccord avec le prévôt d’Eversam au
sujet de la « procuration » et du « past » réclamés de cette
abbaye à cause de l’église de Fromelles, il a été convenu
— 23) —
qu'elle les paierait cette année, tous droits réservés. —
Fol. 215 r°. Coté cczxxi.
312
*1356, 8 oct. — Les maire et échevins d'Arras reconnais-
sent que les travaux commencés à la porte de Cité pour
l'établissement d'un pont-levis ont été gracieusement aulo-
risés par les vicaires de l’évêque, sans préjudice à ses droits
et à sa juridiction. — Fol. 238 r° et 257 r°. Cotés ccLxxxIx
et CcCv.
313
4356 et 1357. — Mémoire d’un paiement de 12 Ib. tourn.
fait à deux cardinaux, en sus des dépens, pour leur visite
en Cité et dans le diocèse. — Fol. 2 vo. Non coté.
314
4357, 31 Août. — Nouvel arrèt du parlement touchant
l'affaire Jean Martin, rendu à la requête du chapitre sur
pourvoi en révision, pour cause d'erreur, de celui du 18
juillet 1355. Le jugement estconfirméet le chapitre condamné
à une amende double et aux frais. — Fol. 296 vo. Coté ccczur.
319
4358, 13 juin. — Mémoire que, vers cette date, le bailli
d'Amiens tint ses plaids par gräce dans la salle épiscopale et
donna lettres de non-préjudice.— Fol. 285 r°. Coté cccxxxvu.
316
4358, 13 juin. — Mémoire que, vers ce temps, un cheval
confisqué pour mort d'homme au profit de l'évêque fut rendu
à la prière dudit bailli, tous droits réservés. — Fol. 285 re,
Coté cecxxxvi.
317
#1358, 48 déc. — Par-devant le bailli d'Amiens, le censier
de la maison de Flourin-les-La Bassée pour l'abbave du
St Sépulcre de Cambrai, poursuivi par l'évêque en paiement
de son droit de visite montant à cent quarante vieux gros
— 231 —
tourn., reconnait le bien fondé de la demande et paie sa dette.
— Fol. 223 vo. Coté cezxxin et CCLxxIv.
318
1362, 27 oct. — feria quinta in oigilia ss. Simonis et Jude
apost. — L'’év. Gérard convient avec le prévôt d'Eversam,
que, durant son épiscopal, il ne réclamera le « past » dû par
le couvent que s'il y vient en personne ; et que le prévût
pourra se faira représenter au synode par un procureur,
lequel après avoir payé 20 s. sera libre de se retirer. —
Fol. 242 r° et 259 vo, Cotés cecxxxxii et cccvin.
319
1363, 21 juillet. — Arrét du parlement homologuant un
accord entre l'évèque et le chapitre sur la juridiction des
délits commis dans le cloitre et la correction des chanoines,
des vicaires et des clercs. — Fol. 298 v°. Coté ceci.
320
1364, 1 juin. — L’év. Gérard et le chapitre de St-Amé de
Douai règlent à l’amiable leurs litiges portés en cour de
Reims, s'en référant pour l'investiture du doyen à la charte
de l’év. Pierre du 2 juillet 1322, et, pour son assistance au.
synode, à celle de l’év. Robert sur les autels de Fressain et
de Fechain, de 1124. — Fol. 227 r°. Coté cczxxvir.
321
4364, 16 sept. — Charles VI mande à ses gens du parle-
ment de ne mettre aucun obstacle à l'accord ménagé entre
l’évèque et le chapitre sur l'objet de leur procès. — Fol. 302 r°.
Coté cccLvi.
322
4364, 19 sept. — Homologation en chambre de conseil du
parlement d'un accord complémentaire entre l'évèque et le
chapitre, qui précise sur quelques points celui du 21 juillet.
— Fol. 301. v°. Coté ceczv.
— 932 —
323
4364, 28 oct. — Attrebati, die b. Simonis et Jude apost.
— L'év. Gérard et Eustache, abbé de St-Vaast, mettant fin
à d'anciennes contestationstouchant l'église de La Madeleine,
règlent en detail les formalités à remplir, en cas de décès
ou de mutation, pour l'institution d'un nouveau curé. —
Fol. 236 r°, Coté ccLxxvi.
324
1366, 24 juin. — Mention d’une sentence du bailliage
d'Amiens rendue par Jean Barreau contre l’abbaye de
St-André du Cateau en faveur de l’évèque, auquel est adjugé
le droit de & procuration » dans la maison de Cuincy-lez-
Douai. — Fol. 237 vo. Coté cczxxxvin.
329
1368, 12 mai. — Jean Barreau, gouverneur du bailliage
d'Amiens, commis par le roi à la nouvelle fortification de
Cité, donne, au nom de l’évêque et du chapitre, des leltres
de non-préjudice aux maire et échevins d'Arras, pour
l'autorisation qu’ils ont donnée de relier la forteresse de Cité
à celle d'Arras par une estacade du côté de Bronnes. —
Fol. 372 r°. Coté ccccxu.
326
4370, 20 août. — Jean Barreau, gouverneur du bailliage
d'Amiens, déclare que Gni de Gouvy, bailli d'Arras, au nom
de la comtesse et des échevins, a autorisé l’évêque et le
chapitre à faire faire une palissade depuis la portelette
nouvelle du fossé de Burriane jusqu’au fossé de la ville. —
Fol. 372 vo. Non coté.
327
4371. Mémoire d'un paiement de huit liv. tourn. fait, en
sus de leurs dépens, à deux cardinaux pour les deux tiers
de leur « visite » dans la Cité et le diocèse. — Fol. 2 vo,
— 233 —
328
4372 n. st., 42 fév. — Vidimus par le chapitre de St Amé
de Douai d'un acte notarié du 19 juillet 1350, par lequel l’év.
Aymeri lui reconnait certains droits privilégiés sur les clercs
de la collégiale. — Fol. 238 vo. Coté ccLxxxx.
329
1372, 48 août. — L'év. Pierre et le chapitre de la collé-
giale de Lens déclarent mettre à néant leur procès sur
la juridiction des clercs de cette église. — Fol. 245 r°.
Coté courn*?xv.
330
4372, 29 nov. — Avenione, tercio kal., decemb., pont. a. II.
— (« Cum exemplionum privilegia ». — Grégoire XI,
informé que les chanoines, chapelains, clercs de chœur
de l’église St-Amé de Douai, se prétendant exempts de la
juridiction de l'ordinaire, commettent toutes sortes d'excës,
suspend leurs privilèges et les soumet à la correction
de l'évèque. — Fol. 248 vo. Coté cenu'*xvu.
331
4375, 29 juin. — Pierre, év. d'Arras, et le chapitre de
St-Amé de Douai, en procès depuis le temps de l’év. Adémar,
déclarent nulles et non avenues les procédures relatives à
leurs diverses contestations. — Fol. 242 v°, Coté cou*xnr,
332
1376 n. st., 27 mars. — Pierre, év. d'Arras, procédant
depuis longtemps en cour de Reims contre Marie de Fauke-
mont, abbesse séculière de Ste-Aldegonde de Maubeuge, qui
refuse d'assister à son synode, consent, à la prière de Gui
de Blois, seigneur de Beaumont et de Chimay, que les
choses restent en l’élat, tous droits réservés, — Fol. 229 vo.
Colë cCLxxIx.
— 234 —
343
1377, 49 et 28 juillet. — Gérard, év. de Cambrai, et
Michel de Dainville, archid. d’'Ostrevant, héritiers de feu
Jean de Dainville, seigneur de Buire et d’Ausonviller,
chevalier, maitre d'hôtel du roi, leur frère, en exécution
de ses dernières volontés, fondent deux chapellenies dans
l'église de Dainville. L’év. d'Arras approuve ces fondations.
— Vidimus d’un notaire de Cambrai du 23 avril 1378. —
Fol. 233 r°. Coté cou.
334
1378. — Avenione. — Dictum d’un jugement rendu en
cour de Rome contre l’archidiacre de Cambrai qui réclamait
de l’év. d'Arras, comme droit d’installation, un marc d'or
pour lui et un marc d'argent pour son official, plus leurs
frais de voyage. — Fol. 237 r°. Coté coun*vu.
335
*1378, 13 sept. — Paris. — Charles VI mande à son
bailli d'Amiens de faire saisir et emprisonner les bannis de
l’évêque qui persisteraient à rester dans son diocèse, et de
les livrer sur sa requête à la justice épiscopale. — Fol. 241 vo.
Coté conn*?xt.
336
#1379, 27 mai. — Par-devant échevins de Cité, Mathieu
Roussel vend à Etienne Bosquet 16 s. de rente foncière sur
un immeuble en « Galesrue », attenant au four de l'évêque,
rente que celui-ci transporte à la trésorerie de l’église
d'Arras appartenant audit révérend père, en augmentation
de la chapellenie qu’il a fondée et au profit du chapelain
sire Nicaise Galant à présent garde de ladite trésorerie, et
de ses successeurs en office. — Fol. 231) ro. Coté ccLxxx.
337
1379, 25 déc. — Le chapitre cède à l’év. Pierre son tiers
dans le moulin de Bronnes, avec la juridiction qu'il y
— 235 —
prétend, moyennant dix liv. par. de rente. Toutes diligences
seront faites pour obtenir du saint-siège la confirmation de
cet arrentement. — Fol. 308 r°. Coté ccczxni.
338
4381 n. st., fév. — Jean, seigneur de Miraumont, ratifie
les coutumes de ce castel, telles qu’elles ont été établies en
1185 par Gui, son ancêtre, et depuis jurées par les succes-
seurs de Gui, dont les ratifications successives sont reprises
dans l'acte. — Fol. 408 r°. Coté 441.
339
*1381, 10 mai. — Accord passé en parlement entre l’év.
d'Arras, son official, le scelleur et le promoteur d'une part,
et onze sergents du bailliage d'Amiens avec leurs cinq
complices, coupables de violation de l'église St-Nicolas de
Méaulens et de voies de fait envers les officiers de l’évêque.
Détail des réparations imposées.— Fol. 231 r°. Coté ccLxxxi.
340
1381, 10 mai. — Lettres exécutoires de l’arrèt ci-dessus.
— Fol. 232 vo. Coté cezxxxt.
341
1384 n. st., 20 févr. — Arrèt du parlement rendu sur les
poursuites de l'évêque contre Me Jacques Sacquespée, au
sujet d'une rente de deux chapons et douze den. par. due
par sa maison du cloitre à la trésorerie de l'église réunie à
l'évêché. — Fol. 246 r°. Coté conn**vi.
342
1384, 4 oct. — Jean, év. d'Amiens, donne lettres de non-
préjudice à l'év. d'Arras au sujet de citations faites en Cité
et ailleurs par un notaire de la cour d'Amiens, à la requête
de trois clercs accusés d'homicide — Fol. 253 ro, Coté ceci.
— 236 —
343
\
#1387, 41 juin.— Dictum d’un jugement du bailli d'Amiens
condamnant huit habitants de Vitry, pour injures, excès et
rébellions, à faire réparation aux officiers de l’évêque et à
payer à celui-ci des dommages el intérêts. — Fol. 244 r° et
247 vo. — Cotés cour*xiv et ccnr'*xvr bis.
344
#1388, 6 août. — Charles VI mande aux gens de ses
comptes et au baïlli d'Amiens que l’év. d'Arras se prétendant
exempt d’ost et de chevauchée, ils aient à examiner son
privilège ; et que, s'ils trouvent qu'il en soit ainsi, ils le
dispensent d'envoyer le chariot attelé de cinq chevaux que
le bailli lui réclame. — Fol. 294 vo, Coté cccui.
349
4388, 10 août. — Charles VI mande aux gens de ses
comptes, jusliciers, officiers, etc., de laisser en paix les
gens d'Église par eux requis d'envoyer en l’ost chariots,
charrettes et chevaux, lorsque les registres de la chambre
des comptes ne constatent pas celte obligation. — Fol. 293 vo.
Coté ccexLix.
346
#1388, 12 août. — Les gens des comptes mandent au
gouverneur du bailliage d'Amiens et au maître de l'écurie
du roi que ni l'évêque d'Arras, ni le doyen du chapitre
n'élant inscrits aux registres, ils doivent être tenus quitles.
— Fol. 294 r°. Coté cc.
347
*1389, 26 juin. — Pierre, év. d'Arras el Jacques, abbé de
St Aubert de Cambrai, tous deux créanciers du châtelain
de Douai à Vitry et prétendant chacun être payé le premier,
s'entendent pour le recouvrement de leurs arrérages. —
Fol. 253 vo et 260 v°. Cotés ceci et cccvint bis.
— 237 —
348
*1390, 28 août. — Pierre, év. d'Arras et le chapitre. d’une
part, et frère Pierre Flouri, procureur de la terre et bailliage
de Hautavesnes pour les religieux de St Jean de Jérusalem,
s'accordent au sujet d'un dimage contesté entre Rouvroy et
Acheville. — Fol. 255 r° et 258 v°. Cotés cccui el ccevur.
349
*1391, juin. — L’ev. Pierre et le chapitre d'Arras pour
prévenir toutes contestations, conviennent de leurs droits
respectifs dans la répartition de certains dimages à Braquen-
court, Bapaume, Fontaine, Gomiecourt. — Fol. 256 r° et
257 v°. Cotés ccciv et cecvi. |
350
*1393 n. st., 22 mars. — Le maire et les échevins d'Arras
reconnaissent que, voulant faire réparer les soubassements
de l’avant-porte el du pont-levis de Cité endommagés par
les avalaisons, ils ont obtenu de l’évèque l'autorisation de
faire ces travaux, sans préjudice à sa juridiction. — Fol. 235 r°
et 339 v°. Cotés count et ceci x vi.
351
#1393n.st.,22 mars. — L'évèqueet les échevins s'accordent
sur le conflit soulevé par l'official au sujet de la veuve de
Denis Ridé, emprisonnée par eux pour avoir, après renon-
ciation, distrait partie des biens de son mari, en fraude des
droits des tiers. L'official retire sa monition et les échevins
restent saisis. — Fol. 235 v°. Coté counxxv.
352
[4393, 29 juin]. — Formule du serment prêté par l’évèque
Jean Canard à sa première entrée dans la Cité. — Fol. 363 v°.
Coté nn°xv.
— 238 —
393
(4393, 29 juin]. — Récit de la tentative faite par Gérard
Wambours, maire de Galeurue, pour s'emparer du cheval de
l’év. Jean Canard, lors de la première entrée du prélat dans
la Cité. — Fol. 265 r° Coté cocxv.
354
1393, 30 juin. — Note sur la première entrée de l’évêque
Jean Canard dans la ville de Douai. — Sa visite à l’église
St-Pierre et le lendemain à celle de St-Amé ; versement des
deux « procuralions », chacune de 80 gros tourn. ; conduite
processionnelle du prélat à son hôtel de l’« Olifant ». —
Fol. 236 v°. Coté counxxvi.
399
*1393, 7 sept. — Le chapitre ayant acheté de Martin de
Croisettes un pré à Bronnes, vers les Hautes-Fontaines, au
pouvoir du maire de Galeurue, donne audit maire homme
vivant et mourant, comme il s’y reconnaît tenu. — Fol.
251 vo. Coté conri2*xix,
356
1393, 8 sept. — Par-devant notaire, la châtelaine de Douai
renonçant à certaines oppositions relativement aux amendes
encourues par elle pour avoir, sans consulter les officiers de
l’évèque, établi une écluse dans la rivière de Vitty, demande
et obtient cette autorisation. — Fol. 252 r°. Coté m°,
397
*1393, 27 sept. — Le tuteur de Godefroy de Hestrus, fils
de feu Sauwale, chevalier, et ses proches renoncent en son
nom, par devant échevins de Cité, à leurs droits sur une
maison caduque faisant le coin de la rue Maître Adam, mise
en la main de l’évèque pour arrérages de rente non payés.
— Fol. 249 ro, Coté coun**xvin.
398
4394 n. st., 49 mars. — Jacques, abbé de St-Bertin,
reconnail, après avoir consulté les cartulaires, que son
— 239 —
abbaye doit un « past » de deux jours à l’évêque d’Arras
Jean Canard lorsqu'il s’y rend en personne. — Fol. 302 vo
et 310 v°. Cotés cccLvir et CCCLxv.
399
1394 n. st., 24 mars. — Pierre Roget (al. Rouget), abbé
de Blangy, devant à l’évêque trois marcs et demi par an et
se trouvant arriéré de deux ans, lui a demandé des délais
et s'engage à payer aux termes convenus. — Fol. 303 r°
et 311 r°. Cotés cccLvir et cccLx vi.
360
*1394 n.st., 2 avril. — Me Robert Waguet, clerc, conseiller
du roi,chanoiïne d'Arras, commis par le parlement à enquérir
sur certains articles du compte d'exécution testamentaire
de l’év. défunt Pierre le Masurier, donne acte de leurs
protestations à l’évêque, au chapitre et à Jaque le Masurier,
neveu et héritier du défunt. — Fol. 303 vo, Coté cecLxix.
361
1395. — Exposé des raisons pour lesquelles l’év. d'Arras
Jean Canard a fait enlever de son parc appelé le « Brulle »
(Brulium) les cerfs, biches et lapins qu’on y entretenait, —
Fol. 330 vo. Non coté.
362
#1395, 43 déc. — Par-devant échevins de Cité, le procureur
de l'évêque arrente à Thomas Walon, pour sept livres par
an, la maison qui fut à Godefroi de Hestrus, au coin de la
rue Maïtre-Adam. — Fol 309 r°. Coté ccczxinur.
3063
#1396 n. st., 6 avril. — feria tertia post festum b. Mathei
apost, — Arrêt du parlement homologuant un accord passé
le 5 mars précédent entre l’év. d'Arras, d’une part, et
Anieux de Nédonchel, écuyer, Simon Faverel, maire
d'Arras, Jacques le Borgne, Gille Haterel et autres, qui
reconnaissent, après l'avoir contestée, la compétence de
l'officialité dans le procès intenté à leurs censiers par
l'abbaye du Mont-St Eloi et le curé de Liévin au sujet de
certaines dimes. — Fol. 312 r° et 352 vo, Cotés ceczxvui et
CCCCVI.
364
*1396, 9 nov. — Le chapitre ayant acheté de Philippe des
Yauvs un pré a Bronnes vers les Hautes-Fontaines, tenu
en fief de l’évèque, donne audit évêque homme vivant al
mourant, comme il s’y reconnait obligé. — Fol. 313 r°.
Non coté.
365
*1396, 13 déc. — Sous le vidimus de la prévoté de Paris
du 40 janvier suivant, lettres de Charles VI informant le
maitre de la chambre des deniers qu’il tient l’évèque quitte
pour celle fois du « past » que celui-ci lui a offert à Arras
le 143 novembre dernier. — Fol. 316 r°. Coté cecLxxu.
306
*1397 n.st., 24 janv.— Sentence interlocutoire des requêtes
du palais dans le procès pendant entre l'évêque et l’abbaye
d'Anchin, au sujet de la justice ecclésiastique de Pecquen-
court qu’elle lui contestait. La recréance est adjugée à
l'évèque. — Fol 313 v°. Coté cccLxix.
367
*1397 n. st., 6 févr. — Lettres exécutoires du jugement
ci-dessus. — Fol. 315 r°. Non coté.
308
*1397 n. st., 27 janv. — Les gens des requêtes homolo-
guent l'accord passé entre l'évêque, d'une part, d'autre
Guillaume de Neele et Mahaut de le Vigne, sa femme, au
sujet d’une écluse que celle-ci vouiait faire dans la riviere
de Vitry. — Fol. 315 r°. Coté cocexx.
— 241 —
369
*1397 n. st., 30 janv. — Lettres exécutoires du jugement
ci-dessus. — Fol. 315 v°. Non coté.
370
*1397 n. st., 22 mars. — Charles VI ordonne au bailli
d'Amiens de faire savoir que par sa défense récemment
publiée de poursuivre en cour d'Eglise aucune action per-
sonnelle ressortissant à un juge laïc, il n’entend pas qu'il
soit porté préjudice à la juridiction ecclésiastique de l’év.
d'Arras. — Fol. 315 v°. Coté ccczxxi.
371
#1397, 7 mai. — Sous le vidimus du chapitre d'Arras du
9 mai, lettres de l'év. Jean Canard autorisant ledit chapitre
à établir uneécluse intermittente dans la rivière du moulin
de Bronnes, pour faire baigner les prés achetés par lui de
Martin de Croisettes et Philippe des Yauwis. — Fol. 317 v°.
Coté ceczxxit.
372
*1397, 46 juillet. — Arrêt du parlement homologuant un
accord entre le procureur du roi, l’évêque et la veuve de
Jacot Pironel, clerc, d'une part, et les bailli et échevins de
Béthune, d'autre part, sur les réparations à faire par ceux ci
à la justice ecclésiastique, pour avoir jugé et exécuté ledit
Pironel. — Fol. 319 vo. Coté ccczxvi.
373
4397, 25 juillet. — Procès-verbal notarié des excuses
présentées à l’évêque, dans sa chapelle à Arras, par les
échevins dudit Béthune, le lieutenant du bailli, les sergents
et le geôlier. — Fol. 321 r°. Coté cecLxxvil.
374
4397, 26 août. — L’év. Jean Canard, touché de la situation
de l’abbaye de Blangy qui lui doit trois annuités pour sa
16
— 242 —
maison de Quiéry, se contente d’un à-compte et la tient
quitte. — Fol. 321 v°. Coté ceczxxvunr.
379
*1397, 20 nov. — L'év. Jean Canard et Mathieu, archi-
diacre d'Arras, étant en désaccord au sujet de certaines
amendes prononcées par la cour au profit de la fabrique,
dans lesquelles l'archidiacre réclamait son tiers comme
dans les autres, il est convenu que les choses resteront en
l’état, tous droits réservés. — Fol. 318 r°. Coté cccLxxiv.
376
*1397, 2 déc. et 1398 n. st., 31 janv. — Letires par
lesquelles l’év. Jean Canard confère à Jean le Kièvre la
trésorerie vacante de la collégiale de St-Amé de Douai,
suivies de lettres du même audit chapitre confirmant cette
nomination, le tout compris dans un instrument notarié du
1er février. — Fol 340 r°. Coté cecunr*xvi.
377
*1398 n. st., 40 janv. — Philippe, duc de Bourgogne,
comte d'Artois, donne lettres de non-préjudice à l’évêque
pour avoir laissé percevoir sur ses sujets enclavés l'aide
que les Etats ont accordée au duc pour la rançon de son
fils le comte de Nevers. — Fol. 319 r°. Coté ceczxxv.
378
*1398, 5 mai. — Philippe, duc de Bourg., comte d'Artois,
sur la plainte portée par l’évêque contre le lieutenant du
bailli de Bapaume et un certain nombre d’habitants de
Beugniâtre, qui avaient violé l’immunité de l’église de ce
viläâge en y affamant un réfugié et en l'en arrachant
ensuite par violence, prescrit les réparations publiques infli-
gées aux coupables. — Fol. 325 r°. Coté cecur*xut,
— 243 —
379
#1398, 6 juillet. — Jugement du bailliage d'Amiens attri-
buant à la cour épiscopale la compétence d'appel des juge-
ments del’échevinage de Vitry, contrairementaux prétentions
de Mahaut de la Vigne, châtelaine de Douai, qui tenait de
l'évêque la mairie de ce village. — Fol. 322 r°. Coté cecLxxix.
380
1398, 4 oct. — Philippe, duc de Bourg., comte d'Artois,
ordonne aux échevins de Douai de ne plus mettre hors la
loi les clercs qui déclineraient leur juridiction, et de punir
dans ce cas, comme dans tout autra, les actes de violence
dont ces clercs seraient victimes. — Fol. 326 v'. Coté
CCCLTIX ZI,
381
4399 v. st., 27 janv. — Sentence de l’official condamnant
à des réparations publiques et à diverses amendes deux
clercs et leurs complices coupables d’avoir escaladé le
prieuré d’Aubigny et laissé pour mort un des serviteurs de
la maison. — Fol. 329 r°. Coté cccnnxxvr,
382
4399 n. st., 1 mars. — Arrêt du parlement rendu sur appel
du châtelain de Douai aux droits de Mahaut de le Vigne,
sa femme, lequel confirme le jugement du bailliage sur le
ressort de l’échevinage de Vitry. — Fol.324 r°. Coté cccLxxx.
383
4399 n. st., 4 mars. — Lettres exécutoires de l’arrêt
ci-dessus. — Fol. 324 v°. Coté cccLxxxI.
384
*1399 n. st.— Note constatant qu'aux obsèques de Bonne,
fille du duc Philippe, célébrées à N. D. d'Arras en mai 1398,
une discussion s'éleva entre Jean Canard et le chapitre
— 244 —
au sujet du luminaire, et qu'après examen, le chapitre
reconnut qu'il appartenait à l’évêque. — Fol. 341 vw.
Coté cecrriX2x vu.
385
4399, mai et 3 juillet. — Vidimus et confirmation par l'év.
Jean Canard d’un acte par lequel Jean Vaast, dit Caron,
prévôt de la collégiale de St-Pierre d’Aire, fonde une chapel-
lenie dans une chapelle à bâtir au cimetière de Gavrelle,
contiguë à l’église. — Foi. 341 vo, Coté cccuri**xix.
386
#(1399] 8. d. — Jugement des gens des requêtes sur la
demande faite à l’év. par l’archidiacre d'Arras Mathieu
Regnaut de lui faire payer le tiers auquel il a droit dans
toutes les amendes de la cour spirituelle. (Copie incom-
plète.) * — Fol. 327 r°. Coté cccunxxiv.
387
XIVe 8. — Etat des procurations et des pasts dus à l’évêque
dans le diocèse et au dehors. — Fol. 360 r°. Coté cccexi.
388
*1400 n. st., 24 mars. — Sentence interlocutoire des gens
des requêtes du roi, dans le procès entre l’év. Jean Canard
et le chapitre de Lens au sujet du droit de visite et de la
correction des clercs, adjugeant à l’'évèque la récréance des
choses contentieuses. — Fol. 331 r°. Coté cccur*zvu.
389
*1400 n. st., À avril. — Lettres exécutoires de l'arrêt
ci-dessus. — Fol. 332 r°. Non coté.
* Le feuillet suivant, où se lisait la suite du jugement, a disparu
avant la pagination du volume. Cette pagination est du seizième
siècle et antéricure à la dernière reliure.
— 945 —
390
4400, 21 avril. — Rapport du sergent exécuteur de la
prévôlé de Beauquesne Guillaume de Fevin. — Foi, 332 vo.
Non coté.
391
4400, 9 sept. — Accord passé devant les gens des requêtes
du palais, par lequel le chapitre de N. D. de Lens reconnaît
à l’évêque le droit de visite de la collégiale et la correction.
des clercs. — Fol. 333 r°. Coté cecri** vis.
392
1400, 7 juin. — Transaction entre l’év. Jean Canard et les
maire et échevins d'Arras touchant une écluse que l’évèque
avait établie sur le ruisseau des Hautes-Fontaines pour
arroser ses prés de Bronnes, au préjudice de la ville. —
Fol. 328 r°. Coté cecir1xxv.
393
4400, 17 juin. — Procès-verbal notarié des déclarations
faites par l’évèque et l’abbé de St-Vaast au sujet des prévôtés
de Gorre, Berclau et St-Michel, l'abbé reconnaissant qu’elles
doivent à l'évêque une procuration par an, sans qu'il soit
tenu de s’y rendre en personne.— Fol. 336 r°. Coté cccrrtzxi.
394
#1400, 28 oct. — Par acte passé au Châtelet, Jean de
Calonne, acquéreur de la maison de « l’Eschequier » en Cité,
se désiste de son opposition au retrait seigneurial exercé
par l'évêque sur cette vente, — Fol. 343 r°. Coté n°.
395
4400, 16 déc. — Arrêt du parlement qui annule l’appel
interjeté devant lui contre les maire et échevins de Cité
pour incarcération d’Etienne de Monchy prévenu de meurtre,
l’évêque revendiquant le ressort d’appel pour sa cour féodale,
— 946 —
L’inculpé est renvoyé devant le prévôt de Paris. — Fol.
335 vo. Coté cccuili*7x.
396
1401. 23 août. — L’évéque et le chapitre, se trouvant en
conflit de juridiction au sujet de trois chapelains qui deman-
daient à se justifier d’une imputation de meurtre, convien-
nent de considérer comme non avenues les procédures
commencées. — Fol. 336 vo. Coté cocnn*?xur.
397
*1401, 19 sept.— Par devant les échevins de Cité, Jacque
Eliot, dit Moufflet, abandonne à l’évêque, à la suite d'une
saisie pour rentes non payées, sa maison en Galeurue,
contiguë à l'hôpital de Sainte-Anne. — Fol. 347 r°.
Coté ceccui.
398
1404, 13 nov. — L’év. Jean Canard règle avec le chapitre
deux questions de juridiction touchant le presbytère de
St-Nicolas-en-l’Atre et la maison des « Maillets d'Or » : la
première est dévolue au chapitre, la seconde à l’évêque,
sauf le jardin et la bove. — Fol. 336 vo. Coté cccun*xxnr.
399
*14014, 2 déc. — L'évêque ayant à se plaindre d’exploits
faits par le sous-prévôt du chapitre dans sa juridiction, et le
chapitre reprochant des entreprises semblables au prévot
de Cité, il est convenu que, de part et d'autre, ces exploits
seront censés non avenus. — Fol. 337 vo, Coté ceci x.
400
*1401, 2 déc. — L’évèque et le chapitre, s'étant trouvés
en conflit de juridiction à la mort de Jean de Pas au sujet
de sa maison de Galeurue et des dépendances, consentent
un partage de l’immeuble qui fixe pour l'avenir leurs droits
respeclifs. — Fol. 338 r°. Coté cccurn*x*xv.
— 247 —
401
4401, 4 déc. — Par-devant le prévôt et les échevins de
Cité, l’év. Jean Canard, comparant en personne, et le procu-
reur et receveur des échevins pour l'hôpital Ste-Anne
donnent à nouvelle rente à Pierre Haton, chantre et chanoine,
la maison qui fut à Jean Eliot, dit Moufflet, à charge des
réparations. — Fol. 348 r°. Coté ceccui.
402
4401, 27 déc. — Acte notarié constatant qu’au nom de
l’'év. Jean Canard, son official a fait don à la communauté
des chapelains, par les mains de trois de ses membres, d’un
bréviaire à lui échu de la succession de Bernard le Déale
(Dyabolus), bâtard. — Fol. cecxzn. Coté ceccr.
403
#1402, 45 mai. — Les procureurs de l’évêque et de l’hôpital
Ste-Anne déclarent par-devant échevins de Cité que Pierre
Haton a fait les réparations stipulées dans son contrat
d'arrentement et l’en tiennent quitte. — Fol. 350 ve.
Coté ccccv.
404
4402, 44 oct. — Présentation au chapitre de St-Amé de
Douai par Phillebert de Salion, conseiller du duc de Bour-
gogne, des lettres par lesquelles l’évêque Jean Canard,
estimant la prévôté élective de la collégiale tombée en dévolu,
lui confère d'autorité ce bénéfice. Procès-verbal de son
installation. — Fol. 345 r°. Coté ccccu.
405
4403, 4 juin. — Acte notarié constatant que le chapitre de
St-Amé a présenté à l’évêque d'Arras M° Adam Choquart
de St'Amand comme doyen canoniquement élu et que
l’évêque lui a donné charge d'âmes. — Fol. 353 r°. Coté
CCCCVIL.
— 948 —
406
S. d. [début du XVe s.]. — Commentaire doctriaal sur
cerlains articles des concordats du 6 sept. 1273 et du 21
juillet 1363, touchant la juridiction de l’évêque sur les
chanoines et les clercs. — Fol. 354 r°. Coté cecovui.
407
1403, 23 déc. — Sur la plainte de l’évèque, le chapitre
d’Arras met à néant une citation faite en son nom à lIllies
et en Cité par le chapelain Jacques Guilleman, sans autori-
sation de l’official. — Fol. 358 vo. Coté ccccx.
‘408
*1404, 24 juin et 22 juillet. — Les maire et échevins
d'Arras vidiment et ratifient les lettres par lesquelles l'év.
Jean Canard, le chapitre, le prévôt et l’échevinage recon-
naissent que, pour la défense de la Cité, les autorités
d'Arras leur ont permis de relier la porte Triperesse
aux murs de. la Ville par une palissade. — Fol. 373 r°.
Coté cecexxir.
409
4404, 9 nov. — Les vicaires généraux de l’év. Jean Canard
confèrent à Louis Baqueler la chapellenie de St-Vaast, à la
présentation de l'abbé, en l’église de Laventie. — Fol. 363 r°.
Coté ccccxiv.
410
4404, 16 nov. — L’év. Jean Canard confère à Guillaume
Lanquier la chapellenie dite du Pétillon, à la présentation
de l’abbé de St-Vaast, dans la paroisse de Fleurbaix. —
Fol. 358 r°. Coté ccccix.
411
4404, 22 déc. — Note d'une demande exagérée faite à
l'év. Jean Canard par le collège des cardinaux pour leur
droit de service ordinaire de l'évêché, et quittance donnée
par le cardinal-diacre Amédée de Saluces des quatre mille
— 249 —
florins dus par l’évêque pour cet objet. — Fol. 364 r°.
Coté ceccxvi.
412
S. d. [début du XV s.]. — Réfutation des raisons que le
chapitre tire de l'arbitrage du 29 oct. 1303 pour se dire en
droit d'acquérir librement des maisons dans la Cité etde les
tenir en main morte. — Fol. 370 r°. Coté ccccxx.
413
#1405 n. st., 16 mars. — Charles VI, informé par l’év. de
Thérouanne que certains seigneurs interdisent à leurs sujets
de procéder ailleurs que devant les tribunaux laïques,
ordonne au bailli d'Amiens de maintenir le plaignant dans
ses droits et prérogatives. — Fol. 359 ro. Coté ccccexi.
414
4405, 12 juin. — Par acte passé à la prôvoté de Paris,
l'év. Jean Canard consent à ce que Mgr Louis, cardinal de
Bar, nommé par provision du pape archidiacre d'Arras, lui
prête foi et hommage par procureur, et il reçoit le serment.
— Fol. 364 v°. Coté ceccxvir.
415
4405, 19 nov. — Acte notarié constatant qu’à la première
entrée du duc de Bourgogne dans Arras, le vicaire général
et official ayant été prié de sa part d'élargir certains clercs
condamnés à la prison perpétuelle, il l'a fait aussitôt par
grâce et sans y être tenu. — Fol. 366 r°. Coté cecexvu.
416
#1406, 44 juin. — Charles VI, sur la plainte portée par
l’évèque d'Arras contre le prévôt de Houdain et certains
seigneurs qui interdisaient à leurs sujets de procéder devant
la justice ecclésiastique, donne ordre au prévôt de poursuivre
les délinquants, — Fol. 372 r°. Coté cccexxi.
— 250 —
417
*1406, 12 juillet. — Charles VI, informé par l’év. d'Arras
qu'en présence de certain appel d'une sentence en matière
criminelle, les échevins de ses seigneuries de Cité, Vitry,
Marœuil et autres lieux, craignant d’être mis en cause,
s’abstiennent de juger, leur enjoint de continuer à rendre la
justice d’après leurs anciennes coutumes, nonobstant cet
appel, — Ces lettres sont insérées dans celles de Guillaume
de Fevin, sergent du roi au bailliage d'Amiens constatant
leur publication. — Fol. 383 r°. Coté ceccxxvi.
418
*1406, 26 sept. — Sentence arbitrale qui établit une ligne
de demarcation entre la juridiction de l’évèque, en tant que
seigneur ruyer, et celle du chapitre, de chaque côté de cette
partie de la Grande rue de Cité qui sépare la porte du cloitre
des degrés de l’Hôtel-Dieu, et d’autre part en Galeurue et
rue des Béguines. — Fol, 380 r°. Coté ceccxxv.
419
4408, 22 juillet. -- Extrait d’une seconde lettre de fonda:
tion de la chapellenie de Gavrelle par Jean Vaast dit Caron,
qui a fait bâtir une chapelle dans le cimetière de l’église. —
Fol. 378 vo. Coté ccccxxiv.
420
#1408, 5 déc. — Jean, duc.de Bourgogne, comte de
Flandre et d’Artois, donne lettres de non préjudice à son
confesseur el conseiller Jean Canard, év. d'Arras, pour
avoir permis de lever sur ses sujets enclavés leur quote-part
de l’aide accordée par les Etats. — Fol. 374 vo. Non coté.
421
*1409 n. st., 8 févr. — Par acte de la prévôté de Beau-
quesne, les exécuteurs testamentaires de feu Jean Canard,
év. d'Arras, du consentement de l’év. Martin, son succes-
— 251 —
seur et de ses héritiers Guy Lescot, écuyer, et Marguerite
sa femme, transportent au chapitre d'Arras le fief dit
« la Mairie » à Vitry, acheté par le défunt de Robert
Pipelart, bourg. d'Arras, qui le tenait, à charge d’usufruit,
de Simon Faverel et Marie Louchard, sa femme. Conditions
de l'amortissement et de l'obit. — Fol. 375 r°. Coté ceccxxui.
422
_#1410, 18 déc. — L’év. Martin et les échevins de Douai
s'accordent au sujet de la vente de la mairie de Vitry faite,
sous réserve d’usufruit, aux échevins de Douai par leur
châtelaine Mahaut dele Vigne.— Fol. 390 vo. Coté ceccxxx.
423
*4410, 18 déc. — Martin Poré, év. d'Arras, arrente à la
ville de Douai son moulin et ses pêcheries de Vitry, se
réservant la seigneurie. — Fol. 388 r°. Coté ccccxxvni.
424
*1410, 18 déc. — Procuration donnée par l’échevinage de
Douai à ses mandataires pour conclure la vente et l’arrente:
ment ci-dessus. — Fol. 388 vo. Coté coccxxix.
425
*1416, 17 sept. — Jean, duc de Bourg., comte de Flandre
et d'Artois, sur la plainte de l’év. Martin, mande à ses com-
missaires, juges-réformateurs généraux de ne rien entre-
prendre contre la juridiction ecclésiastique de la Cité. —
Fol. 392 vo. Coté ccccxxx.
426
#1419, 24 mai. — L'év. Martin autorise le transport d’un
fief tenu de lui à Vitry, acheté par Me Robert le Roy,
écolâtre, et donné par lui au chapitre pour fonder son obit.
— Fol. 395 r . Coté ceccxxxu.
427
1419, 25 oct. — Acte notarié constatant qu’à la première
— 959 —
entrée du duc Philippe dans la ville d'Arras, le vicaire et
official de l'évêque a été prié de sa part d'élargir quelques
clercs, les uns condamnés, les autres prévenus : ce qu'il a
fait par grâce, sans y être tenu. — Fol. 394 r°. Coté coccxxxil.
428
#1424 n.st., 12 févr. — L’év. Martin accorde à Jacques
Cardon, bourgeois d'Arras. que son fief du Mont St Eloi,
tombé en non-valeur par suite de la stérilité et des guerres,
soit désormais exempt de terrage, à condition de payer
annuellement 8 den. par mencaudée. — Fol. 396. Coté
CCCCXXXIV.
429 |
#1423, 43 nov. — L'év. Martin accorde au petit commun
des chapelains leur envoi en possession de terres tenues de
lui en coterie au terroir de Marœuil, que leur a léguées le
doyen Martin du Pré. — Fol 400 v°. Coté coccxxx vit.
430
4424,7 sept. — Arrêt du parlement ordonnant de renvoyer
à la justice de l’évèque et devant l’inquisiteur, qui l'accusait
d'hérésie, une fille de joie emprisonnée par tes échevins de
Douai pour scandale nocturne, blasphèmes et autres excès
commis dans l'ivresse, délits dont ceux-ci revendiquaient la
connaissance. — Fol. 339 v°. Coté ccccxxxvi.
431
4414, 7 sept. — Lettres exécutoires de l’arrêl ci-dessus.
— Fol. 400 r°. Non coté.
432
*1427, 8 juillet. — L'official, après avoir rappelé la viola-
lion de l’église de Laventie par une troupe en armes et
l'enlèvement par la force des cinq réfugiés qui s’y trouvaient,
constate les réparations publiques faites par les principaux
coupables, les absout et leve l’interdit, — Fol. 403 r.
Coté ccccxxxix.
rm
— 253 —
433
4440 n. st., 10 mars. — L’év. Fortigaire expose dans un
acte notarié la règle de ses rapports juridictionnels avec le
chapitre, en ramenant à treize chefs les anciennes questions
litigieuses et leurs solutions. — Fol. 405 r°. Coté ccccxL.
434
#14[40-52], 24 déc. — L’év. Fortigaire « de Placence »
proteste contre la publication d’un mandat royal impétré en
son nom et à son insu par le chapitre et ses sujets de Cité à
l'encontre de la Ville d'Arras. — Fol. 407 vo. Coté ceccxz bis.
435
1446, 13 déc. — Les quatre arbitres nommés par l'év.
Fortigaire et M° Roland Lescripvain, archidiacre d'Arras,
pour juger leurs différends, prononcent leur sentence dans
la chambre rouge de l’évêché. — Foi. 412 r°. Coté ceccxzui.
436
*1447, 9 juin. — Par-devant auditeurs royaux de la
prévôté de Beauquesne, les quatre arbitres susdits attestent
l'authenticité de leurs sceaux appcsés à l'acte, et le notaire
Alexandre le Maire | Majoris) celle de son seing tabellional.
— Fol. 415 vo, Coté ceccxuiv.
437
*1456, 23 oct. — Philippe de Saveuses écrivant à l'év.
d'Arras au sujet de sa fondation d’un couvent (de Ste-Claire)
en Cité, s'engage à obtenir du pape qu’il soit fait mention
dans les bulles de l'autorisation préalable de l’évêque et du
chapitre, afin de sauvegarder leurs privilèges. [Il garantit
en outre l’exercice de leur juridiction spirituelle dans ses
terres et seigneuries. — Fol. 416 r°. Coté ccccxLv.
438
*1526 n. st., 20 mars. — Le vicaire général de l'év.
— 254 —
Eustache de Croy inféode à nouveau la mairie de Galeurue
à Jacques de Gombermez, fils de Pierre l’ancien mayeur,
après la mort duquel la mairie était retournée au domaine
par défaut de relief. — Fol. 416 v°. Coté ceccxzvi.
439
4526, 22 oct. — Par-devant Guy Buée, prévôt de Cité, et
les hommes de fief de la cour épiscopale, les héritiers
d’Arthus Braqué vendent pour 2,840 |. tourn. au chapitre
d'Arras la maison et terre du Goyetsises à Marœuil et tenues
de l’év. d'Arras. — Fol, 417 r°. Coté ceccxzvii.
440
#1526, 22 oct. — Les chanoines, pour dédommagerl'évèque
de l'amortissement ci-dessus, lui font remise des six livres
qu'il leur doit annuellement sur le moulin de Bronnes, et
s'engagent à fournir homme vivant et mourant.— Fol.419 v°.
Coté ceccxLvur.
441
°4527 0. st., 6 févr. — Arrèt du grand conseil de Malines
homologuant l'accord par lequel Louis de Gavre, seigneur
d'Inchy et maire de Vitry, poursuivi par l’év. d'Arras pour
défaut de paiement des arrérages de sa mairie, reconnaît les
droits de l’évêque et s'engage à acquitter sa dette. —
Fol. 420 r°. Coté ccccxLix.
442
*1528, 48 sept. — Acte notarié par lequel l’év. Eustache
de Croy donne en nouvel arrentement à Jean Bizé d'Hame-
laincourt, toutes ses terres de Chérisy. jadis retournées dans
ses mains pour défaut de paiement. — Fol. 421 v°. Coté ccccu.
443
*1528, 19 sept. — Par devant les mêmes notaires, Antoi-
nette de Paradis, femme de Jean Bizé, approuve et ratifie
l'acte ci-dessus. — Fol. 422 v°. Coté cecci.
— 255 —
444
#1529 n. st.,10 mars. — Acte notarié par lequel Eustache
de Croy, év. d'Arras, arrente à Philippe Carpentier, cultiva-
teur, un fief à Marœuil nommé le fief de Bray, jadis retourné
aux mains de l’évêque pour défaut de paiement et devoirs
non faits. — Fol. 423 r°. Coté cccczn.
445
1529, 44 déc. — Bononie, tertio idus dec., pont. a. VII.
« Querelam dilecti filii ». — Clément VII, sur la plainte de
l'évêque élu d'Arras contre l’abbé de St-Vaast Martin Asset,
qu’il accusait de porter la mitre et autres ornements ponti-
ficaux, comme un évêque, dans l’église, la Cité et les proces-
sions, charge les abbés du Mont-St-Eloi et de Marœuil
d'iuformer, de décider et de faire exécuter leur décision. —
Fol. 424 r°. Coté cccczui.
| 446
4530, 7 mai. — Martin, abbé de St-Vaast, déclare que s’il
a porté les ornements pontiticaux en ville et en Cité à la
procession générale faile le 19 août 1529 à l’occasion de la
paix, c'était, non pour rivaliser avec l’évêque, mais pour
honorer la Majesté impériale, s’y croyant d'ailleurs autorisé.
— Fol. 430 r°. Coté ccccLiv.
447
*1536, 27 sept. — Sentence du Conseil d'Artois décidant
contre Loys de Gavre, demandeur, que le dénombrement
de la haute mairie de Vitry servi par lui à l’év. d'Arras,
défendeur, doit être porté, en cas de contestation, non devant
l’échevinage de Vitry, mais devant la salle épiscopale,
seule compétente pour décider de la mouvance du fief. —
Fol. 430 vo. Coté cocczv.
448
4537, 28 oct. — Sentence de l'oflicial contre Charles
Cocquin, abbé d’Anchin, condamné pour ses déréglements
à cent carolus d'amende. Il devra expulser Anthoinette de
— 956 —
Pecquencourt et s'abstenir de loger leurs enfants dans le
monastère. Eu égard à sa soumission, l'évêque lui remet
l’amende. — Fol. 443 r°. Coté cccczxv.
449
1541 n. st., 10 janv. — Procès-verbal des rétractations et
des excuses faites par Antoine Lhéritier, chanoine de N. D.,
à deux prêtres ses confrères, qu’il avait accusés de s'être
livrés à des actes scandaleux dans un souper intime chez
les religieuses Louez- Dieu. — Fol. 428 r°. Coté cecczvi.
450
#1543 n. st., 3 mars. — Marie, régente des Pays-Bas,
mande par lettre missive à ses officiers, qu'avant d'agir
rigoureusement contre les gens d’Eglise. ils doivent d’abord
communiquer à l'évèque toute requête à eux présentée
concernant fait de juridiction ecclésiastique. — Fol. 428 v°.
Coté ceccLzvil.
451
1544, 13 et 49 mai. — Acte notarié par lequel l'évêque
consent à changer son droit de terrage en une rente de
12 den. sur une pièce de terre hors la porte d'Amiens, le
long des « fossez es lavaches » dont le propriétaire veul
faire un jardin. — Fol, 442 r°. Coté ceccrxiv.
452
1544, 13 sept. — Sentence du grand Conseil de Malines
condamnant à de grosses amendes et à des réparations
publiques Charles du Bois, seigneur d’Esquerdes, Annequin,
Vermailles, etc. el ses serviteurs, pour violences envers
l’appariteur de l'év. exerçant ses fonctions de justice. —
Fol. 429 vo. Coté ccccuix
453
1544, 30 oct. — Procès-verbal de l'amende honorable
faite, en présence de la cour, au mandataire de l'évêque par
Charles du Bois, seigneur d’'Esquerdes — Fol. 435 r°. Non
coté.
— 257 —
454
4544, 28 nov. — Ordonnance de Charles-Quint rendus
sur la plainte de l'év. contre les adversaires de la juridiction
de l’official, dont elle maintient les droits en matière per-
sonnelle et détermine la compétence. — Fol. 435 vo.
Coté ccccxL.
| 455
1545 n. st., 21 janv. — Lettre de Charles-Quint, par
laquelle, visant celle de sa sœur, il insiste pour que toutes
les requêtes concernant fait de juridiction ecclésiastique
soient d'abord communiquées aux officiers de l’évèque, afin
d'entendre leurs raisons. — Fol. 428 vo. Coté cecczvunt.
456
*1545, 24 avril. — Acte donné par le conseil d'Artois à
l’official d'Arras de la présentation que lui a faite son
promoteur des lettres originales ci-dessus, obtenues de
l'empereur par l’év. Antoine Perrenot de Granvelle. —
Fol. 437 vo. Coté cccczxi.
457
4549 n. st., 8-23-29 janv. — Triple procës-verbal consta-
tant l'agression commise par des habitants d’Arleux-en-
_ Paluel contre le vice-curé de Hamel, puis contre le messager
de l'official, la comparution du magistrat d’Arleux, sa
soumission à la justice spirituelle, la sentence, les répara-
lions. — Fol. 438 r°. Coté cccczxir.
457 bis
4551, 46 juin. — Vidimus sous le sceau de l’officialité de
la donation faite en 1287 par Thibaut de Berle, chevalier,
aux pauvres de Berle-au-Moutier, relevée ci-dessus n° 262.
— Fol. 440 vo. Coté cecczxu.
17
— 258 —
ADDITIONS
17 (p. 175).
4164-1165, 13 janv. — Senonis etc. (Jafté 11102).
145 bis (p. 199).
4246, 20 juin. — Lugduni, XII kal. julii, pont. a. III.
« Personam tuam sincera ». (Potthast.....) — Innocent IV,
à la demande du mème évèque, lui accorde qu'aucun délégué
ou subdélégué du saint-siège ne puisse promulguer contre
lui sentence d’interdit ou d’excommunication, sans un
mandat spécial faisant mention de cette faveur. — Fol. 90 vo.
Coté LxxiIv.
342 bis (p. 235).
1385, 19 oct. — Procès-verbal notarié d’une sentence
arbitrale touchant diverses contestations survenues entre
l’év. Pierre Masuyer et ses deux archidiacres Pierre de
Villeblain et Michel de Dainville. — Fol. 385 vo. Coté
CCCCXXVII, ï
Ms. fol. Lvi r°.
Note constatant l'institution par l'évêque et la prestation de
serment de Jacques Bonnard, pourvu par le pape de la cure de la
Madeleine, — 1331, 23 juillet.
M. fol. xxx vo,
Note constatant que Charles VI, pendant son séjour À Arras en
nov. 1382, ayant cédé à ses secrétaires son droit de « proeuration »,
l'évêque composa avec ceux-ci moyennant 240 fr. d'or, à 16 sols
du franc.
APPENDICE
DOCUMENTS
— 90€ —
N°1. — 916 ou 920, 22 mai.
De concessione omnis potestatis quam habebat Karolus rex in Attre-
bato, a Crientione infra unam jleucam undique, facta episcopo
Attrebatensi Stephano. — I. (1).
In nomine sancte et individue Trinitatis, Karolus, divina
propiciante clementia rex Francorum. Si nostrorum peti-
tiones fidelium benigne suscipimus, eorum procul dubio
animos sin nostra fidelitate solidamus. Quapropter omnium
sancte Dei ecclesie fidelium tam presentium quam et
(1) Les transcriptions connues de ce diplôme proviennent de deux
sources différentes, l'une avec la date du règne XX VIII, qui corres-
pond à 920, l’autre avec le chiffre XXIV, c'est-à-dire 916. A la
première se rattachent le texte À du Cartulaire du chapitre d'Arras
(B. N. ms. lat. 9330, fo 63 re) et B, celui de notre Cartulaire de
l’évéché, tous deux identiques, à part certaines fautes de copistes.
La seconde source est celle d'Aubert le Mire (Miræus) et, à sa suite,
du Legatus ecclesiast., de la Gallia, de dom Bouquet, de Bréquigny.
On la reconnaît dans une copie GC du treizième siècle que nous a
conservée la feuille de garde d'un ms. de la Bibl. d’Arras, n° 298,
fs 1 ve, document encore inutilisé, le seul qui, entre autres variantes,
donne exactement la date du lieu, Duzsiacum.
Nous établissons le texte du diplôme d'après ces trois copies
A. B. GC., en notant ci-après les variantes : (a) A. animas —
— 960 —
futurorum religiositas noverit quoniam adeuntes nostre
. dignitatis presentiam, Ysaac ? et Sigardus © comites humi-
liter precati sunt ut concederemus cuidam Cameracencis 4
ecclesie presuli, venerabili viro nomine Stephano. ejusque
successoribus omnem quam regia majestas habel potestatem,
scilicet legalem justicie disciplinam, ex{clepto dumtaxat
stipite quo comitis industria, mallo accersilo, jusliciam Dei
et regis legaliter habet exhibere, in quodam loco juxia
Atrapis castrum ‘, trans fluviolum qui dicitur Crientio, ad
eam scilicet plagam qua ecclesia beate Dei genitricis Marie
sita est, infra unius leuce / undique spatium. Quorum
omnino pelilionibus conibentiam annuendo cencessimus ;
sed et in ejusdem castri pago® villa[m]}* que fertur Lambris,
ultra citraque fluminis ripam quod dicitur Satis, per totum
ejusdem ville predium et ultra quantum arcus jacere potest
undique, ac teloneum, si quod ibidem forte debebitur ; sed
et advenas eo loco ‘ commorantes atque monete officinam
simili modo donamus, ut amodo et in perpetuum, modo
dictos locorum ambitus, sub immunitatis nosire tutela ac
defensione, Deo dilectus et nobis fidelis jam dictus episcopus
ejusque successores quieto ordine absque-ullius contradic-
tione persone perpetuo possideant, et ex{cJepta omni inquie-
tudine Deo serviant, ac propriis utilitatibus vacent atque
nostro fideliter imperio pareant. Precipientes ergo jubemus ut
(b) C. Ysaias — (c) A. B. C. sic — (d) G. Atrebgtensis — (e) G. Atre-
batum — (f) C. leuue — (g) C. in ejusdem pagi loco —(h) A. B. C.
villa — (i) GC. eo loci — (j) G. poterat — (k) À. etdem, C. ejus —
(£) A. lacune — (m) B. temporalia — {(n) B. place du monogr. en
blanc — (0) A. BR. Hervici, C. lacune — (p) A. B. C. ‘acune —
(g) C. anno XXIIII—(r) A. B XXXII, C. lacune — (s) Au lieu du
chiffre manquant, À. et B. ont lu et. — ({) A. Auzsiaco, B. Anzioco ;
C. abrège ainsi les signatures et la date : Actum villa Dustaco,
anno XXIIII. — Douzy, canton de Mouzon (Ardennes), le Daode-
ciacum de Flodoard, résidence royale dès les premiers temps de la
monarchie.
— 261 —
nullus comes aut vicecomes, vel quilibet ex judiciaria potes-
tate, supra scriptorum spatia limilum, ad causas audiendas,
aut freda exigenda, aut fidejussores tollendos, aut advenas
distringendos, nostris futurisque temporibus ingredi audeat.
Sed quicquid exinde fiscus noster acquirere poterit ;, totum
pro nostre anime remedio ac regni stabilitate ejusdem #
ecclesie profectibus ! delegamus, quo et ipsis utilitas tempo-
raria n et nobis successoribusque nostris salubritas proveniat
eterna. Et ut hec nostre auctoritatis preceptio firmior Dei
nomine habeatur ac per futura tempora melius conservelur,
manu propria subterfirmavimus et anulo nostro sigillari
jussimus.
Signum Karoli [»] regis gloriosissimi. Gozlinus regie
dignitatis notarius, ad vicem Herivei o archiepiscopi sum-
mique cancellarii, recognovit. Datum XI kal. junii, indic-
tione.., anno XXVIII 4 regnante Karolo rege glorio-
sissimo, redintegrante XX[1]II ” largiore vero hereditate
in{djepta..… * Actum villa Duziaco ‘ in Dei nomine féliciter.
Amen (1).
(1) Dans les transcriptions de ce diplôme, la date a particulière-
ment souffert. Ses divers éléments ne concordent plus. Les variations
dans l'année du règne laissent le choix indécis entre 920 et 916.
Dom Devienne, Hist. d'Artois, t. I. prem. partie, p. 180, et
A. Le Glay, Revue des Opera diplomat. Miræi, p. 30, veulent
substituer à ce dernier chiffre l'année 917. Leur correction repose
sur une faute de calcul *: ils additionnent la date de l'avènement avec
l'année du règne (893 + 2% — 917), ajoutant ainsi, sans s'en
apercevoir, l'année courante au nombre des années révolues.
Par une semblable erreur de supputation, le Cartul. du chapitre
d'Arras, p. 2 (éd. A. de Loisne), substituant, dans la date du
manuscrit, au redintegrante XX XII la leçon X'X77, suppose que le
chiffre ainsi rectifié doit correspondre à l'année 920 (898 + 22 — 920).
Ce chiffre correspond en réalité à 919. Pour la concordance, il
faudrait ici redintegrante XXIII. La correction consisterait donc,
— 262 —
No 8. — 1146.
Littere Theoderici, comitis Flandrensis, super justicia et
hospitibus de Beham — XXII.
Cum de largitis nobis facultatibus non tantum nostris
famulari usibus, immo Deo largitori,bene operando, proximis
condescendendo, affectuosum quasi remunerationis officium
non pas à supprimer un des trois X, mais à changer le dernier
X'en J. |
D'autre part, la Gallia (III, col. 15) risque la date invraisemblable
de 923, oubliant que l'archi-chancelier Hervé mentionné au diplôme
mourut en juillet 922, et qu'on le voit remplacé par Rotger dès le
8 septembre 920 Chronic. Camerac. et Attrebat., Pertz, Script. VI,
p. 425). Hervé était-il môme encore en fonctions le 22 mai précé-
dent? Voilà ce qu’il importerait de savoir pour trancher la question.
Malgré ces incertitudes, et d'autres encore que présentent certains
détails du texte, le style et les formules semblent garantir, dans son
ensemble, l'authenticité du document. Si l'on a lieu d'être surpris
que le Chronicon Cameracense ait passé sous silence le titre primor-
dial de la juridiction temporelle des évêques de Cambrai dans la
Cité d'Arras, en revanche la donation du village de Lambres v est
reprise dans des termes qui en font le commentaire de l'acte royal :
usus lelonei.... apud Lambras solvebatur : erat enim regius fiscus;
sed tempore Stephant episcopi, a Karolo rege S. Marie donatur
habendus. Illo ettam tempore, portus tlluc habebatur. Postquam
vero incolatus hujus [ Duacensis] castelli cœperat, illic navigtt
usus derivatur et huic nostre ville tantum dimidia portio solvitur.
(Ibid. p. 222).
Le « port » de Lambres était donc sur la Satis, nom que portait la
rivière en amont, tandis qu'en aval, un titre original de Marchiennes
l'appelle Scarbus dès 877. Une autre mention de la Satis se trouve en
977 dans un diplôme de Lothaire relatif au couvent de Marœuil,
document que la Gallia reproduit (t. IT, /nstrum. col. 87), en l'attri-
buant à celui de Maroilles sur la Sambre, Sabrs. Par une singulière
coïncidence, cet autre diplôme royal, dont l'original n'existe pas
davantage, a été transcrit au treizième siècle, avec celui de Charles
le Simple, sur les gardes du Ms. 298 de la Bibl, d'Arras signalé plus
haüt,
— 263 —
rependere debemus, quanto magis ecclesiis Dei, locisque in
quibus principaliter offensionum nostrarum recurrimus ad
remedium, tutelam, reverentiam, opem exhibere, Hujus
boni instinctus nutu ammonitus, ego Theodericus, Dei
patientia Flandrensium comes, locum qui dicitur Huberci-
nehem, deprope villam Maroil subjacentem et ad ecclesiam
La Satis ne se rencontre nulle part ailleurs. On a cru retrouver le
mot dans les « pons d’Insy » du Cartul. de Marœuil, en proposant
l'interprétation « pontes in Satr, les pons sur la Satis ». (L. Ricouart,
Noms de lieu, I. p. 32-33). L'hypothèse repose sur une fausse
lecture ; le texte porte les « pons d'Uisy », alias Wyst, prononcé
à l'artésienne Ugi : hameau dont la rivière a fini par s'appeler
officiellement « le Gy », la rivière d'Ugy devenant pour l'oreille la
rivière du Gy. (Voir n°230). Cf. Hennebert, Hrst. d'Artois, t, 1. p. 63.
Quant à la double dénomination Satis et Scarpus, elle rappelle
ces temps reculés où la rivière d'Arras, tournant brusquement au
sud par la vallée inarécageuse de Vitry, allait se perdre, du côté
d'Etaing, dans le lit de la Sensée. (Gosselet, Géogr. physique du
Nord de la France, VII, Ostrevent.) Des barrages ayant, à une date
inconnue, détourné son cours vers Lambres à la rencontre des eaux
de Marchiennes, le courant ainsi canalisé aurait continué de porter
d’abord le nom de Satis, jusqu'à ce que, les deux rivières n’en
formant plus qu'une, l'usage aurait prévalu de lui donner le même
nom de son embouchure à sa source, celui de Scarpe qu'elle porte
aujourd'hui.
Le Crinchon, Crientio, affluent de la Scarpe, continua jusqu'en
novembre 1194 (v. n° 46; de former la limite entre la Cité, domaine
temporel de l'évêque, et la Ville bâtie sur le tréfonds de l’abbaye
de Saint-Vaast, autour du Castrum Nobiliacus appelé ici Atrapis
castrum.
Au lieu d'Afrapis, forme insolite, mais contraction possible de
Atrabatis, Miræus a lu ac cts, transformé depuis en Accis par dom
Bouquet, ju.rta Accis castrum, et pris également pour nom de lieu
dans Wauters, Chartes et dipl., I, p. 330 : «.., toute la juridiction à
Accis ».
Dans le passage exrceplo dumtatat stipile quo, mallo arcesstto,
le Dr Le Glay (Camerac. christ, p. 18) imprime malo et traduit :
— 264 —
S. Petri de Breteni et de Lehuno antiquitus et libere perti-
nentem, precibus fratrum Cluniacensium in prefatis ecclesiis
Deo militantium, gubernandam, manutenendam, defenden-
dam absque omnis exactionis potestate suscepimus, ea
videlicet conditione ut, excepta fratrum mansione et uno
majorisorto, infra villa[m]de hospitibustantumomnisreditus
legaliumque emendationum, ceterique juris et justicie
dimidiam haberemus portionem, eaque nulli nisi consulatus
heredi succederet potestati. Terram quoque eorum propriam
extra villa[m] jacentem sub nostra tutela cum ceteris susce-
pimus. Si autem in prefata villa molendinum sive furnus ex
communi construatur, in prescripta portione permaneremus.
Ut igitur hocindivulsum apud posteros perseveret, imaginis
nostre corroboramus lestimonio. Actum est autem hoc anno
incarnati Verbi M. C. XLVI, anno consulatus mei XVIHII,
sub his testibus : Anselmo dapifero, Michaele conetabili,
« le coupable appelé devant lui ». Sur le sens obscur de sé{ipite,
voir Du Cange aux mots srips, sTIPEs et les interprétations contra-
dictoires de dom Devienne, Aist. d'Artois, t. I, prem. partie, p. 152,
et de Le Glay, loc. cit.
Que le souvenir de cet antique mallus ait persisté dans la rue et
le « pouvoir des Maus » (v. n° 252), on est autorisé à le croire,
quand on voit les traces nombreuses que ce mot germanique a laissées
ailleurs dans la toponymie. Au pays de l'Alleu, par exemple, les
plaids généraux, franches vérités et assemblées de « verde rue » de
Sailly, Fleurbaix et Laventie se tenaient de toute ancienneté au
lieu dit Esmaus, c'est-à-dire és Maus, écrit Esmals fés Mais) dans
des chartes de 1156 et 1163“, centre de réunion où se voyaient encore
aux derniers siècles les dix pierres ou « perrons » servant de sièges
aux juges de ce tribunal en plein air, L'expression vicus Malleorum
du treizième siècle, appliquée à la rue des Maus en Cité, voit ici
dans maus le pluriel de maïl, maillet. Elle ne serait, comme tant
d'autres, que la traduction phonétique du mot, née d'une équivoque.
* Voir Un cartulaire de l'abbaye de Saint-Vaast d'Arras du
XII siècle, dans le Bullein hist. et philog. de 1896. — Tir. à part,
p. 38. |
— 265 —
Giselberto castellano de Bergis, domino Razone, camerario
Eustacio, castellano de S. Audomaro Waltero, Waltero de
Vado, Gidone de Respelgi, ceterisque quos dinumerare
longum est. Quorum etiam testimoniis Sibilla, uxor mea,
et Balduious, filius noster, interfuerunt et assensum
prebuerunt.
N° 14. — [7161].
[Epistola Ludovici regis ad Magalonensem episcopum de electione
Alexandri pape in concilio confirmata |.
L., Dei gratia Francorum rex, dilecto suo illustri eadem
gratia Magalonensi episcopo, salutem. Celebravimus consi-
lium, nos et rex Anglie, super discordia Romane ecclesie,
ubi archiepiscopi, episcopi et viri religiosi quamplures
affuerunt. Ordinante eliam Domino, cardinales partium
astiterunt, tres pro domino Alexandro et duo pro domino
Oct[aviano], qui prosequentes seriatim negocium, in auribus
nostris suas raciones protulerunt. Cum vero finem dicendi
fecissent, nos antedicti negocii examen clericis imposuimus,
quod a laycis discuti non decebat. Itaque archiepiscopi
et episcopi et clericorum conventus in dominum papam
Alexandrum tandem consenserunt, el nos cum terra nostra,
et similiter rex Anglie cum sua, dictum Alexandrum in
patrem et papam recepimus. Et ut vos pariter ei obediatis
vestram in Domino sanctitatem exhortamur. Valete.
N° 15. — 1162 janoier.
Karta ville de Oupi. — CC.
In nomine sancte et individue Trinitatis, amen. Ego
Godesculcus, miseratione divina Attrebatensis épiscopus,
tam futuris quam presentibus fidelibus Christi. Quod nostris
diebus et nobis concedentibus pro firma justicie et pacis
observatione institutum est, ut posteris veniat in nolticiam,
scripto commendari et sigilli nostri impressione muniri
precepimus. Notum sit igitur Balduinum Lebret et uxorem
ejus Gilam et filios eorum Bernadum, Petrum, Letardum,
— 966 —
Alardum in villa ipsorum nomine Wulpi eandem libertatem
et juslicie el pacis tenorem instituisse qui apud Nemus
Bernardi teneri dinoscitur ; et illam libertatem et tenorem
justicie et pacis se perpeluo observaturos in villa Wulpi
idem Balduinus et uxor ejus et predicti filii sacramento
confirmaverunt, aliquibus tamen institutionibus apud Nemus
Bernardi aliter et aliter apud Wulpi observandis, sicut
subscriptum est. — In Wulpi Balduinus et successor ejus
proprium furnum et tabernam et molendinum habebit. —
Jtem in Wulpi, ab anno illo in quo isla libertas data est
post decem annos deinceps, Balduinus et successor ejus
super redditus qui ei debentur centum solidos, et uxor ejus
et quecumque ei successeril viginti, singulis annis habebunt.
— Îtem concessum est in Wulpi, illi qui habere potuerit,
quatuor tenere curtilla et non plura. — Unumquodque
curtile, defuncto possessore, heres successorum quatuor
solidis relevabit. — Si quisquam curtile suum vendiderit,
vendilor de exitu duos, emplor vero de iniroilu quatuor
solidos domino et majori quatuor denarios persolvet. — Si
quis testimonio scabinorum vel veridicorum convictus fuerit
sanguinem alterius injuste effudisse, sexaginta soiidos
domino solvet. — Et si quis alicujus sanguinem, licet nemine
vidente, effuderit, si juxta veram inquisitionem scabinorum
vel juratorum probatum fuerit, item reus sexaginta solidos
soivel. — Si autem percusserit 'quis aliquem sine sangüine,
et predicti testentur illud, decem solidos solvet. — Si vero
aliquis alicui, predictis testantibus, convicia intuierit, duos
solidos solvet. — Ad hec si contigerit aliquem de familia
Balduini et successoris ejus alicujus sanguinem fundere, vel
alicui buffam dare, vel convicia inferre, juslicia communi
tractabitur et eimendalionis partem dimidiam clamans
habebit. — In causis tractandis et in omnibus aliis negociis,
majori de Wulpi et successori ejus idem jus erit quod majori
Nemoris esse dinoscitur. — UL autem hec libera institutio
firma et inconvulsa conservaretur, Balduinus plures obsides
— 2607 —
et meliores de parentela sua plegios dedit, qui omnes se
observalturos eam sacramento confirmaverunt, sicut et ipse
Balduinus, ut predictum est. — Preterea si forte Balduinus
vel successor ejus eam infregerit vel infringere temptaverit,
a scabinis et militibus ut se corrigat convenietur. Si infra
quindecim dies non correxerit, deinceps, quamdiu incorri-
gibilis extiterit, omni servitio quod debent ei milites pro
feodis suis, in exercitu scilicet et in equitatura, privabitur.
Ad ultimum, si per scabinos querela ad nos delata fuerit,
quousque condigna satisfaclione correxerit, ab omni chris-
tianitatis jure nichilominus privabitur. — Siquidem prefatus
Balduinus et sui successores nos el nostros successores et
archidiaconum nostrum Ostrevandensem et ipsius succes-
sores hujus institutionis firmiter observande plegios dedit et
advocalos constituit. Unde quicumque in Wulpi major fuerit
nobis et nostris successoribus quatuor, archidiacono autem
duos solidos in festo Omnium Sanctorum annuatim pro
advocatura persolvet. Idcirco ne quis temerario ausu contra
hanc institutionem ire temptaverit sub anathemate interdi-
cimus, el nomina cum signis personarum et clericorum
nostrorum quibus presentibus confirmata est annotari
jussimus : Signum Clarembaldi, Attrebatensis archidiaconi;
S. Frumaldi, Ostrevandensis archidiaconi ; S. Rogeri,
prepositi, S. Nicholai, decani ; S. Anselli, cantoris ; S. Ma-
gistri. Gilleni ; S. Rolandi, Gillelmi, Hugonis, Johannis,
Petri, canonicorum presbyterorum ; Signum Gerbodonis,
Roberti, Galteri, canonicorum diaconorum ; S. Widonis,
Symonis, Herberti, Roberti, Sawalonis, Mathei, Henrici,
canonicorum subdiaconorum. Hec sunt nomina eorum
quos de parentibus et hominibus suis Balduinus dedit plegios
et testes : Petrus de Baillol et fratres ejus Wifroidus et
Willelmus ; Theobaldus de Willeirval ; Oliverus de Keri et
fratres Ingelramnus et Gerardus ; Wido de Albi et filii ejus
Galterus et Hugo ; Hugo de Sancto Albino ; Balduinus de
Berbera ; Robertus de Juvenci ; Alolz de Coreres ; Mikael de
— 268 —
Hennino ; Oisberlus de Nemore ; Willelmus de Nemore ;
Arnulfus de Iser et alii quamplures. Facta est hec libertatis
instilutio et data anno Domini M°. Co. LXI°, in mense
januario, anno vero episcopatus domini Godescalci X°.
N° 29. — 7186.
Littera domini de Oisiaco in qua renuntiat palefrido et anulo episcopi
Attrebatensis cum ad sedem Attrebatensem primo accedit.—— XXXV.
In nomine Patris et Filii et Spiritus sancti. Amen.
Omnibus ecclesie Dei fidelibus quos presens scriptum
videre vel audire contigerit, Hugo, dominus Oisiaci, castel-
lanus Cameracensis, vicecomes Meldensis, perpetuam
salutem in Christo Jhesu. Universitati vestre notum sit me
aliquandiu credidisse quod a singulis episcopis Attrebaten-
sibus, in primo accessu suo ad sedem illam, palefridum et
anulum aureum feodaliter deberem accipere. Cum igitur
dominus meus Petrus, Attrebatensis episcopus, a me super
hoc requisitus se et ecclesiam suam hoc in feodo crederet
non teneri, quod ideo, tam palefridum quam anulum, mihi
tradere recusavit, ego, consilio seductus iniquo, per manus
ministrorum meorum palefridum et anulum ipsius per terram
meam transeuntis violenter abstuli et detinui. Postea vero
per Dei graliam reversus ad cor, et factum tam grave, tam
enorme, vehementius expavescens, exaclioni tam palefridi
quam anuli in perpetuum renuntiavi, ita ut nec mihi nec
alicui successorum meorum .liceat umquam ab episcopis
Attrebatensibus sive anulum sive palefridum repelere vel
exigere. Hanc renuntialionem prefate exactionis fect in
presentia memorali domini mei Petri, Attrebatensis episcopi,
in abbatia Valcelllensi], his presentibus et testibus : Godes-
calco, abbate eïusdem loci ; Galtero, abbate S. Nicholai de
Aroasia ; Johanne, abbate Cantiprati juxta Cameracum ;
Ellemberto, Galtero Maraduc, Balduino Pictavensi, cano-
nicis Altrebatensibus ; Petro de Corbeia, canonico S. Quin-
— 269 —
lini ; Jacobo, decano Betunie ; magistro Aszone ; et homi-
nibus meis : Guidone de Belvoir, Slephano de Aïcurt,
Hugone de Crevecor et Gilione de Crevecor, militibus ; et
prepositis meis Gisleberto, de Oisi ; Thoma, de Crevecor, el
aliis quampluribus. Actum anno Domini M".Co. LXX Xo. Vo.
N° 33. — 7188.
De quadam compositione facta inter capitulum Attrebatense et
Johannem molendinarium super molendino de Bronnes, quis qualem
debeat habere portionem. — XXXII.
In nomine Patris et Filii et Spiritus sancti. Ut perpetuam
sue stabililatis sortiantur firmitatem que pro bono pacis
fideliter sunt ordinata, et ut omnis contendendi materia
tollatur malignantibus qui litibus gaudent et contentionibus
delectantur, iccirco ego P., Dei miseratione Attrebatensis
episcopus, omnibus notum facio quod canonici Attrebatenses,
Johannes quoque molendinarius eorum, agnomine Dives,
post multiplices questiones que inter ipsos super molendino
de Brones vertebantur, sicut ex rescriptis arbitrorum et
testimonio canonicorum accepimus, in dominum F. bone
memorie antecessorem nostrum et Walterum de Attrebato ita
compromiserunt, Johannes quidem data fide, canonici vero
in virtute verbi, ut diligenter inquisita veritate, secundum
antiquam inolendini consuetudinem utrique parti jus suum
et portionem prescriberent, ne utrique a prescriptione eorum
in perpetuum resilireliceret. Prefatusitaque antecessor noster
et Walterus de Attrebato omnem adhibentes diligentiam, ipsi
molendinario, sicut ab antiquo factum fuerat, boistellum
frumentiquem pro procuratione sua omni ebdomadaexigebat,
abjudicaverunt; et contra boistellum unum forensis mensure
cumulatum de frumento, qui canonicis de moltura provenit,
unum rasum de farina molendinarius habere debebit, et ad
eamdem rationem, si de molendino majus vel minus boistello
aliquid provenerit. Nec preter hoc molendinarius aliquid
— 270 —
ab aliquo exigere habebit, nisi gratuita benivolentia alicujus
ei conferatur. Preterea minora ligna, que vulgari nomine
sive communi sic nominamus : fusellum, poinilum, fagum
et boistam, molendinarius sua impensa et expensa debet
providere. Ligna vero majora in usus molendini necessaria
canonici propriis sumptibus comparata ad locum molendini
habent deducere. Molendinarius autem carpentarium, preter
victum suum quamdiu in opere fuerit, quem provident ei
canonici, de suo debet proprio conducere. Tectum autem
molendini, aque quoque ductum usque ad saltum ipsius,
sclusam vivarii, vanpum quoque in molendino, boistellum
et ingranatorium, ferrum et axem et molam absque impensa
molendinarii canonici providebunt. Inveterata autem ligna
de corpore ipsius molendini, si in usus aliquos circa molen-
dinum non poterunt expendi, in usum cedent molendinarii.
Pro apertione molendini, molendinarius unaquaque die mol-
turam unius mencoldi habebit. Pro reparatione vero molen-
dini, molturam dimidii mencoldi. Pro pasta etiam. cum
necessario molas impastaverit, et ipse lantumdem recipiet,
unamqueanguillam debuirunnagio. Insupersepum,martellos
quoque ad reparandum utiles quod vulgariter dicitur lumiere,
molendinarius procurabit ; cauonici vero illos reacuent.
Asinos etiam etipse molendinarius, si voluerit, hacconditione
providebit, quod de quartello bolengarii non nisi unum
denarium, de mencoldo vero aliorum non nisiobolum exige;
etsi vel propriis animalibus vel propriis humeris aliqui anno-
nam suamad molendinum detulerint, nichil obhoc abeis reci-
pere debebit, nec aliquam inferet difficullatem vel moram
molendi. Nullum altile vel aliud animal molendinarius in
molendino, quod damno possit esse alicujus, habebit. Purga-
menta quoque annone, que dicuntur revanes, si volet cujus
fuerit annona, deferet ; sin autem, in usum et voluntatem
molendinarii cedet. Ipse quoque molendinarius, vel minister
ejus,sacramentum de fidelitate prestabitcanonicis, ex quorum
parte prepositus ipsorum omnem justiciam et forisfactum
— 271 —
in perpetuum habebit. Hec sunt igitur que pro jure institu-
tionis et consuetudine molendini utrique parti prescripta
sunt ; et sigillo nostro apposito, ne iterum posita in pace
resurgant in litem, cyrographum inter eos fieri precepimus.
Actum anno Domini Mo. C°. LXXXOo. VIfL0.
N° 49. — 1195, ma.
Mandat rex ut pro quadam interceptione in terra episcopi facta
scabini Attrebatenses mandatom jurent ejusdem. — LXXVII.
Philippus, Dei gratia Francorum rex, amicis et fidelibus
suis scabinis et juratis Attrebali, salutem et dilectionem.
Cognovimus et intelleximus quod vos interceperalis contra
episcopum Altrebatensem in capiendo Girardum corduba-
parium in districto ejusdem episcopi arrestalum pro furto
ab eodein G. commisso ; quamvis enim districtum episcopi
sit intra lerminos banlive vestre, lamen justicia districti
est episcopi. Ünde vobis mandamus et volumus ut de hac
interceptione mandatuin episcopi juretis, ét nos super nos
accipimus quod de hoc forisfacto episcopus nichil a vobis
exiget. Nos etiam de 80 quod ad nos pertinet de hac inter-
ceplione vos quitlamus. Mandamus etiam vobis ut nichil
contra ecclesias intercipiatis. Actum l’aciaci, anno Domini
M° C° nonagesimo quinto, mense maio.
N° 81. — 1217, 2 septembre.
De XLVIII 8. de rente que l'évesque d'Arras prent par an
sur le mes qui fa Mahieu au Capel. = CCXL.
Nous, par le souffrance de Dieu veskes d'Arras, a tous
ciaus ki ces letres verront salut en Nostre Signeur. Sacent
chil ki sont et qui a venir sont ke nous avons otriiet a
Mahieu au Capel un mes en no tere qu'on dist Amont pré (1),
a tenir iretavlement de nous et de nos successeurs veskes
par mi XLVIII s. de parisis de rente par an, a paier a iii}
(1) C'est l'Omundi pratum mentionné par Guiman au chapitre
De villa Hadis, pp. 246 et 249 du Cartulaire imprimé.
— 272 —
termes, a le S. Remi XII s., au Nouel XII Ss., a Pasques
XIT s., a le saint Jehan XII s., et avons retenu a nous et a
nos successeurs en cel mes[me] lieu toute justice par le
jugement d'eskevins et les entrées et les issues et les reliés
des ostes, les ques cieus Mahieus et si oir en icel mes
recevront, Et avons otriel a celui Mahieu l’usage de no eve
entour cel mes, en tel maniere k’il ne nuise ne a nos pissons
ne a nos fosses et que li cours de l’iaue ne soit empeeciés
ne par les aises corrumpus (1). En sour ke lout, Pieres ki a
pris a rente d’Isabel le Frarde tere contre celui mes, u
autres a qui cele terre eskara, planke u aucun aaisement
en no eve devant dite n'ara fors que par nous u par nos
successeurs, et par celui Mahieu u par ses hoirs. Et pour
chou ke ce soit fermement tenu, ceste presente letre nous
avons seelé de no seel. Ce fut doné en l’an de grace M. CC.
et XVII, le quarte noune de septembre.
N° 83. — 1217, novembre.
Qualiter Rasso, dominus de Gavera, vendidit episcopo Radulpho
quicquid habebat apud Mareolum et alibi in episcopatu preter-
quam in Strata Attrebatensi — XXIX.
Willelmus prepositus, Bartholomeus decanus et univer-
sum Attrebatensis ecclesie capitulum, omnibus quibus has
litteras videre contigerit, salutem in Domino. Noverint
universi, presentes pariter et futuri, quod vir nobilis Rasso,
dominus de Gavera, buticularius Flandrie, propter necessi-
tatem que ipsum graviter et evidenter urgebat, utpote qui
duos filios suos, Arnulfum videlicet et Phylippum, a carcere
domini regis Francie, in quo mancipati erant, redimere ac
liberare volebat, omnia que in Civitate Attrebatensi, in
Mareolo et in toto episcopatu Attrebatensi, preterquam in
Strata, per advoeriam possidebat, presente et concedente
Rassone primogenito suo, domino ac patri nostro Radulfo,
(1) Ms. « corrumpues ».
— 273 —
venerabili Attrebatensi episcopo, vendidit coram nobis et in
manu ejus bene ac legitime resignavit, ita quod si quis
postmodum huic venditioni se opponeret aut alicujus, quod
absil, calumpnie cavillalionem pretenderet, tam dictus
Rasso pater quam prefatus Rasso filius omnia premissa
domino Attrebatensi episcopo contra omnes et in omnibus
garandirent ; unde ea super altare per ramum et cespitem
obtulerunt et libere guerpiverunt, a jam dicto episcopo
Radulfo et successoribus suis episcopis pacifice et quiete in
perpeluum possidenda. Ad majorem etiam securitatem,
postulaverunt a nobis ut hunc contractum per nostras testi-
moniales ac patentes litteras confirmare vellemus. Ad hec,
tam fide interposita quam juramento corporaliter prestito,
firmaverunt quod huic contractui nullatenus obviabunt. Et
eidem conventioni interfuerunt homines domini Attrebaten-
sis episcopi, pares scilicet prenominati Rassonis domini de
Gavera, quorum nomina sunt hec : Pontius archidyaconus,
Willelmus prepositus, Jacobus Major, canonici Attreba-
tenses ; Gamelo de Lonweis, Petrus de Goii, Balduinus de
Quinci et Wibertus de Chanle, milites; Sagualo, major
Attrebatensis, Egidius, major de Mareolo, Hugo Gaius,
Johannes Gossonis, Balduinus filius Ursionis, Balduinus
el Johannes, justiciarii de Mareolo, Nicholaus Malebranke
et Rogerus frater ejus, et tam [de] districto quam de
Mareolo scabini. — Postmodum elapso aliquantulo tempore,
supranominati Arnulfus et Phylippus, de pecunia ex hac
venditione recepta, et de alia a captione redempti, in ecclesia
nostra anle majus altare propter hoc personaliter constituti,
omnia supradicta super idem altare bene et legitime spon-
lanei guerpiverunt, prescriptam venditionem libenter ac
liberaliter approbantes, et tam fidei quam juramenti prestito
sacramen!o, firmiter promiserunt quod huic venditioni per se
aut per alios nullatenus contraibunt,immo super eadem sepe-
dicio domino Radulfo, Attrebatensi episcopo ,suisque succes-
soribus, si necesse fuerit, bona fide prestabunt garandiam
18
— 274 —
contra omnes : presentibus domino Petro, abbate de Mareolo,
Pontio Attrebatensiet Symon Ostrevandensi archidyaconis,
Tesselino presbytero et Egidio de Aquicincto, concanonicis
nostris. Insuper scire volumus universos quod jam dictus
dominus Radulfus episcopus in ista emptione trecentas et
sexaginta sex libras parisiensium, et postea decem libras
quas prefatis Arnulfo et Phylippo et quadraginta solidos
duobus servientibus eorumdem et decem solidos clerico
domini Rassonis senioris contulit, collocavit. Ad eorum
igitur jam dictorum instanciam, presens scriptum inde
confectum sigilli nostri duximus munimine roborandum.
Actum anno gratie Mo. CC° septimo decimo, mense novem-
bris.
N° 91. — 1222, février.
De quibusdam statutis per episcopum Attrebatensem Poncium
factis in monasterio Strumensi. — LXXV.
Poncius, divina patientia Attrebatensis episcopus, omnibus
quibus presens autenticum contigerit intueri, salutem in
omnium salvatore. Que in tempore fiunt cum tempore
transeunt et ab hominum memoria facile dilabuntur, nisi
scripti vivacis testimonio fulciantur. Eapropter hiis litteris
notum fieri volumus, tam presentibus quam futuris, quod
cum moniales Strumensis monasterii, ob animarum suarum
salutem, de nostro consilio et mandato, presentibus viris
religiosis domno Odone Sancti Vedasti Attrebatensis,
Richardo de Monte S. Eligii et Petro de Mareolo abbatibus,
multisque aliis personis autenlicis et honestis, quicquid
singule moniales proprietatis habebant penitus abdicassent,
volentes pie ac sine sollicitudine temporalium Christo domino
famulari, nos earum votum ac propositum benigno et favo-
rabili prosequentes effectu, de predictarum consilio perso-
narum, eisdem sanctimonialibus secundum facultates
monasterii sui jam dicti, salva ampliori provisione, Si
justicia postulaverit, in victu et vestitu aliisque necessariis
= 95 —
de bonis ipsius domus daliberatione previa duximus provi-
dendum hoc modo : Videlicet ut per duas moniales ejusdem
loci religiosas et fide dignas, quas conventus elegerit, centum
et viginti libre parisiensium pro vestilu omnimodo minis-
trentur, secundum quod unicuique opus fuerit, salvo ordine,
annis singulis erogande. Volumus eliam subsequentibus
distributionibus preesse duas alias moniales, eodem modo
quo de duabus primis dictum est eligendas, quibus debent
annuatim, pro viginti quinque pitanciis, viginti libre
parisiensium ministrari ; pro quatuor generalibus minutio-
nibus, decem libre ; pro infirmaria, viginti solidi singulis
seplimanis ; pro duobus diebus unaquaque ebdomada, sex
sextarii vini ; pro duobus leciis allecium et centum ligaturis
alarum singulis annis, viginli libre parisiensium ; pro pisci-
bus marinis tribus diebus unaquaque ebdomoda ad distri-
buendum conventui et presbyteris, triginta quinque solidi
ejusdem monete. Panni eliam per jam dictarum monialium
sollicitudinem, abbatissa ministrante expensas, quindenis
singulis abluantur. Statuimus preterea et volumus inviola-
biliter observari quod nichil omnino de victu propter hec
supradicta diminuatur communi, qui consislat in carnibus,
in ovis, in butyro, caseo, cervisia, bono pulmento, caponibus
et similibus que de facili non possunt expressis nominibus
declarari. Insuper monialibus de Fruises (1}, Morinensis
dyocesis, que eidem Strumensi monasterio subjacere
noscuntur, nichilonimus provideatur sicut et aliis antedictis
diffinivimus providendum. Ut ergo tam provisiones premisse
quam nostrum in hac parte statutum memorie et stabilitati
debite commendentur nullaque possint tergiversatione
turbari, scriplum istud inde fieri fecimus et sigilli nostri
munimine roborari. Actum anno Dominice incarnationis
millesimo ducentesimo vicesimo primo, mense februario,
(1) Fruges,
— 2176 —
N° 126. — 1233, novembre.
Quod homines de Oupi non debent a domino tailliari. — CCVI.
Asso, divina permissione Attrebatensis episcopus, omnibus
litteras istas visuris, salutem in Domino sempiternam.
Constitutis in presentia nostra Balduino domino de Ourpi,
milite, et scabinis ejusdem ville, iidem scabini fide interpo-
sita [pro]miserunt quod nullam ab hominibus de Oupi, et
maxime a viduis, de cetero talliam extorquebunt, nisi
solummodo de ipsorum hominum libera ac spontanea
voluntate. Sciendum autem quod dominus ville habet ibidem
sex libras, nos vero quatuor solidos et archidiaconus noster
Ostrevandensis duos solidos parisiensis monete de redditu,
annuatim per majorem et scabinos in Purificatione beate
Marie Virginis colligendas, ab hiis videlicet qui illic mansos
aut terras a jam dicto domino seculari tenere noscuntur ;
lila quod singuli, pro sui rala tenementi, secundum plus vel
minus solvere tenebuntur. Hoc igitur supradictus dominus
fide data benignissime creantavit. Ad cujus et scabinorum
pelitionem, cartulam presentem indeconfectam in memoriam
rei hujussigilli nostri lestimonio fecimus communiri. Actum
anno Domini M°. CC. XX X° tercio, mense novembri.
N° 140. — 1243, 16 septembre,
Regractatur castellanus Duacensis regi Ludovico super curialitate
forisfactorum ab episcopo Attrebatensi sibi facta. — XIX.
Excellentissimo domino suo Ludovico, Dei gratia illustri
Francorum regi, Galterus, castellanus Duacensis, salutem
et paratum servicium. Vestra noverit celsitudo quod cum
de contentionibus que erant inter me, ex parte una, et reve-
rendum patrem Assonem, Dei gratia Attrebatensem episco-
pum, ex altera, inquisila diligentius veritate judicaveritis
res quas habeo apud Viteriacum me tenere de dicto episcopo
ad censam el non in feodum, et me cum rebus quas ibidem
habeo esse sub judicio scabinorum ejusdem ville ; et iidem
scabini me judicassent ad forisfactum octingentarum libra-
— 2717 —
rum duacensium, viginti libre duacensium minus ; item, ad
reslituendum eidem episcopo tres modios et duos menchaldos
avene, pro legibus sex modiorum et quatuor menchaldorum
avene de censa dicti domini episcopi debito termino non
solutorum ; item, pro straeria, porcum unum et unum suem;
item, pannos cujusdam latronis cum quadam salice abscisa
per me in via publica : idem dominus episcopus, ob preces
vestras, predicta forisfacta, que me debere eidem episcopo
recognovi, mihi condonavit et quitavit, exceplis viginti
libris parisiensium tantummodo, tribus modiis et duobus
menchaldis avene, de quibus eidem episcopo satisfeci, item
porco, sue, pannis latronis et salice, de quibus eidem episcopo
restitutionem plenariam feci in presentia Symonis de Villa-
ribus, baillivi Attrebatensis, qui ibi erat ex parte vestra,
item in presentia scabinorum de Viteriaco et plurium
hominum aliorum. Propter que excellentie vestre grates
refero copiosas. În cujus rei testimonium presentes litteras
fieri feci sigilli mei munimine roboratas. Datum et actum
apud Viteriacum, anno Domini millesimo ducentesimo
quadragesimo tercio, feria quarta post Exaltationem sancte
Crucis.
N° 147. — 1247, aorul.
De Johanne le Machon qui emendavit forefactum
in vico Maleorum. — CCIX.
Universis presentes litteras inspecturis, magister Johannes
de Oysiaco, canonicus et officialis Attrebatensis, salutem in
Domino. Noveritis quod in nostra constitutus presentia,
Johannes li Machons, qui habet filiam Eustacii de Harvaing
in uxorem, récognovit spontaneus in jure se nullum jus
habere rumpendi parietem domus sue site in vico Malleorum
ante domum magistri Egidii Vinarii, canonici Attrebatensis,
extra barram de vico Malleorum, seu etiam in eadem domo,
ex parte vici, bovam, cellarium seu citernam habentem
ostium, fenestram seu aliam aperturam supra vicum, absque
licentia speciali domini Attrebatensis episcopi, vel eorum qui
— 278 —
sunt loco ejusdem in exercenda justicia seculari (1). Confes-
sus est etiam se emendasse illud quod contra fecerat in dicta
domo et pariete et de hoc dominis Radulpho et Johanni,
canonicis Attrebatensibus, custodibus rerum et juris episco-
patus Attrebatensis a capitulo Attrebatensi deputatis vacante
sede Attrebatensi, super hoc satisfecisse ad eorum volunta
tem, et quod ad submonitionem eorumdem, terram, quam
extraxerat a cellario quod in domo sua predicta faciebat et
in vico posuerat, fecerat extra vicum ad sumptus suos
quadrigari. Confessus est etiam quod qualemcumque aper-
turam faciet seu fecit in dicto cellario, illud fecit de licentia
eorumdem, et quod preter eorum licentiam nichil facere
poterat de premissis. In cujus rei testimonium et munimen,
presentibus litteris sigillum curie Attrebatensis ad instantiam
partium duximus apponendum. Actum anno Dominice
incarnationis millesimo ducentesimo quadragesimo septimo,
mense aprili.
N° 155. — 17248, octobre.
De capellania quam instituit Adam Esturions in capella sua
et ubi redditus assignentur. — CCXXII.
Jacobus, miseratione divina Attrebatensis episcopus,
universis presentes litteras inspecturis, salutem in Domino.
Noverit universitas vestra quod cum dudum Adam dictus
Esturions, civis Attrebatensis, quandam capellam et capel-
laniam in ea valentem quindecim libras paris. annuatim, de
consensu bone memorie Assonis predecessoris nostri, Attre-
batensis episcopi, Martini, abbatis Sancti Vedasti, persone
ecclesie Sancte Crucis Attrebatensis, ac Remigii, rectoris
ejusdem ecclesie, in manso suo juxta ecclesiam eamdem
fundasset (2), prout in lilteris eorumdem episcopi et abbatis
inde confectis plenius continetur, idem Adam, in nostra
presentia propter hoc constitutus, dictas quindecim libras
1) Le verbe manque : « effodiendi ? ».
2) La chapelle Saint-Jacques en Sainte-Croix.
(
(
— 279 —
annui redditus super mansum suum cum edificiis et appen-
ditiis, situm inter Sanctum Michaelem et Blangiacum (1),
legitime assignavit, tali quidem modo quod ei liceat facere,
quandocumque voluerit, alibi assignamentum de memorato
redditu, in loco competenti et suffcienti juxta decretum
episcopi Attrebatensis qui tunc erit ; quod ex quo fecerit,
predictus mansus cum appenditiis et pertinentiis penitus
liberabitur ab assignamento predicta et redditu memorato.
Promisit etiam dictus Adam quod hujus modi assignamenta
sollempniter et legitime faciet coram judicatoribus qui
habebunt super hoc judicare, et per judicium eorundem.
In cujus rei testimonium, presentes lilteras ad petitionem
ipsius Ade sigilli nostri fecimus appensione muniri. Actum
anno Domini millesimo ducentesimo xl° octavo, mense
octobri.
No 157. — 1250, aoril.
De domibus Bonorum puerorum juxta barram de Galeurue. — CCX.
Universis presentes lilteras inspecturis, J. prepositus,
W. decanus, totumque capitulum Attrebatense, salutem in
Domino. Noverint universi quod cum Adam de Bapalmis,
quondam civis Attrebatensis, quedam bona mobilia et
immobilia in elemosinam contulisset ad construendum
hospicium in quo pauperes clerici scolares reciperentur,
domus que fuerunt quondam magistri Willelmi dicti Torcol
empte fuerunt ad opus illius hospicii a magistro Willelmo
dicto Faverel per magistrum Johannem de Bapalmis, cano-
nicum Attrebatensem, executorem testamenti predicti Ade
de Bapalmis, que domus site sunt in districtu episcopi
nostri Attrebatensis, juxla barram de Galeurue ; propter
quod dictum episcopum rogandum duximus ut predictis
consentiret. Qui episcopus postulata concessit, salvis tamen
omni jure et justicia, tenura (2) et consuetudine tam ipsius
(1) Le manoir de Bellemotte, plus tard l’abbaye d'Avesnes.
(2) Ms. « temna ».
— 980 —
episcopi quam scolastici Attrebatensis, ac si laicus ibidem
maneret ; hoc eliam salvo quod ille qui pro tempore illi
domui preficeretur, poneretur ibidem de assensu ipsius epis-
copi requisito et optento ; hoc etiam adjecto quod homo
vivens et moriens domibus illis assignetur, in cujus morte
relevia, ingressus et egressus secundum consuetudinem
districtus episcopi scolastico persolvantur. Datum anno
Domini Me. CC°. quinquagesimo, mense aprili.
N° 159. — Janvier.
De servicio majoris de Galeurue et quam partem habeat
in exitibus et releviis. — LXXXXII.
Jacobus, miseratione divina humilis Attrebatensis épis-
copus, omnibus presentibus et futuris, salutem in Domino
sempiternam. Noverint universi quod tals est servicium in
quo major de Galeurue tenetur nobis nostrisque succes-
soribus episcopis : Ipse scilicet major debet colligere redditus
nostros quos habemus infra Civitatem Attrebatensem, in por-
prisiis dicte ville et in districtu nostro Attrebatensi, et dena
rios hujusmodi reddituum tenetur dictus major nobis ac
successoribus nostris reddere singulis annis infra festum
Nativitatis beatiJohannis Baptiste.et redemptiones caponum.
si redempti fuerint de assensu nostro. In introitibus autem,
exitibus et releviis provenientibus ex premissis et etiam in
legibus que obvenerint per defectum solutionis eorumdem,
habel dictus major partem terciam et nos alias duas. —
Item, debet dictus major juvare ad custodiendum proces-
sionem, quando presentes erimus in eadem. Et debet colligere
culcitras, cum opus fuerit, et submonere gavalum et facere
haberi per scabinos nostros ab illis qui tenentur ad illud,
et hoc mediantibus duobus mencaldis avene quos habet
annuatim de gavalo memorato. — Item, omnes terre site in
territorio nostro Attrebatensi, que tenentur de nobis ad
terragium, debent vendi, werpiri et relevari in curia nostra
coram nobis vel preposito nostro et eodem majore, si voluerit
— 281 —
interesse. Debet etiam idem major,cum opus fuerit, sartarios
submonere et propter hoc debet ipse habere in introitibus,
exitibus et releviis hujusmodi terrarum partem terciam et
nos alias duas partes, et nichil aliud potest idem major petere
in aliis juribus earumdem, — Item, tenet dictus major de
nobis terragium duodecim mencaldatarum terre, una bois-
tellata minus, site in monte Souvant supra Ansaing (1). —
Tenet etiam idem major de nobis, tam infra villam Attreba-
tensem quaminejus porprisiis, quatuor libratas annui reddi-
tus, tum in denariis tum in caponibus, parum plus parum
minus. Hec autem omnia supradicta tenet idem major de
nobis in feodum et inde est ligius homo noster. Et si forte
processu temporis nos vel successores nostri episcopi de
mariscis vel terris nostris daremus ad redditum, dictus
major vel successores sui nichil juris petere poterunt in
eisdem. Ordinatum est istud coram nobis, presentibus
fidelibus nostris Adam de Juvenchi, decano Lensensi, et
Balduino de Souches, preposito nostro. Actum de consensu
nostro et Herberti, majoris du Galeurue, anno incarnationis
Dominice M°. CC°. quinquagesimo, mense januario.
No 176. — 1253, juillet.
Compositio facta inter episcopum J. et capitulum super refectione
campanilis et aliorum quamplurium. — CXVIII.
Universis presentes litteras inspecturis, Jacobus, misera-
tione divina episcopus, J. prepositus, W. decanus ac capi-
tulum - Attrebatense, salutem in Domino. Noveritis quod
cum super refectione campanilis et claustri ecclesie nostre
Attrebatensis esset orta dissentio, in multorum scandalum
et ipsius ecclesie detrimentum, nobis capitulo ex parte una
dicentibus, et nobis episcopo ex parte altera negantibus
episcopos Attrebatenses ad hec et ad ecclesiam totam refi-
ciendam teneri quociens opus esset, nec non ad reficiendum
(1) Ms. « supra aansaig ».
— 282 —
campanas, vitrarias, trillias, orlogia, candelabra, pelves,
urceolos, palellas pro igne, thuribula, thuris vascula, cruces
cum earum baculis, capsas, capsulas el vasa sanctuario-
rum, baculosque et cathedras corislorum ; tandem, pro
utilitate ipsius ecclesie et pace perpetua inter episcopos et
capitulum Attrebatense habenda, inter nos communiter et
concorditer extilit ordinatum quod, mediantibus quadrin-
gintis libris parisiensium per nos Jacobum episcopum,
nobis capitulo scientibus et consentientibus, fabrice nostre
Attrebatensis ecclesie assignatis ac integre numeralis, pro
acquirendo in aliquo personaluum episcopalium aliquo
decimali redditu aut simili, vel alio alibi, in premissorum
refectionem et non in usus alios convertendo, episcopi
Attrebatenses ex nunc perpetuo sunt et erunt liberi et
immunes ab omnimoda refectione et retentione omnium
predictorum et omnium aliarum rerum sacrarum vel non
sacrarum, ac universorum edificiorum ecclesie, sive sint
intra ecclesiam, sive extra adherentia ecclesie, in qualibet
sui parle, cujuscumque materie sint ad presens aut esse
debeant in futurum, excepto quod ea que de filo lini refi-
ciuntur et acu reficere tenebuntur. Batellos quoque, flaellos
ac bellerias campanarum, serasque et claves quorum usus
et custodia ad custodem pertinent, reficere integre, ut opus
fuerit, tenebuntur ; in cordis pro campanis pulsandis, in
luminaribus cere et olei, incenso carbone et pallis lineis
duorum altarium, majoris scilicel et minoris, ac veslimentis
lineis ministrorum eorumdem altarium, cortinis lineis
currentibus in virgis ferreis circa majus altare, in arbore
paschali, in pane et vino pro missis a canonicis et capel-
lanis in ecclesia celebrandis, in ablutione etiam dictorum
vestimentorum, pallarum et omnium cortinarum, in minis:
tris etiam custodie ad consuetam a ministris ejusdem loci
custodiam ecclesie et rerum in ea consuelarum custodiri
ab ipsis et ad alia consueta ab eis servicia ecclesie facienda,
et in aliis in quibus iidem episcopi solent providere ecclesie,
r
eidem Attrebatensi ecclesie nichilominus modo solito provi-
suri, exceptis refectionibus et retentionibus antedictis, in
quibus, ut dictum est, episcopos ipsos totaliter immunes et
liberos in perpetuum esse constat. In hujus autem pacifice
ordinationis teslimonium, ad perpetuam firmitatem, nos
episcopus et nos capitulum Attrebatense has communes
litteras fecimus inde fieri et sigillorum nostrorum munimine
roborari. Datum anno Domini millesimo ducentesimo
Lo tercio, mense Julio.
N° 186. — 1254, 23 aoril.
De redditu quem habet custodia supra domum J. Nigri. — CXXXI.
Universis presenteslitteras inspecturis, magister Robertus
de Wailliaco, officialis Attrebatensis, salutem in Domino.
Noveritis quod cum dominus Walterus de Minorivilla,
nomine custodie ecclesie Attrebatensis, Jacobum dicium
Nigrum coram nobis traxisset in causam, libellum suum
edidit in hunc modum : « Dicit dominus Walterus de Minori
villa, nomine custodie ecclesie Attrebatensis cujus adminis-
trationem gerit, contra Jacobum dictum Nigrum, quod cum
idem Jacobus teneatur dicte custodie in decem et novem
solidis et sex denariis parisiens. annui redditus, pro quadam
domo ipsius Jacobi sila retro domum in qua manet idem
Jacobus, solvendis annis singulis in quolibet Natali Domini,
et in possessione fuerint, tam ipse quam predecessores
ejusdem in dicta custodia, recipiendi abipso Johanne dictam
pecuniam, et dictus Jacobus defecerit in solutione dicti
redditus in Natali Domini ultimo preterito, petit dictus
Walterus, nomine dicte custodie, ab ipso Jacobo dictos
decem et novem solidos et sex denarios paris. pro diclo
termino sibi reddi. » Lite igitur super hiis sollempniter
conteslata, prestitoque postmodum a dictis partibus de
calumpnia juramento, auditis partium confessionibus et hiis
que partes proponere voluerint coram nobis, testibus ex
parte dicti Jacobi productis diligenter examinatis, publicatis
depositionibus eorumdem, die ad dicendum in testes et dicta
— 994 —
testium et demum ad diffiniendum partibus assignata, ipsis
partibus, videlicet dicto Waltero per procuratorem et diclo
Jacobo in propria persona coram nobis in jure constitutis et
sententiam ferri postulantibus, factis quibusdam interroga-
tionibus que de jure nos movere poterant et debebant, juris
ordine in omnibus observato, de prudentum consilio prefatum
Jacobum dicto domino Waltero gerenti administrationem
custodie ecclesie Attrebatensis et agenti nomine ejusdem
custodie in decem et novem solidis et sex denariis parisiens.
petilis per diffinitivam sententiam condempnamus, questione
expensarum eidem Waltero reservata. In cujus rei testimo-
nium, presentes litteras sigillo curie Attrebatensis fecimus
roborari. Datum anno Domini M°. CC°. quinquagesimo
tercio, feria secunda post Zsti sunt dies.
N° 202. — 1257, juillet.
Qualiter pro oblationibus que fiunt ad sanctuaria tenetur fabrica
reddere episcopo Attrebatensi VII lib. annuatim. — CXXL
Thomas prepositus, J. decanus totumque Attrebatensis
ecclesie capitulum, omnibus presentes litteras inspecturis,
salutem in Domino. Noveritis quod cum super oblationibus
que fiunt ad sanctuaria (1) et ad majus altare in ecclesia
Attrebatensi inter nos, ex parte una, et reverendum patrem
dominum Jacobum, episcopum Attrebatensem, ex altera,
orirentur sepius mutue quesliones, nos, pro bono pacis, cum
eodem episcopo ita duximus ordinandum, quod omnes
oblationes que fiunt ad sanctuaria et ad majus altare in
ecclesia dAtitrebatensi ante missam et post inissam et etiam
in ipsa missa, aliter quam ad manum presbileri, erunt
fabrice ecclesie, exceptis cera et candelis, que omnes erunt
episcopi, et excepto blado et grano quocumque modo oblato,
quod erit capituli, ubicumque in dicta ecclesia offeratur,
consuetudine oblationum que ad majus altare in missa fiunt
(1) Le sens secondaire de « sanctuaria », les satntuaires, comprend
non seulement les reliquaires, mais tous les objets exposés à la
vénération des fidèles.
— 985 —
ad manum presbiteri non mutata. In die autem Assumptionis
et Nativitatis beate Virginis, oblationes que fient ad sanc-
tuaria et ad majus altare erunt capituli et episcopi, sicut est
hactenus consuetum, exceptis cera et candelis predictis que
erunt episcopi solius. Îtem, oblationes, tam cere quam
pecunie quam alterius cujuscumque rei, que fient ad crucem
in die Parasceves, erunt capituli Attrebatensis. Sciendum
est eliam quod due candele que offeruntur a caritate Arden-
tium erunt fabrice ecclesie. Et pro premissis que de cetero
ad fabricam ecclesie pertinebunt, reddemus nomine dicte
fabrice, de bonis ipsius fabrice, episcopo annuatim octo
libras parisiensium, videlicet in Nativitate beate Virginis
quatuor libras et in Ascensione Domini alias quatuor libras.
In oblationibus vero que fiunt ad altare parrochie situm in
navi ecclesie et ad alia ipsius ecclesie altaria, conservabitur
antiqua consueludo. Capellanus vero vel clericus a nobis
deputatus ad custodienda sanctuaria et oblationes faciendas
ibidem jurabit quod jus episcopi in cera et candelis et jus
fabrice et nostrum in aliis fideliter observabit. Et hec omnia
tam de nostra quam de ipsius episcopi unanimi voluntate,
diligenti deliberatione prehabita, pro bono pacis et utilitate
ecclesie Attrebatensis et episcopatus acta sunt concorditer
el concessa. Et ad firmitalis robur perpetuum obtinendum,
ordinavimus quod premissa per summum pontificem confir-
mentur. Tenetur etiam episcopus supplicare domino pape et
rogare ipsum ac procurare modis quibuscumque poterit
licitis et honestis, sine suo dando (1) et labore sui corporis et
suorum, quod premissa ordinatio per sedem apostolicam
confirmetur. Ut autem ista perpetuo robore conserventur,
presentes litteras fecimus nostri et ipsius episcopi sigillorum
appensione muniri. Actum anno Dominice incarnationis
millesimo ducentesimo quinquagesimo septimo, mense julio.
(1) Ms. Sic.
à — 286 —
N° 204. — 1263, 10 août.
Qualiter saisivit rex Ludovicus bona castellani Duacensis. — CLXVII
Ludovicus, Dei gratia Francorum rex, universis presentes
litteras inspecturis, salutem. Cum nos, propter excessus
castellani Duacensis quos fecerat ecclesie Montis S. Eligu,
saisiverimus ea que idem castellanus tenet ad censum apud
Viteriacum a dilecto et fideli nostro episcopo Attrebatensi,
quos quidem excessus idem episcopus emendare formidabat,
noveritis quod nos, propter saisitionem hujusmodi, nolumus
prefato episcopo in posterum prejudicium generari : quod
omnibus tenore presentium volumus esse notum. Actum
apud Hysdinum, die veneris in festo beali Laurentii, anno
Domini M° CC° sexagesimo lercio.
No 229. — 1264, juin
Qualiter comes S. Pauli posuit baillivum Attrebatensem loco sui
ad recipiendam werpitionem decime de Celest. — XLI
Jou Guis de Castillon, quens de Saïnt-Pol et sires d'Arras,
fach savoir par ces miues presentes letres a tous cheus ki
les verront u oront ke jou Huon d’Aucoch men bailliu
d'Arras mech et estavlis plainement en men liu a veoirel a
oir le werp et l'issue ke Alous dis Wastiaus de Celest, mes
hom, doit faire et fera au vesque d'Arras u a sen con-
mandement, aoes le vesque d'Arras et ses successeurs de
le disme ke chius Alous tient de mi el teroir de cele meisme
vile de Celest. Et mech cel meisme Huon bailliu devant dit
du tout en men liu a veoir et a oîfr l'entrée et le veslisse-
ment ke on fera de cele devant dite disme au devant dit
vesque u a sen conmandement u non de le veskie et du
vesque et de ses successeurs devant dis. Et a veïr, ofr et
entendre el a faire en men liu toutes coses ki apertienent a
bien et loiaument faire et acomplir ceste hesoigne a seurté
parmenavle. Et doins au devant dit bailliu plain pooir de
conjurer mes homes ki ceste chose ont a jugier de quanques
il convenra et mesliers iert ki apertiegne a ceste besoigne.
Et ai ferm et estavle quanques il iert fail par lui et devant
— 287 —
lui, aussi con s’il estoit fait par mi et devant mi meisme des
choses devant dites et de quanques il apertient. Et en tesmoi-
gnaige de ceste chose et pour chou ke ele soit ferme et
estavle, ai jou ces presentes letres dounées et atroïes seelées
de men propre seel. Che fu fait en l’an del incarnation
nostre signeur mil. CC. et LXI111., el mois de juine.
N°0 233. — 1265, 30 aoril.
De quadam restitutione per baillivum Insulensem facta — CLXV.
Tibaus, ballius de Lile, as eskevins de Le Basseie et a
Gilon Canson, salus. Nous vous faisons a savoir ke nous
quittons les pleges Pierot Pourteleine dou fait ki avint a
Gravelen, car me dame l’a delivré au vesque d'Arras par le
consaut de ses homes ; et chu vous faisons a savoir par nos
letres pendans, ki furent donées l’an del incarnation Jhesu
Crist Mo CC: LX° V, le vigile saint Philippe et saint Jakeme.
N° 238. — 1268, janvier.
Littere spectantes ad scolasteriam Attrebatensem. — CCXLV.
Petrus, miseratione divina Attrebatensis ecclesie minis-
ter humilis, Th. prepositus, A. decanus, totumque ejusdem
ecclesie capitulum, universis presentes litteras inspecturis
et audituris, salutem in Domino. Noverit universitas vestra
quod dilectus noster magister Robertus de Wailliaco,
scolasticus Attrebatensis, de assensu nostro et voluntate
expressis, pro bono et utilitate evidentibus personatus scole,
dedit Johanni dicto Outresage, civi Attrebatensi, ad censam
perpetuam, pro octo libris parisiensium annui et hereditarii
redditus quolibet festo Omnium Sanctorum, sive terra plena
fuerit aut vacua, persolvendis, ab ipso Johanne et ejus
heredibus ac successoribus legitimis jure hereditario possi-
dendas, viginti quatuor mencaldatas terre perlinentes ad
eundem personatum, sitas prope Brunas in tribus peciis ;
quarum quidem peciarum una pecia sex mencaldatarum
sita est aliquantulum ultra Brunas, adherens terre Sancti
Vedasti, ab una parte, et terre Walteri de Hees, ex altera.
— 288 —
Iste vero sex mencaldate sunt de primario personatus
scolasterie fundamento et vocantur vulgariter Campus Scole.
In altera vero pecia sunt octo mencaldale, que scilicet site
sunt prope viam que ducit ab Attrebalo ad Dyane villami, et
vocantur Aguille, adherentes terre Domus Dei ad p«dem
atrii. {n tertia quoque pecia sunt decem mencaldate, site
inter terram prefati Walteri de Hees et terram que fuit
Warneri Lavenant. In hiis autem decem et octo mencaldatis
ultimo nominatis, nullum habet scolasticus dominium,
nullamque jurisdictionem, nec justiciam, nec aliquid aliud
nisi, cum censa oclo librarum predicta, introitus, exitus et
relevia duorum solidorum parisiensium pro qualibet men-
caldata ; et est sartarius episcopi pro tempore existentis de
eisdem decem et octo mencaldatis. Cui inquam episcopo,
in qualibet mutatione scolastici, utpote post morlem vel
alias, solvi debent triginta sex solidi parisiensium pro
eisdem, et etiamsi interdum forte contingat qualitercumque
dictum octo librarum redditum ad alium vel alios quam
scolasticum et usus alios quam scolasterie jure hereditario
devenire. De premisso autem octo librarum redditu dicto
R. scolastico ejusque successoribus scolasticis Attrebaten-
sibus in dicto festo Omnium Sanctorum imperpetuum
legitime persolvendo, prefatus J. dictum R. scolasticum et
successores suos scolasticos Attrebatenses assignavit ad
dictas viginti quatuor mencaldatas terre superius nominatas,
prenominato Johanni aut ejus heredibus... (1) burgesia
Attrebatensi seu quocumque alio privilegio vel prerogativa
in derogalionem premissorum seu cujuslibet eorum nullo
tempore valeant suffragari. Hanc autem super dicta
censa conventionem sic habitam inter prefatos R. scolas-
ticum et Johannem, promiserunt ipsi ambo se bene et legi-
time servaluros et ad ipsam inviolabiliter observandam se
(1) La phrase a été tronquée par le copiste, mais on en comprend
aisément le sens.
— 289 —
et successores suos imperpetuum obligarunt. Nos vero,
predictam conventionem ratam habentes et gratam, ut
memorie imposterum commendata inviolabiliter observetur,
presentes litteras inde factas, ad pelitionem predictorum
R. scolastici et Johannis sigillorum nostrorum munimine
fecimus roborari. Datum anno Domini M° CC. sexa-
gesimo septimo, mense januario.
N° 252. — 1277, novembre.
De redditu quem episcopus Attrebatensis habet super domum quondam
Riquerii Amion, pro duabus gargouliis in dicta domo existentibus,
quas dominus potest amovere quotiens sibi placuerit. — CCXXVI.
Universis presentes litteras inspecturis, officialis Attre-
batensis, salutem in Domino. Noveritis quod Rikerus dictus
Amions, clericus, coram nobis propter hoc personaliter
constilutus, recognovit et confessus est spontaneus quod
cum ipse in domo sua sita in vico Malleorum haberet tres
gargoullias et intabulaturam fenestrarum ejusdem domus
super ipsum vicum projectas seu protensas, in quo quidem
vico reverendus pater Attrebatensis episcopus jurisdictionem
omnimodam habere dinoscitur, et ipsi Rikero ex parte dicti
domini episcopi esset injunclum seu preceptum ut dictas
gargoullias el intabulaturam, in quantum super dictum
vicum eranñt porrecte seu protense, tolleret seu eliam amo-
veret, cum eas sic habere sine dicti domini episcopi licentia
et consensu eidem non liceret, tandem dictus dominus epis-
copus, precum ipsius Rikeri et amicorum ejusdem multa
devictus instantia, voluit et concessit dicto Rikero ut, una
diclarum gargoulliarum remota seu sublata, alie due cum
intabulatura predicta remanerent, ita quod dictus Rikerus
duos capones annui et perpelui redditus diclo episcopo
solvere teneretur. Quam quidem conditionem sive modum
dictus Rikerus libenter amplectens, ac etiam recognoscens
19
— 9299 —
quod dictus episcopus, tanquam habens ommimodam juris-
dictionem in vico predicto, dictas gargoullias et etiam inta-
bulaturam, prout supra ipsum vicum protenduntur, pro
sua voluntate poterat iollere seu etiam amovere, promisit
coram nobis, fide el juramento super hoc corporaliter pres-
titis, ab eodem dicto episcopo vel ejus mandato singulis
annis in Natali Domini se dictum redditum fideliter solu-
turum, et ad hoc personam suam heredesque suos imper-
peluum personaliter obligavit ad dictas gargoullias et inta-
bulaturam, in quantum supra dictum vicum proltenduntur,
etiam de dicto redditu assignamentum faciendo, et ipsas
propter hoc realiter obligando ; volens et concedens idem
Rikerus quod, si in solutione dicti redditus ipse vel ejus
heres deficeret, dictus episcopus, aliqua temporis prescrip-
tione seu alia exceptione non obstante, dictas gargoullias et
intabulaturam, utendo jurisdictione sua, possit tollere seu
etiam amovere, et quod nos de ipso justiciam faciamus,
quantum ad hec jurisdictioni curie Attrebatensis se suppo-
nens, ubicunque de cetero fuerit aut moretur. In cujus ru
testimonium, presentibus litteris sigillum curie Attrebatensis
duximus apponendum. Datum anno Domini Mo. CC°. LXX:°.
septimo, mense novembri.
N° 267, — 1291, 4 février,
Quedam compositio facta inter episcopum Atrebatensem et capitulum
super juridictione et obventionibus oblationum — CCXLHI.
Universis presentes litteras inspecturis, G. divina mise-
ratione Altrebatensis ecclesie minister humilis, et H. prepo-
situs, J. decanus, lotumque Attrebatensis ecclesie capitulum,
salutem in Domino sempiternam. Cum inter nos episcopum
antedictum, ex una parte, et nos H. et J. et capitulum ante-
dictos, ex alia, super hiis que sequuntur contentio move-
retur : super eo videlicet quod nos episcopus antedictus
dicebamus murum prout extenditur a domo in qua ad presens
— 291 —
prepositus ecclesie Bethuniensis moratur usque ad furnum
nostrum in Civitate existentem, ad nos jure dominii perti-
nere, vel saltem in aliqua parte dicti muri dominium nos
habere, et ad nos in dicto muro jurisdictionem omnimodam
pertinere ; insuper dicebamus nos et officialem nostrum
jus habere appodiandi scalam nostram pro nostra juris-
dictione exercenda ad dictum murum, videlicet pro homi-
nibus scalandis pro delictis suis, ratione jurisdictionis
nostre exercende, quotienscumque opus esset et nobis et
officiali nostro videretur expedire ; item quod nos in porta
existente in muro prediclo, per quam portam de ecclesia
nostra et de claustro dicte ecclesie via dirigitur ad Civilatem,
prout latitudo muri se extendit, dicebamnus ad nos jurisdic-
lionem omnimodam pertinere ; item dicebamus quod cum
contingit decanum christianitalis Attrebalensis decedere,
oblaciones omnes, sive sint in cera sive in pecunia, ad nos
debent penitus pertinere ; item, cum in choro Attrebatensis
ecclesie duo sint altaria, videlicet majus altare, et minus
quod est retro altare superius memoratum, et in majori
altari sit, diu est, ordinatum quod si contingat pro aliquo
funere presente, non pertinente ad curam decani ejusdem
ecclesie, missam de requiem celebrari, omnes oblaciones in
cera exislentes ad nos debent penitus pertinere, et altare
retro censeri debeat pari jure, dicebamus quod si conlingeret
in illo secundo altari pro aliquo corpore presente, ad curam
decani minime pertinente, missam aliquam celebrari, omnes
oblaciones in cera existentes debebant ad nos penitus
perlinere, nobis H. et J. et capitulo antediclis asserentibus
contrarium, videlicet ad nos omnia predicta peuilus pertinere
et negantibus dominum antedictum habere jus aliquod in
premissis : Nos vero, freti bonorum consilio, predicte conten-
tioni finem impossere cupientes super omnibus autedictis,
in certas personas compromisimus tanquam in arbitros seu
amicabiles composilores. Qui arbitri dicti, compromissi
prius onere in se sumpto, et super hiis ab eisdem inqui-
— 292 —
sitione habita diligenti et discusso quolibet articulo predic-
torum, dictum suum seu sententiam arbitralem super eisdem
in modum qui sequitur protulerunt. Pronunciaverunt enim
ad nos H. et J. et capitulum antedictos predictum murum
pleno jure et racione dominii pertinere, et quod in eodem
dominus episcopus antedictus jus aliquod non habebat,
nisi quod ipse dominus antedictus et officialis suus qui pro
tempore fuerit possunt scalam suam, pro hominibus ibidem
scalandis et sua jurisdictione exercenda, appodiare, quo-
cienscumque voluerint et viderint expedire. — Item dixe-
runt per sentenciam supradiclam quod in porta superius
memorata, cum porta aperta fuerit, prout latitudo muri se
extendit ad nos capitulum antedictum jurisdictionem omni-
modam pertinere ; cum vero porta predicta clausa fuerit,
usque ad .portam ligneam ex parte vici dixerunt ad nos
episcopum jurisdictionem omnimodam pertinere. — Pro
funere decani supradicti et pro funeribus presbiterorum
parrochialium predictorum, vacante decanatu supradicto,
dixerunt oblaciones omnes et in pecunia et in cera ad nos
solum episcopum pertinere. — De altari minori in choro
Attrebatensis ecclesie existenti, ita ab eisdem extitit ordina-
tum, quod si contingeret in predicto altari missam de
defunctis pro aliquo corpore in ecclesia presencialiter exis-
tente, ad curam decani nostre ecclesie minime pertinente,
de cetero celebrari, dimidia pars oblacionum in cera exis-
tencium ad nos capitulum pertinebit el alia dimidia ad nos
episcopum supradictum. — Nos vero predictum dictum seu
arbitralem sentenciam approbantes, promittimus bona fide
quod contra eandem non veniemus racione aliqua in futu-
rum ; et ad eandem conservandam et ad ea omnia que
superius sunt expressa nos et successores nostros speciali-
ter obligamus. In cujus rei testimonium, presentibus litteris
sigilla nostra duximus apponenda. Datum anno Domini
Me. CC°. nonagesimo, die mercurii post octabas festi Puri-
ficationis beate Marie Virginis.
— 293 —
N° 268. — 1294, 1 aout.
Littera regis quod bannus comitis Artesiensis factus quod clerici
pararent se ad exercitum revocetur, et quod qui vendunt et emunt
vinum et bladum in Civitate et claustro Attrebatensi maletautam
non solvant. — CCXLIIII.
Philippus, Dei gratia Francorum rex, ballivo Ambianensi
salutem. Conquestum est nobis capitulum Attrebatense,
electi ejusdem loci nomine, quod in prejudicium jurisdic-
tionis ecclesiastice dicti electi, scabini Attrebatenses in
eadem villa fecerunt publice proclamari quod omnes clerici
mercatores in equis et armis se preparent et se infra certam
diem ostendant scabinis eisdem sic paratos in nostrum
exercitum profecturos, prout est de aliis laicis ordinatum,
et hoc sub pena sexaginta librarum facere non omittant.
Quare tibi mandamus quatinus, si est ita, dictam procla-
mationem, quantum tangit clericos, facias revocari. Verum-
tamen, per quasdam alias nostras sub certa forma litteras,
dicto capitulo et dicti electi procuratori mandamus ut ipsi
clericos uxoralos mercatores lamen non defendant in hoc
casu, quantum ad eorum mercaturas videbitur pertinere.
Item, ex parte dicti capituli, nomine quo supra, nobis est
conquerendo monstratum quod dicti scabini bannum fece-
runt videlicet quod aliquis subditorum suorum in Civitate
apud Attrebatum non emat vinum nec bladum, sub pena
viginti sol. sibi solvendorum ab excedentibus dictum ban-
num, nisi emptor pro quolibet loto vini solvere voluerit
unum parisiensem, ad quam exactionem exigendam et
levandam, ad portam dicte ville prefati scabini quendam
staluerunt servientem ; pro quolibet autem mencaudo bladi,
duos parisienses, super quo cum hoc, a collectore male-
tolte licentiam petiet dictus emptor, aut dictam penam
viginti solidorum incurret. Quare tibi mandamus quatinus,
si tibi constiterit ita esse, predictum bannum revocare facias
et penitus anullari. Actum apud Credulium dominica in
— 294 —
festo ad Vincula sancti Petri, anno Domini millesimo CC?.
nonagesimo quarto.
No 271. — XZVes.
Persone tenentes feoda a domino episcopo Attrebatensi.
Dominus de Beaumez en-Cambrezis.
Domina de Croisilles.
Dominus de Bailæs.
Dominus de Mengoval pro uxore sua.
Dominus Michael de Fontainnes.
Dominus Sagalo Wions.
Dominus Johannes Cossés.
Dominus Nicolaus de Hamarville.
milites
Archidiaconus Atrebatensis pro archidiaconatu suo.
Archidiaconus Ostrevandensis pro suo archidiaconatu.
Scolasticus Atrebatensis pro scolasteria.
Dns Joh. de Paliano, canon. Atreb., de prioratu de Habart.
Dns Jacobus Picaloz, canon., pro personatu de Bours.
Dns Balduinus de Sepin, canon., pro personatu de Drouin.
Jacobus de Louez, armiger.
Dentardus de Lannoy, ratione uxoris sue, de castellania
Civitatis.
Sagalo Wions, filius domini Sagalonis Wions.
Sagalo Crespins.
Robertus Crespins.
Johannes Crespins.
Balduinus Crespins.
Ysabellis Loucharde.
Matildis, ejus filia.
Philippus de Vinea, senior.
Philippus de Vinea, junior.
Mainfridus de Parisius.
Düs de Hamelencourt, miles, emit.
Balduinus de Menricourt, ratione uxoris sue.
— 295 —
Ds Helias de Claustris, olim vicarius, pro personalu de
Loches.
Filii Martini le Courtois, et retinuit idem Martinus in feodo
viagium suum.
Jacobus Cosses de Vinea.
Major de Galeurue.
Normandus de le Machue.
Petrus de le Machue, de quinta parte terre fratris sui.
Johannes de Hées.
Johannes de Cherisi.
Johannes Boisars, de Viteri.
Jacobus de Sailli, de Viteri.
Symon Damisiaus, de Maræl.
Jacobus Demisiaus, de Maraæl.
Andreas Poutrains, de Maræl.
Gerardus Corbiaus, de Maræl.
Johannes Tourvins, de Maræl.
Waroke de Corbechon.
Johannes Habours, de Viteri.
Willelmus d’'Iwuir.
Petrus de Gheulesin.
Johannes Cluignés.
Johannes de Haloy, ad viagium.
Petrus de Haloy, ejus filius.
Ghilanus de Warluis, de Bail.
Broigne de Villiers.
Willelmus du Pont, de Biarch.
Adam de Royville.
Egidius Pastés.
Egidius de Builli.
‘Florentius d'Oupi.
Johannes de Attrebato, de Bapalmes.
Michael Mauvoisins, de Cherisi.
— 99% —
Johannes dou Gardin, de Cherisi.
Petrus Baudous.
Colardus li Boucars, de Viteri.
Maria de l’Espée, de Duaco.
Hugo de Grincourt.
N° 285. — 1315, aoril.
Comment le maison qui fu sire Simon d'Escuiri, capellain del église
Nostre Dame, fu baillie à rente à Miquiel d'Esquaves. — CCLI.
A tous chiaus ki ches présentes lettres verront et orront,
Gerars, par le grasce de Dieu évesques d'Arras, salut.
Comme sire Simons d'Esquiri, jadis capelains perpétuex en
l'église Nostre Dame d'Arras, fezist et ordenast sen testa
ment et se devise u l’ordenanche de se daarraine volonté, et
en ce faisant donnast, ordenast et laissast plusieurs coses,
entre lesqueles coses une maison seant en Galeurue entre
le maison jadis Jaquemon Hukedieu le Cras qui fu, d'une
part, et le maison signeur Jehan de le Parrosce, capelain,
fil jadis maistre Symon de la Parrosce, d'autre part, liquele,
maisons est lenue de nous et se juge par nos eschevins de
Cité, pour metre, donner et asseïr rente à hyretage sour le
dite maison, avoec autre rente queli dite maisons devoit par
devant, le quele rente nouvele li dis sire Simons vaut estre
donnée, assignée et baïllie à un hospital le quel il entendoil
et voloit estre ordené en une maïson seant vers Saint-
Nicase; et pour chou faire et tout sen testament metre à
exécution, esleust, mezist et députast maistre Jehan de
Lens, jadis capelain en le dite églize Nostre Dame, du quel
testament li dis maistres Jéhans mist à exécution pluseurs
coses, el avant que il eust tout parfait et mis à exécution,
mesist le devant dit testament, u chou qui a parfaire en
estoit, en no main comme en main de souverain, pour
parfaire et metre à exécution çou qui à parfaire estoit dudit
testament : Nous, par grant consel que nous avons eu sour
chou deliganment, et par grant deligense pour le pourfit
dudit testament, et pour aemplir et metre à exécution l'orde-
— 297 —
nanche de le darraine volenté dudit signeur Symon, avons
bailliet, livré et otriiet à rente perpétuele à Mikiel d'Esquaves,
clerc, fil jadis monsigneur Michiel d'Esquaves, chevalier,
et à Jehanain se feme, le maison devant dite qui fu le dit
signeur Symon, tout comme li dite maisons siet et s’estent
devant, derrière et d’encoste, desous et deseure, dedens
toutes appendances, parmi cent sols et quatre deniers de
paresis de rente par an à hyretage, que li dit Mikix et Jehane
se feme, leur hoir et leur successeurs après aus tenant le
dite maison en doivent rendre et paiier, paieront et rende-
ront cascun an puis ore en avant hyretavlement as hoirs chi
après nommés, c’est asavoir : au devant dit hospital, u à
celui u à chiaus qui les biens dudit hospital manieront et
recheveront, trente sols de paresis cascun an, à eus termes,
à teus us et à teles coustumes que on paie autres rentes en
l’'eschevinage devant dit; et pour l'anchienne rente, à le
Maison Dieu en Chité sissante et dis sols par an, et au
capitle Nostre Dame d'Arras quatre deniers cascun an. Et
par teles rentes qui devant sont dites, nous permetons et
avons en convent à tenser et à warandir as devant dis
Michiel et Jehanain se feme, à leur hoirs et à leur succes-
seurs le maison devant dite envers tous, comme sires. Eten
tesmongnage et en le pardurable fermeté de toutes ches
coses devant dites, nous avons ces présentes lettres seslées
et confermées de no propre seel. Ce fu fait en l’an de grasce
mil trois cens et quinse, el mois d'avril,
N° 297. — XIVe s.
Beneficia ad collationem episcopi attrebatensis
pertinentia.
Primo in ecclesia Attrebatensi.
Quadraginta prebende, valet quelibet n° libras.
Archidiaconatus Attrebatensis valet inc libr.
Archidiaconatus Ostrevanensis valet c lb.
Scolastria valet xxx lb.
— 298 —
Capellania de Senghin valet
Capellania de Raiïsce valet
In decanatu Lensensi.
Ecclesia de Builli valet
Ecclesia de Angre valet
Personatus de Lohes valet
Capellania de Wingles valet
In decanatu de Basseia.
Ecclesia de Armentières valet
Ecclesia de Herlies valet
Ecclesia de Auberch valet
Capellania in villa de Armenteriis valet
Capellania que est in ecclesia S. Vedasti de
Armenteriis valet
Item capellania de Fournes valet
In decanatu Bethuniensi.
Ecclesia de Busseria valet
Ecclesia de Hedigneul valet
Ecclesia de Veteri, capellania valet
Ecclesia de Beuvri valet
Ecclesia de Sailli valet
Personatus de Douvrin valet
Personatus de Waudresicourt valet
In decanatu Husdiniensi.
Ecclesia de Cambelin valet
Ecclesia de Tongri valet
Ecclesia de Ruit valet
Personatus de Ranchicourt valet
Personatus de Bours valet
In decanatu de Albigniaco.
Ecclesia de Carenchi valet
Ecclesia de Villaribus in Aurismonte valet
xxx lb.
xXxxvin lb.
XVI ]b.
x vi Jb.
xx lb.
XX Ib.
Lxtt Ïb.
xxx Ib.
XxXv lb.
xxy lb.
Xvint Îb.
[xviu 1b.]
XXx lb.
xXviIt lb.
xxx lb.
Lx lb.
xxv lb.
XX lb.
XXv Ib.
Xxv lb.
XxH ]b.
XX lb.
XXI 1b.
XLVII Ib.
xxxv lb.
xx lb.
: — 299 —
Personatus de Habarc valet | xxvV lb.
Canonia Nigelle Guidonis valet XXX Ib.
In decanatu de Passu.
Ecclesia de Cousturella valet xv Ib.
Ecclesia de Sauti valet XXX lb.
Personatus d’'Andinfer valet XVI Ib.
Personatus de Ransart valet XI 1b.
(1).
In decanatu Bapalmensi.
Ecclesia de Goumercourt valet XV lb.
Ecclesia de Ervilier valet XxxI1 lb.
Ecclesia de Miraumont valet | L 1b.
Ecclesia de Villers valet XXV lb.
Capellania de Miromonte S. Lazari valet x11 Db. xs.
In decanatu de Croisilles.
Ecclesia de Novavilla domini Eustacii valet xvur Ib.
Ecclesia Sancti Martini valet XX Ib.
Ecclesia de Reu valet XX Ib.
Ecclesia de Monchiaco petroso valet xL Ib.
Ecclesia de Gamape valet xx lb.
Ecclesia de Bairi S. Martini valet Xxvi lb.
Ecclesia de Cerisi valet xxx Ib.
Personatus de Bairi valet x lb. xs.
Personatus de Baileus in Monte valet XX Ib.
In decanatu H yniacensi.
Ecclesia de Vimi valet xxvi Ib.
Ecclesia de Allæs valet XL lb.
Ecclesia de Willierval valet XLvVII Îb.
Ecclesia de Oupy valet XXXx Ib.
Ecclesia de Avions valet XXXV lb.
Ecclesia de Aïellæs valet XX Ib. ,
Ecclesia de Menricourt valet L Ib.
Capellania de Vimi valet xv lb.
(1) Ici cette note ajoutée plus tard en interligne : Capella de
Bertencourt à Groville alternativa cum capitulo.
— 300 —
Capellania de Warendin valet xvi lb.
Capellania que est apud Raisce valet xx 1b.
[Personatus de Gaverella valet xitit 1b.] (1).
In decanatu Duacensi.
Ecclesia de Brebere valet xxx Ib.
Ecclesia de Corbeham valet XL lb.
Ecclesia de Noiielle souz Belone valet xxu ]b.
Ecclesia S. Nicholai de Alloso in Palude valet xLe lb.
Ecclesia de Belona valet XL 1b.
Personatus de Mauchicourt valet XXV Ib.
Personatus de Villaribus in Colle valet XL lb.
Somma omnium beneficiorum ad collationem domini
[episcopi] spectantium Lxvi, videlicet x1 personatus, xni capel-
lanie, x11 cure.
Item quatuor beneficia non attitulata : primum tenet
Guillelmus Coopertor, valet xx1 libras ; aliud Henricus de
Mernes, valet xx libras ; tertium Symon Escuiri valet
xu libras ; quartum Jacobus Clericus, archidiaconus Ostre-
vanensis, valet xvi libr. ; aliud Stephanus de Commarceyo
valet xir libras. Iste Stephanus erat curatus de Erin, in
decanatu Valenchenensi, anno M° CCC quinto. Modo tenet
primum nepos J. Lanteluy. Beneficium de Planchis habet
P. de Piperno, valet xvi 1b. ; beneficium de Dyvion habet
magister Angelus de Fulguier ; beneficium de Campionibus
_ habet S. de Commarseio. De isto S. habetur mentio paulo
superius.
N° 339. — 1381, 10 ma.
Arrestum parlamenti pro domino episcopo Attrebatensi contra plures
servientes regios pro excessibus per eos commissis contra Ecclesiam
et gentes domini episcopi. — CCLXXXI.
Karolus, Dei gratia F rancorum rex, universis presentes
litteras inspecturis, salutem. Notum facimus quod, de
licencia et auctoritate nostre parlamenti curie, inter partes
(1) Addition postérieure,
— 301 —
infra scriptas, seu earum procuralores, tractatum, concor-
datum et pacificatum extitit, prout in quadam cedula ab
eisdem partibus seu ipsarum procuraloribus inferius nomi-
natis dicte curie nostre unanimiter et concorditer tradita
continetur, cujus cedule tenor sequitur sub hiis verbis :
« Comme révérend père en Dieu, monseigneur l’évesque
« d'Arras, maistre Pierre Morel, son official, messire Jehan
« de le Craulière, son seelleur, et Vinchent Ploukin, son
« promoteur de la court espirituelle d’Arras, tous prestres,
« et le procureur du roy eussent en temps passé fait adjour-
« ner en parlement Jehan de Sarton, dit Sevin, Colart
« Louchart, Gille Louchart, Jaque de Rue, Gille Fauquet,
« Gille de Chérisy, Jehan le Merchier, dit Mouton, Jaque
«le Prévost, dit Robelot, Jehan Bordin, Jehan l'Artisien,
« Sauwale de le Place, sergens du roy nostre sire en la
« baillie d'Amiens, Jehan de Fescamps, Mathias d'Amours,
« Jehan Chuot, Jehan Havetl dit Havetel, et Colin Herlin,
« pour pluseurs excez fais par les dessus nommés deffen-
« deurs en l’église de Saint-Nicolas à Miaulens, es fourbours
« d'Arras, en enfreingnant la franchiseet immunité del'église
« et en affamant en ycelle Henriet de Goy, et en ycelli
« attraiant par famine et violentement hors de l'église ; et
« aussy pour pluseurs violences faites pour celle cause aux
« dis official et seelleur et promoteur, comme plus plaine-
« ment est contenu ou procès sur ce fait ; ou quel tant a
« esté procédé que les parties estoient cheües en fais
« contraires et commissaires donnez par tamps de préfixion
« ordené par parlement : les parties, pour bien de pais et
« pour frais esquiever ont traittié pour parvenir à boin
« acord, s’il plaist au roy nostre sire et à sa dicte court de
« parlement, par la manière qui ensuit. Est assavoir que li
« dit deffendeurs procureront et impèteront à leurs despens,
& tant au roi nostre sire et à le dite court de parlement
« comme ailleurs, lau mestiers sera, licence de pacefier
“ sans amende. Item, impèteront aussi licence de prendre
- _
— 302 —
ledit Henriet de Goy, qui encore est ou beffroy d'Amiens
pour cause dudit procès, et de ycelluy amener es prisons
de chapitre d'Arras, lau il le menèrent premiers de la
dicte église, en l'abit lau il estoit, ou semblable, quant il
l’'amenëérent ; et ce fait, en certain jour qui à ce sera
ordenez entre eulx et le dit official, entre tierche et midi,
présens les dis official, seelleur et promoteur ; le méneront
de la dite prison à la dite église de Saint-Nicolay par les
rues et lieux par les quelz ils le menëèrent de la dite égiise
ez dites prisons de chapitre et le remettront et lairont en
la dite église pour joïr et avoir le immunilé d'icelle, et
restabliront l’église. Item, ce fait, venront incontinent
nues testes, est assavoir les chapperons hostés et abatus,
humblement et à révérence devant les dis official, seelleur
et promoteur, qui seront à l'entrée de la chimentiere de la
dile église ou lieu lau ils dient les injures et violences à
eux avoir eslé faites, et se metteront li dit deffendeur à un
genoul, en disant par le bouce de l’un d’eulx aux disoflicial,
seelleur et procureur ainsi : (« Nosseigneurs, en certain
jour passé, nous ou aucun de nous parlasmes chy à vous
pour le fait de Henriet de Goy rigoreusement, et cous
feismes et deismes aucunes rigueurs et offenses, dont nous
sommes dolant et repentant et le vous amendons du tout a
vostre votenté, el vous en supplions le pardon. » Et en ce
disant, tous ploiront le gaige, et li dit official, seelleur et
promoteur les recevront. Item, ce fait, s'en iront li dit
deffendeur du dit lieu tout ensemble, les dis caperons
abatus, avec les dis official seelleur et promoteur par le
dit chemin par lequel il vindrent, el iront aussi jusques
au devant des dites prisons de chapitre, et là diront aux
dis oflicial, seelleur et promoteur et feront samblabies
paroles et amendises qu il aront fait devant le dite chimen-
tière par samblable manière. Item, ce fait, de là s'en iront
en l’estat devant dit en le grant église d'Arras, qui est
assez près, en laquelle sera lv dit révérend père, et de
SE —
— 303 —
loings quant ils le percevront, se metteront à genoulx en
signe de humilité et de révérence, et depuis se lèveront el
approceront de lui, et devant li se mettront à genouls et
humblement li diront ainsi ou en substance : T'rès reoé-
rend père, nous desplaist moult de ce que nous est advenu
et des offenses que nous avons faites a Dieu et a vous et à
oostre église. Sy le vous amendons humblement à vostre
volenité et vous en supplions et requerons le pardon et
merch:. En ce disant, ploiront leurs gaiges, et adont le
dit révérend père les rechevera à merchy, et jurront solen-
nelment de garder des ores en avant les mandemens et
francises de l’église et que jamais ne feront contre. Et
avec, le dit révérend père eujoindra par manière de paiue
aus dis Sevin et Colart Louchart à aler en pélerinage à
Nostre Dame de Cartres dedens le Penthecouste prochain
venant, et ils iront et raporteront lettres. Item, que toutes
les choses dessus dites li dit deffendeur feront, passeront
en parlement et acompliront, et feront faire et acomplir à
leurs frais et despens en dedens le dimence xix° jour
de ce présent mois de may mil cccun'* et un, réservé le
dit pélerinage qui se fera, et deux cens frans qui se paieront
as lermes et par le manière que dessus et chy après est
déclarié. item, pour le restitution de coulz, de frais et de
intérêts, renderont et paieront li dit deffendeur au dit
révérend père, en dedens le jour de Saint Jehan prochain
venant, la somme de deux cens florins. Et à toutes les
coses dessus dites seront li dit défendeur condempné par
arrest. Et par mi les coses dessus dites faites et acomplies,
les dis procès seront mis à nient, s’il plaist à la court,
comme dit est. Et que ou cas que les coses dessus dites
ne se pourroient acomplir, cascune partie reviegne à son
procès et y puist procéder en l’estat qu’il seroit ad présent.
Fait du consentement de Jehan le Caron, procureur du
dit monseigneur l’évesque d’Arras et de ses officiers et de
maistre Eustace de le Pierre, procureur de Jehan Havet,
— 304 —
« dit Havetel, et Gilles Louchart, et de maiïstre Jehan Noël,
« procureur de Gilles de Chérisy, Jehan l’Artisien, Jehan
« Bordin et Jehan le Merchier, dit Mouton, sergens du roy
« nostre sire, et de maistre Laurens Lamy, procureur de
« Colart Louchart, de Jaque de Rueet de Mathias Damours,
« et de Jehan de Sarton, dit Sevin, présent en sa personne,
« le x° jour de may mil ccc u** et un, non contredisant à
« ce le procureur du roy nostre sire, qui estoit adjoint
« seulement avec les dis demandeurs en tant qu'il touchoit
« les excez qu'il maintenoït à eulx avoir esté fais en leurs
« personnes, sans préjudice toutesfois des drois, posses-
« sions, saisines et usaiges du roy nostre dit seigneur en
« saisine ou propriété, ores ou pour le tamps avenir en
(« aucune manière ).
Ad quod quidem accordum ac omnia et singula in supra
scripta cedula contenta tenenda, complenda et exsolvenda ac
firmiter et inviolabiliter observanda, dicta curia nostra par-
tes predictas et earum quamlibel, quatenus unamquamque
ipsarum tangit seu langere potest, ad requeslam et de con-
sensu diclarum partium seu ipsarum procuralorum in supra
scripta cedula nominalorum, per arrestum condempnavit et
condempnat, et ea ut arrestum ejusdem curie teneri,
compleri, observari et exsolvi ac executioni demandari
voluit et precepit. In cujus rei testimonium, presentibus
litteris nostrum jussimus apponi sigillum. Datum Pari-
sius in parlamento nostro, die decima maii, anno domini
M°.CCC.LXXX1I et regni nostri primo.
N° 353. — 1393, 29 juin.
Quod major de Galerue equum dicti episcopi in suo jocundo introitu
ad ipsum pertinere proponebat, domino episcopo moderno ante
suom introitum contrarium asserente ; tandem die sui introitus
equum non habuit major nec aliud inde pro ipso. — CCCXXV.
Ad futuram rei memoriam, quia discretus vir magister
Gerardus Wambours, major de Galeurue, et quam majori-
_— 305 —
tatem tenet in feudum a reverendo in Christo patre domino
Altrebatensi pro tempore, nuper ante primum introitum el
jocundum adventum reverendi patris domini Johannis,
episcopi moderni, ipso reverendo patre in castro de Belle-
mote juxta Attrebalum existente et dicto magistro Gerardo
coram ipso comparente, pretendebat et pretensus fuit equum
quem idem reverendus pater intrando suam CGivitatem
Altrebatensem in diclo primo jocundo adventu equilaret,
slalim postipsius reverendi patris descensum, ad se majorem,
ralione et causa dicte sue majoritalis, pertinere et perlinere
debere, et quod consiwniliter pater ipsius magistri Gerardi
gavisus fuerat, et maxime habuerat equum domini Gerardi
de Dainville, quondam episcopi Attrebatensis, quum suum
primum jintroitum in dicta Civilale fecerat, aut sallim
dictum equum eidem reverendo patri liberaliter,absque juris
sui aut successoris ejus prejudicio, donaverat et dimiserat ;
et de hoc se referebat ad testimonium magistri Petri Cramele
et domini Roberti Guinemant, qui tunc fuerant gentes et
familiares dicti reverendi patris.
item asserebat diclus major quod, tempore patris sui
supradicti, quidam bone memorie Aldemardus, frater domini
decani Sancti Germani Autis{siodorensis] Parisiis, dum
promotus fuit ad ecclesiam Attrebalensem, fecit suum
jucundum introitum in dicta Civitate, a quo idem pater
suus habuit equum quem illo tempore equitabat ; de quo
se ad relacionem dicti domini decani referebat.
Dictus dominus Johannes, episcopus modernus, eidem
magistro Gerardo respondit quod non credebat dictum
equum ad dictum magistrum Gerardum, ex causis predictis
nec aliis, pertinere aut pertinere debere, presertim cum hoc
in denumeramento dicti feudi sui ipse vel sui predecessores
minime reporlassent, nec reperitur per suos predecessores
in suis denumeramentis reportasse, et quod non est verisi-
mile talia omiltere aut oblivisci; et quod et super hoc se
per reverendum patrem dominum episcopum PRES
V
modernum, olim domini Aymerici, episcopi Attrebatensis,
ac, quum primum introitum suum in dicla Civitate fecit
dictus dominus Aymericus, familiarem et secretarium, et
per decanum Sancti Germani Authisiodorensis, fratrem
germanum dicti domini Ademari, olim episcopi Attreba-
lensis, ac eciam per prediclos magistrum Petrum Cramele
et dominum Robertum Ghineman necnon piures alios infor-
macionem receperat et habuerat; sed in veritale per 1psos
aut eorum aliquem non repperierat equum predictum ad
majorem de Galeurue qui erat pro lempore, aut qui est pro
presenti, umquam pertinuisse nec perlinere debere. El sic
dictus magister Gerardus a dicto reverendo patre recessil.
Quibus tamen sic dictis et recitatis non obstantibus, dum
dictus reverendus paler et dominus episcopus modernus
intrasset dictam suam Civilatem et a dicto equo descendisset,
dictus magister Gerardus major accepit per frenum dictum
equum dicens quod ad se pertinebat. Et lunc prepositus
Civitatis dicti reverendi patris apposuit manum ad dictum
magistrum Gerardum majorem, pro eo quod, [quum] ibidem
appendit manum ad frenum dicli equi dictus magister
Gerardus, exercicium juridicionis fecisse in alta justicia dicti
reverendi patris videbatur et ob hoc forefecerat. Tandem
dictum equum libere abire promisit, et dictus preposilus
die sequenti, de precepto dicti reverendi patris, dictum
magistrum Gerardum relaxavit.
N° 361. _— 1395.
[Quapropter Johannes Canardi fecerit expelli cunicalos, cervos et
bichias de parco domus sue episcopalis vocato Bi ulio. | — CCCLXXX VI".
Hee sun cause propter quas episcopus Johannes, domini
Burgundie cancellarius, anno Domiui millesimo CCC nona-
gesimo quinto vel circa, de plurium peritorum consilio, fecit
expelli de magno jardinio posteriori domus episcopalis, qui
vocalur Bruium (t),cuniculos, cervos et bichias tunc ibidem
(1) « Li bruilles le vesque » (v. n° 224), c'est-à-dire le « breuil »
ou parc de l'évêque, aujourd'hui le pare de la Préfecture. À ce
— 307 —
existentes: Prima, quoniam animalia predicta destruxerant
et destruebant arbores dicti jardinii, scilicet cervi cum eorum
cornibus fricando (1) etevellendo mensibus augusli, septem-
bris et octobris cortices arborum, sic quod moriebantur et
desiccabantur omnino, sicut adhuc patet per inspectionem
loci, in tantum quod plus quam media pars antiquarum arbo-
rum cecidit. Multum etiam nocuerunt cuniculi, qui rodebant
dictarum arborum radices, nec poterant ibidem arbores nove
plantari, quum in continenti per cervos el cervas comesle
et destructe fuissent ; et in brevi, nisi fuisset remedium
appositum, omnes arbores desiccate fuissent et ad terram
prostrate, per quod amplius illic animalia vivere non potuis-
sent. Erat enim jam locus etiam in eslate siccus, quia pasce-
bant herbas animalia quia non erat locus viridis nec amenus,
ymo post medium augusti usque fere festum Omnium Sanc-
torum fetidus, quibus mensibus cervi et cerve simul com-
miscebantur, et propler eorum stercura locus erat fetidus
et erat periculum locum ïillum frequentare, maxime quia
citra (2) quadraginta annos, propter pericula guerrarum,
« Brulium » une fausse lecture a substitué Brulud, expliqué trop
iugenieusement par brutorum ludus et brutorum lucus. — (Voir
Annuaire histor. du Pas-de-Calais, ann. 1853, p. 255).
(1) Ms. « friccando », et par contre « desicabantur, desicate, sicus »,
(2) Ms. C£a ou CCS, qu'on lirait « circa », si « circa quadraginta
annos », C'est-à-dire pendant une quarantaine d'années, pouvait
sigaifier 4! y a environ quarante ans. Mais 11 y manque « abhinc ».
La forme C’C&G, que l’on trouve plus bas, n’est pas douteuse, tandis
que l'autre abreviation se hit « circa, contra, citra » dans d'ancieus
mss. (Voir à ce dernier mot Forcellini Lexicon. Remarque).
Une interprétation tout autre est celle qui a vu là le signenumé-
rique CC, « ducentos [et] quadraginta annos », reportant à 1155 le
contre-coup artésien du désastre de Poitiers de 1355. Cette chrono-
logie a fait, avec Zrulud, le tour de notre histoire locale. — Voir
De Linas, Annuaire du Pas-de-Calais, loc. cit. ; D'Héricourt, Rues
d'Arras, t. 11. p. 309; Van Drival, Statist. monum. du Pas-de-
Calais, t. 11, p. 4 et Dict. hist. el archéol. Arras, t. 1., pp. 106
et 108 ; Le Gentil, Vieil Arras, p. 18; Ternin:k, Arras, p. 18,
— 308 —
ortus fuit fere de media parte restrictus per fossata Civitalis
per ipsum ortum transéuntia, sicut patet evidenter. Ex quo
locus fuit pro bestiis quasi factus inutilis, in tantum quod,
anno quolibet, plures ipsorum moriebantur, licet nutrie-
bantur cum magnis expensis. Nunc autem, post dictorum
dejectionem animalium, episcopus in orto predicto plures
arbores lam fructiferas quam alias plantari fecit; herbe
virent et crescunt que reddunt locum temporibus congruis
viridem, odoriferum et amenum, cujus fenum valet ecclesie
siugulis annis x libras redditus aut circa sine sumptu ; el si
conlinuetur, meliorabitur in futurum. Verum est quod in
principio prolocutionis hujus materie, cum menlio fiebat
ejeclionis dicltorum cervorum, petiit dominus Burgundie
dux ipsos sibi donari ducendos ad parcum suum Hisdinii,
quod sibi per episcopum concessum fuit. Sed in dictorum
animalium captione violenta, quedam mortua fuerunt, alia
lesa, quorum major pars mortua fuit in ilinere, paucis
residuis ad dictum parcum deductis.
N° 387. — XIVes.
Secuntur procurationes et pastus episcopi Attrebatensis,
tam in sua diocesi quam extra. — CCCUXII.
Et primo in archidiaconatu, Altrebatensi :
In abbatia Montis sancti Eligii, per duos dies.
In abbalia de Mareolo, per unum diem.
In abbatia monialium de Strumis, per unum diem.
In abbatia de Avenis juxta Bappalmas, per unum diem.
In abbatia de Ayleurte, per unum diem.
In abbatia de Arouasia, per unum diem.
In prioratu Sancti Albini juxta Bappalmas, per unum.
]n grangia de Bairy sancte Rictrudis, per unum diem.
Item apud Henninel, per unum diem.
Apud Monchiacum petrosum, per unum diem,
Apud Sanctum Michaelem juxta Attrebatum, per unum.
Apud Pas in prioratu, per unum.
Apud Monchiacum in Bosco, per unum.
Apud Fouconviller, per unum,
Aud Grautison, per unum.
In prioratu de Luceto, per unum,
Apud Baillolet, per unum.
Apud Rullecourt, per unum.
Apud Soncamp, per unum.
Apud Beleavenne, per unum.
Apud Albigniacum, per unum in prioratu,
Apud Houdaing in prioratu, per unum.
Apud Rebrœuves in prioratu, per unum.
Apud Bethune in ecclesia canonicorum, per unum.
Item, ibidem, apud Sanctum Prejectum, per unum.
Apud Hinges, per unum,
Apud Gore, per unum in prioratu ejusdem.
Apud Berclau in prioratu, per unum.
Apud Harnes in prioratu, per unum.
Apud Florin, per unum.
Apud Lens, in ecclesia canonicorum, per unum.
Apud Harnes, per unum.
Apud Grenay per unum.
Apud Bienviller, per unum.
Apud Waencourt, per unum.
In archidiaconatu Ostrevanensi.
[a abbatia de Hennin, per duos dies.
Apud Anchin, per duos dies.
Apud Marchiennes, per duos dies in abbatia.
Apud Hasnon, per duos dies.
Apud Vicongne, per duos dies.
Apud Castrum juxta Mortaigne, per unum.
Apud Denaing, per unum.
Apud Escaudaing, per unum.
Apud Ascons, per unum.
Apud Erchin, per unum.
Apud Dichy, per unum.
— 310 —
Apud abbatiam de Sin, juxta Duacum, per unum.
Apud Duacum in ecclesia Sancti Petrifet]
Apud Sanctum Amatum, in primoadventu solum. Sed anno
quolibet in festo S. Amati vel S. Mauronti, si personaliter
ibidem pernoctet et in die celebret, habere debet tres
marchas argenti ; et si solum in uno festorum intersit sine
pernoctando, duas.
Apud Lambres, per unum.
Apud Faumont, per unum in prioratu.
Apud prioratum de Beaurepaire, per unum, de Cizonio.
Apud Flers, per unum in prioratu.
Apud Esquerchin, per unum.
Apud Nigellam juxta Lens, per unum.
Apud Sailly in Ostrevano, per unum.
Apud Goy in Ostrevano, per unum.
Apud Goy in Ostrevano, per unum.
Apud Cuinchy le Prévost, per unum.
Apud Evin, {per unum|.
Procurationes et pastus dicti Episcopi extra episcopatum.
Et primo in diocesi Morinensi :
Apud S. Audomarum in abbatiaS. Bertini, per duos dies.
Apud Blangi en Ternoys, per unum diem.
Apud Ham juxta Lillers, per unum diem.
Apud Yprein abbatia, per unum.
Apub abbatiam de Evresent, per unum.
In diocesi Cameracensi :
Apud S. Aubertum in Cameraco, per unum diem.
Item apud S. Sepulcrum, per unum diem, in Cameraco.
In abbatia de Castello, per unum.
ltem, apud Fidemium, per unum diem in Abbatia.
In diocesi Noviomensi :
Apud Ham in Viromendia, per unum diem.
Apud Monchellum Sancti Quintini, per unum diem.
— 311 —
No 411. — 1404, 22 décembre.
Nota que pour ce quele collège des cardinaulx demandoit
pour son droit de commun service de l’éveschié d’Arras
deux mille et deux cens florins,. l’évesque Jehan, en l'an
mil CCCC. et quatre, fist querir les anciens registres de la
chambre du pape, par lesquelx fut trouvé que le dit éveschié
ne doit pour service commun que quatre mille florins, sauf
le service des familiers du pape et desdis cardinaulx. Et
pour ce fist ledit évesque Jehan corrigier les nouveaux
registres desdis cardinaulx, par lesquelx estoit trouvé que
audit collège estoit deu pour sa part n® n° florins.
llem, que oudit an fu paié audit collège par ledit évesque
Jehan unze florins pour l’accomplissement du paiement de
leur partie dudit commun service à eulx deüe, d’une part,
et nn**vi florins xxvir s. vit d. pour un service deùü a leur
famile, d'autre part, si comme il appert par quittance de
laquelle la teneur s’ensuil :
Nos Amedeus de Saluciis, miseratione divina Sancte Marie
Nove sancte Romane ecclesie diaconus cardinalis, sacri
collegii Reverendissimorum in Christo patrum et dominorum
dominorum sancte Romane ecclesie cardinalium came-
rarius, tenore presentium recognoscimus et fatemur quod
Reverendus in Christo pater dominus Johannes, episcopus
Atrebatensis, pro complemento partis communis servicii
sui in quo prefato collegio tenebatur, et quod in libris
curie ad quatuor milia florenos camere reperitur taxatum
undecim florenos auri boni ponderis camere, et pro
uno servicio familie octuaginta sex florenos camere,
xxvi solidos, octo denarios monete Avinione currentis,
per manus magistri Johannis Fabri, procuratoris sui, nobis
pro ipso collegio recipientibus, die date presentium, solvi
fecit. De quibus sic solutis, ipsum dictum episcopum, eccle-
siam suam, suCcessores suos et eorum bona, prefati collegii
nomine, absolvimus et quittamus. In quorum testimonium
presentes litteras fecimus fieri et sigilli nostri camerariatus
— 312 —
officii appensione muniri. Datum Nicie, die xxi1 mensis
decembris, anno à nativitate Domini millesimo quadringen-
tesimo quarto, pontificatus sanctissimi in Christo et domini
postri domini Benedicti, divina providentia pape XIHIni,
anno undecimo. »
No 435. — 1446, 13 décembre.
Sentence arbitrale entre l'évesque d'Arras et l’archidiacre d'Arras
sur plusieurs points et articles par eulx prétendus.
Universis presentes litteras inspecturis, Guillermus Esto-
card, decanus, Johannes Carette, officialis Attrebatensis, in
jure canonico licenciati, Nicasius le Vasseur et Guillermus
Strave, canonici ecclesie Attrebatensis, arbitri in hac parte
apartibusinfrascriptis eiecti et assumpti, salutem in Domino.
Cum lis seu contentio verteretur inter reverendum in Christo
patrem dominum Forligarium, episcopum Attrebatensem,
ex una, et venerabilem virum magistrum Rolandum Scrip-
toris, archidiaconum dicte ecclesie Attrebatensis, ex altera
partibus, de et super contentis in quibusdam articulis hinc
inde super hoc editis, quorum, et primo illorum qui de
parle dicti reverendi patris editi fuerunt, tenor inferius seria-
tim describitur et est talis : « S’ensievent les faultes et
« négligences faictes et commises par l’archidiacre d'Arras
« en diminucion du divin service de Dieu en son église él
« ou vitupère et contempt de révérend père en Dieu monsei-
« gneur l’évesque d'Arras, son seigneur : Primo, que ledit
« archidiacre, de droit de son office et de coustume, est tenus
« d’estre suppos et coadjuteur audit révérend père et lui
« doit assister à tout l'exercice de son office épiscopal et du
« divin service en cappe de soye ; aussi lui doit assister en
« son senne et examiner tous les clers qui viennent à ses
« ordres présenter ceulx qui sont ydoines ; porter l’enchens
« et aultres choses à bénitre, comme l'ordinaire de son
« église porte, et aussi que les drois dyent par tout le tiltre
« De officio archidiaconi, dont il ne fait ryens. — Item, et
« aveuc ce qu'il est tenus de assister audit révérend père
Cd
Emi
— 813 —
in spiritualibus, aussi il est tenus de luy assister in tem-
poralibus, assävoir comme homme de fief, quant il en
est requis, à tous les plais qui se tiennent en la salle
épiscopale dudit révérend père ; et ad ce est obligiés
par serment ledit archidiacre, qu'il fait audit révérend
père quant il lui fait hommaige et féaulté à son entrée et
réception, [dont il ne fait ryens (1}]. — Item, que en sup-
pléant l'office dudit révérend père, icellui archidiacre, en
s son archidiaconé, est tenus de faire visitacion au moins
une fois l’an en propre personne, ou par son procureur
se ad ce il est deuement dispensés, en et sur toutes les
églises parrochiales de son archidiaconé, et les excès et
deffaultes que il trœuve tant ès sains sacremens d’euca-
ristie comme de fons, et aussi des habilans des parroiches,
doit rapporter par escript devers ledit révérend père ou
ses officiers, pour pourveyr aux deffaultes et punir les
délinquans selonc équité, justice et rayson. — [tem, que
plus est, ledit archidiacre ne pœut ne doibl faire sa visi-
lacion par luy ou son procureur, sans avoir lettres dudit
révérend père adreschans à ses doyens ès mettes dudit
« archidiaconé, affin qu'ils luy assistent comme il est acous-
« tumé de faire. Néantmains ledit archidiacre, ou son
procureur pour luy, de nouvel se esl ingéré de visiter et
de faire visiter, sans avoir les lettres dudit révérend père
ne estre accompagniés desdits doyens, au grant grief et
préjudice dudit révérend père et de son auctorité épiscopal.
— Item, el ne fait ledit archidiacre ou son procureur pour
luy quelque visitacion des cures de sondit archidiaconé,
comme il appartient, ne deuement ne rapportent quelques
excès ou deffaultes que ils y trœuvent. Et se il advient
que aucunes foix ils y voisent ou envoyent soubz umbre
de visiter, ils ne font seulement ou leurs procureurs synon
passer pardevant les églises, sans mettre piet à terre ne
(1) Ges mots biffés se devinent à peine sous la rature.
— 314 —
visiter les deffaultes commises en ycelles, comme dit est :
mais ils visittent bien dix ou douze églises par dehors en
ung jour, que faire ne doibvent ; et leur souffist qu'ils
peussent avoir de chascune église dix sols, du sourplus
ne leur chaut, ou grant préjudice des sains sacremens,
du saint servicedivin, aussi des rélencions des chanceaulx,
églises et presbitaires d'icelles parroisses. — Item, pour
faire les choses dessus déclairies, ledit archidiacre a
pluseurs beaux drois, prééminences, prérogatives et
grans honneuwurs en l’église d'Arras, lesquelx il garde à
toute rigueur ; et toutesfoix, il ne fait quelque chose qu'il
doibve faire ou service divin ne aultrement, ne ne célèbre,
list ou dist une anthienne, et se ne fait point de résidence
en ledicte église, ne fait quelque assistance audit révérend
père. Et s’il advient que aucunefoix il soit en ladicte
église, se ne fait il chose qui appartiengne à son office. Et
ne veult résider sur son bénéfice, mais veult bien les
curez de sondit archydioné faire résider sur leurs bénéfices
et cures. Si summe ledit révérend père sondit archidiacre
d'Arras et fait savoir qu'il faice d'ores en avant son
debvoir, et par espécial ou service divin, et après ès choses
dessus déclairies, et que il viengne à luy à amendement
des deffaultes que il a commises ; et ou cas que il nele
volra faire, ledit révérend père luy signifye qu'il procèdera
à l'encontre de luy par toutes voyes deues et raisonnables
et meismes par l’arrest et détencion de son fief et temporel,
se besoing est, laquelle chose il fera le plus tart que il
pourra, pour l’onneur de luy.» — Tenoretiam articulorum
pro parte dicti archidiaconi Attrebatensis adversus dicium
reverendum patrem formatorum sequitur in hec verba :
((
S'ensievent les différens qui sont entre révérend père en
Dieu, monseigneur l’évesque d'Arras, et maistre Roland
Lescripvain, archidiacre d'Arras. — Primes, que ledit
révérend père laisse payer le seelleur audit archidiacre la
tierche partie des amendes à luy deües sans y mettre sa
— 315 —
main ne les rechepvoir. — Îlem, que ledit révérend père
ne faice faire aucunes réparacions aux prisons sans
appeller l’archidiacre ou son vicaire en ce consentant. —
Item, que la somme des deniers taxée par les ouvriers
jurez à estre employée aux églises parrochiales, maison
épiscopal et prisons, pour les réparer des ruynes sourvenues
du temps feu messire Hughe de Cayeu, soit premièrement
employé, et que ledit archidiacre, autant qu'il touche les
églises de son archidiaconé et les prisons, soit appellé,
lu y ou son vicaire, pour luy signifier qu’ilz soient employés.
— Item, que ledit révérend père en Dieu ne faice quelque
composicion à part des amendes taxées ou non taxées, et
ne quitte ryens ou préjudice de l'archidiacre. — Item,
que ledit révérend père en Dieu et le doyen de chrestienté
d'Arras réparent et amendent. audit archidiacre le tort à
luy fait par l’intronisation faite par ledit doyen de chres-
tienté d'Arras de maistre Jehan du Bos à la cure de Saint
Géry. — Item, que les doyens de chrestienté ès mettes de
l’archidiaconé d'Arras, soyent instituez et destituez par le
commun accord dudit révérend pére en Dieu et dudit
archidiacre. — Item, que ledit révérend père en Dieu
faice exercer la jurisdiction espirituelle par luy et les
archidiacres contre tous, en la manière comme jadis ont
fail ses prédécesseurs. — Item, que ledit révérend père en
Dieu ne rechoipve ryens des prestres commis par ledit
archidiacre aux cures estans en sa main, non plus que
huyt solz, et pour une foix tant seulement. — Item, que
ledit révérend père en Dieu d'ores en avant, ainchoïis qu'il
donne congié aux curez de non résider, enquière se la
cause est causa studiorum vel alia justa causa et rationabilr,
— Îtem, que en l'absence des curez non résidens cum
Justa causa et rationabuili, cellui qui aura officium cure
dudit révérend père en Dieu soit commis par ledit archi-
diacre ou son vicaire. — Îtem, que pour eschiever tous
escandles, et aftin que les églises soyent réparées et deue-
— 316 —
« ment déservies, et pour constraindre les curez à résidif
« sur leurs églises, que ledit révérend père en Dieu déclaire
« en général que tous curez qui se sont absentez de leurs
« cures sans cause raisonnable et juste ayent encouru !ës
« paines contenues ou statut synodal. — Item, se lesdis
« curez se sont absentez sans cause raisonnable, et qu'iz
(« soyent trouvez telz ou par les officiaulx de Reims ou ls
« juges apostoliques dudit archidiacre, que ledit révérend
« père en Dieu procède contre eulx par monicions, affin d-
« les priver, se ils ne veullent résider comme ils sont tenus.
€ — [tem, que d'ores en avant ledit révérend père en Dieu
« ne faice mettre ou sœuffre estre mis aucune diziesme ou
« demi diziesme sur les curez résidens pour plaidier contre
( l’archidiacre. » — De qua quidem seu contencione et
discordia, partes predicte litium anfractus evitare ac sump-
tibus et expensis parcere volentes, se in nos tanquam
arbitros, arbitratores et amicabiles appunctuatores seu pacis
compositores, fide sive juramento ac die et pena appositis,
compromiserunt, nobisque dictos articulos cum instrumento
dicti compromissi porrexerunt et exhibuerunt, requirentes
quod onus ejusdem compromissi assumere vellemus. Notum
facimus quod nos, pro dicta lite et discordia sedanda et pate
inter partes predictas et illarum futuros successores fovenda,
dicti compromissi onus assumpsimus. Illoque per nos
assumpto cum articulis pretactis ac responsionibus hinc
inde editis et probationibus subsequtis, illisque per nos
visis ac diligenter inspectis et consideratis, nonnullisque in
hac parte observatis, tandem partibus predictis certam diem
assignavimus ad audiendum nostram ordinationem seu
arbitralem sentenciam in bac parte proferri et pronunciar:i ;
quam diem acceptaverunt ipse partes seu procuratores
earumdem et quam ad diem date presencium, et ipsarum
partium consensu, communicavimus. Qua die, stante adhuc
dicti compromissi termino ad de premissis decidendum et
appunctuandum prefixo, constitutis coram nobis predictis
— 417 —
viris, Johanne Cornet de parte dicti reverendi patris, ac Jacobo
Aubron de parte dicti archydiaconi Atirebatensis, nomine-
que procuralorio eorumdem comparentibus, dictam nostram
sententiam sive arbitralem ordinacionem pruferti postulan-
tibus, matura deliberacione super premissis et ea tangenlibus
prehabila, ipsam nostram sentenciam sive arbitralem
ordinacionem, Deum solum pre oculis habentes, in scriplis
protulimus et proferimus in hunuc modum :
În nomine Domini, amen. Cum lis seu controversia inter
reverenduin in Christo patrem dominum Fortigarum, epis-
copum Attrebatensem, ex una, et magistrum Rolandum
Scriptoris, archidiaconum Attrebatensem, ex altera partibus
mota essel seu moveri sperata super contentis in quibusdam
articulis per quemlibet eorum super hoc sua ex parte edilis
et formalis, et super ipsa lite seu discordia fuerit ab ipsis
partibus in nos Guillermum Estocard, decanum, Johaunem
Carelle officialem, Nicasium le Vasseur et Guillermum
Strave, canonicos ecclesie Attrebatensis, tanquam arbitros
arbitralores et amicabiles appunctuatores, tfide et pena
apposilis cum termini assignacione, compromissum, receplo
a nobis onere dicli compromissi cum articulis pretactis ac
responsionibus hinc inde factis, pluribusque compotis et
regesiris a predictis partibus pro suis intencionibus verifi-
candis hinc inde (radilis et exhibitis, illisque diligenter
visis et perlectis, cum ceteris attendendis, habito super hiis
maluro consilio et diffinicione seu ordinacione super primo,
tercio, quinto et sexo articulisex parte dicti reverendi patris,
certis ex causis nos ad hoc moventibus, supersedendis, de
secundo ipsorum articulorum, per hanc nostra marbitralem
sententiam appunctuamus et ordinamus quod archidiaconus
Attrebatensis juramentum fidelitatis per eum racione sui
archidiaconatus, in sua recepcione domino Attrebatensi
episcopo prestitumn teneat et observet, prout a suis predeces-
soribus tentum fuit et observatum. Et de quarto articulo,
ordinamus quod ipse archidiaconus Attrebateusis per se aut
— 318 —
suum procuratorem super hoc legitime dispensatum, prout
moris est anliquissimi, intra melas sui archidiaconatus
annis singulis circa parrochiales ecclesias visilacionem
faciat. Et de contentis in articulis dicti archidisconi, appuntc-
luamus el ordinamus primo, super primo arliculo, quod
dominus Attrebatensis episcopus terciam parlem emenda-
rum in archidiaconatu Altrebatensi obvenientium per suum
sigilliferum, ut moris est, archidiacono Attrebatensi aut
ejus commisso, singulis annis ad vel infra tres menses posl
anoum revolutum, tlotaliter persolvat seu persolvi faciat,
tradatque idem sigillifer predicto archiadicono de misiis
et receplis compolum in scriptis. — De secundo articulo,
ordinamus quod dominus Attrebatensis episcopus in sua
domo episcopali prisiones necessarias pro detencione prisio-
nariorum edificare et edificalas reparare poterit, eciam non
vocalo archidiacono Atirebatensi ; qui archidiaconus hujus-
modi edificiorum ac eciam aliorum circa auditorium sive
placitorium necessariorum, de quibus sibi per compotum
dicti sigilliferi constabit, pro tercia parte ipsum contingente
contribuere et de porcione emendarum curie Attrebatensis
sibi debita defalcare tenebitur.— De tercio articulo : sicatten-
lis reparacionibus per dominum Attrebatensem episcopum,
tam in sua domo episcopali quam in cancellis ecclesiarum
parrochialium et alibi factis, ordinamus quod ipse dominus
episcopus, racione pecunie per eum ab heredibus bone
memorie domini Hugonis de Cayeu, episcopi Altrebatensis,
sui immediati predecessoris, pro ipsis reparacionibus recepte
et habite, erga diclum archidiaconum quittus remaneat. —
De quarto articulo, ordinamus quod dominus Attrebatensis
episcopus de emendis curie Attrebatensis mullum pactum
aut composicionem in prejudicium archidiaconi Altreba-
tensis faciat; sed per sigilliferum et promotorem fideliler
regestrentur, ila quod de ipsis emendis dictus archidiaconus
lerciam partem sioe fraude percipiat ; et si de illarum taxa-
cione aut moderacione oriatur discordia, de hoc cognoscat
— 319 =
officialis Attrebatensis, predictis sigillifero et promotore ad
hoc, prout consueltum est, evocatis. — De quinto articulo
attendente intronisacionem per decanum christianitatis
Altrebatensis in ecclesia parrochiali Sancti Gaugerici Attre-
batensis, de mandalo domini Atirebatensis episcopi, de qua
conqueritur archidiaconus Altrebatensis factam fuisse in
vin pragmalice sanxionis et non tantuim sua auctorilate
ordinaria, ordinamus quod per hoc non sit ipsi domino
episcopo in prejudicium dicti archidiaconi jus acquisilum,
el Casum ipsuin pro non evento tenemus et repulamus. —
De sexto arliculo, ordinamus quod dominus Attrebatensis
episcopus suos decanos in melis archidiaconatus Attreba-
tensis, non vocalo aut cousentiente archidiacono Attreba-
ensi, insliluere et deslituere possit et habeat, prout ab
antiquo tieri consuelum est, — De seplimo articulo, quia
quamplures forsan propter nimia tollerancia aut dissimu-
lacione in diocesi Attrebalensi plus solito contra jurisdic-
tionem ecclesiasticam se rebelles exhibuerunt, presertim
execucionem mandalorum ecclesiasticorum impediendo et
execulores eorumdem molestando, ordinamus quod dominus
Attrebatensis episcopus, prout ad hoc ex officii debito
tenelur et medio juramento astringitur, tam per summa-
ciones el exhortaciones et moniciones canonicas quam per
censuram ecclesiasticam aliaque juris remedia, cum modis
omnibus licitis et convenientibus, hujusmodi rebelliones et
impedimenta cessare posse Lenus studeat et procuret. — De
octavo articulo, ordinamus quod dominus Attrebatensis epis-
copus a presbiteris per eum ad regimen curarum in archi-
diaconatu Attrebatensi et sub manu seu custodia archidia-
coni Attrebatensis existencium commissis, similem el non
majorem summain pro sua licencia petere et recipere possit,
sicut ab aliis presbiteris ad regimen curarum commissis a
quibus proprii curati per dispensacionem dicti domini epis-
copi sunt absentes, usum antiquum super hoc insequendo,
— De nono arliculo, ordinamus quod dominus Attrebatensis
— 39% —
episcopus, cum justa causa etfracionabili, de qua sibi sum-
marie constiterit el prout sibi consciencia dic’abit, curalis
archidiaconatus Atirebatensis de non residendo in suis
curis, archidiacono Ailtrebatensi absente et non evocato,
dispensare possit et habeat. — De decimo articulo, ordina-
mus quod in absencia curaltorum cum quibus dominus
Attrebatensis episcopus de non residendo in suis curis
dispensaverit, sufficiat presbileros esse a dicto domino
Altrebatensi episcopo ad regimen ipsarum curarum com-
missos, cessante eo quod necessarium sit eosdem ad ipsum
regimen per dictum archidiaconum Attrebatensem com-
missos esse. — De undecimo articulo, ordinamus quod
slalutum synodale de quo in eo cavetur habeat intelligi de
illis curalis qui a suis curis absque privilegio apostolico aut
dispensacione domini Attrebatensis episcopi se reddiderint
absentes. — De duodecimo articulo, ordinamus quod, si
archidiaconus Atltrebatensis dominum Attrebatensem epis-
copum aut ejus officialem contra aliquos curalos sui archi:
diaconalus a suis curis cum dispensacione ipsius domini
episcopi absentes informare voluerit, quod ipsi curali
absentes in impetrando dispensacionem episcopi reverendo
patri verum lacuerint aut falsum dixerint, ila quod ipsius
dispensacionis non fuerit justa aut racionabilis causa,
contra ipsos ad adaullacionem dispensacionis et alias ad
pugnicionerm per ipsum dominum episcopum aut ejus
officialem auditis partibus procedatur. — De tercio decimo
articulo, considerantes quod, si per dictum Attrebalensem
episcopum suis subditis gravamen inferatur, ipsi per appella-
cionis remedium ad suum superiorem babere possunt recur-
sum, ordinamus quod ipse dominus Attrebatensis episcopus
circa imposicionem decime supra curatos sue diocesis sua
auctoritate ordinaria si et in quantum sibi videbilur expe-
diens uti possit et valeat ; nec de hoc spectat ad archidia-
conum Attrebatensem queri moniam facere. Expensas vero
hinc inde factas compensamus. In quorum premissorum
— 321 —
fidem et testimonium, instantibus et requirentibus prenomi-
oatis procuratoribus, dictarum parcium presentes litteras
sive presens publicum instrumentum inde per dilectum
nostrum Johannem Lostelier, clericum, auctoritate apos-
tolica publicum et curie Attrebatensis juratum notarium,
scribam nostrum in hac parte de consensu dictarum parcium
assumptum, in dupplo confici, nostrisque sigillis ac signo et
subscripcione dicti notarii muniri fecimus. Lecta, lata et in
scriptis promulgata fuit hec nostra arbitralis sententia in
aula rubea domus episcopalis Attrebatensis, nobis ibidem
quantum ad hoc pro tribunali sedentibus, anno ab incarna-
cione Domini millesimo quadringentesimo quadragesimo
sexto, indictione decima, mensis decembris die decima
tercia, pontificatus sanclissimi in Christo patris ac domini
nostri domini Eugenii, divina providencia pape quarto,
anno decimo sexlo, presentibus ibidem venerabilibus viris
dominis et magistris Johanne Guilbaut, archidiacono Ostre-
vandensi, Petro Brunet, secretario dicti reverendi patris,
Jacobo Ragot, Johanne Haguet et Petro Godeffroy, sigil-
lifero, dicte ecclesie Attrebatensis canonicis, Jacobo de
Gouy, ejusdem ecclesie perpetuo capellano, testibus ad hoc
evocaltis.
N° 448. — 1536, 28 octobre,
Sentence de l'officialité d'Arras contre un abbé d Anchin. — CCCCLXV(1).
In causa coram nobis pendente indecisa inter venerabiles
viros promotorem causarum offcii curie nostre actorem, ex
(1) Ce curieux document biographique, dernière pièce du cartu-
laire, concerne le donateur du retable d’Anchin, chef-d'œuvre de
Jean Bellegambe, où le fastueux prélat s'est fait peindre 17 pontift-
calibus, accompagné de son blason. Trouvant sans doute son
patronyme trop vulgaire, l'abbé Charles Cocquin y ajoutait « de
Saint-Raagon », nom de son village, que la descendance illégitime
d'Antoinette Quarré substitua à l'autre, comme titre de seigneurie
nobiliaire, non sans le déformer. Voir sur ce personnage, après
l'apologie de la Gallia, ut. col. 417, les recherches de F. Brassart,
Souvenirs de la Flandre Wallonne, 1889, p. 81.
21
una,etdominumCarolumCocquin.abbatem Acquiscintensem,
reum, ex altera partibus ; visis informationibus super vita et
moribus ejusdem rei per nos factis, citatorio personali contra
eum executioni demandato, confessionibus et denegationibus
rei coram nobis factis, assignatione prefato reo ad conclu:
sionibusactoris personaliter respondendum facta, appellatione
ex parte dicti rei die (1) assignata non comparentis et contu-
macis reputati (a qua tamen, jure dictante, delatum non
extitit interjectum acto (2) personalis comparitionis ejus-
dem rei (3) sue appellationi predicte renunciat{ionem] décla-
rantis atque nostre ordinationi humiliter se submittentis ac
nostram in presenti causa proferri diffinitivam [sententiam
requirentis), actoris (4) conclusionibus cum ceteris que nos
nostrumque movere potuerunt et debuerunt animum : Deum
solum, a quo recta procedunt judicia, pre oculis habentes
ac cum reo misericorditer (cum de futura emendatione spen
per exteriora habeamus indubiam) agere volentes, ipsum in
emendam centum carolorum auri solum pauperibus ad pre-
teritorum defectuum expiationem (cum elemosina peccatum
extinguere, ut sacra depromunt eloquia, comprobetur) ero-
gandam, gratia domini tamen salva, et in expensas promoto
ris, illarum taxatione nobis reservata, condemnamus; eidem
reo ut Anthonettam in processu mentionatam a se et loco de
Pesquencourt prorsus expellat et ejiciat, atque cum ea de
cetero non conversetur aut frequentet quoquomodo sub penis
a jure définitis distinctius, utli se facturum coram nobis
devovit ac promisit, precipiendo ; inhibendoque sepedicto
reo ne liberos quos ex eadem Anthonetta suscepit in monas-
terio secum morari permittat. Et illico eodem domino abbale
etiam ante prolationem sententie appellationi expresse
renuncianti et sentenltiam acceptanti, reverendus in Christo
(1) Ms. « diei assignate ».
(2; Leçon douteuse. Tout ce passage a été plus ou moins altéré
par le copiste. |
(3) Ms. « Rdi ». — Par cette méprise, on peut juger des autres.
(4) Ms. « actorum ».
— 323 —
pateretdominus,dominusepiscopus Altrebatensis remisilipsi
domino abbati, verbaliter alloquendo ipsum abbatem, emen-
dam prefatam centum carolorum auri, commulandam in
elemosinis pauperum ex discretione domini abbalis. Lata in
jure per dominum officialem Attrebatensem anno Domini
millesimo ccccc® trigesimo sexto, sabbato ante Omnium
Sanctorum.
Collatio per me, Claudium Blondel, clericum Atrebatensem,
publicum auctoritate apostolica notarium juratum suscriptum,
cum ortgtnalibus litterts farta est et concordat.
Nos
65, 1. 4, lrs.
410, — «
411, — «
4143, — «
125, — «
443, — «
179, — «
186, — «
15 mars
1224, nov.
3 janv.
5 juillet
44 oct.
20 mai
4 sept.
30 mars
CORRECTIONS
Nos
494, LI. 1, lrs.
497, — «
222, — «
243, — «
267, — «
277, — «
363, — «
447, — «
BLONDEL.
25 oct.
1256, n. st.
12 jain
2 sept.
14 fév.
17 fév.
6 avril et 26 sept.
1536.
potes
Situation météorologique
DE LA RÉGION D’ARRAS
par M. PAGNOUL
Membre résidant
D = observations météorologiques ont été entreprises à la
(4 Station agronomique d'Arras en 1874 et elles ont été
faites d’une manière suivie et régulière depuis le 1° décem-
bre 1875.
Les résultats obtenus ont été publiés chaque année dans
un Bulletin spécial et l’ensemble de ces Bulletins forme
aujourd'hui la matière de quatre volumes.
J'ai pensé que ces observations faites chaque jour, sans
aucune interruption, pendant un quart de siècle, pouvaient
établir d'une manière assez exacte, la situation méléorolo-
gique de notre région et qu'il y aurait, en conséquence, un
cerlain intérêt à en faire le résumé. C’est ce résumé que
jai l'honneur de présenter à l’Académie.
Voici d’abord la liste des instruments et appareils qui ont
servi aux observations :
1. Un abri à double toit, convenablement orienté et entouré
d'arbustes, pour l'installation des thermomètres, hygromètres
et évaporomètres.
2. Un couple de thermomètres à maxima et à minima.
3. Un couple de thermomètres l’un sec, l’autre mouillé,
pour l'état hygrométrique de l'air.
— 325 —
4. Un évaporomètre.
5. Un thermomètre enregistreur de Richard.
6. Un hygromètre enregistreur.
7. Un couple de thermomètres maxima et minima placés
sans abri sur un sol gazonné.
8. Un thermomètre à longue tige dont Île réservoir se
trouve enfoncé dans le sol à 30 centimètres de profondeur,
9. Deux pluviomètres de systèmes différents.
10. Une girouette et un anémomètre.
11. Des thermomètres fronde.
12. Un baromètre à large cuvette de Renou.
13. Un baromètre enregistreur.
14. Un actinomètre.
45. Un actinomètre totaliseur.
46. Un héliographe de Campbell.
Les observations ont été faites de la manière suivante :
Vers huit heures du matin on mesure la pluie tombée
dans les vingt quatre heures qui précèdent, on lit sur les ther-
momètres placés sous l'abri, les températures maxima et
minima et c’est la moyenne des deux nombres obtenus que
l’on prend pour la moyenne de la journée écoulée. On note
également les indications des thermomètres placés sur le sol.
Vers dix heures du matin on détermine l’état hygrométrique
de l'air, la température dans le sol et aussi la température de
l'eau de la ville. À midi on observe le baromètre et à diffé-
rentes heures du jour l’actinomètre. Le papier de l’hélio-
graphe est renouvelé chaque jour.
Le climat d’une région dépend surtout des températures
et de la pluie. Je me suis donc borné à résumer avec quel-
ques détails ces deux éléments d'appréciation, dans les
tableaux ci-joints.
On est convenu, en météorologie, de diviser l’année de la
manière suivante :
L'hiver comprend les mois de décembre, janvier, février ;
le printemps les mois de mars, avril, mai; l’été les mois de
— 326 —
juin, juillet, août ; l'automne les mois de septembre, octobre,
novembre.
Ainsi l’année 1876 commence le 1° décembre 1875.
Les quatre premiers tableaux ci-joints renferment, pour
les vingt-cinq années d'observations, les températures
moyennes de chaque mois et celles de chaque saison, d'où
l'on a déduit la moyenne générale de l'année. Mais le
climat d’une région dépend aussi des températures extrèmes
auxquelles elle peut atteindre ; j'ai donc inscrit, dans une
colonne marquée n les nombres de moyennes diurnes qui
ont été inférieures à 0, et dans une colonne N, les nombres
de moyennes diurnes qui ont été supérieures à 20 ; enfin dans
deux dernières colonnes, les maxima et minima absolus.
L'examen de ces tableaux conduit aux observations sui-
vantes :
Les douze mois de l’année peuvent être rangés commeil
suit, dans l’ordre des températures croissantes :
Moyennes
du
: inférieu- supérieu-
PIOTR: res à U ee à 20
6 . L4 Mi LA
moyennes diurnes | Maxima inime
absolus | absolus
Janvier 1,589 244 13,6 1 —16,3
Décembre ....| 2,248 203 15,0 —18,0
Février 3,313 417,8 —20,0
5,416 22,1 —12,3
5,725 49,7 | —414,3
25,9 | — 3,5
26,4 | — 3,4
32,5 | — 2,0
33,2 — 13
34,8 2,0
35,3 2,3
37,4 4,8
— 327 —
Les nombres de moyennes diurnes inférieures à O ou
supérieures à 20 varient donc dans le même ordre que les
moyennes mensuelles. Dans les cinq mois les plus froids
aucune moyenne diurne n’a été supérieure à 20, aucune de ces
movennes n'est descendue au-dessous de 0 dans les cinq mois
les plus chauds, et dans les deux mois d’avril et d'octobre
qui occupent le milieu de la série, les moyennes diurnes
restent comprises entre O et 20 sans jamais dépasser ces
limites. Enfin la plus basse température des vingt-cinq années
a été de — 20°; elle a eu lieu le7février 1895. La plus haute,
observée le 15 juillet 1881 a été de 37°,4. La moyenne annuelle
est pour Arras de 9°,578.
Parmi les stations correspondantes que nous avions ins-
tallées sur différents points du département et qui nous
envoyaient leurs résultats d’une manière plus ou moins
suivie, l’une d'elles a été organisée à Laventie dès l’année
1873 par M. Paul Taffin, et des observations très complètes
y ont été faites par lui sans aucune interruption et avec la
plus scrupuleuse exactitude depuis cette époque jusqu’en
1898, où elles n'ont été interrompues que par la mort de
notre bien regretté correspondant.
Ces observations nous permettent donc de comparer la
situation météorologique de Laventie avec celle d'Arras et il
nous a paru intéressant de rapprocher aussi les résultats
obtenus sur ces deux points de notre département, de ceux
qui appartiennent au climat de Paris. Voici donc les tempé-
ratures moyennes des quatre saisons et celle de l’année à
Arras, à Laventie et à Paris, en ne conservant que la
première décimale des nombres.
Hiver Printemps Eté Automne Année
Arras... 2,3 9,1 17,0 9,9 9,6
Laventie... 2,5 9,0 16,8 10,2 9,6
Paris... ... 3,3 10,3 18,4 11,1 10,8
— 328 —
La moyenne annuelle était en réalité à Laventie de 9,62
et à Arras de 9,578, mais elles deviennent toutes deux 9,6 en
négligeant les dernières décimales. D'après M. Renou, la
moyenne annuelle pour Paris, des années comprises entre
1760 et 1878, serait de 10,78.
Il existe une croyance assez répandue d'aprés laquelle il
se produirait au mois de mai, un abaissement très sensible
de la température, dans le voisinage du {1 au 15. c'est ce
que l’on appelle la période des saints de glace. Afin de voir
si celte croyance s’accordait avec les faits, j'ai calculé pour
chacune des vingt-cinq années les températures moyennes
du {1 au 15 et du 13 au 14 mai. |
Les moyennes du 11 au 15 ont été treize fois inférieures
et douze fois supérieures à la moyenne du mois, celles des
13 et 14 ont été quatorze fois inférieures et onze fois supé-
rieures à cette moyenne mensuelle. Ces résultats ne sont
donc pas précisement en désaccord avec la croyance admise
mais ils ne paraissent cependant pas suffisants pour en éta-
blir l'exactitude.
On entend dire parfois qu’à un hiver froid doit succéder,
par compensation, un été chaud, tandis que d’autres croient
avoir observé le contraire. J’ai cherché s’il était possible de
confirmer l’une ou l’autre de ces opinions par l'examen des
chiffres obtenus depuis 1876.
J'ai en conséquence groupé dans le bicau suivant, d’une
part les cinq hivers les plus froids, et d'autre pañft les cinq
hivers les plus chauds, en plaçant en regard les étés corres-
pondants et en notant, pour chacune de ces saisons, les
moyennes générales, les nombres des moyennes diurnes,
inférieures à 0 ou supérieures à 20 et enfin les maxima et
minima absolus,
— 329 —
HIVERS FROIDS ÉTÉS CORRESPONDANTS
Minima Maxima
Moyennes 2 rar Moyennes N die
1891 | —1,32 50 —15,3 | 15,70 4 27,3
4895 | —0,50 40 —20,0 | 16,58 40 30,8
1880 0,41 38 —18,0 | 17,77 28 30,4
1888 0,41 35 —17,0 | 15,61 7 29,7
1893 0,98 35 | —16,0 | 17,54 25 33,9
0,00 198 » 16,64 14 »
HIVERS CHAUDS ÉTÉS CORRESPONDANTS
a ——
1877 6,16 —3,8 | 18,20 26 33,2
À
1899 4,89 414 —7,0 | 18,07 21 33,4
1884 4,14 2 —5,0 | 17,41 27 33,2
1883 4,68 ÿ —4,6 | 17,05 42 30,4
1878 4,00 ) —3,2 | 17,97 25 33,0
4,89 27 » 47,74 411 »
EE
On voit que les deux groupes d'hiver sont ainsi parfaite-
ment caractérisés. La moyenne générale est de 0 pour les
cinq hivers froids et de 4,89 pour les hivers chauds ; le nom-
bre des moyennes diurnes inférieures à 0 est de 198 pour le
premier groupe et seulement de 27 pour le second ; enfin les
minima absolus ont varié de —415 à —20 dans les hivers
froids el seulement de —3,2 à —7,0 dans les hivers chauds.
D'autre part, nous avons vu que la moyenue normale de
l’été est à Arras de 17°,0, donc un été pourra être considéré
comme chaud ou froid selon que sa moyenne sera supérieure
ou inférieure à 17°. Or le tableau ci dessus nous montre
ainsi, en regard des cinq hivers froids, trois étés froids et
deux étés chauds, tandis que les cinq étés qui suivent les
hivers chauds ont eux-mêmes été très chauds. Les moyennes
générales pour les deux groupes d'étés sont de 16,64 après
— 330 —
les hivers froids et 17,74 après les hivers chauds ; enfin le
nombre total des moyennes diurnes supérieures à 20 est de
74 pour le premier groupe et de 111 pour le second.
On peut conclure de ces observations qu'il n'existe aucune
relation constante et régulière entre la température d'un
hiver et celle de l'été suivant, mais que néanmoins, les causes
qui rendent les hivers plus ou moins rigoureux semblent
persister encore et conserver une certaine influence dans
les saisons suivantes.
Ainsi, sans pouvoir rien prédire, on peut au moins espérer
un été chaud après un hiver doux et craindre un été froid
après un hiver rigoureux.
Pour ce qui concerne les pluies, j'ai inscrit dans un
sixième tableau les hauteurs d’eau exprimées en millimètres,
reçues dans le cours de chaque mois depuis 1876. Voici,
d’après ces résultats, dans quel ordre seraient rangés les
douze mois de l'année en commençant par le moins pluvieux:
ANTILLES Sacs dire LÉSasses) 39:09
Février ....... risotto een . 43,94
Janvier .......... sn asie 40:90
Mai.......... A . 48,73
Mars zinc stone ladesice 0108
ADUL sentent sites aliens, "00/00
SODLEMDPO ss assetsedetanesvetuandes 100,26
JUS ses lite etesmiascous OL
Novembre...........sss.essesssece.e 063,84
Décembre..................... ... 64,85
Oclobréss. sieste sus (07,02
Juillet het ni res su "07400
La hauteur de pluie a donc varié a peu près du simple au
double du mois d'avril au mois de juillet.
— 331 —
Si nous classons de même les saisons nous trouvons :
Pour le printemps...... rc . 139,85
Pour l'hiver..... Hdi ist 154,78
Pour l’été....., A Leone 189,83
Pour l’automne.......,..... io 191,72
Ce qui donne pour le total de l’année 676,2, c’est-à-dire
6,762 mètres cubes pour le volume d’eau reçu par un hectare
dans le cours de l’année.
Ï] faut ajouter cependant que les quantités de pluie reçues
pendant une même période sont très largement et très irré-
gulièrement variables. Ainsi la hauteur totale de la pluie
reçue dans le cours d’un mois pendant les vingt-cinq années
d'observations a été dix-huit fois supérieure à 100 millimètres
et treize fois inférieure à 10. Elle s’est élevée à 148 millimè-
tres en juillet 1888 et elle est descendue à 1,6 en juillet 1885,
à 0,8 en septembre 1895 et à O en avril 18983.
La moyenne annuelle est bien loin aussi d’être la même
sur les différents points du département. Elle atteint un
maximum à Hucqueliers où elle dépasse 1,000.
Autour de ce point se trouve encore une zone de fortes
pluies variant de 800 à 1,000. Puis le chiffre décroît en allant
d'une part vers la mer et d’autre part au sud-est, vers Arras
où se trouve à peu près la hauteur minima.
La moyenne annuelle à Laventie est de 704,7, un peu
supérieure, par conséquent, à celle d’Arras. La moyenne
générale, pour le département, doit être voisine de 800 milli-
mètres. À Paris cette moyenne est de 555.
Pour ce qui concerne la lumière, je me bornerai à citer les
observations faites avec l’héliographe, qui n’ont d’ailleurs
commencé qu’en 1884. Le nombre d'heures d'’insolation,
c'est-à dire pendant lesquelles le soleil a brillé dans le cours
— 332 —
d’une année a été, en moyenne, de 1 550 et a varié de 1 233,
nombre obtenu en 1888 à 1837 obtenu en 1899.
M. Flammarion, à la station climatologique de Juvisy, a
obtenu une moyenne annuelle de 1632 maïs seulement pour
les six dernières années, ses observations n’avant commencé
qu’en 1895. Ces mêmes années nous ont donné à Arras 1 681.
La pression atmosphérique, ramenée au niveau de la mer,
a donné comme moyenne, à Arras, 762,0 millimètres.
Les minima et maxima absolus, pour la hauteur observée
à midi, ont été de 728,9 obtenue en 1887 et de 787,0 obtenue
en 1882. À Laventie la moyenne générale a été de 762,1.
Nos quatre premiers tableaux permettent decomparer entre
elles les observations de chaque mois et de chaque saison,
pour l'ensemble des vingt-cinq années ; j'ai pensé qu’il pour-
rait y avoir aussi quelque intérêt à grouper les chiffres dans
un ordre différent, de manière à pouvoir comparer entre elles
ces années elles-mêmes, prises isolément. Ce groupement
est effectué dans un cinquième tableau. Ils montrent
que les températures moyennes annuelles ont été huit fois
supérieures à 10, treize fois comprises entre 10 el 9 et quatre
fois inférieures à 9. Elles ont varié entre 8,03, moyenne de
l’année 1891 et 10,61, moyenne le l’année 1877.
Pour les hauteurs de pluie, cinq années ont reçu moins
de 600 millimètres d'eau ; douze en ont reçu de 600 à 700 ;
six de 700 à 800 et enfin deux, plus de 800. Cette quantité a
varié de 507 millimètres obtenus en 1887 à 831, nombre
obtenu en 1877.
En consullant le cinquième tableau on voit que dans le
cours de nos vingt-cinq années d'observations, les premières
et les dernières ont été des années chaudes et que nous avons
traversé une période assez froide de 1835 à 1892.
Lorsque plusieurs années froides se succèdent ainsi, on
— 333 —
est porté à croire que la terre se refroïdit, mais cette croyance
n'a rien de fondé. Remarquons d’abord que ce refroidisse-
ment, s’il était réel, serait fort difficile à constater. Il serait
presque impossible, en effet, de saisir la marche régulière
d’une série qui ne pourrait être que très faiblement décrois-
sante, en la dégageant complètement des variations acciden-
telles qui se produisent d’une année à l'autre.
Nous n'aurions d’ailleurs aucun moyen de mesure qui
nous permit de constater ce changement, en remontant à
plusieurs siècles. L'idée d'évaluer la chaleur à l’aide de la
dilatation des corps ne date en effet que de la fin du XVI°
siècle et ce n’est qu’en 1741 que Celsius proposa l'emploi d'une
échelle comparable, en recourant à deux températures cons-
tantes, celle de l’eau bouillante et celle de la glace fondante.
Eutin ce n’est qu'en 1855 que, sur l'initiative de M. Levérier,
les observations météorologiques prirent une large extension,
en s'étendant à tous les points du globe.
On ne peut donc comparer l’élat météorologique actuel,
avec celui des époques antérieures, qu’en recherchant dans
les histoires locales la nature des productions végétales et
les récits des hivers vigoureux, des chaleurs exceptionnelles,
et des grandes sécheresses. M. Duchaussoy, professeur au
Jycée d'Amiens, a recueilli et publié à ce sujet un certain
nombre de renseignements remontant jusqu’au VIe siècle.
Or ils forment un ensemble dont les varialions ne diffèrent
pas sensiblement de celles qui ont eu lieu dans le siècle qui
vient de nir elon y voit dominer surtout des récits de grands
hivers rigoureux.
Pour ce qui concerne le climat de Paris au IVe siècle on
trouve les renseignements suivants dans les écrits de l’empe-
reur Julien, qui l’habita pendant les deux hivers de 358 el
309.
« La température de l'hiver y est peu rigoureuse à cause,
disent les gens du pays, de la chaleur de l'Océan qui n'étant
éloigné que de 9U0 stades, envoie un air tiède jusqu'à
— 334 —
Eutéee. Pour cette raison ou pour une autre que j'ignore,
les choses sont ainsi. L'hiver est donc fort doux aux habi-
tants de cette terre. Le sol porte de bonnes vignes, on y
élève même fe figuier, en l’'enveloppant de paille de blé
comme d’un vêtement et en employant les autres moyens
dont on se sert pour mettre les arbres à l’abri de l’intempérie
des saisons. Or il arriva que l'hiver que je passai à Lutèce
fut d’une violence inaccoutumée ; la rivière chariait des
glaçons comme des carreaux de marbre. Vous connaissez les
pierres de phrygie ? l'els étaient par leur blancheur ces gla-
çons bruts, larges, se pressant les uns contre Îles. autres
jusqu'à ce que, venant à s’agglomérer, ils forment un pont.
Plus dur à moi-même et plus rustique que jamais, je nm
voulus pas souffrir que l’on chauffät, à la manière du pays,
avec des fourneaux, la chambre où je couchais. »
On voit que cetle description conviendrait encore entière-
ment aujourd'hui au climat de Paris.
Enfin, d'après les plus anciennes traditions, les produc-
tions végélales paraissent être restées les mêmes dans une
mème contrée.
On peut donc admettre que nos climats n'ont pas sensi-
blement varié depuis l'origine des temps historiques.
La température superficielle du globe n’est plus en effet
que très faiblement influencée par la chaleur centrale et elle
ne dépend plus, par conséquent, que de la radiation solaire.
Or l'intensité de cette radiation paraît demeurer constante,
malgré la formidable dépense de chaleur effectuée par le
soleil.
On a calculé que cette dépense est de 18,500 calories par
seconde et par mètre carré dela surface solaire, ce qui repré-
sente, pour la chaleur totale perdue par le soleil en une
seconde, en calories, le nombre 114 suivi de 21 zéros ou
114 sextillons. Le soleil ne serait donc plus, depuis long-
temps, qu’un globe éteint comme la terre s'il était solide ou
même liquide et si cette incommensurable déperdition de
— 335 —
chaleur s’effecluait entièrement aux dépens de la surface.
Mais il n’en est pas ainsi.
On admet que le soleil est une masse gazeuse dont la
surface où la photosphère se compose de flocons nuageux
de matière incandescente baignés dans un fluide moins bril-
lant et au-dessus de laquelle setrouve une atmosphère d’hy-
drogène peu rayonnante que l’on a nommeëe chromosphère.
Les nuages de la photosphère élant formés de particules
solides ou liquides sont les organes esseuliels de la radiation.
Or ces nuages sont incessamment renouvelés ; 11s retombent
en se refroidissant, dans la partie centrale du globe où les
matières dont ils sont formés se dissocient sous l'influence
d'une température plus élevée. Les éléments ainsi séparés
remontent alors à la surface pour s’y recombiner de nouveau
et c'est la chaleur dégagée par celte recombinaison inces-
sante qui est eu réalité la source du rayonuement solaire.
ll se fait donc ainsi un transport continuel de chaleur du
centre de l'astre à sa surface de sorte que le rayonnement
s'effectue non plus aux dépens de cetle surface elle-même,
mais aux dépens de la masse entière et par le fail d'un
travail chimique constant.
Or le diamètre du soleil est de 109 fois celui de la terre et
on peut se rendre compte de sa masse en remarquant que la
distance de la lune à ia terre n'élant que de 6Ù rayons
lerrestres, si le centre du soleil cuïncidait avec le centre de
la terre, sa masse s'étendrait non-seulement jusqu'à la lune
mais encore à 73 mille lieues au-delà. On comprend donc
que l'énorme déperdition de chaleur qu’il subit chaque jour
puisse n'être encore qu’une très faible fraction de la chaleur
totale qui s'y trouve emmagasinée,
1l est possible d’ailleurs que cette perte soit elle-même
compensée par la condensation progressive de la masse.
La terre s’est bien refroidie, il est vrai, puisqu’elle n’était
d’abord qu’un globe liquide et incandescent et que la vie,
sous l'infinie variété de ses manifestations n’a pu y appa-
raîire que lorsque sa surface solidifiée s’est trouvée à peu
près dans les conditions actuelles. |
Mais il est vraisemblable que sa température n'a plus
varié depuis l’origine des temps historiques dont la durée
n’est d’ailleurs qu’un point dans l’histoire géologique du
globe et il est vraisemblable aussi que sa situation climalo-
logique restera la mème, pendant encore un nombre incal-
culable de siècles, c’est-à dire tant que l'activité des phéno-
mènes chimiques, dont la surface du soleil est aujourd'hui le
siège, pourra trouver dans sa masse entière les éléments de
travail qu’elle y puise actuellement.
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— 341 —
Températures annuelles de 1876 à 1900
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1877 6,16 8,46 | 48,20 9,63 | 410,64
1878 4,00 | 40,34 | 17,97 9,99 | 40,57
1879 1,41 8,05 | 46,10 9,49 8,76
1880 0,41 10,94 17,71 | 410,36 9,86
1884 3.02 9,53 17,95 9,96 9,94
1882 3,48 | 10,79 | 16,48 | 40,32 | 40,19
1883 1,68 8,91 17,03 | 40,29 | 40,06
1884 4,74 0,58 | 47,41 9,85 | 40,31
1885 2,81 1,95 | 46,53 8,19 9,02
1886 0,95 9,60 16,79 114,73 | 9,77
1887 1,34 1,53 | 417,2 8,23 8,58
1888 0,41 7,60 | 45,61 9,44 8,27
1889 1,44 9,06 | 46,99 9,42 9,44
1890 1,88 9,59 | 45,26 9,46 9,05
1891 4,32 8,06 | 45,70 9,70 8,03
1892 2,37 8,29 | 46,44 9,66 9,19
1893 0,98 | 41,44 | 47,54 9,49 9,79
1894 2,91 10,47 | 46,43 9,70 9,80
1895 —0,50 9,10 | 16,58 | 10,8 9,00
1896 2,87 9,65 | 16,89 8,36 9,44
1897 3,04 9,58 17,60 ! 9,37 9,89
1898 3,55 8,43 | 16,67 | 11,35 10,00
1899 4,89 8,57 | 18,07 | 10,59 | 40,53
1900 2,19 8,03 | 47,48 10,74 9,61
Moyenne générale. . . . 9,578
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Pluies annuelles de 1876 à 1900
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4877 227,6 218,5 180,7 204,0 830,8
1878 104,7 218,5 193,9 235,0 752,3
1879 176,3 141,1 341 1 115,4 763,9
| 41880 111,3 88,6 200,7 269,6 670,2
| 1884 213,6 * | 153,0 204,6 226,5 197,7
1882 104,6 145,2 294,2 281,8 825,8
1883 185,3 116,4 161,3 286,6 749,6
| 4884 166,1 98,2 202,0 147,7 584,0
4885 226,3 146,8 67,1 233,0 693,8
41886 139,6 150,2 221,6 148,0 652,4
| 1887 159,3 450,9 44,5 152,1 506,8
| 4888 146,6 164.8 904,9 127,4 733,7
| 4889 129,4 152,8 180,8 195,5 588,5
1 890 123,6 449,4 203,8 197,7 674,5
1891 72,1 192,3 182,2 163,2 610,4
1892 173,4 89,2 108,2 251,0 621,8
1893 192,5 62,5 146,8 295,3 627,0
| Ans 158,3 96,9 271,0 235,4 761,5
1895 125,5 195,9 261,6 184,1 697,1
4896 128,6 91,7 116,2 318,3 54,8
4897 146,7 149,7 192,3 102,8 591,5
1808 134,4 178,9 479,7 103,8 506,8
1899 169,7 158,9 181,3 127,0 636,9
| 1900 241,5 90,0 181,6 146,3 649,4
|
Moyenne de l'année, 676,2 — Total des 25 années 16,904,6
— 344 —
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MATIÈRE ET ÉNERGIE
M. François BLONDEL
Membre résidant
SE 'omuer de cette lecture est un simple exposé des bases de
Gésla Théorie Dynamique moderne, c’est-à dire de la con-
ception générale qui, par le rapprochement des diverses lois
physiques et la considération de leurs relations réciproques,
a déjà abouti à rapporter les modes variés d'activité de la
nature à une identité fondamentale, le mouvement ; et tend,
grâce à cette synthèse, à la détermination même du méca-
nisme intime de l’Univers.
Sous le nom de propriétés générales ou particulières, dont
pour la commodité du langage on imagine doués la matière
brute et ses divers groupements élémentaires, on entend dési-
gner les causes originelles des phénomènes naturels.
Toutes ces propriétés ou forces de la nature, considérées
dans leur ensemble, constituent l'Energie universelle ; les
propriétés générales qui affectent tous les corps matériels, de
même que les propriétés spéciales qui les différencient entre
eux, correspondent à des formes ou modalités diverses de
l'Energie, et tous les phénomènes physiques, chimiques, et
même biologiques ne sont que des manifestations ou effets
—_ 340 —
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Températures annuelles de 1876 à 1900
Moyennes
de l'Hiver
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6,16
4,00
41,41
0,41
3.02
3,48
4,68
4,74
2,81
0,95
1,34
0,41
1,41
1,88
1,32
2,37
0,98
2,94
—_0,50
2,87
3,04
3,55
4,89
2,19
Moyennes
du Printemps
8,66
8,46
10,34
8,05
10,94
9,53
10,79
8,21
9,58
7,95
9,60
7,53
7,60
9,06
9,59
8,06
8,29
11,14
10,17
9,10
9,65
9,58
8,43
8,57
8,03
Moyenne générale.
Moyennes Moyennes Moyennes
de l'tté de l'Automne | de l'Année
18,55 10,7 10,11
18,20 9,63 10,61
17,97 9,99 10,57
16,10 9,49 8,76
17,77 10,36 9,86
17,25 9,96 9,94
16,18 10,32 10,19
47,05 10,29 10,06
17,44 9,55 10,34
16,53 8,179 9,02
16,79 414,73 | 9,77
17,21 8,23 8,58
15,64 9,44 8,27
16,99 9,12 9,14
15,26 9,46 9,05
15,70 9,70 8,03
16,44 9,66 9,49
17,54 9,49 9,79
16,43 9,70 9,80 |
16,58 10,82 9,00
16,89 8,36 9,44
17,60 | 9,37 9,89 |
16,67 11,35 10,00
18,07 10,59 10,53
17,48 10,74 9,64
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Pluies annuelles de 1876 à 1900
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1876 129,0 165,8 143,1 195,5 633,4
1877 297,6 218,5 120,7 204,0 830,8
1878 104,7 218,5 193,9 235,0 752,3
1879 176,3 141,1 31,1 115,4 763,9
1880 111,3 88,6 200,7 269,6 670,2
1884 213,6 * | 453,0 | 204,6 | 226,5 | 797,7
1882 104,6 145,2 294,2 281,8 825,8
1883 185,3 116,4 161,3 286,6 749,6
1884 166,1 98,2 202,0 447,7 584,0
1885 226,3 146,8 67,7 253,0 693,8
1886 139,6 150,2 221,6 148,0 652,4
1887 159,3 150,9 44,5 152,1 506,8
1888 146,6 164.8 294,9 127,4 733,7
1889 129,4 152,8 180,8 195,5 588,5
1890 193,6 149,4 203,8 197,7 674,5
1891 72,7 192,3 182,2 163,2 610,4
1899 173,4 89,2 108,2 9554 ,0 621,8
| 41893 192,5 62,5 146,8 295,3 627,0
| 1894 158,3 96,9 271,0 935,4 761,5
| 1895 125,5 125,9 261,6 184,1 697,1
1896 128,6 91,7 116,2 318,3 654,8
1897 146,7 149,7 192,3 102,8 591,5
1898 134,4 178,9 179,7 103,8 BUG,8
1899 169,7 158,9 181,3 127,0 636,9
| 1900 231,8 90,0 181,6 146,3 649,4
Moyenne de l'année, 676,2 — Total des 25 années 16,904,6
de l'année d’après les moyennes de 25 années,
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MATIÈRE ET ÉNERGIE
M. François BLONDEL
Membre résidant
"oBser de cette lecture est un simple exposé des bases de
isla Théorie Dynamique moderne, c'est-à dire de la con-
ception générale qui, par le rapprochement des diverses lois
physiques et la considération de leurs relations réciproques,
a déjà abouti à rapporter les modes variés d'activité de la
nature à une identité fondamentale, le mouvement ; et tend,
grâce à cette synthèse, à la détermination même du méca-
nisme intime de l'Univers.
Sous le nom de propriétés générales ou particulières, dont
pour la commodité du langage on imagine doués la matière
brute et ses divers groupements élémentaires, on entend dési-
gner les causes originelles des phénomènes naturels.
Toutes ces propriétés ou forces de la nature, considérées
dans leur ensemble, constituent l'Energie universelle ; les
propriétés générales qui affectent tous les corps matériels, de
mème que les propriétés spéciales qui les différencient entre
eux, correspondent à des formes ou modalités diverses de
l'Energie, et tous les phénomènes physiques, chimiques, et
même biologiques ne sont que des manifestations ou effets
— 348 —
dynamiques, ayant pour siège les éléments matériels, mais
se rapportant en dernière analyse à des variations dans la
distribution de l'Energie résidant dans l'Univers.
Matière substantielle inerte et Energie active, tels sont
donc les deux facteurs primordiaux à considérer dans une
étude synthétique des phénomènes de la nature ; notons
aussi que les nouvelles théories ondulatoires admettent
l'existence d’un milieu particulier, éminemment subtil et
élastique, l’Ether, remplissant les espaces vides de matière
pondérable, et jouant le rôle non seulement de véhicule, mais
peut être même de réservoir unique de l'Energie.
La Matière, élément constitutif de l’universalité des corps
et des êlres perceptibles à nos organes, est le siège des appa-
rences, révélées par nos sens, auxquelles le contrôle de la
raison attribue une réalité objective.
Elle nous est inconnue dans son essence, nous ne pouvons
donc en donner une définition absolue ; toutefois, l’une des
propriétés intrinsèques des corps, la Masse, d'où résulte
leur mobilité relative, c'est-à-dire leur différence d’aptitude
au mouvement {1}, peut être considérée, en raison de son
universalité et de son invariabilité, comme une qualité essen-
tielle de la matière, un attribut procédant de son essence
même, et fournir cette définition proposée par M. de Freyci-
(1) La mobilité d'un corps est en raison inverse de sa masse ; la
masse elle-même est proportionnelle au poids du corps et sa valeur
numérique est donnée par la formule A — _ . Cette proportionna-
lité entre la masse et le poids des corps peut donner naissance à une
confusion dont il importe de se bien garder, ces deux notions, masse
et poids, étant absolument distinctes. Le poids d'un corps, en effet,
est uniquement la résultante de l'attraction gravifique, et il varie
conséquemment d’un lieu à un autre suivant la valeur locale de l'in-
tensité de la pesanteur, tandis que la masse, au contraire, est abso-
lument indépendante de la gravitation, sa valeur est invariable, par-
tout et toujours un corps prendra une vitesse identique sous l'action
de la détente d'un même ressort.
= 397
net : « La matière est tout ce qui a de la masse, c’est-à-dire
tout ce qui exige un effort pour attirer un mouvement ».
Envisagé au point de vue physique, un corps est un assem-
blage de particules matérielles, excessivement ténues, sim-
plement juxtaposées avec intervalles libres.
La chimie répartit tous les corps en deux catégories : les
corps simples et les corps composés. La plus petite partie
- d’un corps jouissant d’une individualité propre, c'est-à-dire
révélant ses propriétés chimiques, est la Molécule, laquelle
est elle-même en général un assemblage d’Atomes, soit de
même nature el constituant alors la molécule des corps sim-
ples, soit de natures différentes et formant ainsi la molécule
des corps composés.
Les constatations de la chimie, il faut le reconnaître, sont
actuellement en opposition avec l’hypothèse si séduisante
a priori de l’unité de la matière : d'une part, en effet, les
expériences de transmutation des métaux n’ont jamais
abouti, et d'autre part, les découvertes des chimistes moder-
nes accroissent journellement le nombre des corps simples,
loin de réaliser leur synthèse. Toutefois, les partisans de
l'atome unique en essence justifient cette théorie en attri-
buant à des variétés dans les volumes atomiques et à des
différences dans les mouvements vibratoires la diversité des
propriétés caractéristiques des molécules-type.
Ces considérations abstraites sont d'ailleurs purement spé-
culatives ; à l'observation scientifique, la matière se révèle
uniquement comme une substance, inerte en elle-même,
centre ou point d'application de l'énergie.
Toutefois, des savants contemporains, jugeant inutile de
donner à l’énergie pour mécanisme de ses manifestations
un siège ou substratum matériel, en sont arrivés à nier
l'existence propre et distincte de l’élément matériel : « En
» réalité, dit le docteur Ostwald, de Leipsig, le monde exté-
» rieur ne se révèle à nous que par des variations d'énergie.
» Toutes les propriétés de la matière peuvent être considérées
» comme des propriélés de l'énergie... et l'élément matériel
» ne serait qu’un groupement de différentes énergies ou une
» accumulation d'énergie eu certains points ».
On conçoit pourtant difficilement dans le monde naturel
le mouvement sans un objet déplacé, et, comme l'a dit
Pascal, « On ne peut imaginer de mouvement sans quelque
chose qui se meut ».
Dans l’état actuel de la science, l’idée de matière substan-
tielle doit être conservée conjointement avec la notion de
l'énergie, dont nous allons déterminer les caractères fonda-
mentaux.
Si la théorie de l’énergie est encore incomplète et obscure
sur certains points, il faut reconnaitre cependant qu’elle se
développe et se consolide en s’affranchissant chaque jour
davantage de l'hypothèse, et qu’elle constitue un achemine-
ment vers la synthèse des lois naturelles, en rétablissant
entre tous les phénomènes physiques leur enchainement et
leur liaison un peu trop perdus de vue par la science analy-
tique.
Les nouvelles théories physiques rapportent en dernière
analyse tous les phénomènes naturels à des mouvements ou
transformations de mouvement.
Inutile de nous arrêler aux mouvements constatés par
nos sens, et notamment par notre organe visuel, ils s’accu-
sent d'eux-mêmes à l’observalion, et c’est sur leur étude
expérimentale que sont fondées les lois de la Dynamique.
Quant aux mouvements invisibles d'ordre moléculaire ou
éthéré, ils comprennent les diverses ondulations, vibrations
ou oscillations, acoustiques, thermiques, lumineuses, élec-
triques, etc., dont l'amplitude et la fréquence ont pu être
mesurées par des procédés d’une extrème ingéniosité (1).
(1) Les longueurs d'onde varient de quelques dix-millièmes à
quelques millièmes de millimètres, pour les radiations du spectre
solaire comprises entre l'ultra violet et l'infra rouge ; quant aux
— 349 —
Nous concevons donc l'Univers comme tout rempli de
mouvements vibratoires invisibles, mais non pas certes
insensibles, puisque, en définitive, ce sont les impressions
qu'Üs produisent sur nos sens qui constituent la totalité de
nos perceptions organiques.
Chaleur, lumière, électricité, puissance chimique perdent
ainsi leur caractère mystérieux d'agents impondérables, et
sont rapportées à des formes particulières du mouvement, à
des vibralions éminemment subtiles des éléments matériels
ou éthérés. Si nous observons, d'autre part, que les phéno-
mènes calorifiques, lumineux, électriques et chimiques
présentent entre eux des relations réciproques de cause à
effet, des rapports dont il ne reste plus qu'à déterminer la
valeur précise, ou taux d'équivalence numérique, nous
devons reconnaitre que nous touchons à la solution du
grand problème de l’unité des Agents Physiques.
« Les analogies, dit M. Cornu, entre les divers phéno-
» mènes autrefois considérés comme indépendants, devien-
» nent de plus en plus nombreuses et les assimilations de
» plus en plus parfailes..... La marche vers l'unité des
» agents physiques est si rapide qu'on doit espérer des
» simplifications inattendues. Peut-être ne manque:t-il,
» pour atteindre le but, qu'une conception moins étroite de
» la Force et l'abandon de quelques préjugés (1). »
La notion de l'énergie correspond à ces vues synthétiques
et traduit la relation intime, la solidarité qui existe, en fait,
entre tous les phénomènes naturels, classés en catégories
oscillations électriques elles ont beaucoup plus d'étendue, atteignant
quelques centimêtres et même quelques mêtres. Les unes et les
autres ont le même mode de propagation par vibrations transver-
sales, dont le nombre, à la seconde, est de l'ordre des millions pour
les oscillations électriques, et de l'ordre des trillions pour les radia-
tions lumineuses.
(1) Les Forces à distance et les ondulations, par A. Cornu. 1896,
Températures normales pour chaque jour de l’année d’après les moyennes de 25 années,
de 1876 à 1900.
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MATIÈRE ET ÉNERGIE
PAR
M. François BLONDEL
Membre résidant
Si 'omer de cette lecture est un simple exposé des bases de
fsla Théorie Dynamique moderne, c’est-à dire de la con-
ception générale qui, par le rapprochement des diverses lois
physiques et la considération de leurs relations réciproques,
a déjà abouti à rapporter les modes variés d’activité de la
nature à une identité fondamentale, le mouvement ; et tend,
grâce à cette synthèse, à la détermination même du méca-
nisme intime de l’Univers.
Sous le nom de propriétés générales ou particulières, dont
pour la commodité du langage on imagine doués la matière
brute et ses divers groupements élémentaires,on entend dési-
gner les causes originelles des phénomènes naturels.
Toutes ces propriétés ou forces de la nature, considérées
dans leur ensemble, constituent l'Energie universelle ; les
propriétés générales qui affectent tous les corps matériels, de
même que les propriétés spéciales qui les différencient entre
eux, correspondent à des formes ou modalités diverses de
l'Energie, et tous les phénomènes physiques, chimiques, et
mêas biologiques ne sont que des manifestations ou effets
— 350 —
distinctes par l’ancienne physique, trop exclusivement atla-
chée à leur analyse.
Marquons les principales étapes de cette géniale concep-
tion en citant les noms de ses savants protagonistes. *
Fresnel (1788 1827), dès le début du dix-neuvième siècle,
par ses vérifications expérimentales relativement aux ondes
lumineuses, avait démontré l’existence de l'éther, agent de
propagation des vibrations essentiellement subtil et élastique;
Faraday (1794-1867), Maxwell (1831-1879), et Hertz (1857-
1894) ont successivement mis en lumière le rôle du milieu
ambiant dans les phénomènes d’induction électrique, et
montré que l'électricité et la lumière on} le même siège, le
milieu éthéré ; Maxwell a fait hardiment un pas de plus en
supposant que chaque élément d’éther contient de l’energie
localisée. Sous quelle forme, et par quel mécanisme ? C'est
le secret impénétiré sinon impénétrable de la constitution
moléculaire.
L'énergie se définit, comme la puissance mécanique, un
pouvoir de travail, mais avec une extension générale, englo-
bant l’ensemble des forces naturelles et désignant aussi bien
la force vive dynamique que la puissance emmagasinée ou
manifestée sous forme de chaleur, électricité, affinité chimi-
que, gravitalion, elc.
D'ailleurs, puisqu’il est établi que les divers phénomènes
calorifiques, lumineux, électriques, sont dus à des mouve-
ments spéciaux des éléments moléculaires ou éthérés, il en
résulte que les diverses formes d'énergie correspondantes ne
sont au fond que des variétés d'énergie mécanique. Ainsi
s'explique leur aptitude aux transformations réciproques :
L'énergie électrique, par exemple, est transformée en énergie
mécanique dans les électro-aimants et les moteurs, en énergie
thermique et lumineuse dans les lampes, en énergie chimi-
que dans l'électrolyse ; réciproquement les énergies thermi-
ques et chimiques se transforment en énergie électrique
dans les piles thermo et hydro-électriques, l'énergie mécani-
— 351 —
que, ou travail, se transforme en énergie électrique dans les
dynamos génératrices.
En thèse générale, étant donnée l’une quelconque des for-
mes de l'énergie, on peut en tirer, soit directement par uue
seule transformation, soit indirectement par plusieurs trans-
formations successives, l’une quelconque des autres formes.
Tout phénomene physique est donc considéré comme une
modification d’une statique existante, ou d'un état dynami-
que antérieur, correspondant à une variation de forme ou de
distribution d’une fraction quelconque de l'énergie générale
dont est doté l’univers. :
Indépendamment de ses diverses modalités ou formes sen-
sibles, l'énergie se présente, en effet, dans la nature, soit à
l'état de puissance virtuelle, soit à l'état d'activité actuelle ;
on distingue donc à ce point de vue : l’énergie potentielle,
ou énergie latente, et l'énergie actuelle, dont la manifestation
est effective. Ainsi, par exemple, l'énergie calorifique existe
accumulée dans la houille à l’état potentiel, et elle se révèle
à l’état d'énergie actuelle dans l’acte de la combustion ; de
même l'énergie mécanique à l’état potentiel est la capacité
de travail d'un corps considéré au repos, et à l’état acluel
c'est la force vive déployée par la masse en mouvement, à
laquelle on a donné le nom particulier d'énergie cinétique.
Si nous prenons pour exemple le système d’un pendule
oscillant, nous observons que l'énergie actuelle ou cinétique
(TJest nulle à l'extrémité d’une course (V = O0), croit
ensuite progressivement, devient maximum au milieu, et
décroit ensuite régulièrement pendant la seconde demi-oscil-
lation ; l'énergie potentielle, à l'inverse, est maximum au
début, décroit ensuite pour devenir nulle au milieu, et croît
progressivement durant la seconde demi-oscillation.
Dans l’acte de la combustion les choses se passent de la
même façon : l'énergie potentielle d’un morceau de houille
diminue d’une façon régulière et concomitante à la mani-
festation thermique d'énergie actuelle.
— 352 —
Ces deux modes de distribution de l'énergie, à l'état
potentiel et à l’état actuel, varient donc constamment en
raison inverse l’un de l’autre, donnant ainsi à tout instant
une somme invariable; de même, les diverses formes
sensibles ou modalités de l'énergie sont transformables
équivalemment, admettant, nous l’avons vu, des rapports
de transformation réciproque.
La loi de conservation de l'énergie, proclamée en 1842
par Mayer et Helmhollz, traduit cette double constatation
des transformations équivalentes des divers types d'énergie;
elle se formule ainsi : l'énergie totale d'un système indé-
pendant est constante.
Examinons ce qui se passe au moment du choc de deux
masses animées de mouvements directement opposés ; nous
constatons une perte apparente de force vive par suite de
diminution, ou même anéantissement des vitesses, mais en
même temps il s'est produit des effets sonores, calorifiques,
électriques, etc., et en définitive il se trouve que la force
vive disparue s’est mélamorphosée en mouvements vibra-
toires divers.
Il est indispensable de se familiariser avec cette concep-
tion des changements de distribution et transformation
équivalentes de l’énergie ; ainsi, par exemple, dans le cas de
la production de lumière électrique au moyen d’une dynamo
actionnée par une machine à vapeur, on peut distinguer la
série des métamorphoses suivantes : le point de départ est
la production d'énergie calorifique à l’état actuel résultant
de la tranformation des énergies chimiques à l’état poten-
tiel dans le carbone et l’oxygène avant la combustion ; cette
énergie thermique est transformée dans la machine à
vapeur en énergie mécanique, qui se transforme à son tour
dans la dynamo en énergie électrique, laquelle se trans-
forme enfin dans la lampe, partie en énergie lumineuse,
partie en énergie calorifique.
L'énergie vitale elle-même est, en fin de compte, une
— 393 —
transformation de l'énergie chimique, puisée dans l’alimen-
tation, en énergie thermique et mécanique finalement
dissipée.
En raisonnant les phénomènes naturels on retrouve tou-
jours des productions ou consommations de travail accom-
pagnées de transformations d'énergie.
La loi de conservation de l'énergie, rapprochée de celle
formulée par Lavoisier sur l’indestructibilité de la matière,
montre que l’énergie et la matière, ces deux facteurs élémen-
taires de l'Univers, se comportent de façon identique,
admettant les mutations de formes, mais sans perte aucune
ni diminution de la quantité totale.
Toutes ces transformations s'accomplissent suivant des
lois numériques précises : au regard de la matière, les muta-
tions s'effectuent au taux d'égalité pondérale ; quant aux
transformations de l'énergie, elles sont réglées par des taux
d'équivalence, spéciaux pour chacune des modalités, et leur
détermination est l’objet des recherches patientes des physi-
ciens modernes.
Pour les deux formes d'énergie, mécanique et thermique,
la relation qui régit leurs transformations réciproques a été
déterminée par Mayer et Zoule, et le taux d’échange ou
d'équivalence est 425 kilogrammètres pour un calorie.
Les progrès de la science amèneront un jour la détermi-
nation des autres équivalents, ou rapports de transformation
entre les diverses modalités de l’énergie.
Les conclusions auxquelles conduit cette nouvelle théorie,
touchant la double question de l’origine et de la fin des
mondes, sont particulièrement intéressantes à mentionner.
Les philosophes, comme les physiciens, ont de tout temps
généralement admis la limitation de l'Univers matériel dans
l'espace infini ; si notre raison ne conçoit pas qu'il puisse
exister des bornes à l’espace, par contre, elle ne considère
pas que l’infinité soit également une condition de l’existence
de l'Univers.
23
— 354 —
Laissant de coté les arguments d'ordre métaphysique,
M. de Freycinet, dans son magistral Essai sur la philoso-
phie des sciences, discute cette question au point de vue
exclusivement scientifique, et il conclut : « Toutes les diffi-
» cultés s'évanouissent, et tout s'explique naturellement si
» l'Univers estlimité.... Il n’en coùte pas, à mon sens, d'ad-
» meltre à la fois que l’espace est infini et que l'Univers
» matériel a des bornes. »
L'énergie universelle est limitée en quantité, comme est
limité dans l’espace infini l'Univers matériel lui-même. La
loi de conservation de l'énergie exprime sa permanence :
l'énergie totale de l'Univers est constante ; sa somme reste
donc invariab'e, mais en est-il de même de sa distribution ?
Assurément non; c’est un fait qui ressort à l'évidence :
elle tend continuellement à se modifier par l'effet des réac-
tions réciproques, mais d'intensité inégale, qui s’exercent
entre les astres, et des diverses radiations calorifiques, lumi-
neuses, magnétiques, etc, dissipées à travers l’espace.
D'une part, il ne peut y avoir déperdition réelle d'énergie,
et pourtant, d'autre part, il y a diffusion continue et modi-
fication dans sa répartition. À quels résultats conduisent
finalement ces divers changements de distribution et quel
est l’aboutissant des transformations de l'énergie ?
C'est la thermodynamique qui nous fournit réponse à celle
question d’une importance capitale, et ses conclusions for-
melles ont pour fondement l'observation expérimentale
précise, seule base solide des théories physiques.
La chaleur, on le sait, se transforme en travail mécanique
par le passage d’une température plus élevée à une tempé-
rature plus basse, et inversement elle peut être régénérée
par la consommation d’une certaine quantité de travail ;
c'est ce qu'exprime la loi d'équivalence mécanique de la
chaleur. Cette série de transformations constitue donc un
cycle réversible, mais cette loi d'équivalence réversible
n’est pas absolument effective.
— 355 —
Clausius (1822-1888) a établi, en effet, que le cycle fermé,
c'est à dire exactement réversible, ne se réalise pas dans la
pature, et il a formulé la conclusion suivante : « Toute série
» de transformations aboutit finalement à un abaissement
» de température, ou perte de chaleur, correspondant à un
» travail effectué et définitif de désagrégation moléculaire »,
Cette loi, qu’on pourrait appeler loi de tendance de l'Univers,
n'est du reste qu'un corollaire du principe de Carnot : « La
» chaleur ne passe pas du corps le moins chaud au corps
» le plus chaud ». Elle a eu pour origine des expériences
faites au point de vue thermodynamique sur la conversion
de l’énergie thermique en travail mécanique.
Ainsi donc, la loi de Clausius, confirmée et développée
par sir W. Thomson, établit que l'Univers matériel se
modifie progressivement pour aboutir à un état définiti-
vement stable, et que toutes les transformations de l'Energie
conduisent à un régime final, caractérisé par l'équilibre
général de la température accompagné de la désagrégation
universelle de la matière ; conséquemment, quand la série
des transformations sera achevée, l’uniformité devra régner
dans l’Univers, la température y sera partout égale, et toutes
les molécules se trouveront désagrégées, également écartées
au maximum, par l’effet de la chaleur transformée en travail.
En cet état, aucune modification ultérieure ne sera plus
possible, aucun phénomène nouveau ne sera désormais
réalisable au sein de l'Univers matériel, rentré en quelque
sorte dans le néant: «L'Univers, dit M. de Freycinet, n’échap-
» perait donc pas à la loi ordinaire : il ne vivrail qu'en
» consommant de la force et en marchant vers l'épuisement
» final. Tel est du moins le dénouement que la science
» moderne laisse entrevoir ».
Or cette tendance vers un état définitif dans l'avenir im-
plique évidemment la non éternité de l'Univers dans le passé,
car, si son existence était infinie dans le temps, l'Univers
ne pourrait plus être aujourd’hui en marche vers son état
— 356 —
final, il y serait nécessairement parvenu pendant la durée
infinie des temps antérieurs à l’époque acluelle, le cycle
complet des transformalions serait accompli depuis long-
temps, et l'énergie universelle serait toute distribuée défini.
tivement comme il est établi qu’elle devra l'être dans un
lointain avenir.
La nouvelle science dynamique fortifis donc de son auto:
rilé la thèse spiritualiste de la création et de la fin des mon-
des : « On est en droit d'affirmer scientifiquement, écrivait
» M. Folie (1), directeur de l'Observatoire de Bruxelles, que
» l'Univers constitué par les lois physiques que nous lui
» connaissons (et il est interdit à la science positive de lui
» en supposer d’autres), n'existe que depuis un temps limité,
» quelque long qu'il puisse être. Et quelle cause l'a ainsi
» constitué ? Une cause inhérente à lui-même ? Mais ce
» serait absurde, car cette cause aurait dû agir fatalement
» de toute éternité. Cette cause ne peut donc être que le fait
» d’une volonté libre. La création se trouve ainsi démontrée
» physiquement, j'allais dire mathématiquement ».
(1) Notice sur les travaux de Clausius. — Bruxelles, 1890.
UNE CONDAMNATION A MORT
par contumace, en 1789.
PAR
M. Roger RODIERE
Membre correspondant
Dr seigneurs haut-justiciers jouissaient autrefois du
> terrible privilège de faire prononcer par leurs hommes
de fief, des condamnations capitales. Chacun sait celà. Les
lieux-dits la Justice, qui existent encore en beaucoup d'’en-
droits, conservent le souvenir des anciens gibels (1). Cet
état de choses, qui a maintes fois excité la verve poussive
des Homais de province, n’avait, pour qui connaît l’histoire
de France, rien de subversif : dans une société décentra-
lisée, en l'absence d’un pouvoir central fort et obéi, le
seigneur était tout naturellement investi des prérogatives
d’un chef d'Etat au petit pied, et les hommes de fief, princi-
paux notables de la paroisse, pairs de l’accusé, formaient un
jury qui n'offrait guère moins de garanties que ceux de nos
jours.
(1) C'est ainsi que du haut des remparts de Montreuil, et de par-
tout à plus de quatre lieues à la ronde, ôn voit de loin, dominant le
village de Frencq, un mamelon dénudé, dit la Justice, et sur le
sommet duquel un kiosque a remplacé l’ancienne potence de la
seigneurie de Rosamel.
=
Mais avec le temps et les progrès de l’autorité royale, le
rôle des justices féodales diminua singulièrement ; aux
XVIIe et XVIIIe siècles, les seigneurs s'attribuaient bien
encore, dans les aveux et dénombrements, « la haute,
moyenne et basse justice » sur leurs fiefs, terres et seigneu-
ries ; ils tenaient même beaucoup à ces droits et plaidaient,
au besoin, pour les conserver, le procès dùt-il durer cinquante
ou quatre-vingts ans et dévorer le revenu et le principal dela
terre. Mais, en fait, le droit de haute justice était devenu à
peu près lettre morte, ce n’était plus guère qu'un privilège
honorifique. Les juridictions royales, présidiaux, baillages et
sénéchaussées, se réservaient de plus en plus le jugement
des affaires criminelles. Les registres encore assez nom-
breux, des audiences de justices de village, qui ont échappé
aux auto-da-fé révolutionnaires, ne contiennent guère que
des actes de saisine et des règlements de police municipale,
tout au plus des procédures de poursuites pour rixes ou
injures. Mais je n’y avais jamais trouvé trace de condam-
nation capilale (1), rendue en Picardie ou en Artois depuis
1600, jusqu'en 1789 par les justices patrimoniales, füt-ce
même par contumace (2), lorsque tout dernièrement je lus
dans le Registre de la terreet seigneurie de Pommera-Sainte-
Marguerite (3) la sentence dont on verra copie plus loin, et
qui me paraît mériter d’être publiée.
(1) On raconte qu'un seigneur haut-justicier, ayant fait condam-
per et pendre un criminel, fut si content et si émerveillé d'avoir pu
ainsi affirmer son droit, qu’il fit enduire de goudron le corps du
pendu afin de le conserver plus longtemps et de l’exhiber aux popu-
lations — pour la rareté du fait! — (Note de M. A. de Puisieux).
(2) Il serait intéressant de rechercher s'il s'en retrouve d'autres
dans les vieux registres d'audience.
(3) « Registre pour la terre, seigneurie et pairie de Pommera
dit Ste-Marguerite commençant le vingt-deux novembre de l'année
mil sept cent soixante-douze et finissant le..….», (Mss. de 38 f., le
12° feuillet est perdu ; le dernier acte est du 4 juillet 1790. C'est une
nomination de compteur de la dîme). Ce registre m'a été communiqué
par mon ami, M. Maurice Vincent, avocat à la Cour d'appel de Paris,
— 359 —
Prononcée le 8 avril 1789, exécutée le 25 mai, cette sen-
tence capitale est peut-être la dernière en date qui ait été
rendue en France par une justice féodale ; les « hommes de
fief de ce siège » et ceux que, pour compléter leur nombre,
on dut « emprunter » à la châtellenie de Pas furent peut-être
les derniers, dans la suite des siècles, à remplir la haute et
redoutable mission que leurs devanciers, les hommes libres
des temps carlovingiens etles francs-hommes du Moyen-Age,
avaient accomplie tant de fois...
Il est juste d'ajouter que la condamnation fut rendue par
contumace et exécutée en effigie. Ce n’est donc pas à Pom-
mera qu'il faut chercher le dernier criminel pendu par l’exé-
cuteur des hautes-œuvres de la justice villageoïse. Carabi-
nier au régiment de Monsieur, l'assassin avait, sans attendre
qu'on l’arrêtät, passé sans doute la frontière de Belgique,
qui n'est pas très-éloignée. Que devint-il ? On l’ignore abso-
lument,
Au point de vue juridique, la procédure suivie n’est pas
sans intérêt. Aussitôt l'assassinat commis, le procureur fis-
cal de la seigneurie (qui joue le rôle de ministère public)
commence les poursuites et prononce son réquisitoire. Les
lieutenant et hommes de fief lui donnent acte de sa plainte,
ordonnent une enquête et désignent l’un d'entre eux pour
remplir les fonctions de commissaire, nous dirions aujour-
d'hui de juge d'instruction. Ils prescrivent aussi la visite et,
au besoin, l'autopsie du cadavre de la victime par deux
chirurgiens qu'ils nomment d'office.
Le commissaire désigné fait assigner les chirurgiens ;
ceux-ci prêtent serment ; on dresse procès-verbal de visite
du cadavre ; le commissaire fail ensuite son information,
sur laquelle le procureur fiscal prend ses conclusions,
d’après quoi les hommes de fief rendent un jugement qui or-
donne d'arrêter l’inculpé.
Mais, grave embarrasl! il n°y a pas de prison à Pommera!
On décide donc que l’on « empruntera » les prisons royales
— 360 —
d'Arras, et que le commissaire Macron s’y transportera pour
interroger l'accusé. Si l'on ne peut découvrir ce dernier, il
sera assigné à quinzaine, puis à la huitaine suivante, et ses
biens saisis. En outre, le commissaire est chargé d'une
addition d’information. Et, comme il n’y a pas à Pommera
plus de greffier criminel que de geôle, on commet le greffier
de Lucheux à la procédure de la présente cause.
Toutes les formalités ci-dessus énoncées ayant été remplies
en temps et lieu. le procureur fiscal prend ses conclusions ;
les hommes de fief déclarent le défaut contre l'accusé, ordon-
nent que les témoins seront récolés par le commissaire, ce
qui vaudra confrontation à l’accusé. Ainsi est-il fait. Et enfin,
après nouvelles conclusions du commissaire, la justice
seigneuriale condamne l'assassin à la peine de mort par
contumace. La potence sera plantée sur la place du village,
et l’on y pendra, faute du criminel lui-même, «son effigie en
un tableau ». Ses biens sont confisqués « au profit de qui il
appartiendra » ; est-ce à dire du seigneur ? Probablement ;
mais les hommes de fief semblent prévoir que « confiscation
aura lieu au profit de Sa Majesté », car ils stipulent qu’on
prélèvera sur les biens du condamné une somme de cent
livres envers le Roy, au cas où cette confiscation n'aurait
pas lieu. La sentence sera imprimée et affichée à Pommera
et partout où besoin sera. Et comme le greffier de Lucheux
est malade, on lui substitue un arpenteur, également de
Lucheux.
Quant à l'exécution, elle a lieu, six semaines après Île
jugement, dans la forme prescrite : la sentence est lue sur la
place de Pommera, en présence des lieutenant et hommes de
fief, par le greffier de Lucheux (sans doute guéri). Et le
bourreau d'Arras, amené pour la circonstance, pend l'effigie
du condamné à la potence, à l’'ébahissement, sans doute, des
naturels du pays.
Après un siècle et plus, les lieux n’ont guère change :
la place, toute verte et plantée de hauts peupliers, doit pré-
— 361 —
senter à peu près le même aspect qu’en 1789, avec son vaste
abreuvoir et son jeu de boules ; le château est toujours
debout, etla « chambre ordinaire de justice » où les hommes
de fief tenaient leurs séances, est encore dans le même état
ou peu s'en faut. Ses murs ont-ils même élé récrépis depuis
cent ans ? C'est douteux !
Le seigneur de Pommera, au nom duquel les hommes de
fief rendaient la justice, était Louis-Nicolas-Xavier-Joseph
de Beugny, chevalier, seigneur de Pommera Ste-Marguerite,
qui épousa le 20 juin 1785 Marie-Charlotte-Rosalie- Florence
Le Roux du Châtelet. 11 était fils de Louis-Léonard de
Beugny, chevalier, seigneur de Bondus, Pommera, Hagerue,
né en 1720, mort le 22 juillet 1800, garde des sceaux de la
Chancellerie établie près le conseil provincial d'Artois, et de
Marie-Jeanne-Gabrielle Vaillant. (1)
Si ce n’était sortir de mon sujet, je pourrais emprunter au
Père Ignace {2) bien des renseignements sur le village et la
seigneurie de Pommera (plus communément appelé Sainte-
Marguerite, du nom de la patronne de son église), et sur son
hameau de Grena. Mais je ne veux pas abuser de la patience
de l’Académie, et je m’arrète là.
(1) Lettre de M. A. de Puisieux, arrière-petit-fils du dernier sei-
gneur de Pommera ; et mss. Godin, Bibl. d'Arras, vol. B, f°. 134,
généalogie. de Beugny. — Voir aussi A. de Ternas, la Chancellerie
du Conseil d'Artois, p. 57.
(2) Mss. Bibl. d'Arras. — Dictionnaire du diocèse d'Arras, t. III,
p. 167 et 833, ett. IV, p. 273 — Additions aux mémoires, t I, p.
499, et t. IV, p. 611. — Recueil du diocèse d'Arras, t... p. 30. —
Le Dict. hist. et arch. du Pas-de-Calais (St-Pol, t. I p. 294) n'a pas
tiré un part suffisant de ces copieuses notes, seule source, cepen-
dant, où l’auteur ait puisé. Les assertions du Père Ignace ne sont
d'ailleurs pas toujours bien sûres et demanderaient à être contrôlées
sur les documents authentiques, que je ne suis pas à même de
consulter,
— 362 —
12 dér.1788.— (Jugement portant décret de prise de corps).
(Fo 32 ve).
Vu la requête de plainte du procureur fiscal de la terre et
seigneurie de Pommera du 9 de ce mois ; le jugement rendu
sur ladite requête par les officiers de lad. justice de Pom-
mera le même jour ; les devoirs et procédures faits en exé-
cution dud. jugement, notamment l'information faite à la
requête dud. proc” fiscal le même jour 9 dud mois;
conclusions du proc” fiscal le même jour 9 dud. mois;
les hommes de fief de ce siège et empruntés à la Châtellenie
de Pas, jugeant à la conjure du lieutenant dud. Pommera,
et eu sur ce conseil et avis ; Ordonnons que Cbarles-A ntoine
Le Roy, carabinier au Régiment de Monsieur, actuellement
en semestre aud. Pommera, sera pris et appréhendé au
corps et conduit ès prisons royales de la ville d'Arras, qui
seront à cet effet empruntées, pour être ouy et interrogé par
Jacques Macron, homme de fief el commissaire en cette
partie, sur les faits résultans des charges et informations
et autres sur lesquelles led. proc" fiscal voudra le faire
- ouïr et entendre ; sinon et après perquisition faite de sa
personne, sera assigné à quinzaine, et par un seul cry public
à la huilaine suivante, ses biens saisis et annotés, et sur
iceux établi commissaire. Ordonnant au surplus que par le
même commissaire sera informé par addition d'information
des faits mentionnés en lad. plainte du procureur fiscal
du 9 de ce mois, circonstances et dépendances, pardev! le
même commissaire ; commettant, pour délivrer l'expédition
du présent jugement, le sieur Louis François Thorillon,
greffier de Lucheux, commis-greffier pour l'absence du
greffier ordinaire de ce siège, et duquel ils ont, à l'instant,
reçu le serment au cas requis, ce qui sera exécuté par pro-
vision nonobstant toute opposition ou appellation quelconque
sans préjudicier. Ainsi fait et donné en jugement en chambre
ordinaire de justice de lad. terre et seigrie de Pommera
— 363 —
le 12 décembre 1788, dix heures du matin. Signé: B.
Maillard, Fauquet et Macron.
12 féorier 1789. — (Déclaration de défaut contre Le Roy).
(Folio 33.)
8 aoril 1789. — (Sentence de condamnation à mort
par contumace),
(Fo 33 ve.)
Vu le procès extraordinairement instruit en ce siège à la
requête du procureur fiscal d’icelui, demandeur et accusa-
teur, contre Charles-Antoine Le Roy, défendeur, accusé
contumace ; le réquisitoire dudit procureur fiscal du 9
décembre dernier ; l'ordonnance couchée par apostille au
pied d'iceluy, par laquelle il a été donné acte au procureur
fiscal de sa plainte ; en conséquence il lui a été permis de
faire informer du contenu en icelle par devant Jacques
Macron homme de fief et commissaire dénommé à cet effet ;
il a été permis également de faire voir et visiter le cadavre
de Pierre Mahieux, aubergiste demeurant à Pommera, par
Louis-Benoît-Joseph Beaudoin et Louis-Joseph Thiéry,
tous deux chirurgiens, demt à Pas, nommés d'office, les-
quels feront les ouvertures nécessaires s’il y avoit lieu
pour reconnoître le genre de mort dudit Mahieux. Laquelle
visite seroit faile en la présence dud. commissaire qui tien-
droit, ainsi que les chirurgiens, procès-verbal du tout ; l'or-
donn‘* dud. Jacques Macron, homme de fief, commissaire
en cette partie, à effetde faire assigner les sieurs Beaudoin et
Thiéry, tous deux chirurgiens, pour prêter serment de bien
et fidélement procéder à la visite du cadavre dud. Pierre
Mahieux ; le procès-verbal de prestation de serment desd.
chirurgiens, du 9 décembre dernier ; le procès-verbal de
transport du commissaire dans la maison dud. Mabhieux, et
de l’état dud. cadavre, du même jour ; le rapport desd.
chirurgiens de la visile qu'ils ont faite dud. cadavre led.
jour ; l'information faite par led. Jacques Macron, commis-
— 364 —
saire led. jour ; conclusions du procureur fiscal dud. jour ;
le jugement de ce siège du 12 du même mois de décembre,
par lequel il a été ordonné que Charles-Antoine Le Roy,
carabinier au régiment de Monsieur, lors en semestre aud,
Pommera, seroit pris et appréhendé au corps el conduit ès
prisons royales d'Arras qui seroient à cet effet empruntées,
pour être ouï et interrogé par Jacques Macron, homme de
fief et commissaire en cette partie, sur les faits résultant
des charges et informations et autres sur lesquelles led.
procureur fiscal voudroit le faire ouir et entendre ; sinon et
après perquisition faite de sa personne, seroil assigné à
quinzaine, et par un seul cry public à la huitaine suivante,
ses biens saisis et annotés, et à iceux établi commissaire ;
par lequel il a été ordonné au surplus que par le même com-
missaire il seroit informé par addition d’information des faits
mentionnés en lad. plainte du procureur fiscal du 9 dud.
mois, circonstances et dépendances, et Louis-François
Thorillon, greffier de Lucheux, a été commis greffier pour
l’absence du greffier ordinaire de ce siège, à effet de délivrer
expédition dud. jugement, lequel a, à l'instant, presté le
serment en pareil cas requis ; le procès-verbal de perquisition
dud. Charles-Antoine Le Roy, du 12 dud. mois de Xh're
contenant assignalion à quinzaine ; le procès-verbal de
saisie annotation du même jour ; l'addition d’information
faite par led. Jacques Macron commissaire, le 18 du même
mois de décembre ; le procès-verbal d’assignalion à huitaine
du 22 janvier dernier ; conclusions du procureur fiscal de
ce siège du 7 février dernier ; le jugement de ce siège du 12
du même mois de février, par lequel le défaut a été déclaré
bien et valablement obtenu, et pour le profit, ordonné que
les témoins ouïs en l'information et en l’addition d’informa-
tion seroient récolés en leurs déposilions pardevant led.
Jacques Macron, homme de fief, et que led. récolement
vaudroit confrontation à l'accusé ; le cahier de récolement
fait en conséquence par led. commissaire le 16 février der-
— 365 —
nier ; conclusions du procureur fiscal du 17 de cedit mois :
tout considéré ;
Les hommes de fief de ce siège et empruntés de la Chà-
tellenie de Pas, jugeant à la conjure du lieutenant dud.
Pommera, et ouf sur ce conseil et avis, déclarent la contu-
mace bien et valablement instruite à la charge de Charles-
Antoine Le Roy, carabinier au régiment de Monsieur, en
semestre en ce lieu de Pommera ; adjugeant le profit d'icelle
et faisant droit sur le tout, déclarent led. Charles-Antoine
Le Roy düement atteint et convaincu d'avoir, la nuit du 6
au 7 décembre dernier, se trouvant en semestre chez Pierre
Mabieux, son beau-frère, cabaretier en ce lieu de Pommera,
porté dans une rixe audit Pierre Mahieux différents coups
de sabre dont ce dernier a été blessé à plaie ouverte et sang
coulant, et desquelles blessures il est mort le huit du mème
mois ; pour réparation de quoi condamnent ledit Charles-
Antoine Le Roy à être pendu el étranglé jusqu’à ce que
mort s’ensuive, par l’exécuteur de la haute justice, à une
polence qui pour cet effet sera dressée sur la place de ce
lieu de Pommera ; déclarent ses biens acquis et confisqués
au profit de qui il appartiendra, sur iceux préalablement
prise la somme de cent livres envers le Roy, en cas que con-
fiscation n'ait lieu au profit de Sa Majesté ; ordonnent que
les condamnations cy-dessus seront exécutées par effigie en
un tableau qui sera attaché par led. exécuteur de la haute
justice à la potence qui sera, à cet effet, plantée sur lad.
place ; condamnent led. Charles-Antoine Le Roy aux frais,
mises de justice et dépens du procès liquidés à... (en blanc).
Ordonnent que le présent jugement sera imprimé et aff-
ché en ce lieu de Pommera et partout où besoin sera ; et
commettent pour délivrer expédition du présent jugement,
pour l’absence du greffier de ce siège et pour la maladie du
greffier commis à la procédure, le sieur François Sangnier,
arpenteur demt à Lucheux, présent, et lequel Sangnier
commis greffier a à l'instant prêté le serment au cas requis
en ce siège.
== 406: =
Ainsi fait et donné en jugement en chambre de ce siège,
le huit avril mil sept cent quatre-vingt-neuf. Signé : Rous-
sel, Macron, Patte, Fauquet.
25 mai 1789. — (Procès-verbal d'exécution en effigie).
(Fo 35 v°).
L’an mil sept cent quatre-vingt-neuf, le lundy vingt-cinq
may, onze heures du matin, le jugement cy-dessus a été lu
à haute et intelligible voix, ea la place du village et paroisse
de Pommera, en présence de Monsieur le Lieutenant du
siège et MM. Jacques Macron et Martin Patte, hommes de
fief de ce lieu et emprunté de la Châtellenie de Pas, par moi
commis greffier de la terre et seigneurie et haute justice de
Pommera soussigné ; ce fait, l’effigie y mentionnée étant en
un tableau a été attachée à une potence dressée en ladite
place par Louis-Joseph-André Debœuque (?}), exécuteur de
la haute justice de la ville d'Arras, ce conformément et en
exécution dud. jugement ; fait aud. Pommera les jour, mois
et an que dessus. Signé : Fauquet, M. Patte, Macron,
Thorillon.
do k 2 RU
MADAME GUSTAVE MESUREUR
A de DEWAILLY) (!)
PAR
M. L. VILTART
Vice-Chancelier.
L y a quelques années, un chroniqueur imaginait d'ins-
LD tituer en pendant à l'Académie du Pont des Arts, une aca-
démie féminine et, du bout de sa plume, faisait quarante
académiciennes ; un journal de Paris a repris récemment
cette idée. Les Annales politiques et littéraires ont procédé
par voie plébiscitaire, et plus de cinq mille de leurs abonnés
ont déposé leur bulletin dans l’urne. En tête des femmes de
lettres arrivait Mme Juliette Adam ; la seconde était
Mae Alphonse Daudet ; la dixième, Mme Mesureur. Grand
honneur assurément et qui n’a surpris que l’élue. Comme
la violette, elle est modeste et son talent discret. Aussi,
bien qu’elle ait publié cinq ou six volumes de prose, n'est-
elle connue que comme poète et, avant tout, comme le poëte
des enfants ; mais elle a vraiment plus d’une corde à sa lyre.
Elle loge à merveille en une aquarelle ou en un tableautin
de maître les petits drames et les petites comédies de la
(1) Elue membre correspondant de l'Académie le 14 février 1902,
Lecture faite le 28 février.
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rue, croqués. dessinés, enlevés avec tout l'esprit d’une pari-
sienne de Paris. Car il faut bien que je le dise, bien qu'il
m'en coûte de revenir sur ce que j'ai affirmé en vous priant
d'accueillir Mme Mesureur comme membre correspondant
de notre Compagnie, elle n’est pas de chez nous. Son père
était originaire de Bucquoy où il y a encore des Dewailly ;
mais elle naquit rue du Cherche-Midi, en pleinerive gauche,
à deux pas du Luxembourg. Enfance heureuse dont plus
d’un souvenir revit dans la langue des Dieux, notamment
dans une piècette intitulée Bon appetit :
Nous étions tous joyeux au diner du dimanche.
Je revois les cristaux mis sur la nappe blanche,
Les serviettes ayant leurs grands plis d’apparat,
Et le rôti saignant, qui flatte l’odorat.
Ma mère nous semblait la reine de la fève,
Mon père présidait, la mine satisfaite,
Heureux d'avoir ses huit enfants autour de lui.
Et le soleil, gaiement, brillait comme aujourd'hui.
Une heure : ons attablait. J'étais un peu gourmande ;
Oserai-je avouer que ma joie était grande,
Quand, après le poulet qu’on sert sur du cresson,
Et les légumes verts, produits de la saison,
Je voyais au dessert, paradant sur la table,
Une tarte et des fruits d’un aspect délectable.
Non moins que la tarte, la musique charmait la fillette,
les livres aussi, surtout ceux où les lignes ne tenaient pas
toute la largeur des pages et rimaient deux à deux. Mme Me-
sureur était bien jeune encore lorsque François Coppée, le
fulur préfacier de son second volume de vers, triompha à
l'Odéon avec Le Passant et, bientôt, avec Les Humbles,
ouvrit une veine nouvelle ; mais elle fut, dès celte époque,
piquée de la tarentule poétique et connut son maitre. Puis
vint la guerre. Sous le titre de : Histoire d’un enfant de
Paris (1870-1871), Mme Mesureur a raconté le siège ; de ce
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livre, écrit pour la jeunesse, et couronné par l’Académie
française, nous n'avons, dans cette partie biographique, à
retenir que les dernières pages. L’armistice signé, levé le
blocus, M. et Mme Dewailly, ainsi que leur famille, prirent
le train pour Bucquoy, et notre gracieuse collègue vit sans
aucun doute le Pas-de-Calais pour la première fois. {1 serait
superflu d'ajouter qu'après la famine du siège, veaux,
vaches, moutons etautresanimaux éminemment comestibles,
la séduisirent infiniment.
Quelque dix ans plus tard, plutôt moins que plus, par
suite de son mariage avec M. Mesureur, alors dessinateur
industriel, aujourd’hui un de nos législateurs les plus en
vue, Mlle Amélie Dewailly devenait la parente d’un des
membres résidants de l’Académie d'Arras et faisait de nom-
breux et longs séjours rue Ernestale, chez M. Brégeaut.
Saluons en passant la mémoire de celui qui fut le Legouvé
de notre Compagnie, car il en ft partie pendant soixante ans,
dont cinquante-trois comme membre titulaire et sept comme
honoraire. Si Mme Mesureur a gardé un souvenir ému de
son vieux parent, de la cordialité et de l’agrément de son
commerce, par la pensée elle revoit avec grand plaisir notre
vieil Arras, les grands arbres aujourd’hui disparus, les jolis
coins d'ombre au bord de l’eau que l’on trouvait au sortir
de la porte Méaulens. C'est de ce côté qu'elle portait le plus
souvent ses pas et ceux de ses enfants, un garçon, une fillette,
avec qui nous allons faire ample connaissance en feuilletant
Rimes roses et Nos enfants, les deux volumes parus, le
premier en 1881, le second en 1885, dont je voudrais main-
tenant vous entretenir.
+
+ +
.… Ce ne sont point de ces grands vers pompeux,
mais de petits vers doux,tendres et langoureux.
Ces vers du Misanthrope seraient la parfaite épigraphe
| 24
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des poésies de Mme Mesureur, si la mode des épigraphes
sévissait encore comme au temps du romantisme. Je laisserai
de côté les chants langoureux qui disent l’éveil d'une jeune
âme à l'amour ; sauf une pièce intitulée A/ariage civil, ils
sont, semble-t-il, d’une forme moins parfaite et d’une moindre
originalité que les pièces douces et tendres inspirées par
l'enfance ; et j'arrive à ces dernières, dont voici ce qu'on
peut appeler le leit-motiv,
Mes petits oiseaux,
Mes oiseaux à moi, ce sont,
Mieux que pinson et fauvette :
Deux enfants, un brun, un blond.
Mes oiseaux à moi, ce sont :
Un garçon, une fillette.
Ils ont un joli babil,
Quand le matin les éveille ;
} Voix d’oiselets en Avril,
1ls ont un joli babil
Qui caresse mon oreille.
Ils ont toujours soif ou faim,
De tartines, fruits ou crême ;
Leurs souhaits n'ont point de fin,
Ils ont toujours soif ou fai,
L'oiseau butine de même.
Quand vient l'heure des repas,
Qu'il soit, ou non, délectable,
L’appétit ne manque pas.
Quand vient l'heure des repas,
Ils sont les premiers à table.
Leur bouche a plus d'un refrain,
Tout de joie et de tendresse ;
Sans soupconner le chagrin,
Leur bouche a plus d’un refrain ;
Chant d'oiseau n'est qu’allégresse,
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Ils professent le bonheur :
Les âmes d'oiseaux sont nées
Avec ce sèul point d'honneur.
Ils professent le bonheur,
Ce lot des jeunes années,
Le vent berce les oiseaux
Dans le nid qui les abrite ;
Sur la branche ou les roseaux
Le vent berce les oiseaux,
Pourqu'ils s’endorment plus vite.
Je berce mes oiselets
D'une chansan maternelle ;
Dans leurs nids chauds et mollets
Je berce mes oiselets :
Ils s’endorment sous mon aile.
Ce thème prête à d'infinies variations que l’on devine.
C'est l'armoire aux vieux jouets que connaissent tous les
papas... L'arc rompu ne peut plus se tendre, le canon
roule sans affüt ;
Le cavalier est sans monture,
La bergère est loin du troupeau ;
La ferme n’a plus de toiture,
Les soldats n’ont plus de drapeau.
Ce sont les premières joies et les premiers chagrins, avec,
çà et là, de charmantes espiègleries comme celle intitulée
Parodie :
Souvent de pauvres gens viennent à la maison,
Humbles solliciteurs, et toujours ma Suzon
Écoute avec respect leur lugubre oraison.
Elle s’en inquiète et paraît toute triste :
Et, lorsqu'ils sont partis, comme une moraliste,
Elle imite leur jeu navrant et réaliste,
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» Monsieur le député, soyez compatissant,
» Veuillez preudre en pitié mon sort intéressant ;
s Îl faudrait agir vite et le cas est pressant.
+ Je n'ai plus de mari, voilà ma grande fille,
» J'ai beaucoup de soucis, une lourde famille,
» Et j'implore de vous un mot, une apostille
» Vous pouvez s'il vous plaît me tirer d'éembarras ;
» À mon âge, six ans, j'ai déjà sur les bras
» Ces deux bébés jumeaux qui sont rouges et gras
« Puis cette enfant est de santé mauvaise »
Et murmurant tout bas : « Chut ! Il faut qu'on se taise ».
Elle assied sa poupée infirme, sur la chaise.
« Je ne suis pas de ceux qui vont tendre la main,
» Je suis seule aujourd’hui ; si je mourais demain,
» Qui donc à mes petits voudrait donner du pain ».
Et les montrant tous trois d’une voix plaignarde :
» Vous voyez, avec eux j'habite une mansarde :
» Ce qu’ils ont sur le dos est leur dernière harde.
». Je sais qu'au Parlement votre influence est grande,
» Vous pourriez m'obtenir, pourvu qu’on vous entende !
» Une place, un emploi, j'en ferai la demande.
» Surtout pas de secours et pas de charité ;
» Tout ce que je requiers est juste et mérité.
.s Ÿ souscrire c’est faire un acte d'équité.
» Ainsi, mon député, faites donc que j'obtienne.… ,»
Mais papa l'interrompt, fatigué de l’antienne,
Et dit : « Embrassez-moi, chère comédienne ! »
Ce qui me paraît par dessus tout intéressant dans ces
vers et dans ceux que je vous ai lus précédemment, c'est
qu'ils ne sentent pas l’auteur ; ils sont d’un naturel achevé.
La vie de chaque jour est prise sur le vif et traduite sous le
coup de l'impression, sans effort, sans éclat de voix. Bébé
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s'endort ; un sonnet s’ébauche qui sera terminé auprès du
berceau, sur un coin de la table de travail du père. Un petit
mendiant jelte du pain aux canards de la porte Méaulens ;
au Rietz de Saint-Sauveur, les enfants, à l'automne, ramas-
sent des marrons ; et le poète tire de ces simples faits deux
petites pièces dont la dernière a presque un caractère local,
Le petit mendiant, pieds nus, suit son chemin ;
De village en village, il va tendre la main,
Trainant à ses “ôtés son bâton et sa miche,
Car le rare passant d’aumône est assez chiche.
Devenu forcément philosophe et réveur,
Ii marche d'un pas lent dans l’air plein de saveur,
Ecoutant les oiseaux qui se cherchent auerelle.
Comme il est fatigué, près d'une passerelle,
Il s'assiel. Devant lui, des canards fendent l’eau.
Tout en donnant la chasse au moindre vermisseau.
Alors, cassant son pain, lentement, miette à miette,
Au milieu de leurs rangs empressés il le jette.
Et ce deshérité, prodigue et généreux,
Se donne le plaisir de faire des heureux.
Les Marrons.
Le vent qui soufile en automne
Aux gais enfants fait l’aumône ;
Il sème par quarterons
Sur leur chemin des marrons.
A terre les coques vertes
En bondissant sont ouvertes,
Découvrant comme un bijou
Leur fruit d’un brun acajou.
Les enfants, troupe intrépide,
Sans redouter l'herbe humide,
Dans des sacs et des paniers
Ramassent jusqu'aux derniers.
=
Le plaisir dans leurs yeux brille ;
Ce soir, armés d’une aiguille,
Avec art, las écoliers
S’en feront de lourds colliers.
Nous aurions maintenant à dégager des citations que j'ai
faites les éléments caractéristiques de l’œuvre de Mne Mesu-
reur si le bon poète François Coppée n'avait fort justement
dit que c’est une œuvre de sentiment et une œuvre d'art.
Ces vers-là, ajoute-t-il, en même temps qu'ils sont de très
bons vers, sont bien ceux d’une femme aimante, d’une
excellente mère, qui aime ses enfants et tous les enfants,
qui leur parle et qui en parle avec une émotion sincère,
profonde, partie du cœur et destinée à aller aux cœurs.
Aussi, l'Académie ne peut-elle que se féliciter d’avoir
appelé Mne Mesureur à prendre rang à côté de Miles Jenny
Fontaine et Marie Fresnaye, véritables artistes, l’une pein-
tre, l’autre sculpteur, à côté de deux distinguées roman-
cières, Mmes Georges Héry et Mary Floran. Elle a montré
une fois de plus qu’elle tient à grouper autour d'elle tous
les talents qui se rattachent à l’Artois, ne fut-ce que par un
fil ténu ; et, par voie d'ultime conséquence, que, pour hono-
rer les petites mains qui manient le pinceau, l’ébauchoir ou
la plume, les académies féminines ne seront de toute néces-
sité que le jour où n’existeront plusles académies masculines,
DENT RAT TNTETTT TTNTRT UTTNTR TT T TT US
Frrrrrnnnrnrttrtninrrrrrro no???
NOTE
SUR DEUX VOLETS DE TRIPTYQUE
Représentant des chanoines de la DIENNÉE
PAR
Le Baron Alexandre CAVROIS
Membre résidant
ER y à trois ans, le clergé de la Cathédrale d'Arras
exhumait d’un réduit de cette église deux tableaux que
M. l’archiprètre fit suspendre dans la chapelle du Sacré-
Cœur, en face de son confessionnal, aux colonnes du
transept.
Ces deux tableaux sont peints sur bois ; le dessin en est
fin et leur coloration est restée très vive. Ils mesurent l’un et
l'autre 1m 22 de haut sur Om 82 de large. Ce sont les volets
d'un triptyque dont la partie centrale n’a pas été retrouvée ;
on voitencore sur les bords des cadres la marque des ferrures
des gonds.
Le volet de droite, sur sa face principale, — celle qui se
voyait quand le triptyque était ouvert, — a pour sujet la
scène de la Résurrection. Le Christ, tenant en main
l’oriflamme, sort du tombeau, autour duquel sont groupés
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les gardes : l’un d'eux est endormi ; les autres s’enfuient ou
sont prosternés à terre, se cachant le visage sous leur
bouclier (1).
Le volet de gauche (à la droite du spectateur), représente
les disciples d'Emmaüs. Le Seigneur, entre Cléophas et son
compagnon, s'avance à l'entrée d'uneavenue plantée d'arbres,
à l'extrémité de laquelle un château-fort dresse sa porte
fortifiée et ses tourelles crénelées. C’est ainsi que le peintre
a traduit le castellum de St-Luc (2). Sur la droite, au sommet
d’une colline, est figuré un autre petit château, derrière
lequel le soleil lance ses derniers rayons (3).
Comme on le voit, ces deux sujets, pour connexes qu'ils
soient, sont indépendants l’un de l’autre, et ne nous per-
mettent pas de préciser ce qu'était le tableau central. 1]
pouvait figurer la Cène, ou le Crucifiement aussi bien que
l’'Ascension.
Le triptyque fermé, les revers des volets nous présentent
les portraits des donateurs. Ce sont deux chanoines en habit
de chœur : ils portent l’aumusse sur le bras gauche et sont
revêtus du surplis à manches pendantes, « simples et sans
dentelles. » (4) Tournés l'un vers l’autre, ils sont placés
chacun de profil, agenouillés sur un prie-Dieu, couvert d'un
tapis multicolore ; un livre est ouvert devant eux, et sur le
tapis se détachent leurs armoiries, identiques, montrant
que ce sont deux frères : écartelé, auz 1 et 4 d'azur au lion
d'argent, aux ? et 3 d'argent au cheoron de gueules accom-
pagné de trois tourteaux de même.
Leurs devises, peintes sur des banderolles en dessous des
écussons, sont différentes ; sur le volet de droite, on lit ces
(1) « Ærterriti sunt custodes. » Matth., 28.
(2) Luc., 24.
(3) « Advesperascit et inelinata est jam dies. » Ibid.
(4) Abb6 Fanien, /istoire du chapitre d'Arras, p. 92.
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mots : NON QUÆ SUPER TERRAM ; le volet de gauche porte :
l'ESPÈRE ET CRAINS,
Derrière et au-dessus de ces personnages se tiennent
debout leurs saints patrons. Pour le premier, c’est saint
François d'Assise, bien reconnaissable à sa robe de bure,
serrée par une corde qui retient sur sa poitrine le parche-
min de ses constitutions, et surtout à ses stigmates. Dans le
fond du tableau, une draperie srulevée laisse voir le ciel et
un ange, simple figure ailée, dont la bouche souffle des
rayons de sang qui aboutissent aux stigmates de saint
François.
Le second volet est plus énigmatique. Le patron du
* chanoine est un évêque, en chape et en mitre, tenant une
crosse. Une draperie symétrique de la précédente découvre
un paysage composé d’une grande ferme couverte en chaume
el d’une église ayant au centre une tour carrée, crénelée,
surmontée d’un loit quadrangulaire, et HANGUES de trois
nefs ou chapelles latérales.
D'où proviennent ces tableaux ?
Leur facture, le style gothique notamment de la crosse du
saint évêque, permeltent de les faire remonter à la fin du
XVI° siècle ou au commencement du XVIIe, et nous confir-
merons plus loin celte prévision en leur assignant une date
assez précise.
Ils ont orné autrelois l’une des nombreuses églises de
notre ville, la Cathédrale, sans doute, dont l'un desdonateurs
était chanoine, nous allons le dire. A la Révolution, le trip-
tyque dont ils faisaient partie fut démembré. Que devint le
panneau central ? nous l’ignorons. Quant aux volets, peut-
être furent-ils cachés à cause des armoiries qui en faisaient
des objets séditieux ! Toujours est-il que, restitués au clergé,
ils firent partie du mobilier de la chapelle du couvent de
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Sainte-Agnès qui fut, dans notre siècle, sous le nom de
paroisse Saint-Etienne, chapelle de secours de la Cathédrale.
Nous eroyons les retrouver dans l'inventaire manuscrit
que dressa, après 1860, M. le chanoïne Parenty (1). Ils
avaient été séparés l'un de l’autre, et l’on avait si peu
remarqué leur analogie que l’un d'eux avait été tourné du
côté de l'endroit et l’autre du côté du revers. Aussi sont-ils
mentionnés à deux places différentes. Je transcris ici les
extraits de l'inventaire de Saint-Etienne qui les concernent :
« Au fond de la nef également, sous la tribune, se trouvent deux
autres petits tableaux. L’un d’eux posé au-dessus de la porte est une
sainte Cène ; l’autre représente dans un paysage trois personnages
dont la signification m'est inconnue. Ce petit travail sur bors, et à
deux faces, provient d’un ancien triptyque, et mériterait d’être
étudié. »
Cette description correspond bien au volet de gauche ; il
présentait sa face principale, figurant les disciples d'Emmaüs.
Il était vraisemblablement accroché un peu haut puisque sa
signification n’a pas été comprise : quand on le regarde de
près, les plaies du Sauveur et les profils sémitiques des
disciples ne laissent aucun doute à ce sujet. Notons en
passant le vœu de M. Parenty : ce tableau « mériterait d’être
étudié ». Nous sommes heureux d’y avoir répondu (2).
« Dans le passage qui sépare la nef de la chapelle de la sainte
Vierge sont deux tableaux placés au-dessus de chacune des portes.
L'un représente l’adoration des mages. L'autre, plus petit, comprend
deux personnages dans un costume religieux. »
Ne reconnait on pas là l’autre volet, réunissant sur son
revers un chanoine et saint François, tous deux « dans un
(1) Archives de la Cathédrale.
(2) Ce nous est un devoir et un plaisir d'adresser l'hommage de
notre gratitude à ceux qui nous ont aidé dans ce modeste travail, et
surtout de dire un merci tout filial à celui dont la main paternelle a
bien voulu guider nos premiers pas dans les sentiers de l'archéologie
et de l'histoire.
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costume religieux » ? Je remarque même que ce volet est
dit « petit », comme l’autre avait été qualifié de « petit tra-
vail. »
En 1876, lorsque l’église de N.-D. des Ardents fut achevée,
Sainte-Agnès cessa d’être auverte au public, et la cathédrale
lui reprit un certain nombre de tableaux : les uns furent
placés dans l'église ; ceux que nous étudions eurent moins
d'honneur et ne franchirent que vingt trois ans plus tard la
porte de la sacristie.
Il est temps d'identifier nos donateurs. Nommons:les tout
de suite : Ce sont François DE LA DIENNÉe, prévôt du cha-
pitre d'Arras, et son frère, Maximilien DE LA DIENNéE,
chanoine de Saint-Omer.
C’est par l'étude des armoiries ci-dessus décrites que nous
avons été assez heureux pour arriver à cette identification.
La famille DE LA DiENNÉE blasonne, en effet, d'argent au lion
d'asur ; d'Hozier (1) ajoute : lampassé et armé d'or ; et une
épitaphe tirée de Le Pez, que nous reproduirons bientôt,
donne cette variante : armé d'or, lamnassé de gueules. Les
quartiers 2 et 3 de l’écu écartelé de nos volets reproduisent
les armes de la maison pe RancxicourT : d'argent au che-
oron de gueules, accompagné de trois tourteaux de même.
La famille de la Diennée, aujourd’hui éteinte, est origi-
naire de Saint-Pol ; elle eut la seigneurie de Baudricourt,
(actuellement canton d’Avesnes-le-Comte). Un tableau
généalogique de Le Pez (2), malheureusement sans dates,
(1) Armorial d'Artois et de Picardie, par Borel d'Hauterive,
pp. 38 et 44.
(2) Genealogiæ Flandriæ.(Mss. n° 322 du catalogue de la biblio-
thèque de la ville d'Arras).
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la fait remonter à Gilles de la Diennée, qui épousa Martine
le Petit de la Personne. Viennent ensuite Philippe, mari de
Bonne de Fromessent, Adrien, époux de Marie de Bauduin,
et enfin Grégoire de la Diennée, père de nos héros, qui se
maria deux fois, d’abord avec Jeanne de Ranchicourt, puis
avec Claudine du Pré.
H vivait dans la seconde moitié du XVIe siècle. De cette
époque les registres de catholicité qui nous auraient intéressé
ne nous sont point parvenus. Aussi nous est-il très difficile de
préciser les filiations. Nous savons toutefois par les pièces
que nous allons reproduire que Grégoire eut au moins cinq
enfants : Franuois, Maximilien, Bertin, Anne et Marguerite.
François et Maximilien sont issus du premier mariage,
puisqu'ils portent en écartelure les armes des Ranchicourt.
ANwe est leur sœur germaine, comme nous l'apprendra le
testament de François ; nous savons en outre par l’épitaphier
de Thurien Lefebvre d'Aubrometz qu’elle avait adopté le
même écartelé : elle avait épousé Louis de Vitry, seigneur
de Warnicamp ; de cette union naquit Hugues de Vitry qui
eut à son tour d’Isabeau le Sergent d'Hendecourt un fils,
Louis Ignace, né le 12 juin 1633 et mortle 30 juillet suivant.
Thurien Lefebvre d'Aubrometz décrit les quatre quartiers
du défunt (1) :
As Aultres armoiries du surnom et armes de la Diennée, qui
porte armoiries esquartellées premier et dernier quartier La Diennée,
d’asur à un lion rampant sur tout d'argent, et le deuxième et troisième
quartier des armes de ceux du surnom de Ranschicourt qui porte
armes au fond d'argent à un chevron de gueulle et à trois pesans de
gueulle, scavoir est deux en chef et un en pointe... »
MARGUERITE est sans doute fille de Claudine du Pré, car le
testament de François la nomme simplement sa sœur ; j’y
vois une opposition à la qualité de sœurgermaine qu'il avait
(1) Paroisse Saint-A ubert.
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donnée à Anne ; encore il institue celle-ci sa légataire
universelle, au détriment des enfants de Marguerite, aux-
quels il ne laisse que des peintures, ce qui corrobore singu-
lièrement la première induction.
Marguerite épousa, par contrat passé à Gravelines le 15
octobre 1608, Godefroy de Brandt, seigneur de la Campe
el lui donna deux enfants, Anne-Marguerite et Ignace (1)
De BERTIN, nous savons seulement qu’en 1575 il était
encore mineur, ainsi que ses frères. La seule mention que
nous ayons trouvée de lui, empruntée au Registre aux Bour-
geois de la ville d'Arras (2), dit en effet qu’ils n’ont pas l'âge
de prêter serment :
Nre Dame. — Grégoire de la Diennée escuyer Sr de Baudricourt
a esté receu a la bourgoisie de la ville par finance de cincquante livres.
A faict et presté le serment contenu au livre. Se luy a esté accordé la
bourgoisie pour trois de ses enfans assavoir François, Maximilien et
Bertan de la Diennée en paiant aultres trente livres quy est en tout
quattre vingtz livres à charge que lesdicts enfans venuz en eaige ilz
soient tenuz prester le serment. Faict le XXIIe d’apvril XV c LXXV
par devant Messieurs en nombre.
En marge est écrit IIIIxx livres.
Dans les documents qui vont suivre il est question de
Francois, de Maximilien, d'Anne et de Marguerite, jamais
de Bertin; j'en conclus qu’il est mort en bas âge. En tout
cas il ne paraît pas avoir fait souche.
MaXIMILIEN DE LA DIENNée est le chanoine dont le portrait
orne le volet de gauche de notre triptyque. L’'évèque qui
l'accompagne est donc saint Maximilien ; deux saints
évêques ont porté ce nom. Le plus illustre fut évêque de
Lorch (Lauriacum) en Pannonie; c’est le patron de la
(1) Collection Godin. — Cet auteur dit que Marguerite est fille de
Jacques de la Diennée, cousin-germain de Grégoire. Elle serait donc
cousine issue de germains de François. Comment celui-ci l'appel-
lerait-il sa sœur et dirait-il de ses enfants, mon neveu et ma nièce Î
(2) Vol. &, fol. 27.
— 382 —
Bavière et de la ville de Cambrai (1); sa fête se célèbre le
12 octobre. L'autre, évêque et martyr, est honoré par
l’église le 29 octobre.
Il devint chanoine de Saint-Omer, et succéda dans la
prébende dite de Saint-Omer à Jacques de Pamèle, mort
le 22 septembre 1587, peu de temps après avoir été nommé
par le roi d'Espagne à l’évèché de cette ville. Cette prébende
était affectée à un noble gradué.
Voici ce que dit de lui de Neufville (2) :
« Maximilien de la Dienné, clerc du diocèse de Saint-Omer,
licencié en droit, ayant été élu par le chapitre, le siège vacant, et par
les gradués, a été reçu le 23 mars 1588. Il est mort à Arras le jour
de Pâques 44 avril 1591. Il portait d'azur au lion rampant
d'argent. »
Maximilien était donc venu mourir auprès de son frère
François, qui était chanoine d’Arras. Celui-ci le fit inhumer
dans la cathédrale, auprès de leur oncle Philippe de Ranchi-
court, chanoine du même chapitre, et nous le verrons dans
son testament demander la même sépulture, « près de l’aultel
de saint Eloy », derrière l'horloge, en dehors du chœur, dit
l'abbé Fanien (3). Le Pez nous a conservé leur épitaphe (4):
Epitaphe qui se voit en la cathédralle d’Arras.
D. O. M.
R. D. Franciscus de la Dienné, J. C. (5) patria paulinas, genere
sed virtutibus mage nobilis, huius attrebatensis Ecclesiæ prœæpositus
atque canonicus, rebus muneris sui dignis varie et prϾclare gestis,
hoc monumentum Maximiliani J. C. fratris olim sui audomarensis
(1) P. Ch. Cahier, Caractéristiques des saïnts, p. 624.
(2) Annales de la ville de Saint-Omer, p. 230. (Mss. du 18e s. ;
Bibliothèque de Saint-Omer).
(3) Op. cit., p. 358.
(4) Recueil d'épitaphes, p. 125 (Mss. n0 358 du catalogue de la
bibliothèque de la ville d'Arras).
(5) Abréviation de Jurisconsulte, titre que lui donne la Gallia
christiana ; il était, comme son frère, licencié en droit.
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Ecclesiæ et Philippi de Ranchicourt avunculi attrebatensis Ecclesiæ
canonicorum memoriæ honorandæ ergo poni curavit, anno 1623.
Maximilianus anno 14591 aprilis 414.
Philippus anno 1579 mense mayo die 6.
Franciscus vero anno 1621, septembris 29 ex legato cum Insig.
anno domini 1624.
On y voit les 4 quartiers desdiz La Dienné qui sont La Dienné,
Fromessen, Bauduin, La personne. -
La Dienné, d’azur au lion d’argent armé d’or lampassé de geulles.
Fromessen, d’or au lion de sable armé lamp. de geulles.
Bauduin, d’azur au chevron d’argent chargé de deux lions de geulles
affrontés accompagné de trois trèfles d’or, 2. 1.
La Personne, de synople à la bande d'argent.
Et les quatre quartiers des Ranchicourt, qui sont Ranchicourt, Hersin,
Du Wez, Arkel.
Ranchicourt, d’arg. au chevron de geulles accompagné de trois
tourteaux de mesme.
Hersin, d’hermines au croissant de sable en chœur.
Du Wez, de geulles à trois coquilles d'or 2. À.
Arkel, d’argent à deux fasces bretessées contrebretessées de geulles.
FRANÇOIS DE LA DIENNÉE, le donateur représenté au volet
de droite, nous est mieux connu. Il est né à Saint-Pol, nous
venons de l’apprendre par son épitaphe et nous avons vu
qu’il fut reçu bourgeois d'Arras avec ses frères pendant sa
minorité. Les notaires qui ont reçu son testament lui donnent
le titre de licencié en droit. Chanoine de la cathédrale
d'Arras, il était écolâtre en 1591 (1!. En 1604 il ful nommé
prévôt du chapitre ; c'était le cinquante et unième titulaire
de cette charge. Il est en cette qualiténommé dans la Gallia
Christiana(2)dont l’auteur rappelle qu’ilinstallale 2 décembre
1611 Herman Ottemberg comme évêque d'Arras :
« LI. Franciscus I la Diennée in fano S. Pauli natus, virtutibus
quam genere nobilior, uti legitur in ejus epitaphio (3). Admittitur in
(4) Mss. n°0 1088 de la bibliothèque de la ville d'Arras, fol. 159.
(2) T. IE. col. 361.
(3) C'est l'épitaphe ci-dessus rapportée.
— 384 —
præpositum ad nominationem principum Belgii (4) die 42 Apr. an.
1604. Erat ille librorum censor ac jurisconsultus. Constituit an. 1611.
D. Ottembergum episc. in sede lapidea dicens : assigno R. P. V.
Sedem ad superintendendum négotiis totius hujus diæcesis; quo
peracto decanus (2) eum duxit solemni ritu ad alteram sedem seu ad
thronum justa sedile majoris archidiaconi, dicens : assigno R. P. V.
stallum ad Deo et ecclesiæ laudabiliter serviendum. Obuit 29 sept.
1621 ».
Son testament, auquel nous avons déjà fait plusieurs fois
allusion, daté du 11 août 1620, est conservé aux Archives
départementales du Pas-de-Calais. Il est intéressant par les
renseignements généalogiques qu'il contient, et renferme
aussi de curieux détails sur son mobilier et sur la composi-
tion de sa bibliothèque. A ces divers titres, nous le repro-
duisons dans son intégrité, malgré sa longueur.
In nomine Dmi. Amen.
Je François de la Diennée, Ptre, Prévost et Chanoinc de l'église
cathédrale de Nre Dame d’Arras, estant sain de corps et d'entende-
ment, fay mon testament coe il s'ensuit.
Primes. Je rens et recomande mon âme à la miséricorde de mon
Dieu par les mérites de Nre Seigneur et rédempteur Jésus-Christ, et prié-
res de sa glorieuse Mère, de sainct Michel Archange, de mon Ange gar-
dien, de mes patrons, sainct Pierre, sainct Paul, sainct Vaast, sainct
. François, et tous les saincts et sainctes de paradis, désirant mon corps
être enterré en ladicte église chez les sépultures de feus Messieurs Phles
de Ranchicourt mon grand'oncle, chanoine de ladicte église, et de
Maximilien mon frère, chanoine gradué de l’église Cathédrale de
St-Aumer, près de l’aultel de St-Eloy, que porront choisir mes exécu-
leurs testamentaires avecq la permission de Messieurs du chpre, à La
discrétion desquels Exrs je remets aussy les solenitez et mises des
funérailles et de ce qu'en dépend, les requérant très instament de faire
célébrer au plus tôt un trentier de messes à l’aultel privilégié en l’église
de sainct Jacques à Douay, coe aussi à l’aultel privilégié en la chappelle
(1) L'archiduc Albert et sa femme Isabelle.
(2) Le doyen du chapitre était alors Géry Boucquel.
— 385 —
de saincte Elizabeth de ceste église, et de faire célébrer les obsèques
le corps présent (si faire se peut) sinon au plus tôt.
Quant à mes biens temporels je les repartis en la manière que
s'ensuit. Je done aux couvents et hospitaux de ceste cité et de la ville
d'Arras a sçavoir aux frères prescheurs, aux frères mineurs, aux
carmes, aux religieuses de Ste-Claire, de Ste-Birgitte, de la Paix, de
l’Hostel Dieu, des Chariotes, des Augustines et des Lez Dieu a
chascun ung mencault de bled et trois florins à charge d’un service à
leur dévotion qui sera célébré au plus tôt aprez mon trespas, désirant
semblablement avoir un service au couvent des Pères Capuccins
auxquels sera distribué au iour d’iceluy douze miches blanches, six
lots de vin et quelques plats de viande à la discrétion de mes Exrs.
J'ordone aussi estre célébré un service es eglis paroissiales de sainct
Nicolas en ceste cité et de St-Nicaise, pour lequel seront paiez a
chascun curé et leurs assistens soixante dix solz, et distribuez audiour
à chascun desdictes paroisses deux mecs de bled convertis en pains.
Si veux estre célébré un service au couvent des sœurs grises à Doul
lens, donnant aux religieuses six liv. pour leur récréation. J’ordunne
aussi qu’au iour de mon service soit donné aux pauvres enfans de
l'escolle d'Arras et de la fondaon de Monsieur Vacquez deux mecs de
bled convertis en pains à répartir aux assistens qui chanteront en
la nef de l’église aprez le service le Miserere. Et a chascun chartrier
et chartrière desdictes charivttes cinq solz. Aux Pères de la Compai-
gnie de Jésus demeurant aud. Arras je doone les œuvres du Père
François Turrian en six volumes, un bible françois in-fulio imprimé
en France, le Théatre d’Ortelois, deux volumes de Canisius, l’un
desquels est le catéchisme, et l’autre de sainct Jean Bapte et de la
Vierge Marie, les comentaires de Guicciardin des guerres d’ltalie,
aussy tous mes livres en grec et en musique. Aux Pères Capuccins
dud. Arras ie donne un bible latin, la Soe de St Thomas, les œuvres
de Dionysius Carthusianus en six volumes avecq l’histoire des choses
naturelles de Plinius. Je donne à la librairie de Nre Dame un légen-
daire des saincts en Italien et la vie des Empereurs aussi en Italien
iprimez tous deux à Venize et les leçons de Pierre Messie en _Éspa-
gnol. À Monsieur le Doien pour son service et bones visitaons un
réal d’or. A son chapellain quatre florins. Je donne à mon serviteur
six florins et à ma servante semblable some. Pour rémunérer les bons
29
=="100 —
services que ma cousine Jeanne de la Diennée (1) m'a faict, je luy
done une rente viagère de cent florins. Aprez le tréspas de laquelle,
iordonne que d'icelle rente soit fondée une bourse la collaon de
laquelle appartiendra aux prevosts de ceste égle pour en prouveoir
mes parens, si aulcun la demande, lesquels seront capables d'icelle
doiz l’eage de sept ans iusques au degré de Licence en Théologie,
aux Droicts ou en médecine, en défault desquels la bourse porra estre
donnée à un gentilhoe de ceste province, lequel néantmoins debvra
céder lorsque se présentera un de mon parentage. (2) Je donne encore
à ma dicte cousine la soe de cent florins, une tenture de lict entremeslée
de bendes ouvragées et d’estoffe bleue complète avecq les gourdines et
autres pièces et paremens qui ont servi au lict de camp estant en ma
plus grande chambre d’en hault. Item le dict lict de camp, avecq le
second de mes licts, chevet et oreiller, le couvertoir bleu et un blancq
à son choix, trois paires de lencœuls, trois toyes, le tout de moienne
sorte. Sy lui donne le tapis de buffet de semblable estoffe et ouvrage
q la dicte tenture de lict, avecq led. buffet, six chaires de la susdicte
ouvrage à son choix et la tenture desseur la cheminée de ladicte
chambre. Item un tapis de sansonde rouge bordé de passemens de
soye verde, et une chaire basse de cuir, la vie des saincts en deux
volumes, un volume des sermos de Besse, le pélerin de Lorete faict
par Richerme, le Martyrologe françois, une de mes peintures au cas
q ne luy en aye doné auparavat et toutes mes images en papier et en
cire. Ordonant que s’il reste au monde aprez le décèz de ma dicte
(4) Fille de Philippe de la jiennée, écuyer, licencié-ès-lois et
avocat procureur général et fiscal du pays et comté de St-Pol, et de
Claire de Lannoy qui mourut en 1641 âgée de 81 à 82 ans (Thurien
Lefebvre d'Aubrometz).
(2) Il est fait mention de la fondation de cette bourse dans le
manuscrit précité n° 1088 de la bibliothèque de la ville d'Arras,
fo 222 vo : |
« Bursa D. Francisci de la Diennee decani defuncti anno 1621.
« D. de la Dienne instituit bursam ad collationem prepositi ecclesia
atrebatensis pro consanguineo et ejus defectu pro nobili hujus provinciæ
ab anno septimo nativitatis ejus ad gradum licenti® in quacumque facul-
tate possidendam.
Quando eam possidet nobilis eam relinquere debet cum requirit consan-
guincus, »
— 387 —
cousine une de mes niepces ou plusieurs, l'aisnée d'icelles succède à
ma dicte cousiue en ladite donaun de lict de camp et buftet, cue aussy
des tentures, gourdines et tous autres parement de bendes ouvragées
et d’estoffe bleue ayant servi aus dictes liet et buffet avecq le pare-
ment de cheminée et les six chaires susdictes de mesmes estoffe
avec le lict coplet et couvertoire bleu. Et au cas qu'au iour du décez
de ma dicte cousine il n’y ait au monde aulcun de mes nepveu ou
niepce, Me André son frère (1) aura lesdictes partues. Éntendant au
surplus 4 ma dicte cuusine puisse aprez mon trespas emporter
librement hors de ma maison toutes et chascunes, les parties de
moeubles, or et argent monoyé et aultrement qu'elle atfermera luy
appartenir es mains de mes exécuteurs, sans que par eux elle en
puisse estre recherchée en manière quelconque, donnant de ce par ces
pates descharge absulue a mes dicts exrs. Je luy donne encuirre six
serviettes de Damas, six de Venize et une nappe moienne Île tout à
sun choix avecy une scribane a laiettes qu'ay achetté à la vendue des
moeubles de Monsieur du Wast mon oncle. (2) Sy luy done finale-
ment une rente que j’ay acquise sur Louis Lauthier portant vigl libvres
et... pour subvenir aux nécessitez de Sœur Martine de Lannoy (3)
(1) André de la Diennée, chapelain de Notre-Dame et de St-André
en l'église St-Etienne. Nous trouvons à son sujet la mention suivante
daus l'épitaphier de l'hurieu Lefebvre d'Aubrometz (paroisse Saiut-
Euenne) :
« Au pillier de la main senestre en entrant du lese et coté de la grunde
nef du milieu dicelle ditte église et tout devant la chaire preschoire et de
vérité y étoit attuchè une moyeune lame de marbre bleu, au-dessus de
laquelle y étoit tailié le pourtrait de l'apôtre saint André et un homme
d'église vestu de surplis et ayant hommuche sur le brus et en bas y étoit
encore taillécs les armoiries de ceux du surnom de lu Dicunée qui porte
armes d'azur à uu lion rampant d'argent sur tout, qu avoit pour rupture
du lese et coté de la main droite uue étoile, dont au piétement y étoit
écrit ce que s'ensuit : « Cy gist véuérable et discrette personne M. André
» de la Dieanée, prètre chupeluin de Notre-Dame d'Arras et de Saint-André
» en Cette église, lequel. . . . + + …
«.,. décéda le vingt-cinquième jour de septembre l'an mil six cout et
« tronte et un. . , .»
(2) François de la Diennée, frère de Grégoire ; il avait épousé
Jeanne de Gaudefroy, demoiselle de Waast.
(3) Martine Quatrelivres, veuve de Français de Lennoy.
— 388 —
sa tante en recognoissance des bons services qu'elle a faict à mes
frères, sœurs, à mes domestiques et à moy en mes fréquentes infirmi-
tez ; voulant qu’'aprez le décez desdictes Tante et Niepce, ladicte rente
serve d’accroissm. à la bourse que i’ordone fonder. À Me André son
frère ie donne Btblia latina in-folio, Martyrologium Romanam
cum notis Cardinalis Baronii, epitome animalium ejusdem Baronii,
unico volumine, natales Storum Belgii, un petit bréviaire en deux
volumes imprimez à Venize couverts de marroquin bleu, un volume
contenant les vies des saincts par François Harques, #atthéolus
in-folio, et la Maison rustique avec un petit estuy duquel le cornet est
d'argent. Item un voile de lacis de soye recouverte environé d'un
passement d’or, et un autre de lacis de filet à choisir entre deux q ie
laisse. Je donne a Damle Marie Dragon (1) un anneau d’or auquel est
enchassé un rubis provenant de sa Mère grande. Je donne à Monsieur
Jumelle mon confrère une vaisselle de soixante flors pour la reco-
gnoissance des bons services qu’il m'a faict à la présidence du Chpre
et chantuaire des leçons incobantes à ma prévosté. Je done à Made-
moiselle Anne de la Dienée feme de Monsieur de Warnicamp ma .
sœur germaine aux charges susdictes et du paiement de mes debtes
le surplus de mes biens afin qu'elle en soit aulcunement aidée en sa
vieillesse. Je done à la fabrique de Nre Dame sans aucune charge
tout ce q me sera deu par les Recepveurs du Chapre au iour de mon
trespas pour estre le tout emploié en achat d’ornemens pour ladicte
église à laquelle ie donne aussi le tableau de St-Hierome. Le tout à la
charge que ne sera rien scellé n’y inventorié en ma maison, ne soit q
(1) Nous connaissons par l'obligeante entremise de notre éruait
collègue M. le colonel Delair les liens qui rattachent Marie Dragon
à la famille de la Diennée et à plusieurs personnes déjà nommées
dans le testament : un acte de juillet 1611, conservé dans l'étude de
Me Macqueron, notaire à Doullens, réunit en effet Philippe de la
Diennée, Claire de Lannoy, sa femme, Martiné Quatrelivres, veuve
de François de Lannoy, et Marguerite de Lannoy, veuve de Honoré
Dragon, écuyer, archer de la garde du corps du roi.
La fille de ces derniers, Marie Dragon, dame de Ricquemesnil,
fut mariée avant 1629 à Josse des Heulmes, procureur, garde du scel
royal, élu en l'élection de Doullens, conseiller du roi, mayeur de
Doullens. Madame Delair, née Dusevel, descend de ce mariage,
En 1460, Edmond Dragon était capitaine du fort castel de Lucheux.
— 389 —
mes exrs et mon héritière en facent requeste ausdicts Srs, et au cas q
lesdicts Srs ordonet malgré les susnomez sceller et inventorier, ie
prive ladicte fabrique de la donaon susdite et la transporte ou cede
aux Pères Jésuites et au Père syndique des Capucins d’Arras pour
estre emploié au proufit du couvent. Je donne à mon nepveu et à ma
niepce de Brandt enfans de Monsieur de la Campe et de ma sœur
Margucrite à chascun une de mes peintures et de feu mon frère
chanoine de SLAumer. !
Je nome pour exrs de cé mon testament lesdicts Srs Jumelle - et
Me André mon cousin Chapain de ladicte egle de Nre Dame lesquels ie
requiers très instament de prendre ceste charge les authorisant d’inter-
preter tous doubtes qui porront survenir. Si requiers mesdicts exrs et
chascun d’eux de substituer, soit par ordonance d’entrevif ou testamen-
taire, quelqu'un en leur place respectivem. quy aprez leurs trespas ou
impuissance de négotier à ceste exo, succede en leurs lieux, lesquels
substituez porront aussi en mesme sorte denomer arrières substituez
quy seront salariez de leurs bons offices à la discrétion des dicts Srs de
Chptre. Faict en la Cité d'Arras le onzième jour d’Aoust de l’an XVIo
et vingt.
La DiEÉe.
Aujourd'huy onzième jour du mois d’Aoust seize cens vingt at
comparu personnellement vencrable et discret Sr Me François de La
Diennée pbre licen es droictz Prévost et chanoisne de l’égle Cathédrale
Nre Dame d'Arras, lequel a déclaré que cy dessus est son testament
pour dernière volonté escript et signé de sa propre main escripture
et signature voeullant iceluy sortir son plein et enthier effet en tous
ses poincts selon sa forme et teneur soulz les réservaons contenues —
de quoy led. Sr at requis actes aux Notes des Archiducs soubseignés
a luy accorder cestuy pour luy servir et valloir ce que de raison. Faict
et passé en la Cité d'Arras lesd. jor, mois et ans — Pardevant lesd.
Notes avec le seing dud. S. testateur a ce aussy pent Laurent de
Hovignoeul Ferronnier et Jean de Hovignoeul son fils aussy Ferron-
nier dms en ladte Cité tesmoings à ce evocques et interpelles, en suite
de l’édict desdt Archiducs quy ont déclairé bien sçavoir lire écrire c4
signer come ils ont icy faict ainsq ledt sr testateur et Notes.
La DiExée, Laurens pe HoviGxeu,
LEronr, Jehan bE HoviGNEUL, CASIER.
4620
— 9390 —
Quelle date faut-il assigner à notre triptyque ?
Les renseignements biographiques que nous venons de
donner nous permettent de résoudre cette question. S'il a
été fait, ce qui paraît vraisemblable, du vivant de l’un et
l’autre donateur, il faut placer l’époque de sa confection
entre le 23 mars 1588, date de la réception de Maximilien
comme chanoine de Saint-Omer, et le 14 avril 1591, jour de
sa mort. La carrière canonicale de François est beaucoup
plus étendue : il n’est mort qu’en 1621, et il fut sans doute
chanoine avant son frère, car je le suppose son ainé, l’ex-
trait précité du Registre aux Bourgeois d'Arras le nommant
le premier.
Cette solution si simple ne va pas toutefois sans soulever
une objection : François, nous l’avons vu dans le même
extrait du Registre aux Bourgeois, était mineur en 1575;
supposons lui vingt-ans alors ; il aurait donc eu en 1591
trente-six ans au plus, et sans doute moins encore. Or le
portrait que nous avons de lui nous semble accuser un âge
plus avancé: sa barbe qu’il porte taillée en pointe, et surtout
ses cheveux déjà blanchissants, contrastent avec la figure
plus jeune de Maximilien, dont la barbe est moins fournie
et les cheveux très noirs. De sorte que nous nous deman-
dons si la date du tableau ne doit pas être reportée au
commencement du XVIIe siècle : il aurait été exécuté, dans
cette hypothèse, du vivant de François, mais après la mort
de Maximilien ; celui-ci aurait été représenté de mémoire,
ou d’après un portrait antérieur.
Un vœu s'impose en terminant : c’est celui de voir un jour
reconstitué dans son entier le triptyque que nous venons
— 391 —
d'étudier. Peut-être sa partie centrale n'est-elle pas à jamais
perdue ; puisse-t-elle être réunie de nouveau aux volets que
nous possédons encore |
En tout cas, ceux-ci nous paraissent mériter un mode de
suspension moins rudimentaire que le simple fil de fer qui
les soutient en ce moment :-ce serait chose facile que de les
monter sur des gonds de façon à rendre visibles leurs deux
faces ; aujourd’hui on n’en voit qu’une, tandis que l’autre
accumule la poussière. L'intérêt artistique de ces tableaux,
les souvenirs historiques qui y sont attachés, leur âge déjà
vénérable, — puisqu'ils ont trois cents ans d'existence, —
justifient plus qu’il n’est nécessaire le traitement de faveur
que nous demandons pour eux.
ee opte
Bête Jubilairé dé (1. l'Abbé Rofart
A l’Académie d’Arras
20 Décembre 1901.
Des fêtes du jubilé devaient avoir leur lendemain, grâce
GZ à l'initiative des amis que M. Rohart se plait à compter
si nombreux autour de lui, à l’Académie d'Arras; ils tenaient
à s'associer d'autant plus intimement à la joie du jubilaire
que celui-ci avait, la veille, réservé à ses collègues une place
de choix et d'honneur, dans les différentes parties de la
solennité.
L’affiluence des membres résidants étail donc grande, à
la séance hebdomadaire du 20 décembre : accueilli dès son
arrivée par des applaudissements, le Président, d'après l'air
mystérieux de tous, put vite soupçonner qu'ils s'étaient
concertés en celte occasion, pour lui offrir à titre officieux
une marque de leur affection personnelle.
PR
Ce souvenir, habilement et délicatement choisi, rappelle
la prédilection du jubilaire pour les éludes orientales. Il
consiste en un bronze d'art, de vingt-six centimètres de
hauteur, dont le soubassement classique supporte une stèle,
vrnée d'un thermomètre de précision, de la maison Susse.
— 393 —
La stèle, d’un style sobre et sévère, est accostée de deux
gracieux ibis, à la pose caractéristique, au « vol étendu ; »
elle supporte, sur le tailloir du chapiteau qui la couronne,
une figure symbolique, l'Egypte, sous la forme d’un buste
de femme au profil accentué, coiffée de l’uraeus et de la tresse
royale.
La base porte gravée sur cuivre cette inscription commé-
morative :
L’ACADÉMIE D'ARRAS
A SON PRÉSIDENT, M. LE CH° ROHART.
19 xsex 1901.
#
* +
En présentant, au début de la séance, cet artistique et
précieux souvenir, M.le baron Cavrois, chancelier de l’Aca-
démie, prit la parole au nom de tous.
Paroles de M. le baron Cavrois
Chancelier de l’Académie
MONSIEUR LE PRÉSIDENT
Au lendemain du vingt-cinquième anniversaire de votre
Ordination sacerdotale, que vous avez célébré si magniti-
quement, l’Académie d'Arras, que nous aimons à considérer
comme une seconde famille, ne pouvait être indifférente à la
manifestation affectueuse et empressée dont son chef vient
d'être l’objet.
Après les paroles, éloquentes et poétiques, de ses repré-
sentants dans la cérémonie d'hier, elle veut vous offrir chez
elle l'hommage de ses félicitations bien sincères, et vous
renouveler dans cette circonstance l’expression des senti-
ments dont elle est animée à votre égard,
— 394 —
Les comptes rendus de ces sortes de solennités ne man-
quent jamais de parler du « Vénérable Jubilaire », en adres-
sant au héros de la fête les éloges qu'il mérite.
Vénérable, assurément vous l’êtes par voire caractère,
puisque le Prêtre, d'après le sens étymologique de son titre,
est assimilé aux Anciens du peuple et a droit à tous les
respects. Mais nous chercherions vainement autour de votre
tête la couronne de cheveux blancs qui semble l'apanage
obligé d’une telle dénomination. Vous êtes, au contraire, de
ceux auxquels on pourrait appliquer ces paroles du poète :
Ver erat wæwternum.
Si nous étions dans une réunion moins académique, je
les traduirais volontiers de la manière suivante, fort libre
évidemment : |
. Vous êtes toujours vert !
Sans vouloir cependant compter le nombre de vos prin-
temps, j'ai remarqué que c’est le 25 Décembre que vous avez
fait votre apparition en ce monde : votre berceau a donc
heureusement rappelé les joies du divin Noël, et votre Ange
gardien a pu répéter la double acclamation de cette nuit
bénie : Gloria Deo, Paz hominibus.
Ne deviez-vous pas, en effet, rendre gloire à Dieu par la
vocation sublime à laquelle vous alliez étreappeléet à laquelle
aussi vous avez répondu avec une admirable générosité ?
Franchissant bientôt les limites de votre ville natale, où vous
avez fait vos premières armes, vous vous êtes élancé dans
le vaste champ de l'Enseignement supérieur, et, comme
professeur d’Ecriture Sainte, vous avez contribué à corro-
borer l'authenticité de la Bible par les témoignagnes lirés
— 995 —
des antiquités égyptiennes et assyriennes. C’est en raison
de votre prédilection pour tout ce qui touche à l'Orient que
l’Académie a voulu consacrer le souvenir de cette journée
en vous priant d'accepter un bronze, dont le sujet vous rap-
pellera votre voyage sur les bords du Nil ; ce sphinx, immo-
bile comme celui dont il est l’image, et son moderne compa-
gnon, variable selon les caprices du temps, vous témoigneront
qu'au milieu des agitations de l'existence, l'affection de vos
collègues ne saurait connaître de défaillances.
Vous avez accompli avec la même fidélité la seconde
prévision qu’on pouvait augurer sur votre avenir ; la Paix!
La paix, n'a-t-elle pas toujours été et ne reste-t-elle pas
votre objectif favori ? Vous la voulez partout et loujours. Ne
l’avez-vous pas proclamé vous-même, dans une visite célèbre
où vous disiez fort justement à un Ministre (1) qui souligna
vos paroles : « Les faibles et les infirmes ont droit à leur
place dans la société. C’est à la leur rendre que nous travail-
lons, en instruisant les sourds-muets et les aveugles ; et
ainsi nous avons conscience de collaborer pour notre part à
la solution de la question sociale ».
Cet esprit large et conciliateur vous a conquis tous les
suffrages dans notre Académie, où il nous est souvent donné
de l’apprécier. Notre Compagnie garde, il est vrai,ses nobles
traditions de parfaite courtoisie entre tous ses membres,
mais elle est particulièrement heureuse de constater le
charme de ses relations avec un Président qui personnifie
pour elle l’alliance des meilleures qualités de l'intelligence et
du cœur.
(1) Visite du Ministre du Commerce à l'Institution des Sourds-
Muets d'Arras, le dimanche 7 octobre 1900.
— 396 —
Réponses de M. l’Abbé Rohart
Président de l'Académie.
MONSIEUR LE CHANCELIER,
Laissez moi vous remercier des paroles aimables que
vous venez de m'adresser, et dire à l’Académie toute ma
gratitude pour le nouveau témoignage de sympathie qu’elle
veut bien me donner. Elle a voulu réaliser le proverbe qu’il
n'y a pas de belle fête sans lendemain. En effet, après la
solennité tout intime d'hier, nuls souhaits ne pouvaient
m'être plus agréables que ceux de collègues qui constituent
pour moiune véritable famille académique.
Cette famille, j'aurais été ravi de la posséder hier tout
entière autour de moi. J'aurais aimé m'entourer au moins
de tous ceux qui, chaque vendredi, m’appuient, au bureau,
de leur autorité, de leur concours, de leur efficace sympa-
thie. Hélas ! le bonheur parfait n’est pas de ce monde, et ma
consolation est de savoir que, s’il y a eu des absents, la faute
n’en est ni à eux ni à moi, mais à des circonstances indé-
pendantes de notre volonté et de nos désirs.
En vérité, les vœux si gracieusement traduits, aujourd’hui
par vous, hier par M. le Vice Chancelier, auraient ample-
ment suffi à l'expression de vos sentiments. Mais l’Aca-
démie, une fois de plus, s’est inspirée de sa devise et a mèlé
fleurs et fruits, Flores fructibus addit. Elie a poussé la déli-
calesse plus loin et, se souvenant de mes études comme de
mes voyages, elle a cueilli sur les bords même du Nil le fruit
exquis dans son exotisme, qu’elle me destinait.
J'accepte avec une vive reconnaissance le bronze artis-
tique que vous voulez bien m'offrir, et dans le choix duquel je
reconnais le bon goùt de ceux qui l'ont inspiré et de celui qui
l’a réalisé. La figurine qui le domine, immobile etimmuable,
restera le symbole de ma constante et cordiale fidélité envers
tous mes collègues, et le thermomètre qui en est l’ornement
marquera toujours l’ardeur de mon affection et de mon cha-
leureux dévoûment à leur égard.
11
Séance publique du 24 Juillet 1902.
pa
PRÉ Ne er rte rire
Discours d’Ouvertuüure
Par M. le Baron CAVROIS
Président.
Mesoanes, Messieurs,
Jones me réjouir de l'honneur qui m'est fait aujourd’hui,
7, d’être appelé à prendre, le premier, la parole dans cette
solennité littéraire à laquelle nous vous convions chaque
année ? Je serais plutôt tenté de craindre que le fardeau qui
m'a été gracieusement offert ne soit trop lourd pour mes
épaules. Plus une position est élevée, plus elle impose de
devoirs : c’est ce que Victor Hugo exprimait dans le style
pittoresque qui lui était familier, quand il disait : « Pour les
statues et pour les hommes, un piédestal est un petit espace,
étroit et honorable, avec quatre précipices tout autour | »
Si l’on réfléchissait bien aux dangers d’une telle situation,
je crois qu'on ne se déciderait jamais à l’accepter. Aussi,
pour éviter le vertige que pourrait provoquer la vue des
abimes environnants, il ne faut pas regarder en bas, mais
lever les yeux vers les régions supérieures, où se rencontrent
les belles intelligences dans la société desquelles il fait si
bon de vivre. C’est là qu’il m'est doux de vous retrouver,
Messieurs et honorés Collègues, qui m'avez fait ce que je
suis et à qui je demande de suppléer à ce qui me manquera,
— 400 —
À ce propos, je me rappelle une spirituelle répartie du cardi-
nal Régnier, archevèque de Cambrai : il avait désigné pour
un poste difficile un de ses meilleurs sujets ; mais celui ci,
sous l'impulsion d’une modestie exagérée, s’excusait en
disant qu'il ne s’y sentail pas attiré. — « Qu’à cela netienne,
répliqua le Cardinal, moi, je vous donne la vocation ! » Je
souhaite vivement, Messieurs, que vous me teniez un pareil
langage et que vos paroles réalisent ce qu’elles expriment,
car un penseur m'avertil qu’ « il ne faut pas que l’indulgence
parle trop haut, de peur d’éveiller la justice ».
Heureusement, la route qui s'ouvre devant nous, est loin
d’être impénétrable et inconnue. Depuis bientôt deux siècles,
elle a été frayée par mes intrépides devanciers dont je n’ai
qu'à suivre les exemples et sur lesquels je voudrais arrêter
nos regards pendant quelques instants. Ils se divisent en
deux séries bien distinctes : au XVIII® siècle, leur nombre
est considérable, parce queleur pouvoir était assez éphémère;
au XIX® siècle, ce nombre est infiniment moindre, la durée de
leur présidence étant devenue plus longue ; el néanmoins,
malgréle désir que nous en aurions et le profit que nous pour-
rions en tirer, il nous sera impossible de faire revivre à vos
yeux la physionomie de tant de personnages éminents : en
raison des limites imposées à ce discours, nous devons nous
contenter d'évoquer seulement ceux qui ont tenu dans notre
Compagnie une place absolument exceptionnelle.
Le premier nom qui s'offre à nous est naturellement celui
de notre fondateur ; mais avant de le faire entrer en scène,
il convient d'examiner le théâtre où il va paraitre. Nous
sommes en 1737: depuis longtemps l'Académie française
était établie et cherchait à provoquer sur différents points
du territoire des institulions similaires ; mais alors l’Artois
n'appartenait plus à la France, et quand il lui fut rendu, sa
situation de province frontière lui fil mettre ses préoccu-
pations guerrières au dessus de toutes les autres. Un projet
de Société littéraire ne pouvait être que le fruit d'un état
tranquille. Vint enfin le jour où il prit consistance, grâce à
l’initiative des hommes instruits de cette époque, secondée
d’ailleurs par tous les pouvoirs publics. Chose remarquable,
le principal protecteur de notre Académie naissante fut
précisément la plus haute autorité militaire du temps, le
prince d’'Isenghien, gouverneur général de l’Artois, comme
pour marquer que la même main qui avait cueilli les
lauriers de la victoire, voulait désormais arborer l'olivier de
la paix. De son côté, l’intendant Chauvelin avait facilité de
tout son pouvoir les négociations indispensables en pareille
occurrence. Les Evèques d'Arras ne manquèrent pas non
plus de s'intéresser à ce mouvement, à tel point que, lorsque
l’Académie songea à créer des membres honoraires, elle
offrit d’abord ce titre à Mgr de Bonneguise. Enfin le con-
cours de l’Echevinage nous est d'autant plus prouvé, que le
Mayeur de la ville, M. Quarré du Repaire, ne tarda pas à
faire parlie de la jeune Société.
Mais, Messieurs, en vous faisant cette énumération, est-
ce qu’un rapprochement ne se présente pas involontairement
à votre pensée ? Le recit que je viens de vous faire, est-ce
seulement de l’histoire ancienne ; n'est-il pas encore la réa-
lité de nos jours ? Changez les noms, et vous éprouverez
une véritable satisfaction à reconnaitre que le Gouverneur,
l’Intendant, l'Evèque et le Mayeur se retrouvent dans leurs
successeurs qui honorent de leurs sympathies, et, quand
ils le peuvent, de leur présence nos assises annuelles, ce
dont nous ne saurions, à notre tour, assez les remercier.
Dans la première séance qu’elle tint, le 22 mai 1737,
l’Académie jeta les bases d’un règlement très primitif que
nos archives nons ont conservé, el dans lequel nous trouvons
cette disposition un peu étonnante « Le premier jour de
chaque mois, à cinq heures du soir, les associés s’assem-
bleront pour l'élection d’un Directeur. » J'aime bien la pré-
cision d’une disposition qui ne laisse rien à l’imprévu ; mais
je vous avoue ne pas comprendre cette instabilité dans le
26
— 402 —
gouvernement d'une société, qui peut changer à tout instant
d'orientation. Aussi cet article ne parait pas avoir été appli-
qué et fut bientôt remplacé par un autre donnant au moins
la durée d’une année à ces importantes fonctions. C’est ici
qu’apparail celui qui avait, dès l'origine, pris la tête du mou-
vement et que la reconnaissance de ses coilègues fit immé-
diatement proclamer Directeur, titre qui lui fut confirmé
pour l’année 1738. Il se nommait M. d’Artus : il n’apparte-
nait pas à nos familles du Nord et avait été envoyé à Arras
comme Ingénieur en chef, attaché au Génie militaire. On
sait que ce corps, spécialement destiné à la construction et à
l'entretien des fortifications, comme à la défense et à l’attaque
des places, avait été organisé en France par Sully, et per-
fectionné par les soins de Louvois, Colbert et Vauban.
Comme le Prince d'Isenghien, son supérieur hiérarchique,
M. d’Artus joignait à la noble passion des armes le goût des
Belles Lettres : aussi M. de la Place, le premier secrétaire
de la Compagnie, s’écriait à l'occasion de cette nomination :
(«Quel heureux augure pour notre Académie naissante qu'un
choix aussi judicieux et aussi unanime! »
Pour vous faire bien apprécier la valeur de cette affir-
mation, j'aurais été très désireux de mettre sous vos yeux
quelques-unes des productions littéraires dont il fut l’auteur,
notamment ses Noles sur les personnages célèbres de
l'Artois, malheureusement le texte ne nous en a pas été
conservé. La seule pièce que nous possédions, c’est ce que
je pourrais appeler son Discours d'ouverture. Maïs ne vous
attendez pas à voir se dérouler devant vous de longs flots
d'éloquence ; ce n'était pas encore l'usage, heureux temps,
où l’allocution du Président comprenait tout au plus une
page in-folio, ce qui ne fatiguait ni le public, ni l’orateur |
La harangue de M. d'Artus s'adresse presque toute
entière au Prince d'Isenghien qui présidait cette Assemblée
solennelle. J'en détache seulement quelques lignes qui vous
permettront de juger du reste : — « Monsieur, l'Association
— 403 —
« naissante consacre avec joye ses premiers soins à rendre
« hommage à celui qui lui a donné l’Etre. Il est juste que
« ses premières paroles soient des remercimens, comme ses
(premiers sentimens sont ceux de la plus sincère recon-
« noissance. — Vous qui savez mieux que personne de
« quel prix sont l’ordre et la discipline, — vous avez senti
« sans peine combien il éloit nécessaire de donner une forme
« à notre Etablissement, et de fixer par des loix invariables
« la matière de nos études, la distribution de nos exercices
«et la police, pour ainsi dire, de notre espèce de gouverne-
« ment. »
Plus loin il ajoute qu’il n’en reste pas moins fidèle à son
service militaire, — « Moins déplacé, dit-il, sur un Rempart
« ou dans une Tranchée, qu’à la tête d'amateurs de Lettres,
« sensibles à la protection que vous leur accordez. » — Cet
acte de modestie était de bon goùt et ne faisait que mettre
en relief le mérite de son auteur.
L'Académie était fondée, mais elle ne reçut son titre
officiel qu’en vertu de Lettres-Patentes qui se firent long-
temps attendre. C’est le baron des Lyons, Directeur en
1773, qui eut la satisfaction de les obtenir et d’asseoir la
Compagnie sur ses bases définitives avec ses trente fauteuils
traditionnels.
M. des Lyons appartenait à une ancienne famille de ce
pays, et venait précisément d'être admis aux Etats d'Artois.
1l nous a laissé un curieux manuscrit sur la situation de
notre province, où il s'élève avec indignation contre les
abus qui tendaient à s’introduire à cette époque : ce travail
dénote un esprit élevé. On en jugera par celle cilation
relative au mode de perception des impôts : « La Régie des
« Etats est la plus avantageuse aux peuples, puisqu'ils ne
« sont pas exposés à l’avidité des trailants et des receveurs
« de tailles, qu'ils n’y sont pas assujettis au pénible joug
« des corvées et qu’ils peuvent sans cesse se faire rendre
« une prompte justice. — Réunir en un seul Bail toutes Îles
= A04 —
« fermes de la province, et ne les adjuger qu’à d'habiles gens
« résidant à Paris, est un système faux et pernicieux ; c'est
« vouloir ruiner le pays pour en porter l'argent dans la
« capitale où il y en a déjà trop 1 »
Le dernier Directeur de l’Académie fut M. Etienne-Géry
Lenglet, élu en 1791 : il devint Député du Pas-de-Calais au
Conseil des Anciens et n’émit à la Tribune que des opinions
modérées, notamment sur la Liberté de la Presse qu'il
admettait en principe, mais dont il voulait qu'on réprimät les
abus. « En aucun pays, disait-il à ce propos, on n’a défendu
l'usage du feu ; mais partout on punit les incendiaires. »
Nous arrivons au XIXe siècle. L'Académie, renaissant de
ses cendres sous l’action du baron d’Herlincourt, reprend
bientôt son ancienne allure, sauf une modification en vertu
de laquelle ses chefs reçoivent le titre de Président et peuvent
le conserver pendant quaire ans. Il semble que désormais
c'est la durée des fonctions qui les illustrera, et, de fait,
ceux d'entre eux qui ont eu l'honneur de rester, par des
réélections successives, dix et douze années à la tête de notre
Compagnie, ont véritablement laissé parmi nous une trace
ineffaçable. Tous les autres ont eu assurément leurs mérites,
mais nous avons dû nous contenter d'en dresser la liste
complète qui sera annexée à ce discours (1).
(1) Liste des Directeurs et Présidents de l'Académie d'Arras.
XVIIIe siècle. — 1737-1738: M. d'Artus. — 1739 : M. Galhaut. —
1740 : M dela Ferté. — 1741 : M. de Grandval. — 17342: M, de
Ransart, — 1743 : M. Stoupy. — 1744 : M. de Duisans. —
1745: M. de Crespiœul. — 1746 : M. de Warluzel. — 1741:
M. d'Hattecourt, — 1548: M. de Canchy. — 1749 : M. Cornuel —
1750: M. Cauwet. — 1751: M. Briois. — 17352 : M. Galhaut. —
4953 : M. Binot. — 1754: M. le Roux. — 1755 : M. Camp. —
1756 : M. Brunel. — 1757: M. de Marconne. — 1758 : M. Denis —
1759 : M. Delys. — 1760 : M. de Grandval. — 1761 : M. de Jouy. —
1762 : M. Durant. — 1763: M. Delys. — 1764 : M. de Ruzé. —
1765 : M. de la Ferté. — 1766 : M. de Fosseux. — 1767: M. de Gaston,
— 405 —
Parmi les privilégiés, nous trouvons d’abord M. Harba-
ville, ancien Conseiller de préfecture, qui dirigea pendant la
première moitié de son siècle, tout le mouvement historiquo
et archéologique dont nous bénéficions encore aujourd’hui.
11 débuta par un Essai sur l'origine et l'antiquité des com-
munes du Pas-de-Calais : ce fut pour lui une base d’opé-
ration établie, comme il le déclare lui-même, d'aprés une
« méthode entièrement neuve » qui lui permit de classer
les localités par ordre de temps, en étudiant les élymologies
de leurs noms. C’est en développant ce plan qu’il arrive, en
véritable pionnier, à comnoser son grand ouvrage du Mémo-
rial qui a été le point de départ du Dictionnaire publié par
la Commission des Antiquités départementales.
A sa suite vient se placer le Colonel Répécaud : lorsqu'il
arriva à Arras, en 1833, comme Directeur des fortifications,
il avait déjà parcouru une brillante carrière militaire, ayant
fait les campagnes du premier empire et pris part à l'expé-
— 1768: M. Pauchet, — 1769 : M. Binot. — 1770 : M. de Borère. —
1771: Marquis d'Hesdigneul. — 1772: M. Breuvart, — 1773 :
Baron des Lyons. — 177%: M. Denis. — 1775 et 1776: M. Enlart
de Grandval. — 1771: M. Jacquemont, — 1778: M. Cauwet. —
1779 : M. de Ruzé. — 1780 : M. Buissart. — 1781 : M. de Beaumetz,
— 1732: M. de la Comté. — 1783: M. Delahaye. — 1784:
M. Mathelin. — 1785 : Comte de Galametz. — 1786 : M. de Robes-
pierre. — 17387: M. Ansart. — 1788: M. Le Sage. — 1789 : M. de
Champmorin. — 1790 : M. Le Gay. — 1791: M. Lengliet.
XIXe siècle. —- 1817 : Baron d'Herlincourt, — 1821 : M. Lallart, —
1825 : M. Thellier de Sars. — 1829: M. de Missy. — 1830: M. Philis.
— 1832 : M. Sallantin. — 1832 : M. Harbaville. — 1836 : M. War-
telle de Retz. — 1840 : M. Harbaville. — 1844 : M. Malliard
d'Outot, — 18:6: Colonel Répécaud. — 1851: M. Harbaville. —
1855: M. Parenty. — 1856: Colonel Répécaud. — 1861 : M. Ed.
Lecesne, — 1865 : M. Laroche, — 1859 : M. Ed. Lecesne, —
1874 : M. Gardin, — 1878 : M. Paris. — 1881 : M. Ed Lecesne, —
1885, 1889, 1893 : M. de Mallortie. — 1895 : Mgr Deramecourt, —
1898 : M. le chanoine Robhart.
— 4096 —
dition d’Espagne sous la Restauration. Ancien élève de
l'Ecole polytechnique, il avait été envoyé en Egypte pour
entreprendre la construction d’une place de guerre et il en
rapporta des études qui lui permirent de donner un avis
éclairé sur le percement de l’isthme de Suez. Ses discours
et ses rapports à l’Académie témoignent du nombre et de la
‘ variété de ses connaissances : les canaux, les chemins de
fer et la télégraphie électrique lui fournirent le thème de
communications aussi savantes qu’inédites.
Nous touchons maintenant à l’histoire contemporaine, et
ce n'est pas sans émotion que nous l'abordons, car si les
nobles figures du passé que nous venons d’esquisser à grands
traits ne nous apparaissent que dans un miroir lointain,
celles au contraire auxquelles nous arrivons, nous les avons
connues personnellement, estimées et aimées. Si je vous les
nomme, ce n’esl pas pour vous les rappeler, car elles vivent
toujours dans votre pensée, mais c’est pour les associer au
souvenir de leurs immortels devanciers.
A la différence de la plupart d’entre eux, M. Edmond
Lecesne était né à Arras, et il semble avoir éprouvé par ce
fait une prédilection marquée pour notre ville, dont il est
devenu l'historien attitré. Doué d’une puissance de travail
extraordinaire, il est peut-être celui de tous nos collègues
qui a le plus écrit, et dans des genres très divers, depuis les
traités sérieux du jurisconsulte, jusqu’au x spirituelles versifi-
cations du poëte. On compte jusqu'à dix ses Réponses à des
Discours de réception. C’est lui qui pleure sur la tombe du
Colonel Répécaud, qu’il allait remplacer ; c’est lui qui chante
lecentenairedenotre Académie avec une verve toute juvénile:
« On n’y parlait pas politique. ;
« On y lisait peu de journaux ;
« On n'y faisait de polémique
« Qu'au sujet des livres nouveaux. »
C'est lui enfin qui a composé sur le Président Gardin
2 107.
cette strophe que je puis bien lui appliquer à lui-même :
« La vieillesse lui fut, non pas morose et dure,
« Mais calme et dénotant une âme sans détour ;
« On croyait, en voyant une lueur si pure,
« Assister au soir d'un beau jour. »
Sous quelles couleurs et avec quel pinceau vais-je main-
tenant vous représenter celui que j'ai salué dans ce même
salon de l’Hôtel-de-Ville, lorsque j'avais l'honneur d’être
Secrétaire-Général, du nom de « Président idéal » ? Son
portrait, admirable de ressemblance, orne la salle de nos
séances hebdomadaires et semble prolonger sa présence au
milieu de nous. Je trouve, à le contempler, un charme indé-
finissable, car sous les boucles argentées de sa chevelure
apparait son front où se reflète sa belle intelligence ; ses
yeux doux et fins pénètrent la pensée de celui qui le regarde;
et sa bouche souriante est l’'emblême de son inépuisable
bienveillance, comme elle fut l’organe de cette éloquence
harmonieuse qui nous captivait tous. Parmi tant de dis-
cours, de rapports et de lectures, composés spécialement
pour nous, je n'en connais pas qui m'ait plus impres-
sionné que Île récit de sa visite chez Madame Récamier ; ce
beau vieillard y retrouve l’admiration enthousiaste de ses
vingt ans pour loutes les illustrations qu'il y avait rencon-
trérs : Chateaubriand, Ampère, Ozanam, Ste-Beuve revi-
vent sous sa plume enchanteresse et nous reportent vers un
passé plein de grandeur.
Jamais on ne se lassait d'écouter M. de Mallortie ; aussi
l'Académie lui a fait un honneur qu'elle n’a accordé à aucun
autre, celui de le maintenir à sa tête jusqu'à son dernier
jour. Elle a dù pour cela torturer quelque peu le texte de
ses Statuts, mais qui oserait le lui reprocher ? Est-ce que
le Règlement avait prévu qu'un jour viendrait où personne
ne voudrait monter au fauteuil que son titulaire avait porté
si haut |
— 408 —
Après lui, je n’ai plus qu’à envoyer un hommage de
respectueux et fidèle souvenir à ses deux éminents succes-
seurs qui achèvent notre histoire académique jusqu'à la fin
du XIX® siècle : — à celui qui a emporté sur le siège épis-
copal de Soissons nos sincères regrets, tempérés par la joie
de nos félicitations, — et à celui que nous avons la faveur
de conserver dans nos rangs pour jouir longtemps encore
de son instructive compagnie et de son aimable érudition.
Nous voici entrés dans le XXe siècle: désormais la
parole est à l’avenir. Si nous voulons qu'il nous juge avec
impartialité, soyons nous-mêmes étrangers aux passions
qui divisent les hommes ; réfugions-nous volontiers dans
cet asile de paix et de concorde que notre vieille el véné-
rable Académie nous conserve. Après le coup d’æœil d’en-
semble que nous venons de jeter sur son passé, il se peut
que quelques-uns de nos auditeurs ne trouvent pas un
immense intérêt à cette série d'évènements, qui évidemment
ne sont pas palpitants d'émotions, comme l’éruption volca-
nique de la Martinique ou l'héroïque résistance du Trans-
vaal en face de ses envahisseurs ; mais je leur répéterai, en
l’appliquant à notre république des Lettres, le mot de
d’Alembert : « Heureux le peuple dont l’histoire ennuie ! »
RAPPORT
SUR LES
Travaux de [’Année
(1902)
Par M. Victor BARBIER
Secrétaire-Géncral.
a ———— © — —————— re
Mesbanes, Messieurs,
EYE qu’une fois et qui, ses quatre ans finis, descend tran-
quillement du fauteuil et retrouve son siège familier, le
Secrétaire, bien qu’une révision de la Constitution acadé-
mique lui ait enlevé Ja perpétuité primitive pour un géné-
ralat dénué de tout panache, s’élernise en ses fonctions, et,
nouveau Sisyphe, se voit condamné à dérouler, chaque
année, son même rapport sur les travaux de Collègues,
heureusement trop délicats et trop savants pour s'inspirer
encore des prouesses d'Hercule.
De ce dernier aveu dénué d'artifices, n’allez pas conclure
que nous n'avons ici que des paresseux ou des impuissants;
jamais, dans ses rangs, l’Académie ne compla plus de tra-
LE heureux que le Président, qui n’est rééligible
— 410 —
vailleurs, préparant des thèses, courant les congrès,
piochant les concours et décrochant la timbale aux moins
accessibles des mâts; mais les nobles efforts, que néces-
sitent ces durs labeurs, ne s’accomplissent malheureu-
sement qu'au détriment de la petite paroisse, où nos
athlètes vainqueurs ne reviennent, le plus souvent, que pour
s’y refaire des muscles et reposer leurs membres lassés.
Aussi, quand on parcourt attentivement nos procès-
verbaux, on est tout surpris de constater que notre fire
o’clock hebdomadaire se passe, trop fréqueminent, en causerie
de omni re scibili et quibusdam aliis, innocent papotage sur
le menu fait qui récrée la ville, ou savant examen du cata-
clysme qui bouleverse les mondes.
Dans le domaine historique, c’est encore M. le comte de
Hauteclocque qui tient la corde. Cette fois, il ne s’est pas
contenté, sous prétexte de suivre dans sa carrière adminis-
trative le Maréchal duc de Lévis, de rajeunir à notre usage
la vieillesse du Bien aimé et de saluer l'avènement de son
infoituné successeur, il nous a prôné Le Trésor des Carmes,
dont la bonne renommée ne s’arrète pas à l’eau de mélisse,
et présenté un projet d’Arras-port de mer, dont l'exécution
est toujours patiemment altendue depuis le milieu du
XVIIIe siècle.
M. Chavanon s’est bien gardé de nous parler de ses tra-
vaux personnels, mais, s’il n’a dit mot de son Calais acant
l'invasion anglaise, de sa Relation de Terre Sainte, de son
Histoire administrative du Pas-de-Calais de 1800 à 1810,
déjà couronnée, et de sa Bibliographie de l’Artois bien
digne de l'être, il nous a, du moins, signalé les recherches
d'Alphonse Lefebvre sur Jean Molinet et Jean le Maire le
Belgeois, a proclamé la réhabilitation définilive d'Eustache
de Saint-Pierre avec Coville et Daumet, et développé les
silhouettes flattées du cardinal de Rohan et de l’audomarois
Bette d’Elienville, d’après les clichés fort habilement
retouchés de l’historiographe Franck Brentano.
— 4ii —
Si de l'Histoire nous passons aux Sciences, nous trou-
vons de M. Blondel, sous le titre: Matière et énergie, un
exposé succinct de la théorie dynamique, qui a provoqué,
sur la portée philosophique des dernières données de la
science moderne, un très intéressant échange d'observations
entre Nosseigneurs Doublet, Viseur et Leloup.
J'allais oublier M. Pagnoul, qui nous a parlé de la pluie et
du beau temps, essuyés par nous de 1876 à 1900, d’après les
remarques consignées par lui journellement au grand-livre
de son observatoire.
Les Lettres sont toujours en faveur à l’Académie ; deux
poètes d’inégal mérite y ont trouvé, cette année, leur pané-
gyriste: une contemporaine, Mme Mesureur, dont M. le
chancelier Viltart a prononcé l'éloge anthume, suivant la
géniale expression du fameux néologue Alphonse Allais ;
et Lucain, de la Pharsale, un latin, qui ne s’est pas,
comme on le prétendait, coupé toutes les veines, au temps
de Néron, puisqu'il a, aujourd’hui encore, celle inappréciab:e
d’un suprême hommage, bien posthume celui-là, du très
érudit professeur, l’abbé Rambure.
L’Archéologie, que nous ferions bien de laisser aux Monu-
ments historiques, n’a pas été, cette fois, bien encombrante,
car elle n’a dépnsé dans notre jardin qu’une seule pierre
tombale, découverte par l’abbé Rohart en la vieille maison
de la famille de Boiry.
Deux séances seulement nous restent encore à analyser :
L'une, où l’Académie voulant donner un lendemain aux
fêtes jubilaires de son Président, lui otfrait avec une
harangue soignée du Chancelier d'alors, un sphynx, qui
coûtera gros de combustible à son propriétaire, si celui-ci,
comme il en a pris le solennel engagement. veut que le
thermomètre, qui lui sert de base, marque toujours la haute
température de ses sentiments envers nous; l’autre, qui
offre des particularités assez rares dans nos fastes, pour
que nous nous privions du plaisir de vous la conter ên détail,
— 412 —
Dom Gosse, prieur d'’Arrouaïise, dans son discours de
réception à l’Académie d'Arras, prononcé en séance publique
le 5 avril 1777, mentionne, avec vers à l'appui, la visite
faite en 1740, par Gresset à la docte Compagnie arrageoise.
Dix ans plus tard, le 18 avril 1787, une rare plaquette du
temps nous révèle que Mlle de Kéralio fut reçue académi-
cienne honcraire, et nous apprend qu'à son discours, le
directeur, Ms Maximilien de Robespierre, répondit par un
gaiant plaidoyer en faveur de l'admission des femmes au
sein des sociétés littéraires.
Ce que le XVIIIe siècle, à son déclin, ne put accomplir
qu'en dix ans et en deux séances, vient de se renouveler, à
l'aurore du XX®, d’une manière autrement expéditive.
L'ultime jour du premier mois de la présente année, notre
concitoyen, le poète Sébastien-Charles Leconte, deux fois
lauréat de l’Académie française, assistait à notre séance
hebdomadaire, et, à cette occasion, deux académiciennes
honoraires, Mmes Mary Floran et George Héry, daignaient
prendre place sur nos fauteuils, tout surpris d'accueillir, en
leurs bras de noyer ciré, des robes plus soyeuses et
autrement élégantes que ceiles, même agrémentées de violet,
des hauts dignitaires de l'Eglise.
Ce fut liesse, ce jour-là, à l’Académie : les vétérans sem-
blaient rajeunis de vingt ans et portaient beau à rendre
jaloux leurs cadets, le bureau rayonnait, et la soutane, un
peu courte, du Président laissait voir un bout de talon
rouge.
Le décor était bien adéquat aux personnages. Dans son
cadre d’or, la bonne et douce figure de M. de Mallortie
malicieusement souriait, et les bustes de nos graves ancêtres,
Carolus Clusius et Franciscus Balduinus, toujours furieux
de ce que nos édiles ne les aient pas encore choisis pour
parrains d’une rue, semblaient, pour l'instant, avoir oublié
leur disgrâce et se rengorgeaient superbes en leurs fraises
empesées.
— 413 —
Qui croirait que Leconte ait besoin ici d’une présentation ?
Rien pourtant n’est plus vrai! Sébastien-Charles, bien que
né à Calais, d’une mère anglaise et d’un père bien arrageois,
est moins connu chez nous, et surtout moins populaire,
qu’un piston solo de la Fanfare Sainte Cécile ou qu'un
coureur cycliste du C. C. A.
On a peu remarqué le petit jeune homme blond, au front
large, à l'œil clair, qui, il y a quelque vingt ans, rentrait
avec sa famille, en nos murs encore debout, après avoir fait
son Droit et tiré douze mois, plus ou moins volontairement,
aux chasseurs à cheval. |
Clerc d’avoué amateur chez M® Plaisant, on le soupçonnait
alors d'écrire, dans Le Carillon, une gazette des tribunaux,
sous le pseudonyme de Maitre Onome et de signer Cunégonde
des vers qu'on trouvait décadents, bien qu'émanant d’un
classique, symboliste et néo-parnassien.
Sa carrière judiciaire à Papéitietà Nouméa, enregistrée à
l’Officiel avec ses avancements et fidèlement répercutée par
les feuilles locales, est assez connue, maïs il est peu de nos
concitoyens qui savent qu’un de leurs frères a martelé Le
Boucher a’Arès et ciselé Les Bijoux de Marguerite, et que,
tout en faisant huit fois le tour du monde, le gaillard a encore
trouvé le temps d’édifier L'Esprit qui passe, première assise
d’une trilogie de poèmes philosophiques, qui continuera par
La Tentation de l'Homme pour s'achever par La Gloire de
l'Esprit.
Rénovateur, avec Samaiu et quelques autres, du Mercure
de France, pilier du Beffroi, qui lui a consacré tout un
numéro, reçu et choyé, pendant ses trop rares séjours à
Paris, par Leconte de Lisle, Sully-Prudhomme, de Hérédia,
France, de Guerne et même par Coppée, avant qu'il s'égare
imprudemment en l'impasse qu'il prit pour son chemin de
Damas, il importe peu de savoir qu'avant le ruban rouge il
reçut deux fois le violet, à lui offert, simultanément et sans
entente préalable, par le Ministre de la Justice et par son
— 414 —
collègue de l’Instruction publique et des Beaux-Arts.
Mais ces détails, nécessaires pour bien mettre en valeur
mon héros, m'ont trop fait oublier la séance mémorable du
31 janvier; laissez-moi y revenir brusquement en vous disant
qu'après un madrigal à l’eau de rose du Président aux audi-
trices et une invite délicate du susdit au poète, celui-ci nous
sortit, sans plus se faire prier, les Noces de l’ Amazone.
Le poème est tiré d’un récit de Diodore de Sicile, vieux
conteur non moins amusant et tout aussi véridique que le
Père de l'Histoire, Hérodote, son confrère d’Halicarnasse.
En voici la substance : Alexandre-le Grand, aux confins
de l’Hyrcanie, vit, un jour, s’avancer au devant de lui la
belle vierge Thalestris, reine des Amazones, qui, avec l'im-
pudeur permise au rang suprême, lui demanda, sans rougir,
de l'aider à la confection d’un demi-dieu.
Le fils de Philippe, d’autres disent de Jupiter, estimant
que les parties avaient toutes les qualités requises pour
tenter pareille expérience, acquiesça, paraît-il, sans trop se
faire tirer l'oreille, mais il est probable que ce roman d’une
heure n'eut pas le dénouement rêvé par la princesse, et qu'on
aurait pu mettre au bas de sa dernière page, la formule res-
trictive, commune à Lucine et à Calmann-Levy : « Repro-
duction interdite »,
Mieux documenté et plus imaginatif que l’historien, le
poète fait précéder l'acte principal d'un corps-à-corps, que
je veux vous citer tout entier, car, bien mieux qu’une ana-
lyse, il vous donnera une idée du poème.
« Tous deux 8e sont rués au suprême duel :
La foule, en son angoisse armée et menaçante,
Les suit des yeux, par la plaine retentissante,
Entre le sol qui fume et le soleil cruel.
L’épée a rencontré l’épée, et le fer sonne,
Et, poitrail à poitrail, dans un quadruple éclair,
Les sabots des coursiers hennissants battent l'air,
Et la pourpre a jailli, qui les caparaçonne,
— 415 —
Et fait d'eux, aux regards de l’Astre éblouissant,
Sous le double cimier où l’escarboucle éclate,
Couple de métal fauve et de sombre écarlate,
Un dragon bicéphale aux écailles de sang.
Et puis, un dernier choc les unit, dont émane
Comme un cercle panique où des dieux ont surgi,
Où, sur les combattants enlacés, s’élargit
Le vol de la Victoire hésitante, et qui plane.
Et l’Immortelle ailée apsisant son essor
Et gardant à son flanc le buccin des alarmes,
Adœire en l'orbe horrible où se heurtent leurs armes,
L'Amazone de bronze et le Conquérant d’or. »
Ces vers pleins, glorieux, sonores, mélalliques, magistra-
lement dits par l’auteur, font encore écho dans la salle,
quand le Secrétaire se lève et, aux sublimes sonneries du
clairon superbe, s’excuse d'opposer ses frèles pipeaux.
I] a eu, il faut lui rendre cette justice, la pudeur de ne pas
transcrireses versiculets au procès-verbal, mais moi, qui ne
me gène pas pour fouiller dans ses poches, je les ai retrouvés,
l'autre jour, tout froissés, en la douteuse compagnie d’un
cure-dent, d’une circulaire électorale et d’un prospectus
vinicole.
Qu'ils sont vieillis, les pauvrets ! que d'évènements en un
semestre ! Leconte, mon héros, a troqué la Présidence de sa
lointaine Cour d'Appel pour celle d'une Première Instance à
5 heures 20 de Paris ; l’intombable Ministère a pris bien
volontairement une retraite méritée, etl’Académieelle-même,
fidèle à sa tradition, sans s'inquiéter du tiers, ni du quart,
a fait passer, des mains du Clergé, dans celle de la Noblesse
le pouvoir temporel, le spirituel demeurant jusqu'à nouvel
ordre l’intangible privilège de tous ses membres.
Malgré cela, comme la pièce est presque neuve, n'ayant
servi qu'une fois et en tout petit comité, je vous demanderai
la permission d'en faire l’épilogue de ce trop long rapport,
— 416 —
C'est un service d'ami que vous me rendez, car, en
l'écoutant, vous lui faites un sort, vous lui assurez l'impres-
sion au volume de nos Memoires, asile commun où reposent
en paix nos éphémères productions.
A Sebastien-Charles
Triolets de bienvenue.
Enfin te voilà revenu,
Tel Odysseus en son Ithaque,
Sois parmi nous le bienvenu !
Enfin te voilà revenu
Sain et sauf, ton corps peu charnu
N'ayant pas tenté le Canaque,
Enfin te voilà revenu,
Tel Odysseus en son lthaque,
Si tu m'en crois, tu n'iras plus
Doubler Minos à la Nouvelle ;
Aux louys voyages tu te plus,
Si tu m'on crois tu n'iras plus.
Décoré, qu’attendre au surplus
L'asthme, la goutte ou la gravelle ?
Si tu m'en crois, tu n’iras plus
Doubler Minvs à la Nouvelle.
Je sais fort bien que c'est là-bas
Que tu découvri:, perle exquise,
Trésor vraiment rare ici-bas !
Je sais fort bien que c'est là-bas,
Mais celle pour qui tu flambas
A la Métropole est acquise ;
Je sais fort bien que c’est là-bas
Que tu découvris perle exquise.
— 417 —
À Nouméa, ton temps fini, L
Relègue maintenant les autres [°°
De krance assez tu fus banni,
A Nouméa, ton temps fini,
Hardiment réclame un bou nid
Chez nous, et redeviens des nôtres ;
À Nouméa, ton temps fini,
Relègue maintenant les autres |
Si Waldeck m'eût donné les sceaux
À garder, dans son Ministère,
Vous auriez eu les bons morceaux ;
‘Si Waldeck m'’eùt donné les sceaux,
Tu serais Président à Sceaux,
Et Rohart doyen de Nanterre,
Si Waldeck m’eût donné les sceaux
A garder dans son Ministère !
Pour l'artiste et pour l'écrivain |
Il n’est plus qu’une ville en France
Où tout noble effort n'est pas vain ;
Pour l'artiste et pour l'écrivain,
Aisément chacun s’en convainc,
Hors la Seine point d'espérance,
” Pour l'artiste et pour l'écrivain
Il n’est plus qu’une ville eu France.
Les provinciaux ne comptent pas,
Ils sont exclus, sous la coupole,
S'ils boudent, on les met au pas,
Les provinciaux ne comptent pas ;
De la gloire avant le trépas
Paris s’est fait un monopole,
Les provinciaux ne comptent pas,
Ils sont exclus sous la conpole,
27
— &i8 —
Si tu veux conquérir Paris
Fais un peu de cabotinage,
La renommée est à ce prix
Situ veux conquérir Paris ;
Rostand et Sarah l'ont compris, :
Aussi, tous deux font bon mévage ;
Si tu veux conquérir Paris
Fais un peu de cabotinage.
Tes vers sont d’un bien autre ton
Que ceux de Botrel Théodore
Binioutant sur un mirliton ;
Tes vers sont d'un bien autre ton,
Mais, dans son costume breton
Il est si gentil qu'on l'adore ;
Tes vers sont d'un bien autre ton
Que ceux de Botrel Théodore.
Ah ! si nous savions sur les toits
Crier que nous sommes des aigles,
On serait pour nous plus courtois ;
Ah ! si nous savions sur les toits
Brailler, mais, on est en Artois,
Kncor férû des vieilles règles ;
Ah ! si nous savions sur les toits
Crier que nous sommes des aigles |!
RAPPORT
Sur le Prix Braquehay
PAR
M. J. CHAVANON
Membre résidant.
Lys le séjour des justes, dont son ardente charité lui a
sans doute ouvert toutes grandes les portes, l'âme du
bon Braquehay doit éprouver de douces joies. Vivant, ce
véritable et grand philanthrope employait les loisirs que lui
laissait la pratique des œuvres de bienfaisance à l'étude de
l'histoire de son pays natal. L'institution testamentaire du
concours annuel qui motive le rapport que j'ai l'honneur de
vous présenter, montre quel désir il avait de voir ce genre
d’études se développer après lui. Or, depuis cette fondation,
l'arrondissement de Montreuil a fourni le sujet de plusieurs
travaux de mérite. Vous avez couronné, il y a deux ans, un
très bon livre de M. l'abbé Thobois qui traitait de Mont-
caorel et ses seigneurs. L'Académie des Inscriptions et
belles-lettres vient d’'honorer d’une mention, une étude des
plus érudites sur les Corps saints de Montreuil par
M. Roger Rodière, votre correspondant, et aujourd'hui j'ai
la bonne fortune de vous rendre compte d'un nouvel ouvrage,
— 420 —
ayant trait à la même région, qui me paraît digne de tous
vos suffrages. Il s’intilule trop modestement £ssat sur les
prieurés de Beaurain et de Maintenay et leurs chartes, et ne
contient pas moins, en manuscrit, de 405 pages de grand
format. On n’a le droit de soumettre à un concours acadé-
mique de si longues œuvres, que quand elles ont beaucoup
de valeur : l'essai en cause en est rempli.
Je n’en conseille pas la lecture à ceux qui cherchent
purement à se distraire ou à s’égayer lorsqu'ils prennent un
livre. Mais, si elle ne peut offrir une récréation aux
désœuvrés ou aux amateurs de frivolités littéraires, cette
dissertation savante sur des textes édités avec exactitude et
commentés avec talent, pleine de renseignements neufs et
précieux sur le passé de deux établissements religieux
notables en Picardie, est une source d’information abon-
dante où viendront puiser, d'abord les érudits locaux, puis
les historiens en général et surtout ceux qui s’adonnent
spécialement aux institutions et aux mœurs des vieux âges.
On pourrait discuter le plan de l’auteur s'il ne prévenait
en son début qu’il ne s’est pas proposé d'écrire vraiment
l'histoire des deux prieurés et qu’il veut seulement faire
connaître, en les annotant le plus copieusement possible, les
documents qui fondent celte histoire. 11 n’y a là qu’une diffé-
rence de méthode : en fait la monographie à peu près com-
plète des deux maisons filiales du puissant monastère de
Marmoutiers se trouve dans les notes jointes aux documents
présentés, et l’auteur eût parfaitement pu, en retournant son
plan, écrire les annales de Beaurain et de Maintenay et
laisser les documents qu’il reproduit comme pièces justif-
catives à Ja fin du livre. Pour mon compte, j'eusse préféré
ce système qui eût séduit plus de lecteurs, mais, j'en
conviens, tout écrivain a le droit de choisir sa clientele :
c'est aux chercheurs et aux érudits que s'adresse le travail
qui vous est soumis.
Prenons tel qu’il est ce recueil de documents sur les
— 421 —
prieurés de Beaurain et de Maintenay et voyons l'étude
critique en 150 pages qui le précède.
Pour Beaurain, l'auteur n’a pas la prétention d’être neuf,
il annonce que le travail du savant abbé Haigneré sur ce
prieuré forme la trame du sien. J’ai comparé la publication
faite jadis dans le Cabinet historique de l'Artois par le
premier historiographe du Boulonnais et les nouvelles
pages écriles par notre candidat : en vérité, celui-ci a
l'humilité excessive ; il n'a pas simplement trouvé à
glaner après son éminent prédécesseur ou redressé quel-
ques erreurs de détail ; il a renouvelé entièrement le sujet,
ne laissant plus de douteux que les points qui le seront
toujours faute de preuves, commentant avec bonheur
tous les passages importants qui n'avaient pas été suff-
samment signalés, mettant en relief tout ce qu’on y pouvait
recueillir pour augmenter le patrimoine de l’histoire du
monastère de Beaurain, inséparable au moyen-âge, comme
celle de tout établissement religieux, de l’histoire du pays.
L'origine des propriétés et les transformations domaniales
rectifieront la topographie défectueuse tracée dans plusieurs
livres ; l'identification des lieux cités dans les actes corrigera
la géographie historique de la contrée, celle des témoins
qui y figure enrichira l'histoire des familles et permettra
d'écrire la biographie de personnages mal connus. Quelques
figures de prieurs, dégagées des documents où on les voit
agir, fourniront de curieux sujets d’études, et je recommande
notamment aux essavistes le portrait de cet Antoine Enlart,
cupide et de mauvaise foi, qui poussa l’ingratitude envers
un bienfaiteur devenu âgé et infirme jusqu’à le séquestrer
et l'empêcher d’aller acheter à la foire d'Amiens « les antidotes
qu'on y vendait habituellement contre le venin dela vieillesse».
Les qualités déployées dans la partie de l’étude qui est
relative à Beuurain se retrouvent à un plus haut degré encore
dans celle qui touche Maïntenay. [ci l’auteur nage en plein
inédii : la plupart des documents qu'il exploite dormaient
— 422 —
invivlés aux Archives départementales. Voilà un des beaux
fonds religieux de notre dépôt tiré de la poussière et utilisé
au mieux des intérêts de la science. Il s’y rencontre des
actes du X11° et du X111e siècles sur lesquels le plus expert
des diplomatistes eût aimé à faire porter ses investigations
minutieuses. Je crois bien que notre auteur n’a pas dit le
dernier mot sur tous et les spécialistes reviendront sur les
données que leur fourniront les transcriptions, très exactes
généralement, du mémoire qui nous occupe ; qui sait même
s'ils n’iront pas jusqu’à contester l’authenticité de tels de ces
parchemins ? Les actes faux ne sont pas rares dans les
anciens fonds d'archives monacales, l’auteur doit le savoir,
et j'ai peur qu’il n’ait pris un peu légèrement tous ceux qu’il
a trouvés pour bons et valables. Mais nul ne pourra guère
en extraire plus de substance scientifique, plus de moëlle
historique, si je puis dire, que l’aspirant au prix Braquehay
ne leur en a fait rendre. Après le long commentaire dont il
les accompagne, il s’est imaginé, semble-t-il, qu’on ne serait
pas assez édifié à cet égard, et à la fin de son précieux recueil
d'actes, au lieu de dresser simplement une table onomastique
toute sèche, ce qui lui eût déjà valu une bonne note des
érudits, il a composé un répertoire des noms de familles
contenus dans ces chartes, véritable dictionnaire biogra-
phique, nouveau en grande partie, et qui représente à lui
seul] une rare somme de connaissances. C'est un appel à
l’œuvre lancé à tous les généalogistes et héraldistes. A vos
tablettes, MM. les biographes, rectifiez et ajoutez : voilà de
la matière à foison ! Je ne dis pas que les faux nobles, dont
le nombre augmente à mesure que les idées démocratiques
semblent progresser — phénomène curieux de la lutte’entre
le passé et l'avenir — y trouveront toujours leur compte.
On apprendra par le travail que vous allez couronner, que
plus d’un nom qui se porte ou se reporte était éteint bien
avant la Révolution. Mais la vérité historique aura fait un
pas de plus en avant, ce qui est le seul souci des érudits
— 423 —
honnètes. Parmi les noms qui figurent dans ce savant réper-
toire il en est de célèbres et c'est une satisfaction pour l’au-
teur de grossir les fastes de ces belles familles picardes : les
Argoules, les Belleval, les Beaurain, les Bloville, les Bri-
meux, les Contes, les Gouy, les Louvigñy, les Morlay, les
Nempont, les Ponches, les Tyrel de Poix, etc.
Les éloges que je viens de donner à l’Essai sur Beaurdin
et Maintenay n'excluent pas, bien entendu, toutes réserves.
Mais je dois dire que les critiques que j’adresserais à l’auteur
sont toutes de détail. Elles se rapporteraient à la manière
de transcrire ou d'interpréter certains passages de textes, à
la brièveté de quelques analyses, à l'inutilité de certains
actes imprimés, à quelques identifications défectueuses.
Vous m'en voudriez de m'y attarder.
En résumé, l’œuvre que vous m’avez chargé d'examiner
est sans exagération celle d'un savant : connaissance com-
plète des sources, établissement sûr des textes, commentaire
exact et utilisation entière de documents souvent difficiles à
lire et à comprendre, notes rédigées avec critique sur l’his-
toire, la géographie, les institutions, les mœurs, le langage
même de la région intéressée : toutes les qualités de fonds
que réclame un pareil travail s’y trouvent. Vous lui pardon-
nerez l’imperfection de la composition, les négligences de
style et les fautes de détail et vous lui décernerez le prix
Braquehay dans son intégralité.
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HE MERE MEME MEME HE
RAPPORT
Concours d’Histoire
M. l'Abbé DUFLOT
Membre résidant.
Messieu RS,
Nes contemporains fontaux moines beaucoup d'honneur.
SX Ils leur accordent une grande place — trop grande peut-
être — dans leurs pensées et leurs soucis. Les politiques
s'en préoccupent comme d’affreux cauchemars ; les histo-
riens de profession ou d'occasion, fascinés par je ne sais
quels mystérieux attraits, se plaisent au contraire à les
ressusciter. Les candidats de notre Concours d'histoire,
surtout, paraissent trouver à conter histoires de moines un
plaisir extrême : prenons en notre part, s’il est possible.
e°.
L’Abbaye de Saint-Josse-sur Mer, « très intéressante
dans sa modestie », écrit l’auteur d’un copieux mémoire
qui a pour épigraphe « Beato Judoco », mérite d’être connue.
On a voulu la faire revivre, retracer ses origines, les étapes
—— 495 —
de sa carrière, les services qu’elle a rendus à la société, sa
décadence et sa fin.
La partie la plus originale de ce travail est sans contredit
celle qui traite des débuts du monastère. Jusqu'ici, tout le
monde, ou à peu près, prétendait faire remonter l’abbaye au
temps de saint Josse : notre auteur estime que cette préten-
tion est « injustifiée et injustifiable ». Selon lui, saint Josse
n’a point fondé de monastère, mais un simple ermitage
qu'il devait à la libéralité d’un chef franc, son ami, le noble
Haymon. C'est ce qui fut appelé, après la mort du saint,
Cella sancti Judoci. Une critique serrée des témoignages
amène cette conclusion.
Les miracles opérés au tombeau de saint Josse et diverses
circonstances, qu’il serait trop long de rapporter, contribuë-
rent à ériger la cella primitive en une sorte de bénéfice ou
plutôt d'institution ayant une fin spéciale bien déterminée.
Ce n’était pas d’entretenir des moines ou un monastère;
mais, comme le révèle une lettre de Loup de Ferrières au
roi Lothaire, ad eleemosynam exhibendam peregrinis, de
recevoir et traiter gratuitement les pèlerins qui venaient
honorer le tombeau du saint. Ce qui restait des revenus était
destiné à l'abbaye de Ferrières. Ainsi l’avait décidé Charle-
magne lorsqu'il confiait à Alcuin la cella de Saint-Josse.
D'Alcuin la garde de la cella passa directement au monas-
tère de Ferrières, auquel elle fut donnée par le fils même de
Charlemagne, Louis le Débonnaire. Tombée ensuite en des
mains laïques, elle est vaillamment et sans relâche réclamée
par l’abbé de Ferrières qui la recouvre enfin en 849.
A cette date, il n’y a point encore d'abbaye à Saint-Josse.
Il faut aller jusqu’en 977, année où furent retrouvées les
reliques du saint, pour découvrir les premières traces d’ins-
litution de vie monacale. Telle est du moins l'opinion de
notre auteur, que ni la bulle du pape Léon à l'abbé Warem-
bault, ni la Chronique de Saint-Riquier ne parviennent à
ébranler. S'appuyant sur un texte d'Ordéric Vital, il prétend
— 426 —
même fixer un point d’histore encore très obscur : c’est en
1066 qu’aurait été commencée la nouvelle église abbatiale.
Quant au cloître, il ne fut construit que beaucoup plus
tard : on l’attribue à Robert IT, qui était abbé en 1406.
C'était le trentième des quarante abbés réguliers qui ont
gouverné le monastère de Saint-Josse durant environ cinq
siècles. Sans préjuger des découvertes possibles que l'avenir
nous réserve peut-être, notre auteur se flatte d’avoir dressé
la liste définitive de tous les abbés, depuis Sigebrand, « qui
a tout à fait l'allure d’un abbé de légende », jusqu’à Mathieu
de la Varenne, décédé en 1529.
Après ce dernier, l'abbaye de Saint-Josse tombe en com-
mende et connaît toutes les misères de ce déplorable régime.
*
+ +
Ses abbés réguliers l'avaient pourtant laissée en pleine
prospérité. Les moines bénédictins avaient agrandi le patri-
moine des anciens chapelains de la cella. L'histoire de
ces agrandissements successifs remplit tout un chapitre des
plus intéressants et des plus instruclifs. Les comtes de
Ponthieu y occupent une place d'honneur.
Ils sont loin de la garder au chapitre suivant, qui nous
montre l’abbaye de Saint-Josse sans cesse aux prises « in
multis et pro multis » avec les seigneurs du pays. Une sorte
de concordat survient un moment entre les deux parties ;
mais les hostilités reprennent bientôt, rendues plus vives
par l’iatervention d’une tierce partie fort entreprenante, la
commune. Ce fut au détriment de l’abbaye qui sortit amoin-
drie de la lutte.
Parmi ces disputes et ces combats pour la sauvegarde de
ses droits et libertés, l’abbaye ne s'enrichit guère de sujets.
S'il faut en croire le Mémoire, elle ne comptait, en 1224,
date de son apogée, que douze religieux. Plus lard, après
l'établissement de la commende (1584), elle ne possédait plus
— 427 —
que quatre profès. Cette disette d'hommes n’empêcha cepen-
dant pas les rivalités et les dissensions intestines : elles
furent, en ce petit couvent, aussi âpres et aussi ardentes
que dans les monastères populeux et florissants.
Une tentative de réforme essayée sous Etienne Moreau
n’aboutit qu'après de longs efforts. Enfin l’abbaye de Saint-
Josse fut agrégée et incorporée à la Congrégation de Saint
Maur. On est en 1663.
Un siècle plus tard (1766), l’abbaye de Saint-Josse était
vide. Les trois derniers moines qui l’avaient habitée se sont
retirés à Saint-Saulve de Montreuil. En 1789, l’Assemblée
nationale constituante met tout le patrimoine de Saint Josse
à la disposition de l'Etat. L'abbaye a vécu.
Elle avait, en son temps, contribué pour sa grande part à
bon nombre d'œuvres pies et charitables. Un chapitre du
manuscrit est tout entier consacré aux créations de l’abbaye. .
On y trouve mentionnés la maladrerie de Baingueseule,
les collégiales de Saint-Firmin et de Douriez, les pêcheries
de Cucq, l’école et le guct de Saint-Josse, d'autres œuvres
encore que l’exiguité de ce rapport interdit d'aborder.
Malgré le vif intérêt qui s’y atlache, je passe même sous
silence l'important chapitre qui a trait à la commende
établie par François ler, et je tais l’histoire, pour le moins
curieuse, des abbés commendataires. Je cours aux dernières
pages du manuscrit. Je m'en voudrais de ne pas les citer
parce qu’elles présentent comme une vue d'ensemble et un
aperçu rapide de tout l'ouvrage.
L'auteur, pour un instant, se fait moine de Saint-Josse ;
il en est même le dernier. Il nous livre les secrets de son
âme, je veux dire les sentiments qui auraient pu l'agiter au
moment de quitter son abbaye et de prendre le chemin de
Saint-Saulve de Montreuil.
Je cite, Messieurs :
» Cruelle nécessilé de quitter l'asile où il avait aimé et
» prié Dieu, où il s’élait cru assuré de vieillir et de mourir |
— 498 —
» Avant de s’en aller, il dut éprouver le besoin de le revoir
» encore, de s’agenouiller une dernière fois dans la vieille
» église, de visiter le cloître délabré, la salle du chapitre, le
» réfectoire, le trésor des archives. Ici, quelle envie ne dut
» point le prendre de s'arrêter, de secouer la poussière des
» vénérables parchemins, de repasser les étapes de la longue
» carrière fournie par la douce abbaye ? Mais à quoi bon ?
» Cette histoire n'est-elle pas écrite en son.cœur ? Ne la lit-
».il pas à travers la baie aux lourds barreaux de fer, dans
» ce paysage qui lui semblait jadis rempli de joie et de beauté,
» et qui, aujourd'hui, lui paraît morne et désolé ?
» Ce bois, qui borne l'horizon, est le reste de la forêt à
» travers laquelle Haymon conduisit le prince breton vers
» la solitude de ses rêves. Sa cella élait ici, et à côté la
» chapelle de St-Martin qui abrita si longtemps ses restes
.» vénérés. H voyait alors défiler les foules naïves et confiantes
» de pèlerins, Charlemagne, Alcuio, Loup de Ferrières, et,
» dans un nuage de poussière, les hordes normandes ; puis,
» quand le nuage était dissipé, poindre l'aurore d’un jour
» de triomphe et de vie marqué d’une date : 977.
» Une autre vision succédait à celle-là : les clercs de
» St-Josse, fils de l’évêque d'Amiens, revêlaient la coule des
» fils de St-Benoît ; le moutier sortait de terre ; l’église
» abbatiale élevait dans les airs sa haute tour et son donjon,
» et le cortège des comtes de Ponthieu et de Boulogne, des
» seigneurs du pays et des populations arrivait au monas-
» tère, lui apportant de nouvelles richesses. La psalmodie
» monaslique alternait avec la prière populaire des foules
» agenouillées au pied du reliquaire ou du tombeau du saint
» ermite,
» Le village, dont il apercevait les toits au chaume cou-
» vert de mousse par-dessus la clôture, devait aussi son
» existence au sépulcre de Josse ; et c’est à l’école du monas-
» tère que ses habitants s’élaient formés aux mœurs et aux
» vertus chrétiennes, qu'ils avaient trouvé l’idéal dont leurs
— 429 —
» âmes jeunes et fortes avaient soif, qu'ils avaient fait l’ap-
» prentissage si difficile de la liberté.
» Sous la conduite de ses abbés réguliers l'abbaye appa-
raissait dans toute sa splendeur, sa richesse, sa puissance
et sa bienfaisante influence. Tandis qu’elle continuait
l'éducation des âmes et des cœurs, elle enseignait la
culture des terres à ses rudes métayers, elle créait à sa
porte un centre de commerce, elle assurait la viabilité des
routes qui aboutissaient chez elle, elle orgaänisait la com-
mune dans tout le comté, elle pourvoyait aux besoins des
malades, à la sécurité du pays. Elle était une grande auto-
rité sociale, entourée de l'affection et de la considération
publiques.
» La vision changeait encore une fois : il voyait César
entrant au monastère. Tout se transformait aussitôt : il
semblait qu’un nuage voilait la gloire radieuse de l’abbaye,
qu’un mal terrible venait de toucher au cœur cet être hier
encore plein d’ardente vie et d'espérances, et que la ruine
avait franchi le seuil de cette maison opulente. Le monde
avait violé l'asile de la sainteté; dans l’ombre on se parta-
geait en famille le patrimoine des pauvres ; l’homicide
s'avançait jusque dans le sanctuaire, et le cor sonnant
l'hallali au fond du bois étouffait la psalmodie agonisant
dans l’église misérable.
» Triste période au milieu de laquelle jetait à peine un
pâle éclat le nom d’un sage administrateur qui s'essayait,
à la fin de sa vie, au rôle de restaurateur | Sous son égide
la perfection tentait de rentrer pour enrayer le mouvement
qui précipitait tout aux décadences définitives. Hélas | ce
n'était qu’un effort, vigoureux mais sans succès.
» Témoin de cette bonne volonté et de celte impuissance,
le dernier moine de Saint-Josse s’arrachait à cette médita-
tion, l'âme endolorie, et prenait le chemin de l'exil en
murmurant : Ah ! si César avait trouvé, sur le seuil du
monastère, un Chrysostome, un Thomas de Cantorbéry
pour lui dire : On n'entre pasici ! »
— 430 —
Vous voyez, Messieurs, par ce fragment, que l’histoire de
l'abbaye de Saint-Josse, si hérissée qu'elle puisse être, par
endroits, de discussions chronologiques et de critiques des
textes, n'est cependant pas dépourvue d'agrément. L'art
y prête souvent un heureux concours à l’érudition.
“+
Est-ce à dire que l’œuvre soit parfaite de tout point ?
Votre Commission ne l’a pas pensé, Messieurs. Elle a cru
découvrir en ce travail de réelle valeur des lacunes regret-
tables que l’auteur lui même n’ignore sans doute pas, puis-
qu’il a éprouvé le besoin de s’en excuser quelque part. Il
dit bien avoir puisé à toutes les sources et ne pouvoir faire
d'histoire plus complète à moins d'inventer des histoires :
malgré notre vif désir de le croire sur parole, nous ne
sommes point convaincus. On a dit, — et à bon escient, —
que de nombreux et précieux documents concernant l’abbaye
de Saïnt-Josse n’ont pas été mis à profit ni même consultés.
Ils ne se rencontrent pas, il est vrai, dans nos fonds
d'archives ni dans nos bibliothèques publiques, mais l'heu-
reux détenteur de ces vieux parchemins se füt fait un plaisir
d’en donner communication. Elie ne lui a pas été demandée.
D'où, Messieurs, la réserve que votre. Commission a
estimé devoir apporter à son admiration et à vos largesses.
Elle vous propose cependant de décerner à l’auteur de
l'Histoire de l'Abbaye de Saint-Josse une médaille d'or de
cent francs.
ce
L'année même où les derniers moines de Saint-Josse
émigraient à Saint -Saulve (1766), d’autres moines, escomp-
tant un long avenir, entreprenaient une œuvre grandiose.
L'abbaye de Saint-Vaast commençait la construction d'une
nouvelle église. L'architecte Constant d’Ivry et le béné-
— 431 —
dictin Van der Drissche avaient fourni les plans. Le monu-
ment, par suite de difficultés survenues entre le cardinal de
Rohan, abbé commendataire, et les moines de Saint-Vaast,
ne s’éleva d’abord que lentement. Toutefois, en 1790, à
l’heure où des décrets fameux dispersèrent les religieux, le
gros œuvre était presque terminé, la toiture était commencée,
et trois grandes croix de fer surmontaient les trois princi-
pales façades de l'édifice. Puis, les travaux furent inter-
rompus, le temps accomplit son œuvre de destruction, et,
le vandalisme de quelques sectaires aidant, il se trouva
qu'au moment de la restauration du culte, l’église de
Saint-Vaast se présentait dans un état de délabrement
lamentable.
C'est à Mgr de la Tour d'Auvergne que revient l’honneur
d’avoir relevé les ruines croulantes et doté la ville d'Arras
de sa cathédrale. I] lui fallut pour cela de longs efforts et
une inlassable persévérance, et on peut lui prêter en toute
vérité la parole biblique qui sert d’épigraphe au deuxième
Mémoire présenté au concours :
St dedero somnum oculis meis
Donec inventam locum Domino,
je n'accorderai point de sommeil à mes yeux que je n'aie
trouvé un temple au Seigneur. Aussi l’auteur du manuscrit
a-t-il eu raison de l'intituler : La cathédrale d'Arras et Mgr
de la Tour d'Auvergne.
Jusqu'à la fin de son long épiscopat, le cardinal n’a cessé
de travailler pour sa cathédrale, multipliant, sans compter,
lettres et démarches, poursuivant de ses instances tous les
gouvernements qui se succèdent en l’espace d’un demi-siècle,
depuis le premier Consul jusqu'au prince Président, en
relations continues avec les préfets, les conseillers généraux,
les architectes, en un mot avec tous ceux dont le concours
lui est nécessaire pour l'achèvement de son rêve. Il meurt
avec la joie d’avoir enfin donné un temple au Seigneur,
— 439 —
mais emportant aussi le regret de n'avoir pu terminer la
tour de sa cathédrale.
L'auteur du Mémoire a patiemment recueilli et classé en
leur ordre chronologique la plupart des documents, lettres,
rapports, circulaires, devis et autres pièces concernant la
restauration de la cathédrale. 1] n’a cependant pas le préten-
tion d’avoir tout dit.en épuisant le sujet : il fait modestement
cet aveu en sa préface. Nous avons donc considéré son tra-
vail comme une contribution à l’histoire de la cathédrale et
non pas comme une histoire définitive. Il nous a paru, à ce
titre, digne de toute louange. Les documents qu'il reproduit
ou signale fourniront à l'historien de l'avenir de précieux
matériaux disposés en ordre parfait et déjà tout. prêts à ètre
mis en œuvre. Ce sera pour la plus grande gloire de Mon-
seigneur de la Tour d'Auvergne, et peut-être pour le plus
grand profit de la cathédrale si cette publication peut amener
l'achèvement de sa-tour.
En attendant, Messieurs, votre Comunission propose de
pe point retarder d'autant la récompense méritée par l’auteur
de l'étude sur la cathédrale d'Arras. En lui décernant une
médaille d'argent vous ferez œuvre de justice et vous lui
permettrez d'entretenir « lelong espoir et les vastes pensées. »
Re Dee me
ÉPAISSEUR
RAPPORT
SUR LE
Concours des Beaux-Arts
par M. Léonce VILTART,
Chancelier.
Ÿ y a un an, l’Académie récompensait un mémoire
© consacré à François-Nicolas Chifflart, le peintre audo-
marois qui venait de décéder ; cette année, dans le mème
Concours des Beaux-Arts, est soumis à votre appréciation
un travail sur la vie et les œuvres d’un statuaire, audo-
marois également, mais encore vivant et pour longtemps,
nous en avons plus que l'espoir ; 1} a quelques chances
d’immortalité, puisqu'il fait partie de l’Académie au titre
de membre honoraire. C'est dire qu’il compte parmi vous
de nombreuses et solides amitiés qui, d'ailleurs, ne datent
pas d'hier. En 1869, vous lui accordiez le Prix des Beaux-
Arts; en 1879, il modelait d’une main ferme le buste de
M. Paris et, plus tard celui de M. de Mallortie. J'ai nommé
Louis-Noël, l'homme bienveillant et serviable par excel-
lence, l'ami sûr, le maitre incontesté, l’auteur de belles et
nobles œuvres, le statuaire qui a magnifié tant d'artistes,
de prélats et de généraux dignes de vivre dans la mémoire
des hommes.
28
— 434 —
L'auteur du Mémoire peut-il se flatter d'avoir, à son tour,
élevé un monument ? Votre Commission ne le pense pas
d’une façon absolue ; mais elle m'a chargé de dire bien haut
que ce travail étendu est plein de sérieuses qualités et qu'il
restera comme une mine de fort exacts renseignements. Au
point de vue documentaire, en effet, on ne peut rien de plus
complet. Pas à pas, nous suivons Hubert-Noël Louis. de
Ruminghem, son village natal, à Saint-Omer, où il est élève
du lycée et des Ecoles académiques, et de Saint-Omer à
l'Ecole des Beaux-Arts de Paris ; dès ses plus jeunes ans,
la renommée Île précède et la gloire le suit. Prix d'excellence,
premiers prix de dessin, médailles d'argent, de vermeil et
d'or, se suivent d'année en année jusqu'en 1863 où Hubert-
Noël Louis ou plutôt Louis Noël est reçu au Salon et entre
dans la carrière. Un second chapitre nous fait passer de
1863 à 1870; un troisième de 1870 à 1880 et ainsi de suite
jusqu'à nos jours. Il y a de piquants détails ; celui-ci, par
exemple. Un jour, un rédacteur du Mémorial Artésien
énonça, par mégarde sans aucun doute, que Louis-Noël
était né à Saint-Omer ; aussitôt tout Ruminghem se leva
comme un seul homme et le maire de cette importante
commune écrivit de sa plus belle encre :
(« MONSIEUR LE RÉDACTEUR,
« [l appert des registres de l’état-civil de cette commune
» que, le 2 avril 1839, à deux heures du matin, y est né
» Hubert-Noël Louis, fils de Noël-Hubert-Joseph-Augustin
» Louis et de dame Marie Joseph Barrois.
» En annonçant à vos lecteurs la fête d'Angers, vous dites
» dans votre numéro du 22 courant, que l’auteur de la statue
» de David d'Angers, M. Hubert-Noël Louis, est né à Saint-
» Omer. |
» Nous sommes heureux d'être de l'arrondissement
« de Saint-Omer qui a déjà tant d'enfants illustres ; si
— 435 —
« nous avons la gloire d’avoir donné le jour à l’un d'eux,
» il serait charitable de nous la laisser.
» M. Noël Louis a bien voulu, lui, se souvenir qu'il était
» n6 à Ruminghem. Il y a déjà plusieurs années qu'il a
» donné à notre église une de ses œuvres si recherchées et
» si précieuses.
» Je connais assez votre loyauté, Monsieur le Rédacteur
» en chef, pour avoir la certitude que vous voudrez bien,
» en insérant ma lettre, donner satisfaction aux habitants
» de ma commune. »
SIGNÉ : Le Maire de Ruminghem,.
Le journaliste répondit fort judicieusement que, si la
commune de Ruminghem était, en quelque sorte, la mère
de l'enfant, Saint-Omer était le père de l'artiste, puisqu'il
avait reçu dans ses écoles académiques les premiers éléments
de son art.
Dans la page du Mémoire qui suit celle que je viens de
résumer, l’auteur commet une inexactitude, sinon une
injustice, qu’il importe de relever afin qu'il s’amende. Il
prétend que les journaux du Pas-de Calais gardéèrent Île
silence sur le succès de Louis-Noël dans le concours
d'Angers et il ajoute que, d'ailleurs, cette étrange conduite
fut tenue à l'égard de maints artistes de valeur du dépar-
tement, notamment Louis Breton. Or, Louis Breton n'a
exposé qu'une fois sous le pseudonyme de Noterb et ne fut
qu'un amateur très intermittent, sans prétention aucune.
Le biographe a-1-il fait une erreur de prénom et voulu dési-
gner Emile Breton ? Notre protestation n'en serait pas moins
vive. Le beau, le grand, le saisissant talent d'Emile Breton
n'a, nulle part, été mieux compris, prôné davantage et plus
mis en lumière que dans notre Artois et, puisque j'ai cité le
nom de notre éminent compatriote, je ne ferai que suivre
votre pensée el la formuler en lui adressant l'hommage de
la profonde admiration de l’Académie qui n’a qu’un étage à
descendre pour contempler dans noire Musée deux de ses
— 436 —
chefs-d’œuvre, Un orage à Courrières et Chemin dans ia
nuit.
Je n'ai pas besoin de transition pour revenir à Louis-
Noël et à son biographe: nous n'avons pas quitté les
sommets artistiques du Pas de-Calais.
Le Mémoire qui vous est soumis n'est pas définitif.
L'auteur aura à y revenir pour le compléter, ce qui lui sera
facile, s’il peut obtenir, et je le pense, les mêmes chances
d’immortalité que Louis-Noël. Qu'il y revienne aussi au
point de vue de la forme qui, bien que correcte et mème
élégante, est souvent hâtive. Je dois aussi noter que l'auteur
a eu tort de ne suivre qu'une simple méthode d'exposition
qui fait de son travail quelque chose conmme une nomen-
clature sans autre ordre que l’ordre chronologique, sans
lien et où manque l'unité qui vivifie, indispensable à tout
écrit. Pourtant, au moment de conclure, il s’est souvenu
fort à propos que notre Musée possède la plupart des œuvres
du staluaire, marbre, bronzes ou plâtres ; on pouvait
craindre un pénible résumé et l’on fait une très agréable
promenade.
Ceci dit, je vous propose au nom de la Commission des
Beaux-Arts, d'accorder une médaille de vermeil au biographe
de Louis-Noël, qui a pris pour devise, ac el espera.
En adoptant nos conclusions, vous justifierez ces espé-
rances, si vous ne les comblez pas.
Se
RÉ ERARESS SEC
RAPPORT
SUR LE
Concours de Poésie
PAR
M. Jean PARIS
Membre résidant.
JA vouons la dure vérité: les poètes se font rares, — chez
A2 nous du moins. — En ce jour de solennelle parade,
nous en alignons tout juste quatre. Défilé maigrichon, diront
les méchantes langues.
Que sont donc devenus les autres ? Aimés des Dieux, tels
jadis Gilbert ou Hégésippe Moreau, sont-ilstous morts jeunes,
victimes de l’exceptionnel printemps que nous avons subi ?
Je recule devant cette sombre hypothèse, qu'excuserait mal
notre amour-propre saignant de juges sans justiciables. Que
deviendrait le monde, si, cette année, l’Ange de la Neuras-
thénie avait touché du bout de l'aile tous les chercheurs de
rimes et d’idéal ? Que deviendrions nous, simples mortels, si,
aux carrefours des routes grises et plates de l'existence, nous
ne devions plus rencontrer un seul chanteur qui souffrit
poétiquement du mal de vivre ?
Non, les quatre réfugiés qu'abrile notre toil ne sont pas
les derniers spécimens d’une race condamnée. I] doit exister,
— 438 —
il existe encore d’autres poètes. Ils sont ailleurs, voilà tout.
Nos églantines et nos violettes leur indiffèrent. [ls ont préféré
des jeux floraux moins parcheminés. Ils sont partis à travers
champs, à la conquête des bleuets et des coquelicots qui
restent,
« Dans les grands blés mûrs quand vient Messidor »
Sans leur jeter une pierre destinée à retomber dans notre
jardin, nous assistons impuissants à leur exode et nous restons
seuls ou presque seuls, Mecénes à clientèle réduite, à voir
tourner à nos pieds notre ombre et celle du beffroi.
Douloureux thème d’élégie ! Lamentable canevas de
complainte ! Que ne suis-je poète, pour rythmer et assonancer
nos larmes, au lieu de les épandre vulgairement en prose!
*
«+ *«
Nos quatre fidèles sont-ils au moins quatre consolateurs ?
Hélas ! un seul mérite vraiment ce titre et la récompense y
annexée. Pour ne pas décourager les bonnes volontés, je
voudrais que devant les autres notre grande douleur fût
muette, Mais le silence ne m'est pas même permis. Le juge,
dit la loi, doit motiver sa sentence. C'est ainsi seulement
qu'il calme sa conscience et libère son âme. J’essaierai donc
de vous dire pourquoi trois fronts restent sans lauriers et
quelle couronne il convient de tresser pour l’unique triom-
phateur du concours de 1902.
»
+ *
L'auteur des Poèmes sombres semblait arriver À son
heure, au milieu de notre détresse. Son titre était le bien-
venu. La nuit promise devait succéder harmonieusement
au crépuscule des dieux dont nous sommes les pontifes.
Mais, lecture faite, nous avons eu une déception Il ya
dans ces deux cents vers trop de päles fièvres, de sourires
— 439 —
éteints, de cœurs glacés, de tombes, de linceuls, de goufîres,
pour que l'œuvre ne soit pas suspecte de littérature toute
pure, sans une de ces notes de peine intime, profonde et
discrète comme en ont eu Villon, Verlaine et parfois Musset,
Dans sa tentative de défrichement d’un terrain fougueuse-
ment romantique, l'auteur des Poèmes sombres semble avoir
eu avant tout le souci d’une production intensive qui dépassât
celle des meilleurs jardiniers de la souffrance. Mais la
récolte n’a pas payé ses peines.
Rien ne vaut une citation. Lisons sans parti-pris :
Oh ! les parfums flottants dans l'or du crépuscule
Qui montent vers l'amour dans les jardins songeurs,
Parfums si doux, parfums dont la caresse ondule
Sur les âmes, comme les brises sur les fleurs |
Des fleurs, Ô mon amour, veux-tu des fleurs encore,
Fleurs de beauté, fleurs de rêve, fleurs de langueur,
Fleurs dont l'âme de rêve en rêve s’évapore
Sur tes yeux et sur tes lèvres et sur ton cœur |
Le ciel d’or s’est voilé de vagues nostalgies
Où tremblent les soupirs des parfums épuisés,
Et les fleurs ont pâli sur nos lèvres unies,
Versant tous leurs baisers mourants dans nos baisers.
Elles souftrent peut-être. Oh ! comme elles sont pâles
Vois ; leur front incliné s'affaisse tour à tour
Mais leur douleur s’épanche en douceurs idéales
Elles mourront d'amour en embaumant l'amour.
Ne soyons pas injustes. Notre mission est de lire des vers
et non pas de sonder des cœurs. Je ne veux pas affirmer
que sous ces formules critiquables il n'existe pas une sensi-
bilité. Mais l'émotion se dégage mal de la phraséologie. On
a peine à la comprendre et à la partager.
Après tout, cette constatation, faite en toute franchise, est
—.410—
sans doute fort indifférente au poète car, en lisant ce quatrain
de Lassitude,
Pourtant je ne suis qu’à l'aurore.
De mes destins. J'entends vibrer
Mon âme ; et j’ai paut-être encore
Des larmes d’amour à pleurer !
je me suis souvenu instinctivement de ces jolis vers que
Paul Mariéton a mis en préface à La Viole d'amour :
Non, non, je ne suis pas ce qu’on nomme un poète.
Je n’ai jamais chanté que pour bercer mon cœur.
Doux sont mes tristes vers, résignés sans tempête
Et dédaigneux du monde au sourire moqueur.
Mes pauvres vers d'amour ! Je vous hais ; je vous aime ;
Je vous hais pour le mal qui vous donna le jour.
Je vous aime encore plus pour le repos suprôme
Que je ne dois qu’à vous, mes pauvres vers d'amour!
Si notre poète, comme je le crois, n’a lui aussi chanté
que pour bercer son cœur, il se consolera facilement de
nous trouver insensibles à la mélodie qui l’endort. En fait
de berceuses, chacun pour soi. C’est peut-être le dernier mot
de toute poésie et la condamnation de toute critique.
Le poème Fides est d’un autre genre. Si nous n'avions
qu'à honorer une foi sincère, à louer le très noble désir de
traduire les sentiments élevés inspirés par cette foi, notre
devoir serait de nous incliner profondément. Mais nous ne
sommes que des appréciateurs de formes littéraires : et il
faut bien constater qu'ici la réalisation est restée inférieure
à l'intention. Tout entier à son sujet, la glorification de la
foi catholique, de ses apôtres, de son chef, l’auteur n’a pas
su garder les portes de son œuvre. Des bataillons d'idées
— A4 —
déjà exprimées, de formules toutes faites, d'images peu
cohérentes ou vieillies ont pénétré dans le poème comme dans
une ville ouverte. Je n'affirme pas sans preuves. Témoins
ces quatre vers, au cours d'une apostrophe à la Foi:
Comme un palmier, tu crois, tu grandis, tu t’élances ;
Près des grands cieux d'azur, seule tu te balances ;
Et ton tronc séculaire, aussi dur que le roc,
Du flot des passions n’a jamais craint le choc.
La comparaison est la plus dangereuse des figures de
rhétorique. Chateaubriand en fit, dit-on, la dure expérience
lorsque ayant écrit qu'un flament prenant son vol ressemblait
à une flèche empennée, il fut prié par un ami naturaliste
possesseur de cet oiseau rare, de constater de visu combien
l’affirmationétait inexacte. Ici, non seulement la comparaison
cloche : mais la série d'images qui suit ne la remet pas sur
pieds. S'il est rare en effet que des troncs séculaires soient
battus par les flots, il est moins admissible encore, à raison
de leur âge et de leur granitique dureté, qu'ils soient aptes à
se balancer comme le veut l’auteur. Fort irrévérencieuse-
ment, j'ai rapproché le malencontreux quatrain du début
célèbre d’une scie d'atelier : « Un vent léger balançait dou-
cement la cime des pyramides. » Et, réflexion faite il m'a
semblé que cette dernière idée était à peine plus hardie que
l'autre.
Je ne voudrais pas vous laisser sous l'impression de
quatre vers. Pour obtenir le pardon de l'auteur, laissez-moi
vous lire le meilleur fragment du poème. Il s’agit de la
mission du prêtre : |
Comme le Dieu sauveur qui sur la Madeleine
Répandit tout l’amour dont son âme était pleine
Er voulut bien l’absoudre et lui tendre la main,
Tu vas, toi, vrai pasteur, cherchant sur ton chemin
La pauvre âme qui fuit, loin du bercail peut-être
Et qu’au soir de tes jours co même divin maitre
= 110 —
Te redemandera. Quand fouillant les buissons
Qui bordent les sentiers perdus dans les vallons,
Le front tout en sueur, la main toute sanglante,
Tu l’auras retrouvée, et que sur toi râlante
Epuisée et meurtrie elle reposera,
Alors, Ô prêtre heureux, viens et dépose-la
Aux pieds de son Sauveur, ton Seigneur et ton Maitre ;
Car pour cette seule âme, un jour il te fit naitre ;
Et plus tard, te sacrant, Prêtre pieux et saint,
Voulut que de sa main au ciel tu fusses ceint.
Ta tâche en ce beau jour, Prêtre, sera remplie,
Puisque jusqu'à la fin, tu l’auras accomplie,
Et que tu Jouiras de ton plus saint désir :
Sauver une seule âme, une âme et puis... mourir.
Moralisateur et justement ennemi des théories dange-
reuses de l’Art pour l’Art, un troisième poète s'annonce par
celte formule : « Celui qui tient une plume doit s'en servir
pour faire le bien. »
Nous rendons hommage, non seulement à la devise, mais
encore et surtout à l'émotion vraie de cerlaines pièces où
s'abritent des sentiments très tendres à l’égard des enfants,
vers lesquels s’en va droil le cœur aimant du poète. Témoins
Charité, Rires d'Enfants et Petits Ingrats, iucontestable-
ment les meilleurs poëmes du recueil.
Un exemple tiré de Charité :
La petite Lisette a, dans la journée, rencontré un vieux
mendiant ; elle lui a donné une pièce blanche, et le soir venu,
elle est encore loule joyeuse de cette offrande ; car elle a
une bonne petite âme — une petile âme qui pense déja très
loin comme vous allez voir — :
— 443 —
Pourquoi des pauvres, dis? Je ne comprends pas, moi.
Et pourquoi laisse-t-on le pauvre en sa misère,
Puisque nous sommes tous enfants du même père ?
Si mon frère que j'aime avait soif, avait faim,
Je lui donnerais, moi, de mon pain, de mon vin,
Un coin de ma maison s’il était sans demeure.
Ah | pourquoi laisse-t-on pleurer l’homme qui pleure ?
Et pourquoi voyons-nous, — 6 spectacle affligeant, —
Tant de petits pieds nus, de mères sans argent ?
Et ce pauvre vieillard ! N’est-il pas lamentable
Qu'un grand papa si vieux couche dans une étable,
Sans lit, sur de la paille, où tout son corps a froid?
Pourquoi ne vient-il pas rester chez nous ? Pourquoi ?
Depuis que grand papa dort dans le cimetière
Maman-grand ne rit plus ; il serait mon grand père
Tous deux ils causeraient du bon vieux temps passé
Et lui ne serait plus un pauvre délaissé.
Vous devinez le dénouement ; car, dans les livres la charité
enfantine n’a pas de peine à faire des miracles :
Le lendemain matin le père de Lisette
Comblant le cher souhait de la tendre fillette
Recut à son fover l’homme sans feu ni lieu
Et le vrai grand-papa sourit chez le bon Dieu.
Il faut bien le dire : nous suivons plus difficilement
l’auteur quand, à cheval sur son excellent principe, il part
en guerre contre l'alcoolisme, les combats de coqs ou la
race anglo-saxonne, trois des plaies de notre époque. Malgré
la noblesse du but, il y a lieu de faire des réserves.
De l’ode aux héros du Transvaal où « nobles boërs » rime
obligatoirement avec «les Anglais ces vautours », je parlerai
peu et pour cause. Les imprécations platoniques à l’Europe
spectatrice de l’agonie sud-africaine ne vaudront jamais la
simple et grandiose constatalion de l'éternel égoïsme
humain inscrite dans la Bible au livre de Job : « Celui dont
— 444 —
les pieds sont près de glisser est aux yeux de celui qui ést
dans la prospérité comme une lampe dont on ne fait plus de
cas ». On a trop écrit sur ce sujet, et trop inutilement hélas,
en oubliant que mille manifestations scripturaires ne valent
pas un acte. Au lendemain de la fin lamentable de l’épopée
transvaalienne, un silence discret et pas fier s'impose au
monde dit civilisé, et par suite à nous tous, puisque nous
en sommes. N’en déplaise à l’auteur, qui peut-être à l'heure
actuelle n’est pas loin de parlager mon sentiment, « Pensons-
y toujours et n’en parlons jamais. »
Pour changer de conversation, aucun sujet d'actualité
n’est préférable à l’alcoolisme. Cauchemar d'ivragne étant la
pièce de résistance du recueil, permettez-moi de vous l'ana-
lyser.
Un ivrogne dormait, ivre-mort, indécent,
Tout à conp, dans un rêve un spectre surgissant
Le prit et l’emporta sur le dos d’un nuage.
Et voilà le nuage, qui a bon dos, et sa charge partis pour
un dramatique voyage.
L'ivrogne, fâcheux début, — se voit ramassé par la police.
Dans la vie, c’est généralement l’épilogue ; mais ici, — en
rève, — c’est le chapitre premier.
Deux agents qui passèrent soudain,
Voyant sur le pavé cette masse difforme
Menèrent en prison la brute en bonne forme.
Chapitre second : Au sortir du violon, où les deux agents
l'ont sans doute initié aux mystères du « passage à tabac »,
notre pochard, mettant à profit la leçon, bat comme plâtre
sa femme et ses enfants.
Ce n'est plus un époux et ce n’est plus un père.
C'est un tigre.
Chapitre trois : Le cauchemar s’accentue ; l’ivrogne voit
son fils traduit en correctionnelle et entend un avocat ori-
= AS =
ginal plaider en vers la théorie de l’hérédité : {l'avocat a
raison ; ces lhèses-la, plaidées en prose ne produisent aucun
effet sur la magistrature).
Chapitre quatre : La race ne s'améliore pas ; au contraire,
Le petit-fils de l’ivrogne — gradation ascendante — meurt
sur l’échafaud.
Et ainsi de suite. D’autres descendants — car l’ivrogne
est prolifique — défilent, étalent leurs tares :
Cinq filles et deux fils, dont trois épileptiques,
Tous violents, sournois, buveurs, luxurieux.
L'un fut un assassin ; tous furent malheureux.
Le premier plus que les autres, je pense.
Nous allons jusqu’à la quatrième génération : et comme
il faut une fin, la tribu se rassemble et maudit en chœur
l'auteur commun :
Toi qui devais pour nous être l’aïeul auguste
Honte et malheur sur toi.
C’en est trop. Le spectre, un peu négligé depuis le début,
intervient. Pour que la leçon de ces tragiques évènements
soit complète, expéditivement, en trois vers (trois vers |
l’ivrogne doit trouver que c’est bien peu), il se fait justicier
et bourreau
. «+ .« .« Le spectre dit : c’est juste;
Et puis il étrangla l’ivrogne sans remord
Et du pied le jeta par terre. Il était mort.
Faisons comme le poëte, arrétons-nous et ne piétinons
pas ce cadavre. La ligue antialcoolique, nous a déjà mis
sous les yeux ces temps-ci d’effrayants tableaux synoptiques.
Grâce à elle, lignoble /acies de l'ivrogne, ses poumons
tuberculeux, ses reins racornis, son cœur dégénéré, son foie
et sa rate avariés, n'ont plus de secrets pour nous. S'il plaît
à l’excellente société, de passer du domaine de la physiologie
dans celui des sciences morales, la voie est tout indiquée,
= LG
Et fasse le ciel que grâce à ces moyens, la consommation
de l'alcool non industriel diminue en France d'un hectolitre,
ce que je souhaite sans oser l’espérer.
#
+ +
Je n'étais pas sans inquiélude le jour où, pour la première
fois, j'ouvris un manuscrit intitulé Mon petit coin, avec ces
quatre mots : « Chez nous, Chez moi », en sous-titre. Ses
dimensions, sa lable, (trente quatre numéros en soixante-six
feuillets, s’il vous plaît: la matière d'un joli petit volume
de chez Lemerre), me causaient à l’avance quelqu'émoi.
Mais « À brebis tondue Dieu mesure le vent ». J'ai tout lu
et, avec le même intérêt, j'ai tout relu.
L'auteur va nous faire lui-même les honneurs de ce petit
coin :
C'est le petit coin de la grande terre
Où je suis né ;
C'est le petit coin du grand légendaire
Où j'ai glané ;
C’est le petit coin de la vie austère
Où j'ai souri ;
C'est le petit coin cher au solitaire
Que j'ai chéri.
Le sous-titre est donc plus exact que le titre. Il n°y a pas
un, mais deux petits coins : un pelit coin de terre d'Artois,
de terre de Morinie, pour être tout à fait exact, et un petit
coin d'âme de Morin.
E:ctremi hominum Morini : les Morins du bout du monde!
L'épigraphe répète ce que disait Virgile à l'époque où nous
représentions l’'Extrême Nord, où Thulé des Brumes passail
pour une ile de légende, où les ancètres d’Ibsen el de Bjorns-
terne Bjornson n'étaient pas encore découverts.
Cette terre des Morins a de charmantes légendes et une
— 447 —
fière histoire également familières au poète : un «enraciné »,
dirai-je à son éloge.
En des temps lointains, au cours d’une vie antérieure
sans doute, il a assisté le 3 mai d’une année dont le millésime
n'est pas sûr, aux fêtes de la Croix à Samer. Il a figuré
dans les processions en tèle desquelles, devant l’abbé mitré
de Saint-Wulmer, venaient se placer lout-à coup le cerf et
la biche envoyés du Ciel. Il a vu le démon de la chasse et
de la gourmandise tenter les gens « friolets » de Samer. Il
a entendu ronfler l'arbalète meurtrière. Il a assisté à l’agonie
des pauvres bêles, et à l’exquise dinée qui s’en suivit au
grand scandale de tout le comté de Boulogne. Aussi sait-il
à merveille pourquoi, dans les processions contemporaines,
dont le ciel courroucé détourne ses regards, jamais cerf
ni biche ne figure, et pourquoi, aujourd’hui encore, les
Samérois baissent la Lête, quand tel disputeur d’un village
voisin leur lance en guise d’argument la malveillante et
patoisante épithète de « Maqueux de biches ».
Le poète élait là aussi, le jour où toute une noce villageoïse,
entrainée par la folie du plaisir, a osé continuer la danse au
lieu de se signer pieusement au passage du Viatique. Il sait
que la foudre est tombée sur ces mécréants que :
Le violoneux archet en main,
Les mariés et ie notaire,
Et les parents et les amis
ont été changés en pierres sur place et dorment là depuis
lors. Aussi, quand il visite les « Neuches » de Landrethun,
près Marquise, n'est-il pas surpris de constater que
Ces blocs oblongs couchés par terre
Portent comme des corps humains
Un réseau de veines sans nombre
Et d’artères où le flot sombre
Du sang mort se serait durci.
419 —
Le beffroi de Boulogne évoque en lui d’héroïques sou-
venirs :
Dans ses flancs que verdit la mousse familière
Face à l'invasion la Patrie a tenue.
Quand sonne la pesante Estourmie il revoit sainte Ide de
Lorraine chantant près du berceau de son fils Godefroy.
Devant le hâvre ensablé d'Ambleteuse se balance pour lui
la frégate en deuil de Jacques d'Angleterre, ce précurseur
d’autres « rois en exil » sur la terre hospitalière de France
La tour Caligula jadis,
Lchfiinuone tour d'ordre, phare ardent,
Etoile de l'espoir sur la mer inhumaine,
lui inspire une mélancolique ballade :
La tour Caligula, qu’est-elle devenue ?
Il connaît même, jurisconsulte disert, certain arrêt du
Parlement indigné de l’incurie des administrations locales
qui condamne la ville de Boulogne à servir à ses voisines,
Amiens et Arras, jusqu'à parfaite restauration du vieux
phare, une rente annuelle de deux mille saurets.
/
Hélas, la Tour Caligula est toujours en ruines, et Boulogne
ne paie pas, et nos échevins laissent dormir nos droits. Je
m'unis au savant faiseur de ballades pour signaler à la
municipalité d'Arras cette ressource budgétaire oubliée. Si
la prescription n’était pas là, quel nombre respectable de
caques représenterait l’arriéré des annuités échues | Et qu'il
serait beau de voir cette réserve de salaisons arriver au
nouveau quai, un jour de réjouissances publiques, sur un
bateau monté par le poële |
La Tour Caligula et les saurets ne sont pas seuls à nous
révéler que notre auteur est un Morin de la côte. La mer est
son thème favori. Ecoutez cette pittoresque chanson boulon-
= 10 =
naise que Botrel ou Yann Nibor signeraient volontiers, et à
travers laquelle passe l’âme confiante et résignée d’une race.
Espérez (1), femme et petiots
Du bon pécheur de la côte,
Les vrais z-hérings, les plus biaux
C'est les premiers ; et sans faute
Sont tous sortis les batiaux,
Espérez, femme et petiots.
En sortant Zacque et Zan-Pierre !
Ont tiré leurs grands suroits (2)
Et tournés vers la Beurrière
— La falaise, où qu'est la croix, —
1ls ont fait une prière
En sortant Zacque et Zan-Pierre
Dieu les garde à ce matin |
La vache (3) au bout de la digue
Meugle au vont ; sûr et certain
Qu'il lui fait danser la gigue.…..
Et les hommes qu'on atteind ?
Dieu les garde à ce matin !
Le vent court, hurlant : « Naufragol »
Le flot saute échevelé :
Les femmes quittant l'ouvrage
Vont à Zésus-Frazellé (4)
Chercher au moins du courage.
Le vent court, hurlant : « Nautrage ! »
(1) Espérer : Attendre.
(2) Grands chapeaux à bords rabattus,
(3) Nom populaire de la bouée à air comprimé,
(4) La petite chapelle de Jésus-Flagellé à Terlincthun, 29
— 450 —
Quand l'ouragan est passé,
Oh ! ces femmes à l'espère (1)
Et leur regard angoissé |
Fieux, reviendra-t-il le père
Sous sa voile de borsé (2)
Quand l'ouragan est passé. .
Il faut des marins, ’Zabelle..….
Grammint (3) sont restés partis ;
Mais, vois-tu, la mer est belle;
Elle attire les petits
Après leur père ! elle appelle.
1l faut des marins ‘Zabelle |!
Et pour ne pas quitter la mer sans un regard à sa Madone,
transcrivons la prière émue de ce sonnet :
J'écoute la tempête. Elle me trouble l'âme,
Là-bas, comme le vent doit hurler déchainé
Sur les flots ! Comme il doit pousser, dresser la lame!
Peut-être devant lui s'enfuit, infortuné,
Quelque bateau déjà plein d’eau... Je vous réclame
Et vous supplie, aidez au pêcheur consterné,
Madone de Boulogne, Ô suzeraine et dame!
La vague est en fureur, le bateau condamné.
Etoile, daus le ciel où courent les nuées
Orageuses, d’un vol insensé, rallumez
L’espérance au dessus des fils que vous aimez,
Sur la mer démontée, aux lugubres huées,
Vierge, étendez la main, et les orages font
Silence... Et la mer dort en un calme profond...
(1) A l'Espère : au guet ; dans l'attente.
(2) Borsé, toile à voile en tissu brun,
(3) Grammint : beaucoup.
— 451 —
Après] cette revue sommaire de Chez nous, que vous
dirai-je de Chez moi? Les poèmes d'intimité s'analysent
mal, et trop de pièces seraient à citer. Si le manuscrit devient
un livre, lisez-le en toute confiance. Vous passerez un
instant charmant au milieu de ces sonnets, de ces rondeaux,
de ces villanelles, de ces « rostanderies » (un néologisme à
noter) ; car les rythmes difficiles n’effraient pas l’auteur et
tentent souvent sa curiosité de souple versificateur. Vous
trouverez mieux encore ; des pièces particulièrement bien
venues, telles qu'Ælévation, vous donneront une sensation
supérieure de haute poésie.
Ceci dit, comme à toute médaille il faut un revers, je
risquerai upe critique : à peine une crilique ; un conseil
plutôt, et d'ordre général : « Défions-nous des vers qui
viennent au courant de la plume ; ce ne sont pas toujours
les meilleurs ». Je crains que l’auteur me cherche la-dessus
querelle ; car j'ai lu une audacieuse apologie de la Faculité
dans tel sonnet du recueil. Mais j'accepte la discussion ;
quand tous les arguments seront epuisés, il me restera la
ressource de passer des vers à la prose, de renvoyer mon
contradicteur aux manuscrits de Flaubert et de lui demander
simplement : « Croyez-vous que l'œuvre du maître resterait
malgré les années un incomparable modèle d’ « écriture
artiste », si les consciencieuses ratures que voilà n'avaient
impitoyablement sabré le premier jet ? ». Comme mon
contradicteur est un lettré, et même un professeur, (j'ai lu
ce détail quelque part), je suis sùr d'avance de sa réponse et
de sa défaite.
Mais trève de critique ! Pour que le dernier mot soit au
poëte, voici l’Heure douce :
Avant que chaque soir se ferment mes paupières,
Quand le silence enfin s’est fait autour de moi,
Je songe.... puis j'écris des chansons, des prières,
Selon mon goût, mon rêve, mon Soi
— 452 —
Heure douce de l’ombre, heure où tout se recueille,
Où l’on entend le moindre insecte bourdonner,
Où l’on entend la brise agiter une feuille,
Où l’on entend son propre cœur sonner.
Et mon cœur bat plus fort à l’heure de délice,
Où de la paix profonde, enfin je puis jouir,
Au moment où la fleur referme son calice
Je sens mon Ame en moi s'épanouir.
Et dans l'ombre propice aux longues réveries,
J'effeuille de mon cœur les souvenirs aimés :
Et je vois lentement des figures chéries
Passer devant mes regards embrumés.
Délicieusement l'heure après l’heure passe,
Au tic-tac de ce cœur qu’émeut le souvenir ;
Je sens monter, flotter un parfum dans l’espace,
De tels moments ne devraient pas finir.
C'est le parfum subtil des fleurettes séchées,
Qu'on retrouve aux feuillets des livres de jadis,
Demeurez, des jours morts parcelles arrachées,
Durez, parfums des lointains paradis |
Le seul parfum suffit pour évoquer la plante,
Le souvenir suffit pour revivre un passé,
Quand on les cherche avec une tendresse lente,
Soul dans la paix douce du soir lassé.
En guise de remerctment, il me reste un souhait à adresser
au poète. Puisse lui être douce, presqu’à l'égal de l'heure
qu’il vit chaque soir, quoique moins intime et moins recueil-
— 453 —
lie, l'heure que ses vers ont passée parmi nous, l'heure au
bout de laquelle notre Académie, si elle ratifie les proposi-
tion de sa Commission, décernera une médaille d'or de cent
francs à l’auteur de « Mon petit coin », en exprimant le désir
qu'il offre bientôt au public une gerbe choisie, faite des plus
beaux épis glanés par lui dans les champs d'Artois.
LAURÉATS DES CONCOURS
DE 1902.
—— DC —
HISTOIRE
Prix Braquehay (400 francs) :
M. Roger RODIÈRE, de Montreuil-sur-Mer.
Mémoire sur les prieurés de Beaurain et de Maintenay.
Médaille d’or :
M. l'abbé J.-B. REMBERT, à Calais.
Histoire de l’abbaye de St-Josse.
Plaquette d'argent :
M. l'abbé Pierre DEBOUT, d'Arras.
La Cathédrale d'Arras et Mgr de la Tour d'Auvergne.
— 455 —
BEAUX-ARTS
Plaquette en vermeil :
M. Louis NOEL, de Saint-Omer.
Le statuaire Louis Noël,
POÉSIE
M. l'abbé Joseph MERLENT.
Professeur au Collège Saint-Joseph à Arras.
Mon petit coin.
SUJETS MIS AU CONCOURS POUR 1903
nn em
HISTOIRE ET ARCHÉOLOGIE.
Histoire d’une Ville, d’une Localité ou d’une Abbaye du
département du Pas-de-Calais.
Monographie d’une Eglise cathédrale ou paroissiale, d’une
Maison conventuelle, d’une Maison hospitalière, d’une Insti-
tution civile ou religieuse de la Ville ou de la Cité d'Arras.
LITTÉRATURE.
Une pièce ou un ensemble de poésie de deux cents vers
au moins. Tout en laissant le choix libre, l’Académie verrait
de préférence les concurrents s'inspirer de quelque sujet
intéressant les provinces du Nord : Artois, Flandre et
Picardie.
—_—
BEAUX-ARTS.
Histoire de l’Art ou de l’une de ses parties dans l’Artois.
Biographies d'artistes artésiens.
SCIENCES.
Une question de Science pure ou appliquée.
Statistique industrielle du Pas-de-Calais, avec carte à
l'appui.
Etudes anthropologiques sur les races que l’on rencontre
dans le Pas-de-Calais.
PRIX BRAQUEHAY
Une rente de 400 fr. provenant d’un legs fait à l'Académie
d'Arras par M. A. Braquehay pourra être décernés en prix
aux auteurs des meilleurs ouvrages historiques, archéolo-
giques ou autres, concernant Montreuil et la partie de son
arrondissement ayant ressorti à la Picardie,
= AT =
Les personnes qui présenteront un ouvrage au Concours
d'histoire sont priées d'indiquer si elles entendent prendre
part au Concours général d'histoire ou au Prix Braquehay.
A défaut d'indication, l'affectation sera faite par l'Aca-
démie.
RE
En dehors du concours.l’ Académie recevra tous les ouvra-
ges inédits { Lettres, Sciences et Arts) qui lui serontadressés,
pourvu qu'ils intéressent le département du Pas-de-Calais.
Des médailles, dont la valeur pourra atteindre 300 fr.,
seront décernées aux lauréats de chaque concours.
eq mms
CONDITIONS GÉNÉRALES
Les ouvrages envoyés âces concours devront être adressés
(/rancs de port) au Secrétaire-Général de l’Académie, et lui
parvenir avant le {er juin 1903. Ils porteront, en tête, une
épigraphe ou devise qui sera reproduite sur un billet cacheté,
contenant le nom et l’adresse de l’auteur, et l'attestation que
le travail n’a pas été présenté à un autre concours. Ces bil-
lets ne seroat ouverts que s'ils appartiennent à des ouvrages
méritant un prix, une mention honorable ou un encourage-
ment ; les autres seront brûlés.
Les concurrents ne doivent se faire connaitre ni directe-
ment, ni indirectement.
Les ouvrages inédits sont seuls admis.
Les Membres de l'Académie, résidents et honoraires, ne
peuvent pas concourir.
L'Académie ne rendra aucun des ouvrages qui lui auront
été adressés.
= Fait et arrété en séance, le 13 juin 1902.
Le Secrétaire-Général, Le Président,
Vicror BARBIER, Baron CAVROIS,
ee —————
LISTE
des
MEMBRES TITULAIRES, HONORAIRES & CORRESPONDANTS
de l’Académie d'Arras.
MEMBRES DU BUREAU
Président :
. CAVROIS DE SATERNAULT {le baron), G. O. %, C. +,
Docteur en Droit.
=
Chancelier :
M. L. VizrarT, Avocat.
Vice-Chancelier :
M. Eug. CARLIER, %, ©.
Secrétaire-Général :
M. V. BanBier, O. @, Président de la Commission des
Monuments historiques el de l’Union Artistique du
Pas-de-Calais.
Secrétaire- Adjoint :
M. G. AcREMANT, Membre de la Comimission des Monu-
ments historiques.
Archioiste :
M. G. DE HAUTECLOCQUE (le comte), Licencié en Droit.
Bibliothécaire :
M. Aug. Wicquor, 0. @, Licencié ës-Lettres, Bibliothé-
caire de la Ville.
me ESS
10
11
— 459 —
MEMBRES TITULAIRES
Par ordre de nomination.
MM.
. SENS, æ, C. +, O. @, ancien Député(1860).
. PAcNouL, %&. O. @, Directeur honoraire de la Station
agronomique du Pas-de-Calais (1864).
. P. LEcEsnE, g, O. @, Docteur en Droit, Conseiller
honoraire de Préfecture, Président honoraire de
la Commission des Monuments historiques (1871).
. G. DE HAUTECLOCQUE (le comte), Licencié en Droit
(1871).
. CAVROIS DE SATERNAULT {le baron), G. O. *k, C. #,
Docteur en Droit, ancien Auditeur au Conseil
d'Etat (1876).
. RICOUART, %, O. @, ancien Adjoint au Maire d'Arras
(1879).
. Wicquor, O. @, Licencié ès-Lettres, Bibliothécaire
de la Ville (1879).
. J. GuUÉRARD, &, Président honoraire du Tribunal civil
(1879).
. Em. Perir, %, Président du Tribunal civil (1883).
J. Lezoup, &, O. ©, Conseiller général (1884).
P. LarocHE, Directeur de l'Imprimerie du Pas-de-
Calais (1884).
V. BARBIER, O. @, Président de la Commission des
Monuments historiques et de l’Union Artistique du
Pas-de-Calais (1887).
13.
14.
15.
16.
17.
18.
19.
20.
21.
22.
23.
24.
25.
26.
27.
28.
29.
30.
— 460 —
MM.
C. RonarT (l’Abbé\, +, Docteur en Théologie (1887.
E. CaRLIER, %, ©, Inspecteur du Service des
cnfanis assistés (1388).
L. ViLTanT, Avocat (1899).
L. RAMBURE {l'Abbé), Licencié ès-Lettres (1893).
I. HEervin (l'Abbé), Vicaire-général, Aumônier du
Saint-Sacrement (1893).
L. Durcor (l'Abbé), Licencié ès-Lettres, Doyen de
Saint-Nicolas (1895).
G. ACREMANT, Membre de la Commission des Monu-
ments historiques (1895).
F. BLonneL, *F, Ingénieur civil (1895).
H. BouLANGÉ, ancien Officier de marine (1897).
l. ALAYRAC, %, Ingénieur des Mines (1897).
DELAïR (le Colonel), C. #, O0. @, O. +, Licencié ès-
Sciences mathématiques (1898).
A. BrocHarT, Avocat (1898).
L. Douscer (Mgr), Prélat de la Maison de sa Sainteté
(1898).
J. Viseur, &, Sénateur du Pas-de-Calais (1899).
J, Paris, Docteur en Droit, Avocat (1899).
J. CHAvANON, @, Archiviste du département du
Pas-de-Calais (1900).
B. LESUEUR DE MoRIAMÉ, @ (1900).
A. CAVROIS DE SATERNAULT (le Baron), Licencié ès-
Sciences, Docteur en Droit (1902).
2 ADI —
MEMBRES HONORAIRES
Par ordre de nomination.
Les lettres À. R. indiquent un ancien membre titulaire ou résidant.
MM.CAMINADE DE CASTRES, O0. &, ancien Directeur des
Contributions indirectes, à Paris, À. R. (1870).
Comnce, Ingénieur des Mines, à Paris, A. R. (1870).
PAILLARD, C. %, ancien Préfet du Pas-de-Calais (1875).
J.-M. RicHaArD, @, ancien Archiviste du Pas-de-
Calais, à Laval, À. R. (1879).
Jules BRETON, C. %, Membre de l'Institut (1887).
Louis NoeL, #, Statuaire (1887).
H. TRANNIN, O. @, Docteur ès-Sciences, A. R. (1891).
ALAPETITE, O. #, Préfet du Rhône (1891).
DEporTER (l'Abbé), Doyen de Laventie, ancien
Vicaire-Général, À. r. (1893).
G. LELEUXx (l'Abbé), Aumônier à Lille, ancien Vicaire-
Général, À. R. (1893).
A. GuEsxON, 0. @, Professeur honoraire de l’Uni-
versilé, à Paris, À. R. (1881).
J. Finor, O. @, Archiviste du département du
Nord, à Lille (1895).
STROHL (le général), C. *, à Paris (1896).
S. G. Mgr Wizziez, #, Evêque d'Arras (1896).
Boucry, @, Professeur de rhétorique au Collège
d'Arras, À. R. (1898).
— 462 —
MM.S. G. Mgr DERaMEcOURT, Evèque de Soissons, À. R.
(1898).
SENART, Membre de l’Institut, à Paris (1898).
Michel BRÉAL, Membre de l'Institut, à Paris (1898.
BARBIER DE MEYNaART, Membre de I 'Instilut, à Paris
(1898).
— 463 —
MEMBRES CORRESPONDANTS
Par ordre de nomination.
MM. MaiResse, Ingénieur, à Paris (1857).
J. PÉRIN, Avocat, Archivisie-Paléographe, à Paris
(1859).
Fr. Ficon, %, O. @, Directeur honoraire de l’école
Lavoisier, à Paris (1860).
Léon VAILLANT, *%, Professeur au Muséum, à Paris
(1861).
V. CANET, O0. @, Professeur honoraire à la Faculté
libre des Lettres de Lille, à Castres (1864).
H. GazLEAU, Homme de lettres, à Esbly (1869).
BoucriarT, C. *#, Président de Chambre à la Cour
des Comptes (1872).
Draman», Conseiller à la Cour d'appel de Limoges
(1872).
GouELLAIN, GC. "k, @, Membre de la Commission
des Antiquités départementales, à Rouen (1373).
Félix LE SERGEANT DE MONNECOvE, %, Lauréat de
l’Académie, à Paris (1874).
DE CALONNE (le baron), à Buire-le-Sec (1874).
Vos (le chanoine), Archiviste de la Cathédrale de
Tournai (1875).
ABLE —
MM. Ch. »'HÉricounr (le comte) #, Consul de France, à
Leipsig (1876).
Em. TRAvERS, Archiviste-Paléographe, à Caen (1876).
Fréd. Moreau père, #, à Paris (1877).
Hucor (Eugène), Secrétaire adjoint des Comités des
Sociétés savantes près le ministère de l'Instruc-
tion publique à Paris (1877).
HEUGUEBART (l'Abbé), curé de Lambres (1878).
G. FAGNiez, Directeur de la Revue historique, à Paris
(1878).
J.-G. BuLcior, #, O. @, Président de la Société
Eduenne, à Autun (1879).
DELVIGNE (le chanoiue), à Bruxelles (1881).
Gustave Coin, Artiste peintre, à Paris (1881).
MarTEL, ancien Principal du collège de Boulogne-
sur-Mer (1881).
P. Fournier, Professeur à la Faculté de Droit, à
Grenoble (1881).
LErFEBvRE (l'abbé), Aumônier à Doullens (1882).
RuriN, @, Président de la Société Archéologique
de la Corrèze, à Brives (1882).
PAGARD D'HERMANSART, à St-Omer (1883).
Gabriel De BEUGNY D'HAGERUE, à Aire (1884).
Ernest MATTHIEU, Avocat, Secrétaire du Cercle
archéologique, à Enghien (Belgique) (1884).
Quinion-HuserT, ancien Magistrat, à Douai (1884).
Rod. DE BRANDT DE GALAMETZ (le comte), à Abbeville
(1885).
Robert DE GUYENCOURT, ancien Président des Anti-
quaires de Picardie, à Amiens (1888).
Bover, Archiviste à Montbéliard (1888).
M'ie
MM.
Mec
Mie
27",
— 465 —
Re “ . mnt L 119
. Massy, OQ, Répétitour ÉD au D dè Douai
(1890) - |
Georges BARBIER, Avocat à la ue d'Appel de
Paris (1891).
LeuripAN (l'Abbé), Bibliothécaire de l'Université
catholique de Lille (1891).'
Jenny Fonratws, Attiste peinte, à Paris (1892). ‘
Dicarn, ancien élève dé l’école des Chartes et de
l’école de Rome (1892). |
Harpuin DE GRosvizze, Président honoraire au
Tribunal civil de Laon (1893).
MENCHE DE Loisne (le comte), château de Beaulieu-
lez-Busnes (1894). |
Edmond Enwonr, Archévloguë à Saint-Pol (1896).
Henri Porez, Agrégé des Lettres, à Douai (1896).
BLep (l'Abbé), Président de la Société des Antiquaires
de la \Morinie, à Saint-Omer (1897).
René Brissy, @, Publiciste, Rénovateur des Rosati, à
Paris (1897).
Charles Leconte, Président du Tribunal, chef du
Service judiciaire, à la Nouvelle-Calédonie (1897).
Florent LEcLERcQ, château de Beauvoir (P.-de-C.)
(1897).
Edouard Noez, Homme de Lettres, Paris (1898).
Alfred de Pursieux, Membre des Antiquaires de
Picardie, Amiens (1898).
LECIGNE (l'Abbé), Docteur ès-Lettres, Professeur à
la Faculté libre des Lettres de Lille (1898).
QuarRÉ-REYBOURBON, O. €), à Lille (1898).
FRESNAYE, à Marenla (Pas-de-Calais) (1898).
G. Macon, Conservateur du Musée Condé, à Chantilly
(1899). .
— 486 —
MM. Francis TATTEGRAIN, à Berck (1899).
DE BoISLECOMTE (le vicomte), au château de Mondé-
tour, par Morgny (Seine-[nférieure) (1899).
José-I[gnatio VaLENTI (dom), à Palma (Espagne) (1900:.
BERGER Rupozr, à Berlin (1900).
WiLLox (l’abbé), curé de Brebières (1900).
PLancouarp, à Berck-sur-Mer (1900).
M°° Marie-Madeleine CarLiEr, à Croisilles (1900)
MM.R. RopiÈère, à Montreuil-sur-Mer (1901).
Frans, à Hénin-Liétard (1901).
DE LHOMEL, à Montreuil-sur-Mer (1901).
Dauer, Archiviste paléographe à Paris (1901).
M°®°: BLANCHAT, Slatuaire à Paris (1901).
MESUREUR, à Paris (1901).
M. Paul Trerny, Archiviste-Paléographe, à Siracourt
(1901).
— 267 —
SOCIÉTÉS SAVANTES
avec lesquelles l'Académie échange ses publications.
FRANCE :
Abbeville. — Société d'Emulation.
— Société des Conférences scientifiques de la
ville d’Abbeville et du Ponthieu.
Aire-sur-la-Lys. — Bibliothèque communale.
Amiens. — Société des Antiquaires de Picardie.
— Société Linnéenne du Nord de la France.
— Académie d'Amiens.
Angers, — Société d'agriculture, sciences et arts.
— Société industrielle d'Angers et du départe-
ment de Maine-et-Loire.
Annecy. — Société Florimontane d'Annecy.
Autun. — Société Eduenne.
Auzerre. — Société des Sciences historiques et naturelles
de l'Yonne.
Avesnes (Nord). — Société archéologique de l’arrondis-
sement d'Avesnes.
Beauvais. — Société académique d'archéologie, sciences:
et arts du déparlement de l'Oise.
Besançon. — Académie de Besançon.
Béthune. — Bibliothèque communale.
Béziers. — Société archéologique, scientifique et littéraire.
Bordeaux. — Académie des sciences, belles-lettres et ait
Boulogne-sur-Mer. — Société académique.
— 468 —
Brives. — Sociélé scientifique, historique et archéolo-
gique de la Corrèze.
Caen. — Société des Antiquaires de Normandie.
— Académie nationale des sciences, arts et belles-
lettres.
— Société d'agriculture et de commerce de Nor-
mandie |
— Sociélé française d'archéologie pour la conser-
valion des monuments historiques.
Calais, — Bibliothèque communale.
Cambrai. — Société d'Emulatinn.
— se communale.
Chalons-sur-Marne. — Société d'agricullure, commerce,
. sciences et arts de la Marne.
Chambéry. — Académie des sciences, Leilséielees
et arts de la Savoie. na.
Clermont-Ferrand. — Académie des sciences. beHes-
lettres et aris. di
Compiigne. — Société historique de Compiègne.
Dijon. — Académie.
Douai. — Société d erculiurs sciences et arts ‘du
département du Nord,
Dunkergue. — Société Dunkerquoise pour No
ment des sciences, letires et arts.
Grenoble. — Académie Delphinalle
Hävre (le). — Société Havraise d’études diverses
Hesdin. — Bibliothèque communale. :
Laon. — Société académique.
Lille. — Société des sciences, de l’agriculture et des aris
. Bibliothèque communale. |
— Commission historique du dép' du Nord.
— Sociéte archéologique du Nord.
— 469 —
— Archives générales du département du Nord.
— Bibliothèque des Facultés libres, 60, boulevard
Vauban.
Limoges. — Société archéologique et historique du
Limousin.
Lons-le-Saunier. — Société d'émulation du Jura.
Lyon. — Société littéraire.
_— Bullelin historique du diocèse de Lyon, place
Fourvière.
Macon. — Société d'histoire naturelle, 3, Place St-Pierre.
Mans (le). — Société d'agriculture, seiences et arts du
département de la Sarthe.
Marseille. — Société de statistique.
Mende. — Société d’agrieulture du dép' de la Lozère.
Montpellier. — Société académique.
Nantes. -- Société des sciences naturelles de l’ouest de
la France.
Nîmes, — Académie de Nimes.
Orléans. — Société archéologique et historique de
l'Orléanais.
Paris. — Ministère de l’Iastruction publique.
— Société d'anthropologie.
— Comité des travaux historiques et scientifiques.
= Société nationale d'agriculture de France.
— Société des Antiquaires de France.
— Association scientifique de France.
— Société protectrice des animaux.
— Société de l’histoire de France.
— Bibliothèque Mazarine.
_ Institut nalional de France.
— Bibliothèque de la Sorbonne.
_ Bibliothèque de l’école des Chartes.
— 47) —
— Bibliothèque de la ville de Paris.
— Bibliothèque Ste-Geneviève.
— Société d'archéologie et de numismatique.
— Musée Guimet.
— Argus des revues, 14 rue Drouot.
— Société française de nunismatique, à la Sorbonoe.
Perpignan. — Sociélé agricole, scientifique. littéraire des
Pyrénées-Orientales.
Poitiers. — Société des antiquaires de l'Ouest.
Puy (le). — Société d'agriculture, sciences, arts et com-
merce.
Reims. — Académie.
Roubair, — Bibliothèque communale.
— Société d'Emulalion.
St-Etienne. — Société d'agriculture, industrie, sciences
et arts du dép' de la Loire.
St-Omer, — Bibliothèque communale.
— Société des Antiquaires de la Morinie.
St-Pol. — Bibliothèque communale.
St-Quentin. — Société académique.
Saintes. — Sociélé des archives historiques de la Sain-
_tonge et de l'Aunis.
Sens. — Société archéologique.
Soissons. — Société archéologique, scientifique et his-
torique.
Toulon. — Académie du Var.
Toulouse. — Académie des sciences, inscriptions et
belles-lettres.
— Académie des jeux floraux.
— Société d'agriculture de la Haute-Garonne.
Tours. — Société française d'archéologie.
Troyes. — Société académique d'agriculture, sciences,
arts et belles lettres du dép' de l'Aube.
— 471 —
Valence. — Bulletin d'histoire ecclésiastique et d'archéo-
logie religieuse des diocèses de Valence,
Gap,Grenobleet Viviers,à Romans (Drôme).
Valenciennes. — Société d'agriculture, sciences et arts.
Verdun. — Société philomatique.
Versailles. — Société des sciences morales, des lettres et
des arts du dép‘ de Seine-et-Oise.
ÉTRANGER :
Anvers. — Académie d'archéologie.
Bruxelles. — Académie d'archéologie de Belgique.
— Académie royale des sciences, des lettres
et des beaux-arts de Belgique.
— Société d'archéologie de Bruxelles.
Chicago. — The Chicago Academy of sciences.
Christiania. — Bibliothèque de l'Université royale.
Colmar. — Société d'histoire naturelle.
Columbus-Ohio. — The Ohio State University. Colombus
Ohio America.
Enghien (Belgique). — Cercle archéologique d'Enghien.
Gand. — Cercle archéologique et historique.
— Société d'histoire et d'archéologie de Gand.
Giessen. — Oberhessische Gesellschaft für Natur und
Heilkunde.
Liège. — Société libre d’Emulation.
Louvain. — Bibliothèque de l'Université de Louvain.
Madison. — The Wisconsin Atademy. — Madison, Wis.,
U. S. A.
Manchester. — The Manchester lilerary and philosophical
Society.
Haredsous. — Société Bénédictine de l’abbaye de Mared-
sous (Belgique).
— 479 —
Montevideo. == Anales del Museo Nacional. — Montevideo,
Uruguay. |
Munich (Bavière). — Monats-Berichte.
St-Lowis (Missouri). — The Director of Missouri Botanical
Garden. — St-Louis (Missouri), America.
Tournai. — Société historique et littéraire.
Upsale. — Kongl. Universitets-Biblioteket i Upsala.
Washington. — Smithsonian Institution.
TABLE DES MATIÈRES
I. — Lectures faites dans les séances hebipmadaires.
Le Maréchal de Lévis, Gouverneur général de l’Artois
(1765-1787), par M. le Comte de G. de HAUTECLOCQUE,
membre résidant ..... RS
Le Cartulaire de l’Evéché d'Arras, manuscrit du
XIIIe siècle avec addition jusqu'au milieu du
XVIe,analyséchronologiquement par M. A. Guesnon.
Situation météorologique de la région d'Arras, par
M. PacnouL, membre résidant ...... I
Matière et Energie, par M. F. BLonnez, membre
rOSidANlss 4 ones side ni nus
Une Condamnation à mort par Contumace en 1789,
par M. Roger Ronière, membre correspondant...
Mme Gustave Mesureur (Amélie Dewailly), par
M. L. VILTART, vice-chancelier.....,.,..,,.,,..,..
Note sur deux Volets de Triptyque représentant des
chanoines de la Diennée, par le Baron Alexandre
Cavrois, membre résidant....,..,......,.. sta
Fête jubilaire de M. l'Abbé Rohart, à l’Académie
d'Arras, 20 décembre 1901......... cer
I. — Séance publique du 24 juillet 1902.
Discours d’ouverture,par M. le Baron Cavrois,président
Rapport sur les Travaux de l’année, par M. Victor
BARBIER, secrétaire général........,,,.,....,...,
Pages
379
392
409
— 474 —
Rapport sur le prix Braquehay, par M. CHavanon,
membre résidant...................... arte :
Rapport sur le Concours d'histoire, par M. l'abbé
DurLor, membre résidant........................
Rapport sur leConcours des Beaux-Arts, par M. Léonce
VILTART, Chancelier .................... Sion
Rapport sur le Concours de Poésie, par M. Jean Paris,
membre résidant ........,..,..,.... acer e
Lauréats des concours pour 1902....,......... de
Sujets mis au concours pour 1903 ............... Se
Liste des Membres titulaires, honoraires et correspon-
dants de l’Académie d’Arras........,...... us
Sociétés savantes avec lesquelles l’Académie échange
ses publications......................... riad
419
424
433
—,
y
EU
44 100 904